D'UN ICHNEUMON PARASITE DES ARAIGNÉES
(Pimpla Fafrmairii)
Par M. le D' Alexandre LABOULBÈNE.
(Séance du 12 Mars 1858).
Au mois de juin 1856, j'ai trouvé dans le parc de Villegenis, sur une feuille de chêne tenant encore à la branche, mais sèche et relevée sur les bords, trois larves d'un gris satiné et un peu luisant. Elles se mouvaient lentement au milieu d’une toile blanche d’Araignée, à tissu fin et soyeux, occupant l'espèce de gouttière formée par la feuille. Sur cette toile était l'Arachnide morte, une C/ubione holosericea LINNÉ.
Ces larves avaient l'apparence de certains vers de Diptères, mais elles portaient leur tête à droite et à gauche, et paraissaient fixées par des pattes au plan de position. J'en ai sacrifié une pour l’examiner, et, après de longues hésitations, je suis parvenu à reconnaître que les pattes, les pseudopodes existaient, non point sur la face ventrale de la larve, mais bien sur la face dorsale, suivant la ligne médiane du corps. Cette larve- singulière se tient, par conséquent,
sur le dos, renversée,-et c'est dans cette position qu'elle marche lentement et qu’elle présente sa tête avec la bouche non point inclinée en bas, mais relevée en haut.
On voyait dans l'intérieur du corps des larves une ombre noirâtre (pl. 17, no IE, fig. 2) qui m'a paru tenir au tube digestif plein d'aliments. Je ne crois pas qu'il y eut dans l'intérieur de ces larves une autre larve incluse.
De quelle substance ces larves s’étaient-elles nourries pour parvenir à leur croissance complète, au moment où je les ai trouvées? Avaient-elles vécu aux dépens de l’Araignée morte? ou bien cette toile remplissant le fond de la feuille et ayant été filée par la Clubione, renfermaitelle le cocon de ses œufs, et alors ceux-ci avaient-ils servi d'aliment aux larves parasites ? Cette dernière assertion est la plus vraisemblable. L’Araignée dont il s’agit n’a point le volumineux abdomen des Epeira, et il est dou-teux qu’elle eût suffi à nourrir les trois larves, Jai trouvé d’ailleurs une coque soyeuse, d’un beau blanc, d’une forme aplatie au fond de la gouttière formée par la feuille; elle ne renfermait plus que des œufs vidés, des pellicules sans contenu. Les larves avaient donc dévoré les œufs de la Clubionc.
Ayant placé la feuille supportant les deux larves vivantes, entièrement pareilles à celle que j'avais examinée, dans une boite à observation, j'y ai trouvé, quinze jours plus tard, deux Jchneumons femelles qui y étaient éclos et y étaient morts. Ils étaient sortis d’une coque de soie oblongue, fine, blanchâtre, filée sans nul doute par les larves. Il était donc évident que les .deux larves étaient celles des deux Hyménoplères parasites que j'avais sous les yeux, car, je le répète,
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je ne crois pas que ces insectes soient venus d’une larve incluse dans le corps des premières (1).
Le nombre des larves d’Ichneumonides actuellement connues n’est pas très considérable. Plusieurs de celles qu'on a figurées sont remarquables par des mamelons latéraux, quelques-unes paraissent même, si on juge par les dessins quelquefois assez imparfaits qui en ont été donnés, avoir des mamelons sur la région dorsale du corps. Toutefois, l'observation positive de larves d'Ichneumons, à pseudopodes dorsaux munis de crochets comme les fausses pattes des chenilles, m'a semblé digne d’être rapportée dans ces Annales. Je l’ai décrite avec soin et accompagnée de figures.
Je n’ai pas fait des recherches assez complètes pour pouvoir transcrire ce qu’on trouve dans la science sur toutes les larves des Jchneumons. Un pareil travail ne serait point ici, d’ailleurs, à sa place. Je vais me borner à citer ce qui a trait aux Jchneumons parasites des Araignées et à leurs larves, puis après avoir décrit la larve de la Pimpla Fairmari , je rapporterai quelques extraits ou opinions d’Auteurs avec les figures où les pseudopodes dorsaux ont été indiqués ou paraissent exister. Je terminerai en faisant connaître l’insecte Hyménoptère parvenu à l’état parfait.
