AUX HABITANS DE LA PROVINCE DE QUÉBEC
Kos Amis et Concitoyens,
" Nous, les Délégués des Colonies du Nouveau Ilamp- " sbire de Massachusetts Bay, de Ehode-Island et dos " Plantations de Providence, de Connecticut, de la Nou- " velle-York, du Nouveau-Jersey, de la Pennsylvanie, " des Comtés de New-Castle, Kent et Sussex sur le fleuve " de la Ware, du Marj^land, de la Yirginie et des Caro- " lines Septentrionale et Méridionale, ayant été députés " par les Habitants dos dites Colonies pour les représenter " dans un Congrès général à Philadelphie, dans la pro- " vince de Pennsylvanie, et pour consulter ensemble sur " les meilleurs moyens de nous procurer la délivrance " de nos oppressions accablantes; nous étant en consé- •* quence assemblés et ayant considéré très-sérieusement " l'état des affaires publiques de ce continent, nous avons *' jugé à propos de nous adresser à votre Province, comme " à une de ses parties qui y est des plus intéressée.
" Lorsqu'aprôs une résistance courageuse et glorieuse " le sort des armes vous eut incorporé au nombre des
" sujets Anglais, nous nous réjouîmes autant pour vous " que pour nous d'un accroissement si véritablement ** précieux ; et comme la bravoure et la grandeur.d'àme " sont jointes naturellement, nous nous attendions que " nos courageux ennemis deviendraient nos amis sincères, " et que l'Etre Suprême répandrait sur vous les dons de " sa providence divine en assurant pour vous et pour " votre prospérité la plus reculée les avantages sans prix " de la libre institution du Gouvernement Anglais, qui ** est le privilège dont tous les sujets Anglais doivent ** jouir,
" Ces espérances fbrent confirmées par la déclaration " du Eoi donnée en 1763, engageant la foi publique pour " votre jouissance complète de ces avantages.
" A peine aurions-nous pu alors nous imaginer que " quelques Ministres futurs abuseraient avec tant d'au» " dace et de méchanceté de l'autorité royale, que de vous " priver de la jouissance de ces droits irrévocables aux» " quels vous aviez un si juste titre.
" Mais puisque nous avons vécu pour voir le tems " imprévu, quand des Ministres d'une disposition corrom* " pue ont osé violer les pactes et les engagemens les " plus sacrés, et comme vous aviez été élevés sous une " autre forme de gouvernement, on a soigneusement " évité que vous fissiez la découverte de la valeur inex* " primable de cette forme à laquelle vous avez à présent " un droit si légitime ; nous croyons qu'il est de notre "' devoir de vous expliquer quelques-unes de ses parties " les plus intéressantes, pour les raisons pressantes men* " tionnées ci-après.
" ' Dans toute société humaine,* dit le célèbre Marquis " di Beccaria, ' il y a une force qui tend continuellement "à conférer à une partie le haut du pouvoir et du bon- '" heur, et à réduire l'autre au dernier degré de faiblesse •* et de misère. L'intention des bonnes loix est de s'oppo^ ♦* ser à cette force, et de répandre leur influence également " et universellement.^
*• Des Cheft incités par cette /o^ce pernicieuse, et des ** sujets animés par le Juste désir de lui opposer de bonnes •* loix, ont océasionné cette immense diversité d'événe» " nemens dont les histoires de tant de nations sont rem- " plies. Toutes oes histoires démontrent la vérité d«
*' cette simple position, que d'exister au gré d'un seul "• homme, ou de quelques-uns, est une source de misères " pour tous.
" Ce fut sur ce principe comme sur un fondement " solide que les Anglais élevèrent si fermement l'édifice " de leur gouvernement qu'il a résisté au tems, à la *' tyrannie, à la trahison, et aux guerres intestines et *' étrangères, pendant plusieurs siècles. Et comme un " Auteur illustre et un de vos compatriotes cite ci-aprèsj " observe. < Ils donnèrent au peuple de leurs Colonies la *' forme de leur gouvernement propre : et ce gouverne- " ment portant avec lui la prospérité, on a vu se former " de grands peuples dans les forêts même qu'ils furent " envoyés habiter.'
" Dans cette forme le premier et le principal droitj " est, que le peuple a part dans son gouvernement par " ses représentans choisis par lui-même, et est par con- " séquent gouverné par des loix de son approbation, et '' non par les édits de ceux sur lesquels il n'a aucun " pouvoir. Ceci est un rempart qui entoure et défend sa " propriété, qu'il s'est acquise par son travail et une " honnête industrie; en sorte qu il ne peut être privé do " la moindre partie que de son libre et plein consente- " ment, lorsque, suivant son jugement il croit qu'il est " juste et nécessaire de la donner pour des usages publics, *' et alors il indique précisément le moyen le plus facile, " le plus économe et le plus égal de percevoir cette partie " de sa propriété.
" L'influence de ce droit s'étend encore plus loin. Si " des Chefs qui ont opprimé le peuple ont besoin de sub- " sides, le peuple peut les leur refuser jusqu'à ce que •* leurs griefs soient répâi'és, et se procurer paisiblement, *' de cette manière, du soulagement sans avoir recours à '' présenter des requêtes souvent méprisées, et sans troii- " bler la tranquillité publique.
" Le second droit essentiel consiste, à être jugé par " une Jurée. On pourvoit par là qu'un Citoyen ne peut " perdre la vie, la liberté ou les biens, qu'au préalable " Sentence n'ait été rendue contre lui pan douze de ses " égaux et compatriotes de mœurs irréprochables, sous ** serment, pris dans son voisinage, qui par cela même " on doit raisonnablement supposer doit être informé
" de soh caractère et de celui des témcdns, et cela après ** des enquêtes suffisantes faee à face, à huis ouverts, •' dans la cour de justice, devant tous ceux qui voudront " se trouver présent, et après jugement équitable. De •* plus cette Sentence ne peut lui être préjudiciable, sans " injurier en même temps la réputation et même les inté- *' rets des Jurés qui l'ont prononcée.
" Car le cas en question peut-être sur de certains points " qui ont rapport au bien public ; mais s'il en était au- *' trement, leur Sentence devient un exemple qui peut " servir contre eux-mêmes s'ils venaient à avoir un " semblable procès.
** Un autre droit se rapporte simplement à la liberté " personnelle. Si un Citoyen est saisi et mis en prison, " quoique par ordre dugouveniement, il peut néanmoins " en vertu de ce droit, obtenir immédiatement d'un Juge " un ordre que l'on nomme Ilabeas-Corpus, qu'il est obligé " sous serment d'accorder, et se procurer promptement " par ce moyen une enquête et réparation d'une déten- " tion illégitime.
