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EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES

Session extraordinaire annuelle de Paris, (Séance du ,14 Avril 1858.)

Présidence de M. le docteur BOISDUVAL.

Décision. La Société, à l’unanimité des voix, décide que la cession extraordinaire provinciale de 1858 se tiendra à Grenoble, et que les chasses entomologiques auront lieu dans les environs de Grenoble, dans les Hautes-Alpes, et principalement à la Grande-Chartreuse. L'époque précise de cette réunion sera fixée ultérieurement.

Une commission, composée de MM. le docteur Boisduval, E. Desmarest, A. Doüé et le docteur Sichel, est chargée de l’organisation de ce Congrès.

(Séance de Paris du 23 Juin 1858.) Présidence de M. le D' LABOULBÈNE, 2° vice-président.

Communications. M. E. Desmarest, secrétaire, fait connaître la circulaire, en date du {7 juin, qu'il a, de concert

Ne

avec M. le président, adressée à plus de 250 de nos collègues, tant en France que dans les pays voisins, tels que l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie et l'Espagne, pour annoncer le Congrès de Grenoble, et engager le plus grand nombre possible de nos confrères à s'y rendre. Il donne égalerment communication des répouses, à ce sujet, d’un assez grand nombre de nos membres.

— M. le Secrétaire parle également des démarches que, conjointement avec M. l'Archiviste, M. Doué, il a fait relativement à l’excursion extraordaire dans les Alpes, et donne lecture de diverses lettres des directeurs des administrations de chemin de fer de Paris à Lyon, Lyon à la Méditerranée et du Dauphiné, d’où il résulte que les membres de la Société qui se rendront à Grenoble jouiront sur toutes ces lignes d’une réduction de moité sur les prix de transport, à partir du 3 juillet jusqu’au 5 août, et qu’il auront la faculté de scinder le parcours et de s'arrêter en route, soit en allant, soit en revenant.

Décisions. La Société décide : 1° que le Congrès de Grenoble sera ouvert le 7 juillet et durera jusque et y compris le 18 du même mois ; 20 que MM. E. Desmarest et H. Lucas étant retenus à Paris, M. le docteur Laboulbène, viceprésident, remplira à Grenoble les fonctions de secrétaire.

Elle règle, en outre, l’ordre du jour de la session extraordinaire qui doit être tenue à Grenoble (voy. page 13).

(Séance de Grenoble du 7 Juillet 1858.) Présidence de M. le docteur BOISDUVAL,

La Société se réunit à huit heures du soir, dans une

unie

des salles de la Faculté des sciences, au Jardin botanique de Grenoble. M. le professeur Bouteille, conservateur du Musée, avait fait prendre toutes les dispositions nécessaires pour l'installation de la Société entomologique de France dans ce local, désigné pour elle par M. le Maire de Grenoble,

Vingt-six membres de la Société sont présents à l’ouverture de la séance, à laquelle assistent un grand nombre de naturalistes étrangers. Parmi eux se trouvent MM. le professeur Bouteille, conservateur du Musée, le professeur Verlot, Goumain, secrétaire général de la mairie du 12e arrondissement, Maillard, Servant, Malet, Locré, Lhuys, docteur Perréal, Plessis père et fils, Robinet, Hubert, Tronson, Fontannes, etc., etc.

M. le docteur Laboulbène, Vice-Président, remplit les fonctions de Secrétaire.

M. le Président déclare la session ouverte, puis il prononce le discours suivant :

Messieurs,

L'année dernière, à pareille époque, la Société entomologique de France se réunissait pour la première fois en session extraordinaire à Montpellier. Vous avez tous conservé le souvenir de l’accueil bienveillant dont elle fut l’objet de la part des autorités et des diverses Facultés du département, La préférence donnée à cette ancienne cité si renommée autrefois comme le centre scientifique de notre patrie, n’a dû étonner personne. N'était-ce pas là le lieu où les Sociétés de Botanique et Entomologique de France devaient faire leur premier pèlerinage ? La tradition leur avait appris que Linné, ce grand maître, le premier des naturalistes modernes, je dirais presque avec le général Dejean, des temps passés, présents et futurs, avait quitté

Be momentanément sa chaire d'Upsal, à une époque où les moyens de transport étaient rares et difficiles, pour traverser une partie de l’Europe et venir visiter les environs de Montpellier, dont la flore et la faune sont si différentes de celles des régions du Nord. Déjà en ce temps des savants de premier ordre y enseignaient les sciences naturelles, Dodart, Gouan, Broussonnet, dont les chaires ont été successivement occupées par des hommes non moins illustres, tels que Decandolle, Delile, Dunal, etc. Nous pourrions même ajouter, si nous ne craignions de blesser la modestie de nos collègues, qu'aujourd’hui même la Faculté des sciences de Montpellier soutient dignement son antique réputation.