(1) J'aiobservé, au mois de juin 1858, dans un lieu sablonneux, un cocon d’Araignée, arrondi, revêtu de sable fin à l'extérieur, et attaché à une tige de graminée comprise dans sa paroi. L'intérieur était tupissé de soie très blanche, il s’y trouvait avec des débris d'œufs une larve à pseudopodes dorsaux qui est morte sans sc transformer. Mon collègue, M. H. Lucas, pense que ce cocon a été fait par un Drassus.
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$ I. Indication de plusieurs Ichneumons parasites des Araignées.
DE GÉER, dans le tome II de ses Mémoires sur les Insectes, rapporte l’histoire d'un très petit Ichneumon provenant d'une larve parasite qu'il avait vue sur le corps d'une Araignée. Cette Araignée était morte par suite de ce parasitisme et la larve de l'Ichneumon s'était filé une coque oblongue de fine soie, au milieu des fils que l’Araignée avait tendus avant de mourir. Il était sorti de cette coque un très petit Ichneumon noir, à antennes filiformes, à deux raies jaunâtres sur le corselet et à pattes jaunes (tome IT, page 863 et suiv., pl. 30, fig. 1, 2 et 3).
G£orFrRoy décrit un Ichneumon à anneaux sur le ventre et femelle sans ailes. — Long. 2 1/3 lignes. — « Il est sorti ce nids d’Araignées dont il avait dévoré les œufs. Il parait que cette espèce dépose ses œufs principalement dans ces nids. » (Histoire des Ins. des environs de Paris, tome II, 361, 1762.)
BonEMaAN a fait connaitre une Pimpla ovivora; « e nido Araneæ semel specimina septem exclusa, » (En ny art af Insect-slägtet Pimpla hwars law uppehaller sig i Spindelbon. — Kongl. Vetenskaps Academiens Handlingar, 1821, page 335, tab. 1v, fig. 1 et 2.)
GRAVENHORST, en parlant des mœurs des Jchneumons, s'exprime ainsi: « Vero etiam in nymphas insectorum et in ova Aranearum, seu forsan in coactile densum sericeum quo quædam Araneæ ova sua obducunt, Ichneumonides nonnulli, v. c. Pimpla oculatoria et Hemiteles. palpator ova,
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ponunt; larvæ exclusæ autem substantiam internam ovorum Aranæ comedunt, et in ipso Araneæ nido in nymphas et insecta declarata commutantur. » (Ichneumologia europæa, 1829, I, pag. 96.)
En faisant connaître plus tard (tomes HE et HIT) la Pimpla oculatoria et l’Hemiteles palpator, Gravenhorst ne décrit point leurs larves, il dit seulement, en parlant de la Pimpla oculatoria, qu'il était sorti le même jour trois Ichneumons de celte espèce, deux & et une %, d’un nid d’Araignée trouvé dans l’herbe pendant l'automne de l’année précédente. « Larvæ eorum fere omnia ovula comederant, etc. » Il décrit les petites Araignées qui provinrent des œufs épargnés par les larves.
Quant à l'Hemäteles palpator, il mentionne qu’il lui avait été envoyé comme étant sorti « e folliculo ovis Araneæ cujusdam repleto. »
Dans le supplément du tome IIIe de l'Ichneumologia, GRA- VENHORST rapporte, page 1096, la description de l'Ichneumon aranearum de Fourcroy, Villers, qui est celui de Geoffroy; il lui donne pour synonyme l’Ichn. audax d'Olivier, Walckenaer; il fait remarquer que le genre de vie de cet insecte est celui de l'Hemiteles palpator.
Gravenhorst dit enfin que l'Ichneumon aranearum d'Olivier et de Walckenaer ne se rapporte pas à l'espèce qu’il vient d'indiquer précédemment sous ce nom.
Davis, en décrivant un nid d'Araignée fort remarquable, signale un Jchneumon aptère qui est parasite à l’état de larve des œufs renfermés dans ce nid ({ On a beautiful Nidus of a Spider, and a Hymenopterous Parasite found within it, Magazine of Natural History, IV, 236, 1831).