" Un quatrième droit consiste dans la possession des " terres en vertu de légères rentes foncières, et non par "des corvées rigoureuses -et opprimantes qui forcent *' souvent le possesseur à quitter sa famille et ses occupa- " tions pour faire ce qui dans tout état bien réglé, devrait " être l'ouvrage de gens loués exprès pour cet effet.
" Le dernier droit dont nous ferons mention regarde la " liberté de la presse. Son importance outre les. progrès " de la vérité, do la morale et des arts en général, consiste " encore à répandre des sentiments généreux sur l'admi- " nistration du gouvernement, à servir aux Citoyens à se " communiquer promptement et réciproquement leurs *' idées et, conséquemment contribue à l'avancement " d'une union entr'eux, par laquelle des supérieurs tyran - *' niques sont induits, par des motifs de honte ou de. " crainte, à se comporter plus honorablement et par des " voies plus équitables dans l'administration des affaires.
" Ce sont là ces droits inestimables qui forment une " partie considérable du système modéré de notre gou- " vernement, laquelle enrépandant sa force équitable sur *' tous les différens rangs et classes des Citoyens, défend' " le pauvre du riche, le faible du puissant, l'industrieux
*^ de l'avide, le paisible du violent, les vassaux des Sei* *' gneurs, et tous de leurs supérieurs.
" Ce sont là ces droits sans lesquels une nation ne peut *' être libre et heur-euse, et c'est sous la protection et *' l'encouragement que procure leur influence que ces *' Colonies ont jusqu'à présent fleuri et augmenté si éton- " nément. Ce sont ces mêmes droits qu'un ministère' '' abandonné tâohe actuellement de nous ravir à main " armée, et que nous sommes tous d'un commun accord '* résolue de ne perdre qu'avec la vie. Tels sont enfin ** ces droits qui vous appartiennent, et que vous devriez " dans ce moment exercer dans toute leur étendue.
" Mais que vous offre-t-on à leur place par le dernier " Acte du Parlement ? La liberté de conscience pour *' votre religion : non. Dieu vous l'avait donnée, et les *• Puissances temporelles avec lesquelles voua étiea et " êtes à présent en liaison, ont fortement stipulé que *' vous en eussiea la pleine jouissance ; si les loix divines *' et humaines pouvaient garantir cette liberté des " caprices despotiques des méchans, elle l'était déjà " auparavant. A-t-on rétabli les loix Françaises dans les " afiaires civiles ? Cela paraît ainsi, mais faites attention ** à la faveur circonspecte des- Ministres , qui prétendent " devenir vos bienfaiteurs ; les paroles du Statut sont, *' que l'on se réglera sur ces loix jusqu'à ce qu'elles " aient été modifiées ou changées par quelques ordon- " nances du Grouverneur et du Conseil. "
'< Est-ce que l'on vous assure pour vous et votre posté- << rite, la certitude et la douceur de la loix criminelle *' d'Angleterre avec toutes ses utilités et avantages, " laquelle on loue dans le dit Statut, et que l'on recon- " naît que vous aveg éprouvé très sensiblement ? Non, " ces loix sont aussi sujettes aux " changements " arbi- " traires du Gouverneur et du Conseil, et on se réserve *< en outre t^ès expressément le pouvoir d'ériger " telles ■" Cours de judicatare criminelle^ civile et ecclémastique ** que l'on jugera nécessaires. "
" C'est d« ces conditions si précaitea que votre vie et ** votre religion dépeodent seulement de la volonté d'un " seul. La couronne et les ministres ont le pouvoir ** autaat qu'il a été possible au Parlement de i© coa-
** céder, d'introduire le tribunal de l'Inquisition même " au milieu de vous.
" Avezvous une assemblée composée d'honnêtes gens " de votre propre choix sur lesquels Vous puissiez vous ** reposer pour former vos loix, veiller à votre bien-être, " et ordonner de quelle manière et en quelle proportion *' vous devez contribuer de vos biens pour les usages " publics ? non, c'est du Gouverneur et du Conseil que *' doivent émaner vos loix, et ils ne sont eux-mêmes que " les créatures du Ministre, qu'il peut déplacer selon son *' bon plaisir. En outre, un autre nouveau Statut formé *' sans votre participation vous a assujettis à toute la " rigueur d'un impôt sur les denrées que l'on nomme ** Excise, impôt détesté dans tous les états libres. En " vous arrachant ainsi vos biens par la plus odieuse d-e " toutes les taxes, vous êtes encore exposés à voir votre ^' repos et celui de vos familles troublé par des collec- ^' teurs insolens, pénétrans à chaque instant jusque dans *' l'intérieur de vos maisons, qui sont nommées les For- " teresses des Citoyens Anglais dans les livres qui trai- " tent de leurs loix.
" Dans ce même Statut qui change votre Gouverne- ^' ment, et qui paraît calculé pour vous flatter, vous " n'êtes point autorisés " à vous cotiser pour lever et *' disposer d'aucun impôt ou taxe, à moins que ce ne " soit dans des cas de peu de conséquence, tels que de " faire des grands chemins, de bâtir ou de réparer des " Edifices publics ou pour quelqu'autres convenances " locales dans l'enceinte de vos villes et districts Pour- " quoi cette distinction humilianto ? Est-ce que les biens " que les Canadiens se sont acquis par une honnête in- " dustrie ne doivent pas être aussi sacrés que ceux des " Anglais ? L'entendement des Canadiens • seroit-il si *' borné qu'ils fussent hors d'état de participer à d'autres " affaires publiques qu'à celle de rassembler des pierres " dans un endroit pour les entasser dans un autre ? ** Peuple infortuné qui est non-seulement lezé, mais " encore outragé. Ce qu'il y a do plus fort, c'est que " suivant les avis que nous avons i*eçus, un ministère ^' arrogant a conçu une idée si méprisante de votre juge- ■" ment et de vos sentimens, qu'il a osé penser, et s'est "" même persuadé que par un retour de gratitude pour ê
" les injures et outrages qu'il vous a récemment offert, " il vous engagerait, vous nos dignes Concitoyens, à " prendre les armes pour devenir des instrumens en ses " mains, pour l'aider à nous ravir cette liberté dont sa " perfidie vous a privée, ce qui vous rendrait ridicules et " détestables à tout l'Univers.
" Le résultat inévitable d'une telle entreprise, supposé " qu'elle réussît, seroit l'anéantissement total des espé- ** rances que vous pourriez avoir, que vous ou votre '* postérité fussent jamais rétablis dans votre liberté : " car à moins que d'être entièrement privé du sens " commun, il n'est pas possible de s'imaginer qu'après " que vous auriez été employés dans un service si hon- " teux ils vous traitassent avec moins de rigueur que *' nous qui tenons à eux par les liens du sang.