Grâce à la bienveillance éclairée de nos administrations de chemins de fer, la Société entomologique de France vient cette année visiter ces contrées qu'exploraient jadis Allioni et Villars, et demander l'hospitalité à cette vieille ville de Grenoble, qui a bien aussi ses souvenirs et ses parchemins, pour y tenir sa deuxième session extraordinaire.

Ici, Messieurs, au lieu d’une faune exclusivement méditerranéenne sous une température presque constante, en passant successivement par divers climats, vous rencontrerez les plantes et les insectes de l'Europe moyenne, de quelques parties de la Provence et des régions septentrionales. Dans cette belle vallée du Grésivaudan, à Allevard, vous vous croirez presque à Fontainebleau; dans les plaines au sud de Grenoble, vous retrouverez çà et là de nos vieilles connaissances de Montpellier, que vous reverrez encore dans les gorges chaudes du bourg d'Oysans en compagnie d'espèces alpines ; à la Grande- Chartreuse, dans les vastes prairies qui entourent le couvent et dans ces bois de hêtres et de sapins, dont certains arbres sont si vieux qu'ils tombent de vétusté, apparaîtront les espèces propres aux montagnes alpines proprement dites, mais ce n’est que là, où la végétation frutescente disparaît, comme sur le grand Som, les montagnes du mont Lans, de Champ-Rousse, de Villars-ès-Monts, de Villars- Saint-Jean, de Saint-Cbristophe, du Haut-Richard, du mont Viso, du Galibier, sur les glaciers de la Grave, etc., que vous trouverez les insectes et les plantes du haut nord. Plusieurs d’entre vous, Messieurs, ont admiré plus d'une fois les beautés sauvages de ces hautes mon-

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tagnes et savent sans doute mieux que moi quelle ample moisson ils rapporteront de leur voyage. Plusieurs aussi, sans avoir parcouru ces hautes régions, ont visité le couvent de Saint-Bruno et ont encore présent à la mémoire l'accueil affable et bienveillant que faisait aux voyageurs ce vénérable frère Jean-Marie, qui dort aujourd’hui du sommeil du juste sous les dalles glacées de la Chartreuse,

Les personnes étrangères aux sciences naturelles se demandent sans doute à quoi sert l’entomologie et considèrent ceux qui s’occupent de son étude comme des gens désœuvrés employant leur temps ài} des futilités. Nous pourrions leur répondre : In natura nil inane, dans la nature rien n’a été fait en vain; vous admirez un Eléphant ou un Rhinocéros aux proportions gigantesques, et yous ne vous doutez pas que l'organisation des insectes est tout aussi compliquée et tout aussi admirable que celle de ces animaux, que leurs instincts sont en général beaucoup plus merveilleux, et que celui qui leur a donné la vie tient également et sans distinction de classe, à la conservation de l'espèce de tous les êtres, et qu’à chaque insecte comme à tout autre animal il a donné le droit de s'asseoir au banquet de la création. Leur rappelleronsnous qu'il y a certaines espèces dont l'homme a su tirer parti? S’il n’y avait pas une Société d'apiculture, nous citerions ces Hyménoptères, connus de la plus haute antiquité, qui, au temps des Philistins, déposaient des rayons de miel dans la gueule d’un lion assommé par Samson, et qui dans l'île de Crête fournissaient le sucre destiné à édulcorer le lait de la chèvre Amalthée pour son nourrisson. Mais nous laissons à cette Société le soin d'’expliquer comment les anciens et les poètes ont pu confondre avec des abeilles ces Muscides qui se nourrissent de matières animales en décomposition. Leur parlerons-nous de ces chenilles importées de la Chine et de l'Inde, qui filent nos étofles de luxe, de ces Coléoptères vésicants qui, depuis Hippocrate jusqu'à nous, ont rendu tant de services à l'humanité, de ces Hémiptères tinctoriaux que l'on élève aujourd’hui avec succès sur ics Opuntia, en Algérie, de cet autre Coccus, jadis si célèbre en médecine et servant encore maintenant à colorer celte liqueur florentine que l’on vend au poids de l'or aux voyageurs, dans le couvent de Sainte-Marie-

