DESCRIPTION
MÉTAMORPHOSES DU DASYTES CŒRULEUS,
Par M. le D' Alexandre LABOULBÈNE.
(Séance du 12 Mai 1858.)
Au commencement du mois de novembre de l’année dernière, j'ai ramassé, dans le parc réservé de Meudon, des branches mortes, tombées à terre, couvertes de lichens. Le bois en était mou, blanchâtre, décomposé; elles étaient faciles à briser. J’en ai rompu un grand nombre et j'y ai trouvé une nymphe placée dans une petite loge oblongue, creusée dans l’épaisseur du bois.
Cette nymphe, que je connaissais peu, a piqué ma curiosité. J’en ai réuni une douzaine et j'ai eu soin de recueillir les dépouilles de larve qui se trouvaient à l’extrémité de leur corps, dans la même loge. Malgré mes recherches, je n’ai pu me procurer la larve vivante, l’époque de l’année étant trop avancée, et la transformation ayant eu lieu; mais j'ai, dans une loge, pris les débris d’un insecte parfait, enveloppés de moisissure, et j'ai pareillement pris trois larves desséchées, entièrement couvertes de la même production cryptogamique.
Il m'a été facile de reconnaître, dans les débris de l’insecte parfait, un Dasytes, et par sa taille et ses couleurs je l'ai rapporté au cœruleus.. D'autre part, j'ai trouvé, le 14 mars
1858, un insecte éclos dans le vase où j'avais placé les morceaux de bois ramassés. Enfin, les nymphes déposées dans la sciure de bois ont produit toutes le même insecte et, chose peu ordinaire, sans qu'aucune d'elles fût piquée par un parasite.
Il n’y a donc pas de doute à avoir sur la légitimité de l'espèce. Quant à la larve, que je n’ai point vue vivante, je l’ai dessinée d’après les dépouilles rejetées au moment de la métamorphose en nymphe et d’après les trois individus débarrassés de leur moisissure.
Les détails que j'en donne sont faciles à apprécier sur les dépouilles, ils sont même d’une netteté remarquable.
Le bois dans lequel cette larve a vécu m’a paru être du chêne.
$ Ier. LARvE (voyez pl. 13, n° I, fig. 1 à 9).
LARVE allongée, élargie en arrière; à peine ou point convexe; composée de douze segments, la tête non com prise, à poils blanchâtres, assez longs. D'un blanc jaunâtre, avec une teinte rosée ou rougeâtre en dessus, la tête et le dernier segment brunâtres, une tache latérale de cette couleur sur chaque segment du thorax et une ligne ombrée de chaque côté de l'abdomen (fig. 1).
Tête peu grande, un peu bombée, presque carrée, cornée, brune, en arrière surtout, avec de petits points sans coloration de chacun desquels sort un poil blanchâtre; deux sillons peu apparents sur les côtés et réunis en arrière formant une sorte d’Y de couleur claire, blanchâtre. Bouche d'un testacé roussâtre.
Antennes courtes, composées de quatre articles presque de même grandeur, le premier large, le troisième suppor-
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tant en dedans un quatrième article allongé, terminé par un long poil et, en dehors, un mamelon très court, ou article supplémentaire (fig. 2).
Yeux situés latéralement, formés par cinq ocelles, très visibles, disposés ainsi que l'indique la figure 3, qui les montre vus de profil sur le côté gauche de la larve. Ces ocelles ou stemmates sont un peu bombés, luisants, dépourvus de pigment sur la dépouille de la larve et entourés d’une ombre brune qui les rend très distincts.
Labre ‘arrondi ou subarrondi en avant, avec des poils nombreux; il est uni avec l’épistôme, en arrière, par une suture bien marquée (fig. 4). Epistôme étroit, presque transversal.
Mandibules ferrugineuses, à peine saillantes, fortes, noirâtres ou brunâtres à leur extrémité; 4-dentées au côté interne (fig. 5 et 6). Les quatre dents sont disposées sur deux lignes, les supérieures sont les plus fortes,
Mächoires allongées, à lobe interne fixe, ayant une brosse de gros poils au sommet; palpe externe de trois articles, le premier large, le deuxième arrivant à la hauteur du lobe, le troisième article le plus grêle et le plus allongé (fig. 7).
Lèvre inférieure très petite, avec deux très ge palpes biarticulés (Gg. 7).
Segments thoraciques presque carrés; le premier le plus grand de tous, trapézoïde, avec plusieurs taches noirâtres, les deux suivants ont de chaque côté une grande tache luisante noirâtre, en forme de virgule (fig. 1). Chaque segment thoracique porte une paire de pattes à peine roussâtres ou brunâtres aux articulations, de cinq articles, le dernier consistant en un crochet unique corné, ferrugineux (fig. 8).
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Segments abdominaux un peu arrondis sur les côtés, les premiers, à partir du thorax, plus étroits que les suivants; tous offrent de longs poils blanchâtres plus marqués latéralement; les premier et huitième ont une tache ombrée, légère, brunâtre , de chaque côté de la ligne médiane, elle est moins nelte sur le huitième segment. Cette tache est, en outre, comme partagée en deux par un trait transversal, une sorte de pli.
De chaque côté de l’abdomen paraît devoir exister un bourrelet (peu marqué sur les larves que j'examine), et en dehors, une tache brunâtre légère. Le neuvième segment abdominal, qui est le douzième du corps de la larve, a la forme d’une grande plaque brune, cornée, largement canaliculée, couverte d'aspérités, échancrée en arrière, où elle forme ainsi deux crochets convergents, mais dont la pointe est brusquement relevée en haut et d’une teinte plus claire (fig. 9).