" Qu'aurait dit votre compatriote l'immortel Montes- " quieu, au sujet du plan du Gouvernement que l'on " vient de former pour vous ? Ecoutez ses paroles avec " cette attention recueillie que requiert l'importance du " sujet. ' Dans un état libre, tout homme qui est sensé " avoir une âme libre, doit être gouverné par lui-même, " il faudrait que le peuple en corps eût la puissance " législative ; mais comme cela est impossible dans les " grands états, et est sujet à beaucoup d'inconvéniens " dans les petits, il faut que le peuple fasse, par ses " représentans, tout ce qu'il ne peut faire par lui-même.* li — ' La liberté politique dans un Citoyen est cette tran- " quillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun ** a de sa sûreté; et pour qu'on ait cette liberté, il faut " que le Gouvernement soit tel qu'un Citoyen ne puisse " pas craindre un autre Citoyen. Lorsque dans la même " personne ou dans le même corps do Magistrature, la *' puissance législative est réunie à la puissance exécu- " trice, il n'y a point de liberté } parce qu on peut craindre " que le même Monarque ou le même Sénat ne fassent " des loix tyranniques pour les exécuter tyrannique- '• ment.'
*' * La puissance de juger ne doit pas être donnée à un " Sénat permanent, mais exercée par des personne» " tirées du corps du peuple dans certains tems de l'an- " née, de la maaière prescrite par la loi^ pour former qd
* tùbunal qui ne dure qu'autant qu« la nécessité le ^' requiert. '
'* ' Les Militaires sont d'une profession qui peut-être " utile, mais devient souvent dangereuse. ' ' JLa jouis- *' sance de la liberté consiste en ce qu'il soit permis à *'■ chacun de déclarer sa pensée et de découvrir ses senti- *'■ mens. '
*' Appliques à votre situation présente ces maximes *' décisives, qui ont la sanction de l'autorité d'un nom " que toute l'Europe révère. On pourrait avancer que ** vous avea un Gouverneur revêtu de la puissance exécu- " trice ou des pouvoirs de V administrât hn; c'est en lui *' et en son Conseil qu'est placée la puissance législative : ■" vous ave« dos Jicges qui doivent décider dans tous les ^' cas où votre vie, votre liberté, ou vos biens sont en ** danger, et effectivement, il semble qu'il se trouve ici ^' une distribution et Hpartition^ de diverses puissances en " des .mains différentes qui se repriment l'une Fautre, ce ^* qui est l'unique méthode que Pesprit humain ait jamais " imaginée pour contribuer à l'accroissement de la liberté *' et de la prospérité des hommes.
'^ Mais vous servant de cette sagacité si naturelle aux ^' Français, et dédaignant d'être décens pai- le faux *'■ brillant de cet extérieur, examinez la plausibilité de *' ce plan, et vous trouvei'ez (pour me servir des paroles *' de la Sainte Ecriture) que ce n'est qu'un '* sépulchre *' blanchi^' pour ensevelir votre liberté et vos biens avec ■" votre vie,
<* Vos Juges et votre (soit-dieant) Conseil Jbégislatif " depetvdent de voti^ (xouverneur, et lui-même dépend des *' servitoursde la Couronne, en Angleterre. Le moindre *' signe du Ministre fait agir ces puissanc^es législative *' exécutrice et celle de juger. Vos privilèges et vos *'■ immunités n'existent qu'autant que dure sa feveur, et *< son courroux Êait évanouir leur forme chancellante.
" La perfidie a été employée avec tant d'artifice dars *' le Code des loix que l'on vous a récemment offert, qiw ■" quoique le oommenoenaent de chaque paragraphe pa- "' raisee être plein de bienveillance, il se termine cepen- ** dant d'une manière destructive ; et lorsq ue le tout est " dépouillé des expressions flatteuses qui le décorent, il ^'' ne ««u tient Autre chose, sinon^ que la Couronne et &e»
" Ministres seront atissi absolus dans toute l'étendue â&' '• votre vaste Province, que le sont actuellement les des- " postes de l'Asie et de l'AiWque. Qui protégera vos biens "contre les Editsd'iiïipôtset contre les rapines des supé- " rieurs durs et nécessitcxix ? Qui défendra vos personnes " de Lettres de Cachets, de Prisons, de Cachots et de " corvées fatigantes, votre liberté et votre vie contre des " Chefs arbitraires et insensibles ? Vous ne pouvez, en " jettant les yeux de tous côtés, apercevoir une seule " circonstance qui puisse vous promettre d'aucune façon, '« le moindre espoir de liberté pour vous et votre posté- " rite, si vous n'adoplez entièrement le projet d'entrer " en union avec nos colonies.
•' Quel serait le conseil que vous donnerait cet homme '• si véritablement grand, cet Avocat pour la liberté et " l'humanité, que nous venons de citer, fut-il encore '• vivant et sçût-il que nous nos voisins puissans et nom- '*' breux, inspirée d'un juste amour pouï nos droits enva- " his et unis par les liens indissolubles de Faffection et de " l'intérêt, vous auraient invités au nom de tout ce qiie " vous devez à vous-même et à vos enfans (comme nous " le faisons à présent) de vous unir à nous dans une '« cause si juste, pour n'en faire qu'une entre nous, et " courir la même fortune pour nous délivrer d'une sub- '' jection humiliante sous des G^ouverneurs, Intendans et " tyrans Militaires^ et rentrer ferrtiement dans le rang " et la condition de libres Citoyens Anglais, qui ont '' appris de leurs ancêtres à faire trembler ceux qui osent ♦• seulement penser à les rendre malheureux.
" No serait-ce pas par un discours semblable qu'il " s'adresserait à vous ? Et dirait, saisissez l'occasion que " la Providence elle-même vous offre, votre conquête " vous a acquis la liberté si vous vous comportez comme '* vous devez, cet événement est son ouvrage : vous n'êtes •• qu'un très-petit nombre en corfiparaison de ceux qiii " vous invitent à bras ouverts de vous joindre à eux ; un <• instant de réflexion doit vous convaincre qu'il convient " mieux à vos intérêts et à votre bonheur, de vous prO- " curer l'amitié constante des peuples de l'Amérique "'septentrionale, que de les rendre vos implacables en- <« nemis. Les outrages que souffre la ville de Boston, ont " alarmés et unis ensemble toutes les Colonies, depuis la?