Nouvelle ? Nous ne leur parlerons pas d'avantage du Cossus des anciens, qui était pour les romains une friandise de luxe, du Charançon palmiste des Antilles, que les créoles mangent comme un mets très délicat; des Sauterelles voyageuses dont St-Jean se nourrissait dans le désert et qu'Olivier et Bruguères ont vu vendre à la fin du siècle dernier sur les marchés de Bagdad, par sacs comme des céréales ; de cet autre insecte qui, dans les contrées arides et incultes de l'Arabie, détermine par sa piqûre sur les rameaux d'un T'amarix cette manne qui servit de nourriture aux Hébreux, ni même de cet Hémiptère aquatique dont les œufs sont si abondants aux bords de quelques lacs du Mexique que les indigènes les recueillent pour s'en nourrir et les conservent dans des sacs comme de la semoule. Non, mais ce que nous voudrions, c'est que l’histoire des insectes fût plus connue des gens du monde et surtout des horticulteurs et des agriculteurs, et qu’ils sussent au moins distinguer leurs ennemis de leurs amis, c'est-à-dire les espèces qui leur rendent des services de celles qui leur sont nuisibles, s’il en était ainsi, ils respecteraient ces Carabes dorés et généralement tous les Coléoptères de la même famille qui se promènent dans leurs bois, leurs champs et leurs jardins, se livrant à une chasse incessante aux lombrics, aux limaces et aux chenilles des Agrotis, appelées vulgairement vers-gris, etc. Ils respecteraient aussi religieusement ces Coccinelles, que le peuple appelle bêtes à bon Dieu, et dont les larves dévorent si vite les Puçerons de nos arbres fruitiers. Ils ne mettraient pas sur le compte des Fourmis la maladie de leurs pêchers quand les feuilles sont recoquevillées par les Puçerons; ils sauraient, au contraire, que les Fourmis viennent là pour les titiller avec leurs antennes et recueillir la matière mielleuse sécrétée par ces Hémiptères, et que souvent même elles les emportent et les soignent dans leur fourmil- Jière comme des sortes de vaches à lait. 1ls considéreraient comme leurs meilleurs auxiliaires ces Hyménoptères qui creusent des trous dans le sable et dans la terre sèche pour y inhumer de nombreuses chenilles qui doivent servir de pâture à leur postérité, et surtout ces Ichneumonides et ces nombreuses Chalcidites qui déposent leurs œufs dans le corps même des chenilles, et dont les races s’accroissent en raison de l'abondance de ces dernières, ils sauraient en même

temps que c’est au développement de ces parasites qu'il faut attribuer la disparition complète de la Pyrale de la vigne qui malheureusement depuis a été remplacée par un autre fléau qui tient à l’état pathologique, dont plusieurs dé nos végétaux souffrent depuis quelques années sans qu'il ait encore été possible d'en apprécier les causes. Ils auraient constaté comme nous ce fait positif, que lorsqu'une espèce se multiplie outre mesure, les parasites se multiplient dans les mêmes proportions, de manière à ce que l'équilibre reste toujours le même dans la nature, Ils comprendraient, enfin, que ces mouches qui nous importunent en venant se réfugier dans nos habitations ont aussi leur raison d'être, que les unes ont pour mission de détruire d'énormes quantités de chenilles en déposant leurs œufs dans leur substance adipeuse, et que la plupart des autres espèces sont chargées d’anéantir les restes des matières organiques, qui, sans ce secours hygiénique, se réduiraient à leurs éléments et se répandraient en miasmes pestilentiels dans l'atmosphère. Linné a donc pu dire avec vérité que trois mouches feront disparaître plus promptement le cadavre d’un cheval, qu'un lion ne pourrait le faire en employant le même temps.

