‹ Traumatismes et LeucémiesChapitre 6 sur 15 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation I.

(Professeur Sabrazès).

B..., mécanicien, âgé de 21 ans 1/2, fut présenté au professeur Sabrazès, le 6 décembre 1909, par le docteur J. Dubourg, de la Bastide.

Le 16 juin 1909, cet homme fit une chute d’une hauteur de 5 à 6 mètres et tomba sur le côté droit un peu en avant. On le releva ayant une fracture de la cuisse droite au tiers moyen, siège d’une vaste ecchymose qui ne s’effaça qu’au bout de deux à trois semaines. Il présentait une contusion du thorax provoquée par une clef anglaise qu'il tenait à la main pendant l’accident. Epistaxis abondante qui dura de deux à trois heures. Le blessé fut transporté à l’hôpital Saint-André salle 18, dans je service de Monsieur le Professeur À. Demons. Il y séjourna pendant deux mois et six jours pendant lesquels il resta sans appétit. Quarante jours environ après l’accident on remarquait que son teint devenait pâle et prenait une teinte jaune; de plus le malade éprouvait une certaine gêne pour uriner, la miction se faisait avec effort. La réduction de la fracture et la mise en place d’un appareil de contention avaient. exigé une chloroformisation prolongée (une heure et demie). Au moment de l’exéat la palpation laissait apprécier un cal résistant non douloureux. Les muscles circonvoisins accusaient cependant une sensibilité exagérée, spontanément et à la pression.

Son médecin habituel, Monsieur Dubourg, fut surpris par la pâleur inaccoutumée du visage et par la décoloration des lèvres, De plus le malade se plaignait d’être facilement essoufflé et accusait, une lassitude extrême. Vers le 15 août, le malade attira l’attention de

es

son médecin sur la présence d’un ganglion sous-maxillaire, gros comme une aveline, dont il avait constaté le développement à sa sortie de l’hôpital. On accusa la dentition, mais B. présentait une dentition en très bon état, sans trace de carie, et qu'il brossait et nettoyait jeurnellement. B... faible sur ses jambes et présentant une atrophie marquée des muscles du membre inférieur droit reçut à domicile pendant plusieurs mois un massage général et local pratiqué par des mains expertes. La perte des forces s’accentuant on recourut alors à un traitement électrothérapique et mécanothérapique sous la direction de Monsieur le Professeur Sigalas. Malgré ces divers traitements la santé générale demeurait précaire, et l’affaiblissement général et local persistait. Deux mois environ après l'apparition du premier ganglion, le malade remarque des poussées nouvelles d’engorgement ganglionnaire dans diverses régions. Il montre à Monsieur le docteur Dubourg une série de ganglions au cou, dans les aisselles et les aines ; les uns de la grosseur de noix et de noisettes, les autres de gros pois. Arrondis où ovalaires ils se délimitaient les uns des autres, glissant sous la peau, et sur les plans profonds, sans être douloureux. La rate, eXaminée à ce moment, ne parut pas être augmentée de volume. Le teint était devenu blafard. Un traitement par l’arsenic et par l’iodure de potassium fut sans effet. En novembre, il se surajoute à ces troubles des signes de bronchite passagère. Vers le 10 de ce mois les gencives se metten! à saigner,ainsi que la muqueuse nasale. L’affaiblissement progresse: Le 1€7 décembre l’aggravation s’accuse. De violentes douleurs se localisent dans l’hypochondre gauche. Des hémorragies profuses se feront jour par les fosses nasales et par les gencives décollées et fongueuses. Des pétéchies parsèment les téguments. Les ganglions se sont accrus formant des pléiades dans les régions sus-indiquées, se révélant dans des territoires inaccoutumés (sus-épitrochléens, préaxillaires). La rate, accessible à la palpation, très douloureuse à la pression, à acquis un développement énorme, de même le foie qui débordänt de quatre travers de doigt l'arc costal n’est ni mameloané ni très douloureux.

Telle est l’histoire de cette maladie à évolution rapide dont le docteur J. Dubourg notait les étapes. |

Avant cette fracture de cuisse B. jouissait d’un parfaite santé. Il

All

avait été réformé cependant pour faiblesse de constitution. Ayant grandi rapidement et venant d’être, à l’époaue du Conseil de révision, très enrhumé son thorax étroit contrastait avec sa haute stature. I} n’en était pas moins vigoureux, accomplissant un métier pénible, et quinze jours avant le Conseil de révision il avait satisfait, au moment de son admission dans les ateliers de la maison C..: à la visite médicale.

Antécédents héréditaires : rien à signaler.