** 'nouvel le Ecosse jusqu'à la Géorgie, votre Pr.)vinco est ^' le seul anneau qui manque pour completter la chaîne ** forte et éclatante de leur union. Votre pays est natu- "relleraenC joint au leur, joignez vous aussi dans vos "intérêts politiques; leur propre, bien être permettra ■" jamais qu'ils vous abandonnent on qu'ils vous trahis- " sent : soyez jiersuadés que le bonheur d'un peuj)le " dé|)end absolument de sa liberté et de son courage ">pour la maintenir. La valeur et l'étendue des avan- " tages que l'on vous dffre est immense ; daigne le Ciel " ne pas permettre que vous ne reconnaissiez ces avun- " tages pour le plus grand des biens (|ue vous pourriez " posséder, qu'après qu'ils vous auront abandonnés à "jamais."
" Nous connaissons trop bien la noblesse de sentiment "qui .distingue votr« nation, pour supposer que vous " fussiez retenus de former des liaisons d'amitié avec ^' nous par les préjugés que la diversité de religion pour- " rait faire naître. Vous sçavez que la liberté est d'une " nature si excellente qu'elle rend, ceux qui s'attachent " à elle, supérieurs à toutes ces petites foiblesses. Vous "avez une preuve bien convaincante de cette vérité dans " l'exemple des Cantons Suisses, lesquels quoique cotn- " poses d'états Catholiques et Protestans, Tie laissent pas "cependant de vivre ensemble en paix et en bonne in- " telligence, ce qui les a mis en état depuis qu'ils se " sont vaillamment acquis leur liberté, de braver et de " re[)Ousser tous les tyrans qui ont osé les envahir.
" S'il se trouvait quelques uns parmi vous (comme " cela est assez fréquent dans tous les états,) qui prefé- " reraient la faveur du Ministre et leurs intérêts parti- " culiers au bien-être de leur patrie, leurs inclinations " intéressées les porteront à s'opposer fortement à loutes " les mesures tendantes au bien public, dans l'espérance " que leurs supérieurs les récompenseront amplement " pour leur services honteux et indignes : mais nous ne " doutons pas que vous ne sei-ez en garde contre de " telles gens, et nous esjiérons que vous ne ferez ])oiHt " un sacrifice de la liberté et du bonheur do tous les •" Canadiens, pour gratifier l'avarice et l'ambition de -^'.quelques particuliers.
■'' Nous ne requérons pas de vous dans cette adresse
"d'en venir A des voies de fait contre le Gouvernement' " de notre Souverain, nons voue engageons seulement à " consulter votre gloire et votre bien-être, et à ne pas " souffrir que des Ministres infâmes vous persuadent et " vous intimident jusqu'au point de d» venir les ini-tru- " mens de leur ciuauté et de leur desi)0tisme. Nous " vous engageons aussi à vous unir à nous par un pacte " social, fondé sur le principe lil)(iial d'une lilerté f gale, " et entretenu par une suite de bons offices réciproques, " qui puissent le rendre perpétuel. A des.'-ein d'etlectuer " une union si désirable, nous vous ] irions de considérer " s'il ne serait pas convenable que vous vous assembliez " chacun dans vos villes et districts respectifs, pour élire " des déjjutés de chnque endroit qui formoiaicnt un " ( ODgrès Provincial, duquel vous pourriez choisir des " Délégués pour être envoj'és, comme les rejirésentans- " de votre Province, au Congrès gén< rai de ce continent " qui doit ouvrir ses séances à Philadelphie, le 10 de " Mai 1775. ■
" Dans le j)iésent Congrès qui a commencé le 5 du " mois passé, et a continué jusqu'à ce jour, il a été résolu "unanimement et avec une satisfaction univeiselle, que " nous regai'derions la violation de vos droits, opérée "par l'acte pour charger le Gonvern(ment de votre " Province, comme une violation des nôtres propres, et " que nous vous inviterions à entrer dans notre confede- " rai ion, laquelle n'a d'^autres objets en vue que la par- " faite assurance des droits civils et naturels de toi'S les " membres qui la composent, et la ] réservation d'une " liaison heuriuse et peimanente avec la Grande Bre- " tagne, fondée sur le.- ])rii(cipes fondamentaux et salu- " tai.es que nous avons expliqués ci-dovant. C'est pour " parvenir à ces tins que n< us avons fait présenter au " Eoi, une liequête humble et loyale, le supjdiant de "vouloir bien nous delivier de nos oppres^i()ns. IS'ous " avons aussi formé un accord, par lequel nous suspcn- " dons rim])0]'tation de toutes sortes de marchandises "de la Giande Bretagne et de l'Irlande, a] rès le pie- " niier de Décembre prodiain. Comme aussi nous nous " engageons à ne rien trai sporter de chez nous dans ces " Iloyaumes ou aux Isles de l'Amérique, après le dixième
" de Septembre prochain, si nous n'avons pas encore " obtenu, dans ce temps là, la réparation de nos griefs. " Que le Tout-Puissant daigne vous porter d'inclina- " tion à approuver ni>s démarches justes et nécessaires, " et à vous joindre à nous,t>t que lorsque l'on vous offrira " quelques injures que vous serez résolus de no point " souffrir, à ne pas faire dépendre votre sort du peu " d'influence que pourrait avoir votre seule Province " mais des puissances réunies de l'Amérique septen- '' trionale ; et qu'il veuille accorder à nos travaux unis, " un succès aussi heureux que notre cause est juste, est " la fervente prière de nous, vos sincères et affectionnés " Amis et Concitoyens.
" Par ordre du Congrès, " 26 Octobre 1774.
" Henry Middleton, Président. "
Note C.
SOUFFRANCES ENDURÉES PAR L'ARMÉE d'ARNOLD d'après HENRY. (1)
" Coming to a long, sandy beach of the Chaudière, for we sometimes had such, hOme of our company were observed to dart from the file, and with their nails tear out of the sand, roots*, which Ihey esteemed eatable, and ate them raw, even without wa^shing. Languid and woe-begone as your father wns, it could not but croate a srailo to observe the whole Une watching with Argus eyes the motions of a few men who kncw the indications in the sands of those roots. The knowing one sprung; half a dozen followed; he who obtained it ate the root instantly. Through hunger urged, it was far from me to contond in that way wit^i so powerful men as thèse were.
(1) John Joseph Henry, pins tard président du second district judicinir* de la Psnfylvanio, faisait partie de l'armée d'Arnold. Il a publié sous le titre de Campa! ija agniiiHi Québec, un récit très-intéressant de l'expédition d'Arnold. Noua en tirons cet extrait qui donne une idée de» mijères qu'ont souffertes les Américains dans cette excursion.