Messieurs, s’il est à désirer que les agriculteurs connaissent bien les mœurs des insectes qui leur sont utiles et dont nous venons de vous signaler seulement quelques espèces, à la hâte, il n’est pas moins nécessaire pour eux de faire connaissance avec leurs ennemis afin de les attaquer plus sûrement. Depuis longtemps ils ont observé les mœurs du Bombyx chysorrhée, et le seul échenillage qu'ils pratiquent consiste à enlever, à la fin de l'hiver, ces nids que l’on aperçoit au bout des branches des arbres comme des paquets de feuilles sèches, mais ils ne font nulle attention aux espèces qui passent l'hiver à l'état d'œufs. Ils laissent inaperçus ces trainées d'œufs du Bombyx dispar qui ressemblent à des morceaux d’amadou appliqués sur le tronc des arbres des promenades publiques, et dont les nombreuses chenilles qui en sortent au printemps ne tardent pas à les dénuder de leurs feuilles. Nous pourrions dire la même chose du Bombyx du Saule, dont les paquets d'œufs se font remarquer sur le tronc des peupliers par la couleur blanche, luisante, spumeuse, des plaques qui les renferment et du Bombyx neustrien appelé livrée,

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dont les œufs sont disposés autour des jeunes branches de nos arbres fruitiers comme une large bague. Rien ne serait plus facile que de se préserver de la voracité des chenilles de certaines Phalènes appelées Geometra brunaria, defoliaria et aurantiaria, dont les femelles sont dépourvues d’ailes et ressemblent presque à des Araignées. Toutes ces espèces se métamorphosant en terre, il suflirait d’entourer le tronc des arbres, au mois de novembre, époque de l'éclosion, d’une couche annulaire de goudron de gaz pour les empêcher d'y monter et d'y déposer des milliers d'œufs qui éclosent au moment de l’évolution des bourgeons. Si l'année dernière on eût fait usage de ce procédé au bois de Boulogne, nous n'eussions pas eu, cetété, le triste spectacle de Chênes complétement dépourvus de feuilles comme au milieu de l'hiver. Il n’est encore venuà l’idée de personne de détruire ces Cossus, et ces Longicornes qui perforent nos plus gros arbre comme avec une tarière; la chose n’est pourtant pas impossible, ilsufirait d’injecter dans leurs trous ou sous les écorces malades une solution étendue de sulfate de cuivre. Les jardiniers pourraient facilement aussi, en détruisant ces Criocères dès qu'ils commencent à paraitre, préserver les différentes espèces de Lys de la saleté et de la voracité de leurs larves, Enfin, nous voudrions ne plus entendre dire, par des agriculteurs d’ailleurs fort habiles, que leurs arbres ont reçu des vents roux, lorsque leurs pommiers sont enveloppés comme dans des toiles d'araignées par de nombreuses familles d'Yponomeutes qui rongent tranquillement sous leur tente le parenchyme des feuilles et les fleurs à peine épanouies, ou lorsque les fleurs de ces arbres ressemblent à des clous de girofles, parce que, dans chacune d'elle, il y a la larve d'un Anthonome dont l'œuf a été pondu avant l'inflorescence. Ou bien encore lorsque les fruits de leurs poiriers nouvellement noués prennent cette forme désignée sous le nom de calebasse, parce que au moment de l'épanouissement des fleurs une Cécidomyie y a déposé des œufs qui produisent ces petites larves qui rongent l'intérieur de l'ovaire et donnent aux poires rudimentaires une forme plutôt globuleuse que turbinée. Mais il faut espérer maintenant que l’histoire naturelle est enseignée partout, dans les lycées, dans les colléges, dans les séminaires et dans les hautes écoles, que ces vérités seront mieux comprises, et qu’en faisant une

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plus large part à l'entomologie on rendra un véritable service à l'agriculture et à l'horticulture,

Ce discours remarquable, qui met en lumière les principales applications de l'Entomologie, est plusieurs fois accueilli par des marques unanimes d'approbation.

Dès qu'il l’a terminé, M. le Président se lève et offre la présidence d'honneur à M. le professeur Bouteille, qui s’excuse d'abord et finit par accepter l'insigne honneur qui lui est décerné; mais il désire que M. le docteur Boisduval continue à diriger l’ordre de la séance et demeure Président réel.

M. le docteur Laboulbène émet le vœu que l'assemblée vote des remerciments aux organisateurs du Congrès de Grenoble et aux autorités de la ville, qui ont si dignement et si généreusement accueilli la Société entomologique de France. Cette proposition est votée par acclamations.

M. le Secrétaire donne ensuite lecture de l’ordre du jour de la session extraordinaire, arrêté à Paris par la Société dans la séance du 23 juin 1858.

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