Boucné (Naturgeschichte der Insecten , p. 145, 1834) dit que l’on trouve des larves de la Pimpla rufata pendant l'hiver et le printemps, dans les nids de l’Aranea diadema, dont elles dévorent les œufs. Elles se changent en nymphes dans une coque blanche, elliptique, un peu aplatie, et semblable à du papier; ces coques, serrées les unes contre les autres, se trouvent au nombre de 10 à 15, dans le propre cocon à œufs de l’Araignée. Les insectes parfaits paraissent au printemps.
Dizwvnn s'exprime ainsi: « I have frequently observed a small black species successively deposit an egg in the abdomen of two or more spiders on the sand hills, and I doubt whether the spider had in any case arrived at ils maturity. On one of those occasions, I perfectly recollect having seen a young brood of dark-coloured spiders on Cromiyn burrows, and that when the Ichneumon hovered over them, they appeared, and instinctively endeavoured to escape » (Swansea Coleopt., p. 27, et Westwood, Introd. modern Classif. XK, 143).
WALCKENAER, dans son Histoire naturelle des Insectes apières, tom. 1, p. 175, 1837, rapporte ce qui suit sur les ennemis des Araignées. Il ne devait pas connaître, de visu, les Pimpla dont il parle; ses remarques s'appliquent à de très petites espèces d'Ichneumonides. « Le Pimpla ovivora et le Pimpla arachnitor perçent avec leurs invisibles tarières la tendre pellicule de l'œuf de l'Aranéïde, et sans le rompre introduisent leurs propres œufs dans la liqueur. . . . . Il sort finalement de l'œuf un insecte ailé, phénomène qui avait fait croire aux naturalistes que les Araignées pouvaient procréer des mouches à quatre ailes... C'est aussi ce qui a
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fait croire à Aristote que les œufs d'Araignées produisent de petits vers; Hist. An., lib 8, cap 27. »
Walkenaer avait observé, en outre, une larve très probablement d’Ichneumonide, parasite de la Lyniphia montana (Aptères, L. II, p. 233). Une de ces Araignées prise par lui sur sa toile dans les Pyrénées avait « une larve blanchâtre pareille à ane petite chenille le long de son dos. L'abdomen de l’Araignée avait une ligne et quart de longueur et la larve deux tiers de ligne. » L’Auteur décrit incomplétement cette larve qu’il ne sait à quel insecte rapporter. Il hésite même s'il doit la regarder comme une véritable larve et se demande si elle ne renfermerait pas une chrysalide incluse (loc. cit. 176).
J. BLACKWALL a fait connaître ( Report on the 12 meeting of the British Association, etc., held at Manchester, 1842, p- 68) le parasitisme d'un Ichneumon sur plusieurs espèces d'Araignées (Account of « Species of Ichneumon whose larva is parasilic on Spiders). Ces observations établissent que les Ichneumons attaquent, non seulement les œufs d'Arachnides, mais bien les Araignées elles-mêmes. Je transcris textuellement : « Immature spiders of the species Linyphia minuta and L. pusilla, are frequently infested by the larva of a small Ichneumon, which feeds upon their juices and ultimately occasions their death. This parasite is always attached to the upper part of the abdomen, near its union with the cephalothorax, generally in à transverse but occasionally in a longitudinal direction, and, though it proves a source of constant irritalion, is secured by its position from every attempt of the spider to displace it. Being apodous, it appears to retain its hold upon its victim solely by the instrumentality of the mouth and of a viscid secretion
emitted from its caudal extremity. More than one larva is never seen on the same spider, wich, indeed, could not supply sufficient nourishment for two. » Suit une rapide description de la larve d'une « smooth uniform surface » et qui file ensuite une coque de soie après avoir quitté le corps de l’Araignée. L'Ichneumon sort au bout d’un mois et la femelle pond ses œufs sur le corps de ses nouvelles victimes.
Le MÊME AUTEUR a publié en 1843, dans les Annals and Magazine of natural history, tom. XI, p. 1, sous le même titre, l’histoire qui précède, mais plus détaillée. Une jeune femelle d'Epcira antriada a été capturée en avril 1838, portant une de ces larves parasites d’Ichneumon ; celui-ci s’est développé entièrement le 27 juin. C’était une femelle du Polysphineta carbonaria (il faut lire carbonator) de Gravenhorst.
Il est éclos, le 16 août, le mâle de ce même Po/ysphincta d’une autre Epeira antriada prise le 20 juillet 1838.