" During this day's march (about 10 or 11 a.m.,) my filioe having given out again, \ve came .to a firo, where were some of Captain Tliayer's orTopham's men. Simpson was in front; trudging after, slipshod and tired. I Bat down on the end of a lon^ log, against which the fire was built, absolutely fainting from hunger and fatigue, my gun standing between my knees. Seating myiself, that very act gave a cast to the kettle, it being placed partly against the log, in such a way as to spill two-thirds of its contents. At that moment a large man sprung to his gun, and pointing it towards me, he threatened to shoot. It created nofoar; his life was with much more certainty in my power. iJoath would hâve been a welcome viisitor. Simpson soon niade us friends Coming to their fire, they gave me a cup of their brotb. A table'spoonful was ail that was tasted. It had a greenish hue, and they said it was made from the flet^h of a bear. This was instantly known to be untrue, from the taste and smell. It was that of a dog. He was a large black Newfonndland dog, belonging to Tbayer, and very fat. We left thèse merry fellows, for they were actually siich, mangre ail their wants, and marching quickly, towards evening enoamped. We had a good tire, but no food. To me the world had lost its charms. Gladly would death hâve been received as an auspicious herald from the Divinity. My ]iri val ions in every way were such as to produce a willingness to die. Without food, without clothing to kee]) me warm, without money, and in dcep and devious wilderness, the idea occurred, and the mcans were in my hands, of ending existence. The God of ail gooclness irispired otber and better thoughts. One principal cause of change (under the fostering hand of Providence) in my sentiments, was the jovial hilarity of my friend Simpson. At night, warming our bodies at an immense fire, (our compatriots joined promiscuously around) to animale the Company, he would sing ''Plato," his sonorous voice gave spirit to my heart, and the morality of the song, consolation to my mind. In truth the rausic, though not as correct as Ilaudel, added i-trength and vigor to our nerves. This eveinrg it was, that some of our comjianions, whose stomachs had not received food
the last forty-eight hours, adopted the notion that leather, thongh it had been manufactured, might be made palatable food, and wonld gratify the appetite. Observing their discourse, to nie iheexporiment became a matter of <-uriosity. They washed their moose-skin moccasins in the first place in the river, scraping away the dirtand sand with grcat care. Thèse were broiight to the kettle and boiled a considérable time, under the vague, but consolatory ho])e that a mucilage would take •place. 'J he boiling over, the poor fellows chewed the leather, but it was leather still, not to be macerated. My teeth, though young and good, succeeded no better. Disconsolate and weary, we passed the^uight. "
Note D.
RELATION DE l'asSAUï DE QUÉBEC.
Voici comment le Juge Henry raconte le combat du Saut-au-Matelot :
" It was not until the night of the 31st (30th) of December, 1775, that such kind of wcather ensued as was
considered favorable for the assault By 2 o'clock
we wcre accoutred and began ourmarch. Thestorm was outrageous, and the cold wind extremely biting. In this northcin country the snow is blown horizon tally into the faces of travellers on most occasions, this was our case.
Janiiary Ist. — When we came to Craig's house, near Palace gâte, a horrible roar of cannon took place, and a ringing of ail the bells of tbc city, which are very numerous, and of ail sizes. Arnold, headingthe forlorn hopr, advanced perhaps one hundred yards bcfore Ihe main body. After thèse followed Lamb's artillerists. Morgan 's Company led in the secondai y part of the coliimn of infantry. Smitb's followed, headed by Steele; the captain, from particular causes, being ab-ent. Hendricks' company succeeded, and the eastern men, so far as known to me, followed in due order
*' In thèse intervais we rcceived a tremendous fire of musketry fiom the ramj)arts above us. Bere we lost
some brave men, when powerless to relurn the saintes we received, as the enemy was covered by his im])regnable défenses. They were even sightless to us — we could see nothing but tlie blazefrom themuzzlesof tbeir muskets
"■ We proceeded rapidly, exposed to a long line of fire trom the garrison, for now we were unprotected by any buildings. The tire had slackened in a sinall degree. The enemy had been partly called off to resist the General, and strengthen the party opposed to Arnold in ' oiir front. Now we saw colonel Arnold returning, wounded in the leg, and supportcd by two gentlemen ; a parson Spring was oiie, and in my belief, a Mr. Ogden the other. Arnold called to the troops in a cheerii g voice as we passod, urging us forward ; yet it was observable among the soldiery, with whom it was my misfortune to be now placed, that the Colonol's retiring damped their spirits. A cant phrase, " We are sold," was repeatediy heard in raany parts throu2;hout the line, Thus proceeding, enSladed by an animatcd but lessened fire, we came to the first barrier, where Arnold had been wounded in the onset. This contest had lasted but a few minutes, and was somewhat severe ; but the energy of our men prevailed. The embrasures were entered when the enemy were discharging their guns. The guard, corisisting of thirty persons, where either taken, or fled, leaving their arms behiiid them. At this time it was discovered that our guns were useless, because of the dampness. The snow, which lodged in our flcccy coats, was melted by the warmlh of our bodies. Thence came that disaster. Many of the party, knowing the circr.mstîince, threw aside their own, and sized the British arms
"From thefirst barrier to the second, there wasacircular course along the sides of bouses, £tnd partly ihrough a Street, probably of thrce hundred yards, or more. This second barrier was erected across, and near the mouth of a narrow street, adjacent to the foot of the hill, which opened into a larger, leading soon into the main body of the lower town. Hère it was that ihe most serions contention took place; this became the bone of stiife. The admirable Montgomery I y this lime (though it was
Biiknown to us) was no more ; yet we expeeted monientarilj to join him. The firing on Ihatside of the forlress eeased; his division fell under the command of a colonel Campbell, of the New York line, a nerveless chief, who retreated withowt making an effort, in purtsuance ot the General s original plans. The inévitable conséquence was, that the whole of ihe forces on ihat side of the city, and ihose who were oppoi^ed to the various detachments employed to make the false attaches, embodied and came down to ojjpose our division. Hère was sharp shooting.