Le 6 décembre, nous examinons le malade, et constatons la pâleur terreuse de la peau, la décoloration des muqueuses, l'existence d’un peu de fièvre, l’horrible fétidité aigrelette de l’haleine, qui infecte la chambre. La langue est couverte d’un enduit grisâtre et humide. Des gencives fongueuses, remollies, pyorrhéiques, suinte du sang qui se concrète sur les dents déchaussées. Pléiades ganglionnaires signalées ci-dessus. La rate s'étend jusqu’à la ligne transversale, passant par l’ombilic; elle est hypersensible à la pression’ on reconnait sans difficultés des incisures. Le sternum est doulou” reux à la pression.

Examen du sang : Les piqüres au lobule de l’oreille saignent abondamment. Taux de l’hémoglobine 75 %. Globules blancs 200.800; 92.100 plaquettes sanguines par mm$. Les plaquettes sont relativement volumineuses quelques-unes simulent des hématies polychromatophiles et pourraient être confondues avec elles. La coagulation et la rétraction du caillot sont lentes, mais complètes. Le sérum exsudé, légèrement opalescent, est un peu plus coloré qu’à l’état normal. La réaction de fixation de la syphilis a été négative.

Hématies granvuleuses en coloration vitale 1 sur 88. Raresihématies à ponctuations basophiles (2 à 3 par grande préparation sur lame). Inégalité du volume des hématies. Présence de rares poïkylocytes. On trouve un bon nombre de normoblastes, quelques-uns à noyaux fragmentés montrant jusqu'à six segments, d’autres plus rares, de 9 w en moyenne, à noyau lacunaire au centre. Le cytoplasme de ces normoblastes, est tantôt polychromatophile, tantôt parsemé de granulations basophiles. On n’a pas de peine à trouver des macroblastes polychromatophiles à noyau unique ou plus souvent fragmenté, voire même morcellé en quatre à cinq segments Imégaux. Pré sence d’hémocytoblastes à chromatine nucléaire dispersée en rayon

To

ondulés, à cytoplasme d’un bleu violacé avec leur stade de transition vers le macroblaste. On est d'emblée frappé par l'énorme prédominance des formes lymphoïdes grandes et petites. Pourcentage des globules blancs calculés d’après un millier de cellules : grands éléments lymphoïdes : 52 % ; éléments lymphoïdes moyens et petits, 39 %, petits lymphocytes typiques, 6 %; grands mononuclééS 0.33 %; leucocytes polynucléés neutrophiles, 5,8 % ;5m yélocytes neutrophiles, 0,50 % ; éosinophiles 0,2 %. Mastzellen 0,2 %,.

Le 6 décembre, une injection de 20 cc. de sérum de cheval anti diphtérique apparut sinon tarir du moins atténuer les hémorragies' La rate à diminué de volume; le malade qui ne reposait pas depuis trois Jours put dormir, Le 7 et le 8 décembre l’insomnie redevient très pémible.

Le 10 décembre, le pouls s'élève à 135 en discordance avec la température qui reste à 370, l’état s'aggrave; le malade succombe pendant la nuit.

Le permis d’autopsier fut refusé par la famille.

Observation II.

(Professeur Sabrazès. Inédite).

Alexandre Lac... ügé de 54 ans, est adressé le 4 juillet 1914, au professeur Sabrazès, par le docteur Casassus, de Saint-Jean de Luz. Le malade qui a expulsé un calcul urique, et qui voit son état général décliner présente des douleurs dans l’hypocondre gauche, qui furent prises pour des névralgies intercostales. Le docteur Casassus examinant le malade, constate une rate hypertrophiée, qui af- Îleurait la ligne médiane ombilicale, et dont le pôle inférieur plongeait dans la fosse iliaque gauche. Présence de ganglions axillaires et inguinaux cruraux à droite et à gauche. Hépatomégalie. Amaigrissement. Sueurs profuses. À l’auscultation du cœur, on trouvait un souffle à la base au second temps. Oligurie avec excès d’acide urique. B.-W. négatif.

Dans les antécédents personnels du malade, le professeur Sabrazès releva une commotion générale lors d’une calastrophe de chemin

LE Re

de fer, treize ans auparavant, occasionnant une contusion de la région splénique, avec ecchymose de la paroi.

Examen hématologique : 3.406.000 globules rouges, 300.000 globuies blancs. Hémogiobine 75 %,. Lymphoblastes 15 % lymphocytes moyens et petits 72 %, polynucléés neutrophiles : 2 0, grands monocytes 5%, grands monocytes lobés 3%, peu de globulins; rares globules rouges nucléés, très rares hématies granuleuses.