Sur une femelle adulte de Linyphia minuta, trouvée le 26 octobre 1841, était une larve parasite qui est parvenue à toute sa grosseur, en faisant périr l’Araignée. Elle a filé sa coque le 1er février 1842, mais elle est morte sans s'être changée en insecte parfait.
On trouve à la fin de ce travail une note que j'ai cru devoir rapporter, car elle mentionne l'existence d’un fait connu de Geoffroy, et que Ratzeburg a plus tard établi, à savoir, que certains Jchneumonides ont des femelles toujours aptères dont on avait fait à tort un genre spécial.
« The Insect is not uncommon in this neighbourhood (Oakland); indeed, the Ichneumonidæ abound throughout the district. Two other species belonging to this family,
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which deposit their eggs in those of spiders, have come under my observation; one is very small and black; the other is small, though larger than the former; and the female, which is apterous, is of orangered colour, with a black head, and a zone of the same hue encircling the abdomen » (Loc. cit., p. 4).
Boire (Entom. Zeitung Stettin, 1846, 292) décrit aussi les mœurs du Polysphincta curbonator, dont il a trouvé les larves sur deux individus jeunes de l’Epeira diadema. Ces larves se tenaient de chaque côté de l'abdomen à des intervalles si réguliers qu’on aurait pu les prendre pour des taches blanchâtres épidermiques. Sur l’une des Araignées, il y en avait deux, sur l’autre trois. Ces larves, comme de vrais vampires, augmentèrent de volume aux dépens des Araignées qui filèrent incomplétement une toile, et moururent. Deux larves seulement, une sur chaque Araignée, avaient prisleur accroissement. Elles construisirent un cocon d’un gris verdâtre et se changèrent en insectes parfaits le 1er juillet. Elles avaient été prises avec les Araignées, le 14 juin, et avaient filé leur coque le 21 du même mois, au moment de la mort de leurs victimes.
RATzEBURG est l'auteur qui a donné la plus longue liste des Ichneumons parasites des Araignées. On trouve dans ses Ichneumonen der Forstinsecten, pages 261 et 262, 1852, les espèces suivantes dont il a, par lui ou par d'autres naturalistes, constaté le parasitisme.
Microgaster aranearum? Hemiteles ? palpator.
perspicuus. rufocinctus.
Cryptus titillator. Mesochorus aranearum.
Hemiteles fulvipes. splendidulus.
Pezomachus instabilis. Polysphineta carbonator. Pimpla angens. Pieromalus ater.
rufata. punelatus.
Voici quelques détails sur ces divers parasites, d'après l'ouvrage cité de Ralzeburg. Ce savant entomologiste à vu sortir une centaine de Micragaster perspicuus d'un cocon de Salticus, d'où sont provenus en même temps des Hemiteles et des Pexomachus instabilis (page 55). — Le M. aranearum ? s'était échappé d’un nid d’Araignée avec des Hemiteles, des Pezomachus et des Mesochorus splendidulus (p. 55). (Saxesen, Brischke et Reissig.) — Cryptus titillator, deux individus ayant vécu d'œufs d’Araignées (Reissig, p. 139). — L'Hemiteles fulvipes avait attaqué les Bombyx pini et dispar, une Coleophora; Brischke l’a vu éclore des nids à œufs d’Araignées ainsi que le Microgaster perspicuus et le Pezomachus instabilis (p. 151). Ratzeburg prouve que les Pezomachus sont tous des insectes $ et les Hemiteles Lous des insectes 4, d’où il a conclu (p. 150) que ces insectes ne forment qu'un seul genre.
L'Hemiteles rufocinctus est provenu en grand nombre de coques d’œufs d’Araignée avec le Pezomachus instabilis, qui est la $ de cette espèce (p. 157). — Le Mesochorus aranearum est sorti de nids d'Araignée (p. 118), ainsi que le Mesochorus splendidulus (Reissig, p. 117), maïs ce dernier insecte à pareillement vécu aux dépens de Phalæna, Bombyx, Hyponomeuta, Pyralis, Sphinx, Zygæna, Papilio, etc. (p. 117). — La Pimpla rufata vit dans les nids d’Araignées (Reissig), mais elle est sortie également de Bombyx, Phalœna, Tortrix, Sphinæ, Papilio (p. 101). — La Pimpla angens, comme sa congénère, n'attaque pas seulement les
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œufs d’Araignée, mais encore les Geometra , Tortriæ et les Tenthredo (p. 101). — Polysphincta carbonator a vécu d'œufs d'Araignée (p. 111) à l’état de larve. — Le Pteromalus ater est sorti d'un cocon d’Araignée vivant sur le Pin ; avec lui étaient des Microyaster (p. 233). — Le Pter. punctatus a Vécu pareillement aux dépens d'une Araignée (p. 237).