" We were on the disadvantageous side of the barrier for such a purpose. Confined in a narrow street, hardly more than twenly feet wide, and on the lower gi'ound, scarcely a bail, well armed or otherwise, but must tako effect upon us. Morgan, Hendricks, Steele, Humphreys, and a crowd of every class of the army, had gathered into the narrow ])ass, attt mpting to snrmount the barrier, which was about twelve or more feet high, and so strongly eonstructed that nothing but artillery could effectuate its destruction. Thi-re was a construction fifteen or twenty yîirds within ihe barrier, upon a rising giound, the cannon of which much overtopped tho height of the barrier ; hence we were assailtd with grape shot in abundance. This ereetion waB called the platform. Again, within the barrier, and close in to it, were two ranges of mu^keteer8, armed with musket and bayonet, ready to reçoive those who might venture the dangcrous leap. Add to ail this that the etiemy occujiied the upper chambers of the houses in the interior of the barrier, on both sides of the street, from the Windows of which we became fair marks. The enemy, having the advantago of the ground in front, a vast superiority of niimbers, dry and better armM, gave them an irrésistible power in so nai-row a sjiace. Humphreys, upon a mound which was speedily crectcd, attended by many brave men, attempted to scail the barrier, but was compclled to retreat by the foi midable ])halanx of bayonets within, and the weight of tire fiom the platform and the buildings. Moi gan,* brave to 'cmority, stormcd and raged. — Heudricks, Steele, Nichols, Humphreys, equally brave, "were sedate,. though undor a trcmendous fire. The plat-
foi"«n, whid'h was within onr view, was «vacuated by Ihe accuracy of onr fire, and few persons dared veiiture there again. Now it was that the necessity of the occupancy of the housea on onr side of th« barrier, became apparent. Orders were given by Morgan to that elïect, we entered. This was near daylight. The houses were a shelter from which we could fîre with much accuracy. Yet even bore some valuable lives Wi3re lost Hendricks., when aiminghis rifle at some proininent person,died by a stragglirig bail throught his heart. He staggered a few feet backwards and fell upon a bed, were he instantly expired. Ile was an ornament to our little society.
" The amiable Iliimphrej^s died by a like kind of wound., but it was in the street before we entered the buildings. Many (tiher brave men fell at this ])lace ; among thèse w«ie Lieutenant Cooper, of Connecticut, and ])erhap8 fifty or sixty non-cornmissioned officers and privâtes.. The wounded were numerous, and many dangerously woiinded. Captai n Lamb, of the York artillerists, had nearly on half of his face carried away by a grape or canister shot. My friond Steele lost tliree of his fingei-s as he was presenting his gun to fire ; Captain Hubbard and Lieutenant Pisdie were also among the wounded. When we reflect upon the whole of the danger at this barricade, and the formidable force that came to among us, it is a matter of surprise that so many should escape death and wounding, as did. Ail hope of success having yanished, a retreat was contemplated ; but hésitation, unccrtainty, and a lassitude of mind which generally takes place in the affairs of men, when they fail in a project upon which they bave attached much expeclation, now followed. That moment was foolishly lost when such a movement might hâve been made with tolerable success. Captain Laws, at the head of 200 men., issuing from Palace gâte, most fairly and handsomely cooped us up. Many of the men, aware of the conséquences, and ail our Indians and Canadians (except Natanis and another,) escaped across the ice which covered the bay of St. Charles, before the arrivai of Captain Laws. This was a dangerous and de.-petate adventure, but worth the undertaking, in avoidance of our subséquent sufferings. Its ,desj)erateness consisted
fti fntiftîiig two miles across shoal ice, lïiroWn tp hy ihe high tides of this latitude — and ils danger in the meetingwith air holes, deceptively covefed by the bed of snow. " Speaking circumspectly, yet it must be admitted conjecturally, it seems to me that in the whole of the attack, of commissioned officers we had six killed, five wounded : and of non-commissioned and privâtes at least one hundred and fifty killed, and fifty or sixty Wounded. Of the enemy, many weto killed and many moî'e wounded, Comparatively, than on Our side, taking into view tbe disadvantages We labored under ; and that but tWo occasions happened When we could return their firo — that is, at the first and second barriers. Neither the American accountof this aft'air, as publii<hed by Congress, nor that of Sir Guy Carleton, admit the loss of either' 8ide,to be so ^reat as it really wasy in my estimation. "
COMBAT BtT SAUT-AtT-MATELOT ET ATTAQUE DE PRÈS-DlS^ VILLE, BAC0NTÉ8 PAR 8ANGUINET.
" Alors M. Montgomery, voyant qu'il dépensoit inuti^ lement sa poudre, et qu'il étoit au moment d en manquer, pendant que la ville faisoit un feu continue!, prit la résolution de donner une escalade pendant une nuit obscure, persuadé qu'il avoit beaucoup d'amis dans la ville qiii luy faciiiteroient son entreprise. On en fut averti par* un déserteui'. On fit en conséquence bonne garde ce jour-là, mais l'attaque ne se fit point au temj(8 fixé parle" déserteur. Ott se douta que les Bastonnois attaqueroient le jour suivant, et l'on ne se trompa; point, car le trente un de Décembre m&, à cinq heures du matin, les Bas-» tonnois au nombre d'enviton trois Cent cinquante, ayaint à leur tète le Général Montgomefy, vinremt pour escalader Près-de-ville, et en même temps cinq cent cinquante ayant à leur t^e M. Arnold, pour attaquer le Sault-au-^ Matelot. Le capitaine McCloude du Royal Mmigrant qiii étoit de garde à ce poste, malgré qu'il fût averti par les factionnaires de l'approche des Bastonnois, feignit de ne vouloir rien croire.