Traitement : quarante séances radiothérapiques et capsules de Benzène.

Le malade est revu le 24 juin 1915, l’état général est meilleur.

Examen hématologique : 4.200.000 globules rouges, 24.500 globules blancs, 30.000 globulins, microlymphocytes 80 %, lymphoblastes 5 %, moyens Dre 8 %, polynucléés 3 %, grands monocytes, 2 %,, cellules originelles ? %.

Observation III.

(Histoire d’un malade soumis à l’observation de M. le Pr Sabrazès, par M. le PT Villar. — Tnédite.i

Un ouvrier, très vigoureux, marié et père de sept enfants, se fractura dans une chute la clavicule gauche. Quatre ans après il s’apercut de l'existence dans l’hypochondre gauche d'une tumeur aplatie, large comme une pièce de 5 francs, douloureuse dans le décubitus latéral] gauche. Il fut soigné sans résultat pendant cinq mois pour névralgies intercostales. Progressivement la tumeur augmenta de volume, et se développant de haut en bas arriva à déborder le rebord des fausses-côtes. Le malade présenta de l’anorexie et de temps en temps des vomissements. Il perdit environ 6 kilogrammes de son poids.

Etat actuel (22 juillet 1910) : teint pâle, légère bouffissure de la face, muqueuses buccales décolorées ; ganglions sous-maxillaires du volume d’une olive, de consistance molle et très mobiles, ganglions carotidiens à droite du volume d’un demi-œuf de pigeon; quelques petits ganglions parotidiens à gauche. Ganglions inguinaux et cruraux assez nombreux des deux côtés. Rate volumineuse, dépas-

ant de 2 travers de doigt la ligne ombilicalec la percussion du ster-

loss

num est douloureuse dans sa moitié inférieure. Au niveau de la clavicule gauche le cal est perceptible et ia palpation révèle l’exis tence de petits ganglions en regard du cal. Rien à signaler par ailleurs.

Examen hématologique : Hémoglobine, 65 % ; 4.340.000 globules rouges ; 279.000 globules blancs; pas de liseré plasmatique autour de la tache de sang sur le buvard. Prédominance de petits lympho cytes, quelques-uns avec un nucléole. Les grands lymphocytes montrent parfois deux nucl‘oles. Peu d’hématies granuleuses, peu de plaquettes sanguines. Quelques rares hématies à granulations basophiles. Pas de Mastzellen. Pas de myélocytes.

La fracture de la clavicule remontoit à 4 ans, a-t-elle préparé le terrain à une leucémie lymphogène chronique? il est difficile de l’affirmer. Dans les antécédents du malade on ne trouvait pas d’hémopathie ni d'autre cause ayant pu influer sur la genèse d’une leucémie lymphogène.

Observation IV.

(Professeur Sabrazès. Inédite.)

S..., laboureur, âgé de 46 ans, entre aux hospices Pellegrin. Malade depuis janvier 1918, marié, père de deux enfants, il avait, toujours été bien portant auparavant. En janvier 1918, cet homme est très fatigué, il se trouvait alors dans un parc où l’on s'occupait du gonflement des ballons, son travail consistait à porter des tubes d'hydrogène et l’exposait à des heurts fréquents des hypochondres. Cinq mois après le début de ce travail, il s’aperçut pour la première fois d’une grosseur au côté gauche, il avait alors maigri mais ne s'était jamais pesé; il présenta ensuite des syndromes de syncopes locales des extrémités.

Antécédents personnels : Rien à signaler, à pari un éclat d’obus, en 1915, dans la fesse gauche.

Antécédents héréditaires : Père mort à 42 ans d'affection indéterminée. Mère morte d'accidents hépatiques.

Etat actuel : teint pâle, grosse rate qui atteint la ligne transverse

ombilicale médiane, et qui remonte au niveau du 6e espace, sur la

HER re

ligne mamelonnaire, douloureuse spontanément. Présence de quelques ganglions du volume d’un pois au niveau des régions sus-claviculaires et sus-épitrochléennes gauches. Adénopathies axillaires et inguinales des deux côtés du volume d’une noisette. Sternum douloureux à la pression.

Examen hémalologique : 4.145.000 globules rouges, 218.000 globules blancs; myélocytes, 52 %; myélocytes éosinophiles, 6 %; myélocytes neutrophiles, 27 %:; Mastzellen, 5 %; leucoblastes, 2 %; quelques normoblastes.

Observation V.

(Professeur Sabrazès. Inédite.)