En résumé, les Ichneumonides, qui sont, à l’état de larve, parasites des Araignées, ne s’attachent pas tous exclusivement à ces animaux. Ils attaquent aussi les insectes de divers ordres ; toutefois, quelques-unes de ces larves parasites n’ont encore élé trouvées que dans les nids des Aranéides,
On a pu croire, et avancer comme règle, que les larves parasites qui nous occupent vivent toujours de la substance des œufs renfermés dans les nids. Mais j'ai prouvé, par plusieurs des citations précédentes, que les Araignées ellesmêmes portent les larves d’'Ichneumon attachées sur leur corps; ces larves, comme des vampires, suivant l'expression de Boie, se nourrissent en aspirant les substances fluides de leurs victimes, qu'elles font mourir d'épuisement.
$ IE. Description de la larve de la Pimpla Fairmairii. (Voy. pl. 17, no IT, fig. 1 à 5.)
LARVE allongée, un peu courbée (fig. 1 à 3), composée de 13 segments, y compris un mamelon terminal, mais la tête non comprise. La couleur est d'un gris blanchâtre, uu peu luisant, satiné. Le tube digestif paraît brunâtre à l'intérieur (fig. 2), et sous l'enveloppe tégumentaire on
aperçoit une foule de granulations blanchâtres. — Long. 7 millim.
La région ventrale est concave, lisse, sans pattes; les côtés du corps sont fortement arrondis; mais le point le plus important de la configuration de cette larve est l'existence de pseudopodes, de fausses pattes placées sur le milieu de la région dorsale ou convexe, et dont je vais bientôt parler.
Tête petite, en triangle curviligne, brunâtre, paraissant munie de deux petites antennes biarticulées (fig. 5 a); d'un labre subarrondi, cilié; de deux mandibules. Les parties de la bouche sont très difficiles à apprécier.
Segments thoraciques les plus grands de tous, arrondis sur les côtés et en dessus.
Segments abdominaux mamelonnés? sur les côtés, les 1 à 7e ayant sur le dos, dans son milieu, de véritables pseudopodes rétractiles entièrement comparables aux fausses pattes des chenilles, ayant comme elles une couronne de crochets qui les fixent solidement au plan de position {fig. 4). Les deux derniers segments (8e et 9) trapézoides et formant avec l’appendice terminal un cône renversé.
Stigmates au nombre de neuf paires. La première située au bord antérieur du métathorax, la deuxième sur le premier segment abdominal (quatrième du corps de la larve), les troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième, huitième et neuvième stigmates sur les deuxième à huitième segments abdominaux. Une longue souche trachéenne règne le long du corps et envoie une branche à chaque stigmate.
La figure 2 représente cette disposition. Les trachées
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sont blanches, argentées sur le tube intestinal, et la dernière ainsi que le stigmate correspondant, paraissent noires par la transparence du corps de la larve placée sous la lentille d’un microscope.
La surface du corps de cette larve est très finement ruguleuse ou couverte de très fines rides qui lui donnent un aspect satiné. Je dois faire remarquer les granulations blanchâtres, très nombreuses et placées sous le tégument (fig. 2). Des granulations semblables ont été parfaitement décrites par M. Fabre, dans un intéressant travail sur les Sphégides ( Annales des Sciences naturelles, Zool., 4° série, VI, 167). Il a démontré que ces grains blanchâtres étaient composés par des sels uriques, et servaient d'organe d’excrétion à la larve du Sphex flavipennis et à plusieurs autres larves.
