TRANSLATION INTIME
Ce fut mercredi, le 15 mai, à 4 heuies de l'après-midi, qu'eut lieu la ti-anslalion intime dos restes mortels de Mgr de Laval à la chapelle du Séminaire, où ils devaient être exposés pendant huit joui's.
Il y a près de deux siècles, disait l'Abeille du 16 mai, cette même dé],ouille mortelle quittait l'humble toit du SéminairQi
pour aller reposer soua les voûtes de la cathédrale. Aujourd'hui, ce n'était pas cette modeste demeure d'autrefois qu'elle laissait de nouveau, mais l'Université Lava!, destinée à' perpétuer lu gloire de son nom et le souvenir do ses travaux. Alors ces restes étaient l'objet d'une grande vénération et d'un regret universel ; aujourd'hui, c'était presque un culte que rendaient au fondateur du Séminaire et de l'Eglise du Canada, tous les catholiques avec ses enfants reconnaissants. '
On a appelé intime cette première translation, parce que, à part le clergé de la ville, on n'y avait convié que la famille, c'est-à-dire, les profe.'^seurs et les élèves de l'Université et du Séminaire. Elle n'avait pas par conséquent ce caractère de généralité que devait avoir la translation solennelle du 23 mai. Mais cette intimité n'excluait aucunement l'éclat des démonstrations. C'est ce que comprii-ent fort bien les citoyens des rues Hébert et Ste-Famille, par où devait passer le ooi-tége .
Dans ces deux rues ainsi qu'à la porto de l'Université et à l'entrée du Séminaire, les décorations étaient très-belles. Partout se deplo3'aient une foule de pavillons de toutes sortes, mais portant cependant quelques petites banderolles violettes, comme pour indiquer un regret de ne pouvoir expimer de la joie pure, et pour masquer un -triomphe réel par quelques apparences de deuil.
Plusieurs citoyens avaient en outre orné le devant de leurs mai.sons de tentures blanches et violettes, dont quelques-unes chargées de diiierentes inscriptions en l'honneur de Mgr de Laval. On distinguait entre autres les résidences de M. Ernest Gagnon, de Mad. veuve Balzaretti, de Mad. veuve V. Cazoau, de MM. Montambault et Gr. Amyot, avocats.
La procession se mit en marche dans l'ordre suivant :
Le corps de musique du Petit Séminaire.
La croix portée par un i-éminariste en dalmatique noire, et deux acolythos. ,
Les enfants de chœur, les séminaristes et au delà de 40 prêtres.
Le corps, porté par les six membres les plus anciens du Conseil du Séminaire : M. le Supérieur, T.-E. Hamel, Y. G. ; M. M.-E. Méthot, Professeur de Théologie et Doyen de la Faculté des Arts; M, A.-I.-L Legaré, Procureur; M. C.-E. Legaré, Directeur du Grand Sèmina re ; M. P. Eoussel, Directeur du Pensionnat ; M. Ls. Beaudet, Préfet des Etuiïes ; tous revêtus de dalmatiques violettes, anciens ornements donnés à la Cathédrale par Louis XIV.
Les glands d'or, attachés au cercueil par des rubans blancs et violets, étaient tenus par M. Joseph Auclair, Curé de N.-D. de Québec : le Eév. P. Sache, Supérieur ,des Jésuites ; M.
George LeMoine, Chapelain des Ursniines; M. Pieire Lagacé» Principal do l'Kcole-Normale ; M. T,-E. Beanlieu, Chapelain de i'Hôtel-Dieu et M. G.-P. Côté, Vicaire à la Ba.siiiq,u9 ; en chapes violettes, aussi ornements de Louis XIV» • •. , ■;- i-
Le cercueil, ainsi porté sur les épaules, présentait un coup d'oeil magnifique. En dedans, la couronne offerte par le Séminaire était suspendue au milieu du cercueil. Il y avaitde plus la couronne des Sœurs de la Charité, celle de Madame Langelier, la magnifique croix en fleurs de cire des Dames du Bon Pasieur, la croix otterte par iVJ. le Procureur, une guirlande en cire de la famille N. I emieux, une autre de Mad, veuve J.-3« Livernois, deux autres données par des anonj'mes, et enfin la guirlande préscn:ée par M, et Mad. E. Livernois. Sui* le devant du cercueil était la magnifique ancre en , fleurs de la Caisse d'Economie, et sur le dessus la riche couronne présentée par les facultés de l'Université. Sur les côtés du brancard auquel était fixé le cercue 1, pendaient des draperies de velours violet ornées de lis d'or, et auxquelles on avait attaché les couronnes du Collège de Lévis, du Grand Séminaire, de la Philosophie sen/or, de la Ehétoi'ique et des Ouvriers. i ,., i,; • , .
A la suite du cercueil, six élèves du Séminairp, -'^n soutane violette et en cotta, portaient les autres couroaneft pr.éseptées en hommage à Mgr de Laval. —Puis venaient :
Les Professeurs de l'Université et les élèves, en costume ;
Les élèves de la grand'salle, avec banniôresij ,
Les élèves de la petite salle, avec bannière. ;.;■.,
Les externes avec bannière et avec tous les drapeaux et insignes de la Société St-Jean-Baptiste, dont ils forment une section spéciale. . , . : .
