AVANT-PROPOS
La journée du 23 mai 1878, avec les glorieuses solennités qui l'ont accompagnée et les pieux souvenirs qui s'y rattachent, restera à jamais gravée dans tous les cœurs. C'est toujours pour un peuple religieux un devoir bien doux et bien consolant d'honorer la mémoire de ses premiers Pasteurs, au jour où la mort vie.at( couronner leurs travaux et les mettre en possession du céleste héritage que leur ont mérité un dévouement sans bornes et la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Mais il semble que ce respect qui leur est dû, cet empressement que l'on manifeste auprès de leurs dépoiiilles mortelles, grandissent encore avec les années ; car si d'une part la douleur paraît moins vive, d'un autre côté la vénération qu'on porte à ces héros, l'amour qu'on leur témoigne se sont accrus de tout le prix que le temps a ajouté à leurs bienfaits par le développement et le perfectionnement des œuvres qu'ils on^ coJHW.eflcées ici-bas pour la gloire de la religion et de la patrie. ,
Ce principe toujours vrai a reçu, jeudi dernier, une application bien éclatante, dans celte touchante démonstration qui a été faile, en noire ville, à l'honneur du premier Evêque de Québec, Mgr F. de Laval de iVIonlmoroncy, dont les ossements bénis, retrouvés intacts, après un espace de près de deux siècles, ont créé parmi nous un de ces mouvements de saint enthousiasme qu'il faut avoir vu de ses yeux pour en apprécier toute la grandeur et toute l'imposante majesté.
On évalue à plus de trente mille le nombre des spectateurs qui se pressaient sur tout le parcours du convoi pour contempler une dernière fois Celui qui peut être appelé et avec raison le Père et le Fondateur de notre colonie naissante.
Fut-il jamais, en effet, spectacle plus digne d'attirer tous les regards? Qu'il était beau ce cortège d'élite, promenant à travers les rues de* nbtre Vieille éité,*ces restes vénérés d'où semblait jaillir comme un parfum admirable de sainteté qui embaumait toute l'atmosphère ! Qu'elle était belle cette réunion de toutes les autorités civiles et religieuses, se fondant en un seul cœur et en une seule âme, pour offrir un commun hommage à la mémoire de ce parfait modèle de tout véritable prêlre'et de tout véritable citoyen !
Et que dire aussi de' ces stations significatives et si bien choisies que l'on avait fixées sur la route comme un point d'arrêt oii devait se réposer un instant le saint Evêque, sous les regards de ses enfants bièh aimés? Que dire de l'accueil qu'on lui a fait partout? Ah ! combien Monseigneur de Laval n'a-t-il pas dû se réjouir en voyant l'inviolable fidélité qu'on lui conserve ! Ses ossements ont tressailli d'allégresse en contemplant ces monastères des Ursulines et de l'Hôtel-Dieu, qui lui étaient si chers et qui se sont conservés dans toute leur ferveur primitive— ilè ont tressailli encore en pénétrant dans cette modeste chapelle où il a retrouvé les fils de saint Ignace et de nos martyrs, côtitinuant l'œuvre de leurs devanciers et consumant leur vie à la conversion et à la sanctification des âmes —
ils ont tressailli enfin en saluant avec bonheur ce nouvel essaim d'apôtres, qui se vouent dans nos murs au service des enfants de l'Irlande, et qui eux aussi ont reçu en cette circonstance une large part de ses bénédictions.
Mais en nul endroit, sans doute, le cœur de Mgr de Laval ne s'est dilaté avec autant de joie, en nul endroit il n'a éprouvé plus de bonheur que lorsqu'après cette ovation par toute la ville, après on dernier adieu à cette vieille cathédrale dans laquelle il a dormi si long-temps le sommeil des justes, il est enfin entré et pour toujours dans ce sanctuaire du Séminaire de Québec, où ses enfants lui ont préparé un lit de gloire sur lequel il reposera à jamais : Hic erit req^,ies mea in sœculum sœculi. Désormais donc, du fond de ce tombeau, il ne cessera de bénir les continuateurs de ses travaux, les émules de son zèle, et toute cette génération qui sort chaque année de leurs mains comme un hommage vivant et continuel à la mémoire de ce saint Prélat qui nous a tant aimés.
Honneur à la cité de Québec, qui a donné, une fois de plus, au pays tout entier, une preuve de sa religion et du culte qu'elle sait rendre à ses Bienfaiteurs ! Honneur aux citoyens de toutes les classes et de toutes les croyances, qui se sont fait un devoir et un bonheur de célébrer si dignement cette solennité grandiose ! Merci à tous les étrangers qui sont venus s'associer à nous et se mêler dans nos rangs ! Reconnaissance au Gouvernement du Canada, qui, par une exception qui l'honore, a fait redire au loin par la bouche de sa puissante artilhrie, le nom et la grandeur du premier Evêque de la Nouvelle-France ! Reconnaissance au clergé séculier et régulier et particulièrement à tous les hauts dignitaires ecclésiastiques qui sont venus de tous les diocèses de la Province et jusque des lointaines contrées de la Rivière-Rouge, se grouper autour de notre illustre Métropolitain, digne successeur de Monseigneur de Laval, pour célébrer ensemble sa gloire et sa louange ! Reconnaissance enfin à Son Excellence le Délégué
Apostolique, qui a bien voulu^ présider à cette démonslration k la fois nationale etreligieuse,, et qui redira à Léon XIII combien est florissante cette Eglise de Québec, qpi fut fondée, il y a pliis: de deux siècles, sur les bords du Saint-Laurent, et qui s'est développée avec tant de rapidité el de succès par toule l'Amérique Septentrionale.
Mais le grand tribut de gratitude que nous avons à offrir aujourd'lnii, n'oublions point (ju'il est dû à ce Séminaire de Québec qui a été l'âme de cette fête et qui a vu converger vers lui en cette occasion et plus que jamais tous les esprits et tous les cœurs.
Puisse le succès e.clatant qui a couronné tous nos efiorts réunis être agréable à ces hommes de dévouemimt, qui continuent et perfectionnent si admirablement au milieu de nous l'cBuvre de leur saint. Fondateur 1 Puisse enfin ce foyer de lumière, de science etde vertu faire jaillir de toutes parts ses rayons vivifiants et attirer à lui toutes les intelligences d'élite et toutes les volontés qui recherchent le bien ! Ce sera le plus beau fruit que nous pourrons retirer de ces grandes solennités, et sa saveur ne sera pas seulement goùlée de la génération présente, mais elle fera encore la joie et les délices de toute ta postérité. — {Extrait du Journal de Québec, 2a mat 1878.)