Dans un travail récemment publié dans les mêmes Annales (Etudes anat. et phys. sur un Dipière Tachinaire, parasite de la chenille du Sphinx euphorbiæ, Ann. Scienc. natur. ; 4e série VII, 115), M. Barthélemy a constaté les mêmes granulations blanchâtres et leur nature urique sur la larve du Scenometopia atropivora.
J'ai déjà insisté sur le point le plus remarquable que présente la larve de la Pimpla Fairmairii, C'est-à-dire sur les pseudopodes dorsaux. Il existe peut-être des mamelons latéraux sur cette larve, je ne les ai point notés. Je ne crois pas cependant avoir été préoccupé des pseudopodes de la région dorsale, au point d’avoir négligé l'étude des mamelons de la région latérale. S'ils existent, ils ne doivent pas être très marqués.
Parmi les Auteurs qui ont parlé des pseudopodes dorsaux 3e Série, TOME vr. 52
ou qui les ont figurés se trouvent Réaumur, Rœsel, Bouché, M. le colonel Goureau.
Réaumur a décrit, dans le IIIe volume de ses Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des Insectes, deux larves trouvées par lui dans les galles ligneuses, en groseilles, venant sur la face inférieure des feuilles du chêne (p. 496, pl. 45, fig. 2, 3 et 4). Elles avaient des mamelons dorsaux et « ressemblant si fort aux jambes membraneuses des fausses chenilles que ce ver paraît avoir des jambes presque tout le long du dos. »
Il avait encore observé « que l’intérieur de quelques vers était presque rempli de petits corps ronds qui se touchaient les uns les autres » (XIIe mémoire, Loc. cit. 497) et il les prenait pour des œufs. C’étaient probablement des granulations graisseuses ou de nature urique.
Réaumur savait que les pattes dorsales n’existent pas chez « les vers de très grosses galles en boutons, les vers des galles ligneuses en boules » (p. 496). Il ne distinguait point toutefois les vers de ces galles en habitants légitimes et en parasites, ces derniers ayant seuls les mamelons ambulatoires sur leur dos. Les observations de Réaumur ont été mal comprises plus tard, par ceux qui les ont copiées sans les étudier suffisamment et sans contrôle. On trouve dans plusieurs ouvrages que les Cynips ont des larves remarquables par des pattes dorsales, suivant Réaumur. Nous voyons ce qu'on doit admettre à cet égard.
ROESEL a figuré, dans ses Belustiqungen, tome IT, p. 299, Suppl., pl. LIL, fig. e, une larve à pattes dorsales, habitant une galle du chêne, Elle produit un Misolampus ou Eurytoma (fig. H), d'un vert doré, à longue tarière.
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Boucué, dont j'ai déjà parlé comme ayant observé les mœurs aranéivores de la larve de la Pimpla rufata, décrit (loc. cit., p. 145) cette larve comme ayant des pseudopodes dorsaux incontestables. Sa description remarquable doit être citée en entier: « Die Larve ist halbwalzig, etwas gekrümmt, gelbweiss, weich, fleischig, wulstig gerandet, fein murikat, mit sehr einzeln stehenden kleinen Borsten. Der kleine eiformige Kopf ist blassbraun, und hat einen vorstehenden Mund mit undeutlichen Theile. An den Seiten stehen kleine kegelige, zweigliedrige Fühler. Die kleinen blassgelben Stigmen stehen wie bei den Räupen. Auf dem Rücken der Abschnitte—den Prothorax und die beiden Hintersleibsabschnitte auszgenommen — steht je eine, als Forsthewegungsmittel dienende Quererhôhung, und darauf zwei, in den Seiten sich vereinigende Doppelreihen kleirer rothbrauner Stacheln. Diese Erhôhungen künnen eingezogen werden, und bilden alsdann kleine elliptische Vertiefungen, in denen die Stachelreihen stehen. Das Aftersegment ist klein und rundlich. — Lange 3 linien.
Bouché a encore décrit (Loc. cit. 144) trois autres larves de Pimpla. Celle de la Pimpla (Lissonotu) setosa a seulemeut le sommet des segments dorsaux un peu gibbeux « Der Rücken der Abschnitte ist etwas bucklig. » Le même savant à noté dans la larve de la Pimpla instigator (p. 146) la teinte grise du tube digestif. Il l’aperçevait à travers les téguments et il a vu plusieurs grains (Kôrnern) blanchâtres dans l'intérieur du corps. Il ne parle pas de pseudopodes.