" La garde voulut prendre les armes, mais il s'y opposa, de manière qite le* Bastonnois montèreirt le»
Ipafissades, 8*emparèrei)t des canons qui étoient sur un quay. Alors les factionnaires se rendirent à la garde et les Bastonnois prirent toute la garde sans tirer un seul coup de fusil et s'emparèrent de toutes les maisons du Sault-au-Matelot. Aloi-s le capitaine McCloude qui commandoit la garde lit le saoul, il se fit porter par quatre hommes* Il y avait tout lieu de croire qu'il avait quelqu'intelligenee avec les Bastonnois. Il fut mife aux arrêts jusqu'au printemps après le départ des Bastonnois de devant Québec. Quelques écoliers qui étoient à cette garde vinrent donner l'alarme à la Haute* ville. A l'instant l'on fit sonner toutes les cloches et battre le tambour, tout le monde se réveilla et chacun courut à la place d'armes. Les écoliers et plusieurs citoyens qui étoient de piquet ce jour-là, se rendirent les premiers au Sault-au-Matelot, à la garde de ce poste^ ne croyant pas que les Bastonnois étaient dans cette partie, mais la surjjrise fut grande quand ils se trouvèrent parmi les Bastonnois qui leur présentoient la main en disant : V"ive la liberté ! Les écoliers à ces mots, s'apercevant qu'ils étoient au milieu de leurs ennemis^ se trouvèrent dans un triste embarras. Plusieurs d'entre eux commencèi-ent à s'évader, mais les Bastonnois voyant leur desseini les désarmèrent. Cependant, plusieurs montèrent promptement à la Haute-ville, sur la place d'annes où toute la garnison étoit assemblée, en criant de toutes leurs forces que les enneruis étoient dans le Sault-au- Matelot, qu'ils avoient pris la garde et une batterie ; comme c'etoit des jeunes gens, on eut peine à les croire. " Cependant le Général Guy Carleton donna aussitôt ordre au Colonel McClene de courir à la Basse- ville afin de connoître la vérité. Il revint un instant après en criant î Oui jmr Dieu, c'est bien vrai que les ennemis sont dans le Sault-au-Matelot. Alors le Général Carleton dit aux citoyens que c'étoit le temps de se signaler et de montrer leur courftge. Il donna ordre à deux cents hommes d'aller au Sault-au-Matelot. Quand ils furent près de l'ennemi, ils se trouvèrent saisis de crainte et sxirpris du grand progrès que les Bastonnois avoient fait, car ils avoient déjà posé trois échelles sur la troisième barrière, qui étoit la plus foible et la dernière à franchir. L'alarme 'ttugmenta^ôt tout étoit en combustion, le désordre régnoit
partout et ceux qui dévoient commander ne se pressoîetitpas d'avancer, la crainte s'empara davantage de l'esprit des meilleurs royalistes qui entendirent crier les Bastonnois, — Mes amis, en nommant le nom de plusieurs citoyens de la ville, êtes-vous là f On s'aperçut alors par ces paroles qu'il y avoit plusieurs traiti-es dans la ville, et c'est qui tit trembler les bons citoyens. Qu'importe ? Un nommé Charland, canadien aussy fort qu'intrépide, tira par dessus la barrière les échelles de son côté. Il y avoit alors plusieurs Bas-tonnois tués le long de la barrière, parce que l'on commençait à se fusiller de part et d'autre. Los Bastonnois avoient pour se distinguer un papier cacheté sur le sommet de la tête, où étoit écrit ; Vive la liberté ! d'autres, où étoit écrit : Mors dut Victoria. Alors les Bastonnois abandonnèrent le dessein d'escalader cette dernière barrière et se retirèrent dans les maisons, ouvrirent les fenestres et tirèrent de tous côtés, et a^prochoient du côté de la Basse-ville de maison en maison, et s'ils n'eussent été arrêtés, ils seroient parvenus facilement à celle qui faisoit le coin de la Barrière. Mais M. Alexandre Dumas qui étoit un capitaine, ordonna de s'emparer de cette maison. Dans l'instant le Sieur Dambourgès monta par une fenestre, par le moyen des échelles enlevées à l'ennemi, suivi de plusieurs canadiens. Ils défoncèrent la fenestre du pignon de la maison. Il y trouva déjà plusieurs Bastonnois. Après avoir tiré «on coup de fusil, il fonça avec la bayonnette et entra dans la chambre avec plusieurs Canadiens qui le sui* voient, animés du même courage, jettèrent 1^ frayeur parmy les Bastonnois qui se rendirent prisonniers.
" Sur ces entrefaites, le Général Gruy Carleton fit sortir deux cents hommes par la porte du Palais, commandés par M, Lawse afin de couper le chemin aux Bastonnois, b'Us voulaient s'en retourner et les mettre entre deux feux. On en donna aussitôt avis aux citoyens qui avoient arrêté les Baatonnois dans le Sault-au- .Matelot, ce qui augmenta leur courage. M. Lawse se rendit avec ses deux cents hommes à l'autre bout du Suult-au-Matelot, ayant sorti ])ar la porte du Palais et entra dans une maison où étoient tous les officiers Bastonnois qui tenoient conseil Bur le parti qu'ils avoient à prendre. Alors plusieurs ©ifîciers BAstonnoie tirèrent leurs épéos pour le tuei*,
tnp-is îl lëut* dit qu'il avoit douze cents honimes qu'il commandoit, et que s'ils ne se rendoient à l'instant, qu'ils seroient tous tués sans miséricorde. Quelques-uns des officiers regardèrent par la fenestre, il leur parut effectivement y avoir beaucoup de monde, quoiqu'il n'y eût que deux cents hommes. Alors ils traitèrent plus favorablement M. Lawsc et se rendirent prisonniers. Cette ruse luy conserva la vic;
" Comme les Canadiens étoient à l'extrémité du Sault^ &u-Matelot,du côté de laBasse- ville, qui tii'oientcontinuellement sur les Bastonnois, ils entendii'ent une voix qui crioit : Ne tirez plus, Canadiens^ car vûus allez tuer vos amis. L'on crut d'abord que c'était une feinte de la part des Bastonnois et comme l'on continuoit à fusiller, on entendit encore proférer les mêmes paroles. On cessa alors de faire feu, reconnoissant la voix de plusieurs des nôtres qui avoient été faits prisonniers à la garde. En même temps les Bastonnais demandèrent quartier, en disant qu'ils se rendoient prisonniers. Les uns jettèrent leurs armes par les portes et les fenestres des maisons où ils étaient logés, et les autres, saisis de frayeur se cachèrent dans des caves, des greniers et la plus grande partie présenta la crosse de leurs fusils. Le combat dura environ deux heures. Nous n'eûmes dans ce combat que six hommes tués et cinq blessés, et les Bastonnais, environ vingt ou trente tués et autant de blessés.
" Le Sr Arnold qui commandait ce détachement, fut blessé à la jambe et fut porté à l'Hôpital-Général, et il fut fait deux cent quatre-vingts à trois cents prisonniersj y compris trente-deux officiers.
" Pendant ce combat, il s'en livra un autre en même temps à Près-de- Ville ; M. Montgomery, général des Bastonnois, attaqua ce poste à la tête d'environ trois cent cinquante hommes, parce que pour s'y rendre le chemin est extrêmement étroit. La garde qui étoit à Ce poste, au nombre de quarante-cinq hommes, virent les Bastonnois escalader la première barrière et se ranger en ordre de bataille sur un quay. Mais comme dans ce poste il y avait une batterie masquée, dans le pignon d'une maison, de neuf pièces de canons, ils laissèrent avancer M. Montgomery avec son monde jusqu'à quarante pieds de làv Alors le Sieur Chabotte et le Sietir
Alexandre Picard qui commandoicnt ce jour-là la garde, donnèrent ordre de mettre le feu aux canons chargés à mitraille. A l'instant les Bastonnois prirent la fuite et 4a garde en fit autant de son côt^ et se sauva jusqu'à la Basse-Ville. Alors le poste resta sans être gardé ; mais quelques-uns de la garde ayant eu honte de leur fuite
{)roposèrent aux autres de retourner, n'entendant aucun )ruit. Effectivement ils arrivèi-ent à leur poste et trouvèrent les Bastonnois décampés, et s'aperçurent qu'il j avoit plusieurs Bostonnais qui avaient été tués par la décharge des neuf coups de canons, ils trouvèrent trentesix hommes tués dont M. Montgomerv étoit du nombre, «t quatorze blessés, sans compter ceux qui se noyèrent en se sauvant. Tl n'y eut aucun des nôtres de tué ni blessé parce que les Bastonnais furent surpris de la décharge des canons, à quoy ils ne s'attendoient pas. Ils ignoraient même qu'il y eût une batterie à ce poste, que si M. Montgomery n'eût point été tué et M. Arnold blessé, il est certain que la ville de Québec aurait été prise. Le poste qui fut attaqué par M, Montgomery étoit le plus difficile à prendre, parce qu'il falloit l'attaquer à la face ■des canons, dans un chemin qui ne pouvoit contenir que deux ou trois hommes de front."