Sur la dépouille de la larve, cette plaque brune, ou derpier segment, est fortement appliquée sur la face ventrale, et la tête est repliée de même, de telle sorte que ces deux parties sont rapprochées.
La tête est fendue ainsi que les segments thoraciques, le premier au moins, et c’est par cette ouverture que la nymphe s’est dégagée. La dépouille chiffonnée de la larve reste ordinairement attachée aux derniers segments de la nymphe qu’elle cache.
Les stigmates sont brunâtres. Le premier est très positivement situé en dessous et au bord antérieur du mésothorax (fig. 1, s), les autres, au nombre de huit, sont les six premiers, sur le tiers antérieur des quatrième, cinquième,
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sixième, septième, huitième, neuvième segments; les septième et huitième vers la moitié de la longueur des dixième et onzième segments.
Le dessous du corps de la larve est blanchâtre, le dernier segment est brun.
La loge construite par la larve pour y subir ses transformations est oblongue, ovoïde, placée dans le sens de la longueur du bois. Elle est située au fond de galeries plus étroites, où se voit de la sorte une chambre terminale. L'extrémité des galeries est remplie d'une poussière de bois très fine, et leur orifice est ouvert à l’extérieur par un trou qui paraît anciennement fait.
J'ai trouvé dans plusieurs morceaux de bois des provisions de Diptères de la famille des Tipulaires, accumulés en grand nombre. Ce sont très probablement des Hyménoptères, des Crabronides qui ont amassé ces provisions pour leurs larves, et qui sont les auteurs de la majeure partie des galeries peu sinueuses, presque droites. On trouve dans Réaumur la description de ces magasins de Tipules et de Diptères entassés. La larve du Dasytes cœruleus est peutêtre un parasite des larves de Crabronites pendant les premiers temps de sa vie, et, plus tard, elle creuse à l'extrémité des galeries une loge dans le bois décomposé et très friable. Il faut, du reste, que le bois offre peu de résistance à l’insecte parfait et que la sciure ne soit pas trop tassée pour qu'il puisse sortir au dehors. J’en ai aperçu un grand nombre morts au fond de leurs galeries, probablement parce que le bois s'était desséché dans mes boîtes et n’avait plus la souplesse qu’il conserve dehors à l'air libre et humide.
M. le Dr Aubé m'a dit avoir trouvé assez fréquemment. au premier printemps, dans la forêt de Saint-Germain, dans
des branches de bois de chêne, très décomposées, blanchàtres à l'intérieur, des Dasytes cœruleus, récemment transformés. El a vu, dans ces mêmes branches, des Elatérides, entre autres le Cratonychus brunnipes. Le savant entomologiste croirait volontiers que le Dasytes serait à l'état de larve parasite de quelque Elatéride.
Je dois encore ajouter qu'il y a plusieurs années, j'ai, en compagnie de mon ami Léon Fairmaire, rencontré dans la même forêt de Saint-Germain, à la même époque des Dasytes cœruleus, récemment éclos dans des branches de bois décomposé. Il y avait avec eux des larves et des nymphes d’Asiliques du genre Laphria.
$ 1. Nympue (voy. pl. 13, no I, fig. 10 à 13).
Nympge très allongée, presque parallèle « , d'un blanc jauotre et un peu rosé ou rougeâtre, avec des poils blanchâtres. Deux séries de taches brunâtres le long du dos et de l'abdomen, celui-ci terminé par des appendices.
Tête penchée sur la poitrine, offrant les parties de la bouche étalées.
Yeux noirs.
Antennes repliées, longues, se rejoignant en avant.
Prothorax arrondi en avant et en arrière; ailes étroites enveloppant le corps; à peine débordées par les pattes, qui sont minces et ont leurs tarses étendus, articulés visiblement, mais sans saillie des ongles.
Abdomen de huit segments. Chacun d’eux porte sur les côtés et en arrière un bouquet de poils allongés. Des poils semblables existent sur la tête et le corselet. Le dernier
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segment offre deux appendices très poilus (fig. 12 et 13), épais à la base, terminés par un petit crochet recourbé en arrière, vers la face dorsale de la nymphe. Ces appendices rappellent ceux de la larve situés au même endroit.
J'ai dit que cette nymphe était presque parallèle, cela est vrai le plus souvent. Quelques-unes cependant sont plus élargies vers le milieu de l’abdomen, et sur ces dernières on trouve à l'extrémité, outre les deux appendices ( Gg. 12) dont j'ai parlé, deux nouveaux appendices situés en avant des premiers (fig. 13). Je regarde ces nymphes à quatre appendices comme devant produire des insectes femelles, et celles à deux appendices seulement comme appartenant au sexe mâle.
Je crois aussi que les larves les plus grosses et les plus élargies en arrière doivent appartenir aux femelles, mais je l’admets par hypothèse , sans en avoir la preuve directe.
Les insectes parfaits sont éclos vers le milieu de mars, et jusqu’à la fin de ce mois dans mes boiles. Peut-être l’éclosion est-elle un peu plus tardive au dehors.
Dasytes cæruleus, FaBricius, Syst. Entom., p. 70, ne 5 (Hispa ), 1775.
Anobium cyanœum, Fag., ibid. 63, n° 6.
Allongé, un peu élargi en arrière, déprimé et d’un bleu
foncé verdâtre, ou un peu violet en dessus; d’un vert assez brillant et métallique en dessous. Antennes et jambes noi-
râtres. Entièrement couvert en dessus d’une pubescence droite et noirâtre; ponctuation forte, surtout sur les élytres, dont l'extrémité est assez arrondie. — Long. 6 mill.