M. le colonel GOUREAU a représenté, dans ces Annales (1845, pl. 7, UT, fig. 1), la larve d’un Microgaster, qui paraît avoir des pseudopodes dorsaux, d'après le dessin. D'autre
part, le texte ne fait pas mention spécialement de ces pseudopodes dorsaux, mais il fait connaître sur cette larve des mamelons exsertiles « des jambes qui sortent horizontalement de son corps, au nombre de cinq paires, sur les troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième anneaux, et que l’animal fait rentrer et sortir à volonté (loc. cit., 1845, page 357). »
Mon savant collègue, M. Goureau, a eu, en outre, l’obligeance de me communiquer les figures qu’il à faites, et encore inédites, de la larve de l'Eurytoma abrotani N£es p'Esensecx. Cette espèce est parasite d’un Cynips d’une galle du Chêne (galle dure en grain de groseilles, ou plutôt en pois du chêne, se trouvant à la face inférieure des feuilles) ; cette larve paraît avoir des pseudopodes dorsaux. C’est probablement celle que Réaumur a connue.
Une autre larve, observée par M. Goureau, vit en parasite dans les Bédéguars, et produit un insecte qui est peutêtre, suivant cet auteur, l’Ichneumon parasiticum d'OLIVIER, ou l'1. bedequaris de Fourcroy. Elles est pourvue de deux fortes mâchoires et couchée sur le côté, elle dévore les habitants légitimes de la galle ou bédéguar. Après avoir achevé de manger la larve occupant une cavité, elle passe dans la cavité voisine en détruisant la cloison mitoyenne et dévore le nouvel habitant qu'elle a découvert. Cette larve, sur les dessins que j'ai vus, paraît avoir des mamelons dorsaux, mais elle est surtout pourvue de mamelons latéraux.
On a fait remarquer, à juste titre, que les Ichneumonides s’attaquaient aux autres Insectes, sous tous leurs divers états, sans respecter les larves de leur propre famille. Les uns en veulent aux œufs, les autres aux larves, d’autres
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aux nymphes, aux chrysalides, certains aspirent la substances des Arachnides et des Insectes à l’état parfait, on en a la preuve incontestable. Les Ichneumonides sont de la sorte, tantôt parasites internes, tantôt parasites externes. Je me fais un plaisir de citer, à cet effet, la communication suivante de M. Goureau.
Mon savant collègue dit, à propos de l'Ichneumon précité des galles de l’églantier. « L’Ichneumon dont il s'agit est donc un parasite extérieur. Ce fait mérite d’être signalé, quoique déjà connu, afin que les compilateurs ne disent plus, comme règle générale, que les larves d’Ichneumonides vivent exclusivement dans le corps des chenilles ou des autres larves.
» Leur manière de vivre est variée, puisque nous savons qu'il y en a qui sont parasites, en partie intérieurs et en partie extérieurs. Ces derniers sont plongés à moitié dans le corps de leur victime. J'ai élevé un Cryptus qui a beaucoup d'analogie avec le Cryptus tarsoleucus GRAv., dont la larve dévore la chrysalide d'une tordeuse du noisetier, et se tient à moitié plongée dans sa proie. Elle s’y introduit pardessous le fourreau d’une des ailes. »
Il faut remarquer enfin que les larves extérieures, celle que je fais connaître dans ce travail, celles des Pimpla, que Bouché a décrites, etc., ont des stigmates. Les larves qui sont intérieures ne paraissent pas en avoir le plus souvent. On connait les belles observations de Ratzeburg à ce sujet; les faits que j'ai vus me paraissent entièrement les confirmer.
La dépouille des nymphes de la Pimpla Fairmairii ne
m'a rien offert de particulier. Je n’en parle que pour mémoire.
Pimpla Fairmairü, ®. (Voy. pl. 17, n° IL, fig. 6 à 11.)
Longueur 6 3/4 mill.; plus la tarière 3 mill.
