PER CES
Dans le nord de l’Afrique et en Orient, l’Acrydium peregrinum OLxv. est une des espèces dont les migrations se renouvellent le plus souvent et qui causent le plus de ravages (1). L’Acrydium lineola F. a été aussi indiqué dans le nord de l'Afrique, comme pouvant émigrer.
Enfin, le Stenobothrus cruciatus CnarP. (Stauronotus cruciatus Fiscx.), est une des espèces émigrantes les plus dévastatrices du nord de l'Afrique.
Vous vous rappelez, Messieurs, les calamités qui suivent l'apparition de ces insectes ; la famine obligée, les maladies résultant de la viciation de l'air par les émanations pestilentielles de leurs innombrables corps en putréfaction. M. Guyon (2) a signalé les odeurs infectes répandues par leurs déjections. J'ai été moi-même étonné de la très grande quantité d’excréments que plusieurs dé ces insectes, rapportés vivants à Paris, ont fournie avant de mourir, :
Leurs troupes, quoique considérables au Bourg-d'Oisans, n’ont pas, que nous sachions, produits d’autres malheurs que ceux d'une disparition des récoltes. Espérons que ces insectes ne se reproduiront pas en grand nombre, l’année prochaine, dans les contrées qu'ils ont dévastées.
Après une nuit passée à Bourg-d'Oisans, nous rentrons à Grenoble, où nous restons une journée avant de regagner Paris.
Avant de quitter celte ville de Grenoble, si intéressante pour nous, nous avons visité ses collections d'histoire natu-
(1) OziviEr, Voyage dans l’Empire Olhoman, l'Egypte et La Perse, tome II, pages 424 et 495. — A.-SERVILLE, Hist. Orth., page 667, et Ann. Soc. Ent. France, 1845, Bull, cxr.
(2) Guyon, Comptes-rendus de l’Acad, des Sciences, 1845, tome XX, page 1500.
mt DE
relle, son riche Musée de tableaux, sa Bibliothèque publique, ses monuments, sa Citadelle, etc. Les renseignements qui suivent sont dignes de fixer votre attention.
Les collections d'histoire naturelle du Musée sont admirablement tenues. Elles sont classées et étiquetées avec soin. Les oiseaux des Alpes y sont très complétement représentés; les insectes de l'Isère et des Alpes y figurent en assez grand nombre, à part les petites espèces. Les collections de minéralogie peuvent être citées au nombre des plus riches et surtoct des plus remarquables de France pour la beauté de leurs échantillons. Cet établissement fait le pius grand honneur à M. le professeur Bouteille, qui en est le conservateur éclairé.
Le Jardin botanique pourrait servir de modèle à plusieurs jardins de ce genre. M. le professeur Verlot, qui a l'amour des plantes, apporte à l’arrangement un soin de tous les instants. C'est, sans contredit, l’un des jardins publics de France où les espèces sont le mieux classées. Nous regreltons seulement que les serres d’un établissement aussi remarquable ne soient pas en rapport avec son imporlance.
L'Ecole d’arboriculture est bien dirigée et nous avons été étonnés d’y rencontrer des arbres aussi bien conduits. Le local servant à la Société d’acclimatation, sous la haute direction de M. Réal, nous a paru beaucoup trop resserré. Il renferme quelques animaux assez précieux qui paraissent bien portants. Nous avons remarqué, entr'autres, quelques belles races de Poules et une belle paire de Yacks.
Je vous rappellerai, en terminant , que M. le Secrétaire général de la Préfecture de l'Isère a consulté votre Prési
y) Ge
dent sur les ravages des Acrydium migratorium et sur les moyens à prendre pour y remédier.
Tels sont, Messieurs et chers collègues, les principaux détails de la deuxième session extraordinaire de notre Société. Elle a satisfait tous ceux qui ont pu y prendre part. C’est une joie pour le naturaliste de se soustraire momentanément à la vie ordinaire et aux intérêts matériels dont aucun de nous ne peut être exempt, de ramasser bêtes et simples et de se reposer au milieu des Alpes, dans une cellule de la Grande-Chartreuse ou sous le toit du Lautaret.
Il me reste à vous faire connaître les noms des principaux insectes et des plantes qui ont été recueillis pendant nos excursions. Vous y trouverez peu d'espèces nouvelles; le temps nous a été médiocrement favorable, et nous avons parcouru trop vite les meilleures localités.
Mais, pourrions-nous ne pas signaler, avec la Grande- Chartreuse et Saint-Laurent-du-Pont, les environs de Grenoble, de Vizille, Séchilienne, le Bourg-d’Oisans, et surtout La Grave? A ceux qui iraient s'établir pendant une saison convenable dans ces endroits privilégiés, nous pouvons promettre une abondante, une précieuse récolte, aussi leur disons-nous avec le poète :
Les moissons de ces champs lasseront vos faucilles... Et les fruits passeront les promesses des fleurs !