(Tous les élèves du Séminaire, tant externes que pension» naires, portaient à la main une couronne blanche.) ; -,
Enfin venaient les ouvriers et les domestiques du Sémirnaire,
La procession ainsi organisée, et défilant deux de front, comptait au delà de 600 personnes et présentait le coup d'ceit le plus imposant. La foule encombrait les abords de l'Uni-i versité, les rues par lesquelles devait passer le cortège, et Jja place de la basilique. , : :. :, i, . >::m:;
Au départ, le cor|)a de musique exécuta une marche fiinèbre de Mijller, laquelle fut suivie du chant grave et "Solennel du Miserere, puis un nouvel air du corps de musique — la marche funèbre toujours si belle de Saiil, — pour la rentrée à lachapelle.
L'ornementation de la chapelle présentait un aspect' saisissant ; bien que simple, c'était vraiment royal.
Les murs étaient complètement couverts de longues draperies ftlternativement violettes et blanches, toutes parsemées régu-
lièrementde fleurs de lis. Le long de la corniclie courait une banderolle blanche bordée de violet et relovée en festons réguliers. Un grand rideau de même, relevé gracieusement en deux ou trois endroits de chaque côté, semblait séparer le chœur de la nef. Au-dessus de l'autel on avait élevé un baldaquin carré auquel étaient fixées des bandes de mousseline blanche fleurdelisée renfermant l'autel mais de manière à laisser voir celui-ci. L'eff'et des lumières dans cette tenture était saisissant. Les fenêtres, complètement recouvertes de tentures violettes transparentes, laissaient pénétrer dans la chapelle une lumière aflaiblie jetant un voile mystérieux surtout ce deuil, qui ne lais* sait pas que d'être tempéré par un agréable mélange d'espérance.
Au centre de l'église, et dominant tout l'ensemble, les armes de Mgr de Laval, œuvre de M. O'Leary, séminariste, s'élevaient majestueuses et rayonnantes. De leur base s'échappaient quatre immenses banderolles fleurdelisées qui venaient, par une courbe gracieuse, s'appuyer respectivement sur quatre pyramides allongées formant les angles du catafalque. Ces pyramides devaient disparaître sous les 400 couronnes portées par les élèves du Séminaire et offertes à Mgr de Laval. Près des pyramides, quatre petits anges, blancs comme la neige, debout les mains jointes et les yeux levés au Ciel, semblaient y contempler Mgr de Laval mêlé à la troupe des bienheureux et bénissant ses enfants avec amour.
Suspendues à la balustrade de la tribune se trouvaient les armes^des cinq sociétés littéraires et musicales qui composent VInstitut du Petit Séminaire. Touchante illusion ! dit V Abeille^ on espérait sans doute que Mgr de Laval, sortant un instant de sa tombe, verrait avec plaisir les progrès réalisés depuis sa mort par ses chers enfants.
Le maître-autel, sous son baldaquin, avait été orné avec le goût le plus exquis et sans profusion. Pour la circonstance, le Saint-Sacrement avait été transporté à l'autel St-Louis de Gonzague, où il est resté jusqu'au 23 inclusivement.
L'effet de tout cet ensemble était tout-à-fait grandiose, et impressionnait profondément le visiteur qui pénétrait dans la chapelle, d'autant plus qu'une foule d'inscriptions placées de chaque côté de la nef, lui faisaient connaître le but de cette démonstration, en même temps que les vertus du héros qui en était l'objet. Voici ces inscriptions.
Du côté de l'Epître î
Dieu ayde au premier baron chrestien.
Justus ut palma florebit.
Bonus pastor animam dat pro ovibus.
Ossa tua quasi herba germinabunt.
Hic erit requies mea ia ssQculum seeculi.
Du côté de l'Evangile :
Deus patrum vestrorum misit me ad vos.
Ite, docele omnes gentes.
Edocuit nos viam bonam.
In memoria aeterna erit justus.
Cuslodit Dominus ossa juslorum.
A 4| heures, les restes vénérables de Mgr de Laval étaient déposés sous son magnifique catafalque à peu près à l'endroit où l'on a lieu de croire qu'il rendait le dernier soupir il y a 170 ans.
Le chœur de l'Orgue chanta le Libéra harmonisé par M. A. Dessane. Ce fut Mgr Cazeau qui fit l'absoute.
Le souvenir des vertus héroïques de Mgr de Laval a traversé les siècles qui nous séparent de son temps : l'affluence immense du peuple accouru à la cérémonie de la translation intime l'atteste avec éloquence. Aussitôt après la cérémonie, la foule inonda la chapelle et le flot du peuple se succéda sans interruption près des restes vénérés.
Puisse le grand serviteur de Dieu ne pas rester insensible à tant de marques de reconnaissance et de respect, et prouver par de nouveaux miracles son crédit auprès de Dieu I