aÉCIT DE l"' ASSAUT DE QUÉBEC PAR UN OFFICIER DE LA GARNISON i PUBLIÉ DANS . LE 2e VOL. DE SMITH's ByLSrORY OF CANADA.
" About four o'clock this morning, captain Malcolm Fraser, of colonel Maclean's régiment, in going his rounds, perceived signais not far from St. John's gâte ; and finding the weather such as the ehemy wished for, by the last deserter's report, he alarmed the guards and picquets, who stood to their arnis^ ail the sentries between Cape Diamond and Palace gâte saw raany an^t repeated flashes like lightning; on the heigths of Abraham, lights like ![a,nthorn8 were placed on pôles at î'egular distances. Two rockets were thrown up froni the foot of Cape Diamond, nnd immodiately a hot tii-o nvas kept up on those who lined the wallft at that place, aod a body of men were seen in SU John's suburbs j
frotn the flashes of the enemy's firing we perceived tïicy were hid behind a band of jvnow ; however we returned' their fire, directed by their flashos : during this tjharp musquetiy, the drums were beating to arms, ihe bells rang the alarm, and in less than ten minutes, every man in the garrison was under arms at his alarm post ; even old men upwards of 70 were seen forward to oppose the rebels. Colonel Maclean detached a party of the British militia, under Colonel Caldwell, to reinforce Cape Diamond ; there he was to make the disposition of the men, and return to the parade.
" Mr. Montgomery, with 900 of the best men attacked at Près-de-Ville, and Arnold, with 100 chosen fellows, attacked at Sàult-au-Matelot, The attack at Cape Diamond, the panide of men (Canadians it is said) near St. John's gâte, with a bombardment from St. Eoc's, were intented to draw otF our attention from the Lower Town, where the rebols were to make the real àttacks.
" Ourguard at Près-de- Ville had seen the flashes, every man was posted before the alarm was given; the gun- Tiers with lighted matches, waited for the word of command. Captain Barnsfair, who commanded the battery, cooUy waited the near approach of the enemy; he saw a group advancing ; they stopped within fifty yards of our guns; there they seemed in consultation; at last they rushed forward to their destruction, for our grape shot mowed them down ; groans and cries were heard, but not one soûl was' to be seen ; however, we kept sweeping the road with our guns and musquetry" for some time. At the other end of the town Mr. Arnold was wounded in the leg, in passing the picquets behind the Hôtel- Dieu, from whence a showcr of balls was poured on his party in their way to the Sault-au* Matelot; he was sent disabled to the G-eneral Hospital; the officers under him forced our guard, and made us retreat to a barrier about two hundred yards nearer the centre of the Lower Town ; there we made a stand, returning^ a brish fire, which the enemy under cover of houses, poured upon us.
"General Carleton, experienced in military aflfairs, saw the advantage the rebels gave us over them ; he iraproved it, and sent Captain Laws oat at Palace gâte,
Wiih a detachment of the ti'oops to take the enemy in rear, and Colonel Maclean ordered Captain Macdougal to support him with a party, and to keep possession of the post we had abandoned.
'* Major Nairne of theEoyal Emigrants, and Monsieur Dambourges of the same corjîs, by their gallant behaviour attracted the notice of every body. Tho General ordered them, with a strong detachment to the support of those already engaged in the Lower Town.
" Thèse two gentlemen ntîounted by ladders, and took possession of a house with hxed bayonets, whi€h the rebels had already entered, and thus secured a post which overlooked a strong battery on Lymburnef's wharf, and commanded a principal street.
"The regular troops, the militia, the seamen, in short, tjvery person bearing arma marched cheerfully, led on by their officers. They placed the greatest confidence in the General's knowledge, and they advanced secure of victory. Colonel Maclean, the second in command, with that coolness which distinguishes the good soldier, had bis eye every where, to pi*event the progress of the attackers ; his indefatigability since he arrived in Quebec merits much praise ; no man could do more for the good of the service ; every power of his was exerted, especially on this day. Colonel Caldwell took infinité pains with the British militia ; by his good example he made that corps emulous to appear where danger raade their présence most necessary.
" The seamen were under the strictestaiscipline; Colonel Hamilton and Major MacKenzie headed the brave fellows, who behaved as they do on ail occasions, like British tars. The handful ofEoyalFusileers, commanded by Captain Owen, distinguished theraselves, and the Royal Emigrants behaved like vétérans. The French militia shewed no backwardness ^ a handful of thera stood the last at Sault-au-I^alelot ; overcame by numbers, 'th«y where obliged to rotreat to the barrier.
" As the G-eneral had foreseen the sortée, made the victory ours, we hemmed the rebels^ in on ail sides: they called for quarter, and we made prisoners :
" 1 Lieutenant-colonel, 2 majors, 8 captains, 15 lieu- ^iônants, 1 adjutant, 1 quarter- m aster, 4 volunteers^ 350
rank *and file, not wounded ; 44 off.cers and soldîers wouï:ded. 426 taken.
" Tho flower of the rebel armj fel|l into oiir hands ; we ' hâve reason to think that a great number were killed and wounded.
" The prisoners say, that if Mr. Montgomery had attacked with the expected résolution we should hâve lost Lower Town. Little know they of tho situation of Près de-Ville ; after the Lower Town is taken, it remains commanded by the Upper Town.
" Liberty or JDeath, was wroto on slips of paper, and pinned to their caps.
" We lost captain Anderson, forraerly a lieutenant in the nîlvy, 5 privâtes killed, and two privâtes wounded. ■
" Wo took at St. Eoc's two brass three-pounders, two royals, three howitzers, and some small shells."