INTRODUCTION DE L'ANNOTATEUR
M. Millerand a bien voulu laisser à Tannolaleur le soin de dégager de cet ouvrage les idées qui Tinspirent. Aussi celle manière do préface esl-elle, plutôt qu'un commentaire, une brève recherche des principes, de la méthode, des fins qui commandent Tœuvre politique et sociale de Tancien ministre du cabinet Waldeck-Rousseau.
Les discours que ce volume présente au public aujourd'hui sont Aoins des manifestations oratoires que des actes. En les prononçant aux heures où les circonstances les rendaient nécessaires, M. Millerand n'a point eu le dessein de composer des « morceaux d'éloquence », au sens où s'entendait naguère cette expression. Il a voulu convaincre plutôt que persuader, et s'il est vrai qu'on persuade quel-
VI ' LNTRODUGTION DE L'AaNNOTATEUIl
quefois par des paroles enflammées, on ne convainc jamais qu'avec la logique et la raison.
Les pages qu'on va lire ont donc pour origine et pour fin des réalités précises. Chaque discours commente des faits et les interprète ; il se préoccupe^ des seuls résultats et n'attend que de son propre équilibre, de sa clarté, de sa loyauté, sa véritable éloquence. M. Millerandne demande point aux grandes théories, à la métaphysique, aux dogmes absolus, de décevantes perspectives, pas plus qu'il n'emprunte ces vains ornements oratoires dont on pare habituellement la pensée pour en dissimuler l'indigence ou Tineertitude. Il parle un langage sobre et franc, immédiate expression de réalités saisissàbles, et c'est peut-être dans ce rapport étroit, constant, de l'idée, du terme et du fait que réside l'un des meilleurs mérites de ce recueil.
Échelonnés sur une période d'environ dix années, les discours réunis ici par les soins de l'éditeur résument par leur objet même la politique de progrès socisil dont M. Millerand est, au Parlement et dans le pays, l'artisan le plus qualifié. Les querelles desséchantes de mots et de dogmes où s'absorbent trop sou-
INTRODUCTION DE L'ANiNOTATEUR vu
vent nos assemblées parlementaires n'ont jamais, en efiFet, retenu Tattentioû ni sollicilé Taclivité de Faricien ministre du Commerce.
On n'a point oublié les raisons au nom desquelles M. Miilerand s'est, à plusieurs reprises, défendu de prendre pari à ces controverses et de collaborer à cette politique passionnée qui entretiennent dans le pays la plus néfaste et la plus stérile agitation. Désireux de travailler, dans la paix des consciences, au bien public, M. Miilerand s'est constamment affirmé, depuis qu'il appartient au Parlement, épris d'un idéal de réformes pratiques et positives.
Ennemi de la violence et des solutions brutales dont l'apparente harmonie théorique abuse quelquefois les travailleurs, résolu en même temps à ne rien admettre qui puisse atteindre la prospérité économique et la force nalionale de ce pays, M. Miilerand a toujours eu loyalement en vue des progrès dont la réalisation appartient non point à un avenir éloigné où les responsabilités actuelles auront disparu, mais à l'heure présente. Aussi, le nom do^ l'ancien collaborateur de Waldeck-Housseau est-il attaché au plus grand nombre des « résultats » que le Parlement a pu inscrire à
vni INTRODUCTION DE L'ANNOTATEUR
Vaclif de la législation ouvrière et de Forga- Bisalion du travail.
A maintes reprises, M. Millerand s'est plu à rappeler le vieil aphorisme de Leibniz : la nature ne fait pas de sauts. Tout le secret de sa méthode, de sa taclique pourrait-on dire, réside dans cette conslatalion de Tenchaînemenl ininterrompu et de la logique intérieure des phénomènes. Appliqué à son effort, cet axiome en a déterminé et orienté toutes les manifestations. La continuité des faits, à quelque ordre qu'ils appartiennent, est indissoluble, et M. Millerand s'est gardé de méconnaître les règles qu'impose à là conscience d'un homme politique cette loi des choses.
Aussi ses initiatives, ses efforts, comme les discours qui en sont le slricl commenlaire, ont-ils leurs racines — qu'on nous passe cette image — dans la réalité du moment.
Tandis qu'à vouloir amorcer des transformations qui ne seraient que des bouleversements, certains épuisent vainement une éloquence excessive, M. Millerand préféra toujours définir et mettre en œuvre, dans la mesure du possible, les progrès dont l'ordre social présent peut loyalement et sans crise
INTUODUGTION DK L'ANNOTATEUR ix
accepter la charge. L'ancien collaborateur de Waldeck-Rousseau n'a-t-il pas, à toutes les heures de sa carrière, professé qu'à la méthode révolutionnaire fatalement impuissante une démocralie digne de ce nom se devait de sub- .stituer l'évolution qui permet, seule, de ne pas séparer les intérêts de la nation de ceux de la patrie? Qui ne voit au reste aujourd'hui que l'évolution d'un grand peuple est faite de ces progrès raisonnes, adaptés au présent, mesurés aux forces du pays, et qui sont l'œuvre non des rhéteurs mais des hommes d'action et de méthode?
Ce n'est pas l'un des moindres mérites de M. Millerand que l'habitude rigoureuse de ne parler que pour agir. Cette préoccupation en quelque sorte utilitaire détermine jusqu'à la forme même de ses discours. Pour convaincre, en effet, le Parlement et le pays, de l'urgence d'une réforme, pour en faire admettre le principe et les conséquences, pour la réaliser enfin dans le moindre temps, il faut savoir s'en faire le meilleur a vocaf, il fautrexposev,Yav\^\^%^\^