Tête noire, plus large que le corselet, ayant un point jaune devant la base de chaque antenne (fig. 6). Antennes plus longues que la moitié du corps, assez grêles, de vingtcinq articles environ, le dernier du double plus long que le précédent et arrondi à l'extrémité. Couleur brunâtre, jaune à la base, surtout en dessous, jaunâtre à l'extrémité. Yeux noirs, assez grands, non contigus. Ocelles rougeâtres, disposés en triangle presque équilatéral. Labre roussâtre. Mandibules noires. Palpes et parties inférieures buccales entièrement d'un jaune clair.
Thorax noir, très finement pointillé et à fine pubescence, varié de ‘fauve et de jaune. Prothorax noir. Mésothorax noir en dessus, avec deux raies d’un fauve rougeâtre foncé, longitudinales; la majeure partie des flanes et le mésosternum sont fauves ou d’un jaune foncé, ainsi que les sutures latérales. Métathorazæ noir. Région de l'écusson d'un jaune un peu fauve, à extrémité d’un jaune clair, suivie de deux traits arqués, à concavité- antérieure, jaunâtres, répondant à des sulures.
Ailes irisées à base jaunâtre. Stigma brunâtre. Nervures disposées ainsi que l’indiquent les figures 8 et 9.
Pattes antérieures d'un jaune clair ; les intermédiaires également d’un jaune clair avec l'extrémité de quelques articles des tarses à peine obscure; les postérieures d'un jaune foncé à la base, les trochanters blanchâtres, extrémité des cuisses avec un anneau obscur; jambes blanchâtres
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ayant un anneau près de la base et leur sommet noirâtres ; extrémité des articles des tarses noirâtres.
Abdomen noir, ponctué, pubescent; les segments ont une élévation latérale lisse, luisante, et au bord postérieur une large surface également luisante (Voy. fig. 11). Tarière ayant au moins la longueur des deux tiers de l'abdomen; valves latérales noires, ciliées de noir, portion médiane fauve.
Je ne connais pas le mâle de cet insecte. Cette description est faite sur deux individus femelles que j'ai déposés dans la collection de mon excellent ami Léon Fairmuire.
La Pimpla Fairmairi est très voisine de ses congénères les Pimpla rufata, angens, oculatoria, ovivora. Elle se distingue essentiellement, et au premier coup d'œil, de ja rufata, à laquelle elle ressemble extrêmement, et qui a comme elle deux lignes roussâtres sur le dos, par la longueur de sa tarière qui chez la rufata est courte, n’égalant que la quatrième partie de l’abdomen.
Elle n’a point la ponctuation abdominale de l’angens ; elle est plus fortement ponctuée, les espaces élevés sont bien plus marqués; sa tarière est plus longue.
Elle n’a point la coloration rousse du corselet et des anneaux de l’abdomen de l'oculatoria, et sa tarière est bien plus longue, le corps plus grêle, etc. La figure me dispense d’autres détails. L’ovivora décrite par M. Boheman s’en distinguerait, au premier coup d'œil, par les taches roussâtres du côté de l’abdomen.
Je n'ai pas trouvé, sur ces trois dernières Pimpla, si voisines de la Fairmairi, la cellule aréolaire ouverte ou fermée très obscurément comme dans cette espèce. Ce
caractère remarquable se présente dans l’aile des Potysphincta.
Je dirai encore, au sujet des ailes de la Pimpla Fairmairii, que j'ai représenté, chez cet insecte, les crochets de la partie supérieure de l’aile de dessous, ou petite aile (fig. 9 et 10). Ces crochets se retrouvent, comme on le sait, dans presque toutes les ailes des Hyménoptères. Ils sont, dans notre espèce, arqués et simples et au nombre de cinq à six plus ou moins développés.
L'’abdomen de la Pimpla Fairmairii est remarquable par les espaces lisses, élevés, qui lui donnent un aspect noueux. La tarière de la femelle a aussi une longueur qui la distingue des espèces congénères, qui lui ressemblent le plus pour la taille et la couleur.
Explication des figures de la planche 17, n° II.
Fig. 1. Larve grossie de la Pimpla Fairmairiüi vue de profil, et à côté d’elle mesure de sa grandeur naturelle.
2. La même larve, montrant par transparence le tube digestif noirâtre sur lequel se détachent en blanc les granulations et, en outre, les trachées et leurs stigmates, qui ont sur la larve vivante un reflet argenté.
3. La même larve, vue par la région dorsale et offrant sur les quatrième à dixième segments des pseudopodes dorsaux médians.