M. Lat.…, ouvrier métallurgiste, âgé de 30 ans, fut contusionné pendant les hostilités au niveau du ilanc gauche, en Meurthe-et- Moselle, par un éclat d’obus. Il perdit connaissance pendant quelques secondes; une forte diarrhée apparut 15 jours après. Le malade présenta dès ce moment une teinte terreuse des téguments, une perte de l’appétit s’accompagnant de diminution des forces; il est envoyé au repos à l’arrière du iront. Il ne fut pas examiné par un médecin.

En 1915, il constate la présence d’une grosseur dans l’hypochondre gauche. Il travaillait alors comme tourneur sur métaux, dans une usine près de Paris.

En avril 1917, une extraction dentaire provoqua une hémorragie abondante qui dura 15 jours. Il fut ensuite dirigé sur l’hôpital auxiliaire de Saint-Mandé. Pas d'examen médical détaillé. Le professeur Vaquez fit un examen hématologique qui montra 900.000 globules blancs; un traitement à base de benzène fut ordonné. Le nombre des globules blancs tomba à 260.000. En janvier 1918, il fut réformé avec le diagnostic de leucémie. Le professeur Sabrazès examina le malade le 2 février 1918. Ge dernier souffrait de douleurs dans la région splénique, douleurs qui s’irradiaient vers l’épaule gauche et de douleurs dans l’aine. Le malade à peu près impotent est confiné à la position couchée. Ganglions du volume d’une noisette dans la régien sous-maxillaire. Le sternum est douloureux à la pression. Léger œdème des membres inférieurs. La rate atceint le pubis,

elle est douloureuse à la palpation. Circulation collatérale surtout marquée à droite. Examen hématologique : Leucoblastes 25 %; myélocytes neutrophiles 20 %; leucocytes polynucléés neutrophiles 45 %: myélocytes éosincphiles 0. %; Mastzellen 0,3 %,. Globules rouges 3.472.000; globules blancs 465.000; hémoglobine

50 %,. Peu de plaquettes sanguines.

Observation VI.

(Professeur Sabrazès.)

Un cultivateur âgé de 30 ans, éprouva, il y a trois ans, une sensation de plénitude dans l’hypochondre gauche. Il attribua ces malaises à un traumatisme récent. [Il aurait reçu, en effet, un violent coup d'épaule qui l'avait fait tomber à la renverse. Le jour même il commença à ressentir ces troubles, trois mois après le malade s’aperçut d’une sorte de gonflement de l’hypochondre gauche.Un de nos confrères trouve là une tumeur et une adénopathie inguinale.

Il y à deux ans le mal s'aggrave. Après s'être endormi sur un terrain hümide il ressentit au réveil des douleurs pongitives dans le côté gauche. Il s’alita, perdit l’appétit et commença à maigrir. Un après-midi hématémèse et mélæna importants. Une cure arsenicale remonte l’état général.

Antécédents personnels : Fracture du coude à l’âge de 10 ans. Pas de maladie vénérienne.

Antécédents héréditaires : rien à signaler.

Etat actuel : malade déprimé. Teint pâle, terreux. Aspect cachec tique. Dyspnée. Enorme saillie abdominale. Circulation collatérale. La palpation met en évidence, sans difficulté, une rate volumineuse s'étendant du septième espace intercostal gauche à l’épine iliaque antéro-supérieure. Cette rate de consistance ferme est. indo= lore à la pression. Foie hypertrophié. Il existe une miero-polyadé nopathie modérée, inguino-crurale, axillaire, cervicale. Les plus gros ganglions ont le volume de noisettes. Sternum douloureux à la pression,

Autres organes : Congestion des bases, cœur refoulé en hautbruits normaux. Haleine fétide. Dents très cariées. Gencives sai

FA Pr

gnantes, fongueuses, pyorrhéiques. Pol;urie sans albuminurie, ni glycosurie, n1 pyurie. Sédiment uratique abondant. Abolition des réflexes rotuliens. Névrite optique. Signes fonctionnels de vertige de Menière.

Examen hémalolegique. — Sang visqueux, pâle, il donne avec l’eau un mélange trouble, Hémoglobine 50 %. Globules blancs : 806.000. Globules rouges, 2.666.000.

Formule leucocytaire : Polynucléaires, 52,76 %,. Myélocytes neutrophiles, 21,70 %. Mastzellen, 13,19 %. Eosinophiles, 1,70 %. Mastzellen myélocytes, 1,70 %. Promyélocytes neutrophiles, 1,70%,. Grands lymphocytes, 4,26 %. Myélocytes éosinophiles, 0,42 04. Normoblastes, 0,85 %. Cellules plasmatiques, 0,85 %,.

Gineste, 2

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