I. Description extérieure des Caroncules
Les Malachius bipustulatus font sortir, de chaque côté de leur thorax, quand on les prend ou quand on les inquiète, des organes rouges, sous forme de prolongements ou de caroncules.
Le point précis de cette exsertion est, en avant, l'angle antérieur du corselet, près de la tête, en arrière le point de séparation du métathorax avec l'abdomen, en empiétant toutefois sur le thorax. L'une des saillies est par conséquent post-céphalique, l’autre anté-abdominale (voyez la fig. 1 pl. 12, no I).
On sait que les téguments des Malachius sont peu cornés avec leurs articulations lâches, mobiles. En ces endroits l'espace articulaire est très élargi, aussi la sortie des caroncules a-t-elle lieu avec la plus grande facilité.
La forme des deux organes céphalique ou abdominal diffère. La caroncule antérieure, celle du côté de la tôte, est trilobée, la caroncule postérieure, située vers l’abdomen, est seulement bilobée, Leur base est largement sessile, les prolongements un peu inégaux. Les insectes ne font pas toujours saillir au dehors ces organes dans leur maximum d'expansion; mais, quand on presse leur corps de manière à produire cet effet, on trouve sur la caroncule post-céphalique la trifurcation a (voy. fig. 2) située en arrière, plus longue que les deux antérieures.
La couleur des organes qui nous occupent est d’un beau rouge, un peu orangé. On remarque (fig. ? et 3), un sillon léger, triangulaire (fig. 2) ou linéaire (fig. 3) sur les caroncules, au point correspondant à leur base, Ces sillons, bien marqués pendant le retrait des organes exsertiles et que j'ai
représentés à la place qu’ils devraient occuper, s’effacent pendant la distension extrème.
Si on veut connaître comment les Malachius font sortir les prolongements de leur corps, on s'aperçoit qu’ils emploient le procédé des Helix pour leurs tentacules oculaires. Les insectes refoulent au dehors une sorte d'extrémité de doigt de gant qui serait rentrée en dedans.
Pour savoir si ces organes exhalaient quelque odeur spéciale, j'ai un très grand nombre de fois soumis ces insectes à l'observation directe. Jamais je n'ai perçu d’odeur sortant de leur corps au moment de l'expansion des caroncules, Mes collègues , déjà nommés, n’ont pas trouvé d’odeur sensible en répétant l’expérience.
Les Malachius réunis en grand nombre et bien vivants, dans un tube de verre parfaitement propre, ont été effarouchés, irrités. Ils faisaient fortement saillir leurs cocardes sans produire, pour l'un de nous tous, d’odeur sensible. Cependant, en pareil cas, s’il y avait eu une odeur légère, trop faible pour être perçue avec un seul insecte, celte odeur très multipliée, accrue par leur grand nombre, aurait dû frapper notre odorat.
Le Malachius bipustulatus n’est pas le seul dont j'aie examiné les caroncules. Le Malachius elegans OLIVIER, en possède d’identiques et d’un beau jaune orangé; les petits Malachius pulicarius FABRICIUS, Anthocomus equestris FApricrus, Ebœus thoracicus FABRICILS, en ont pareillement et elles sont presque semblables.
Ces organes ont-ils des analogues dans les autres genres d'insectes Coléoptères. Cela me parait évident. Je citerai les exemples qui suivent, à l’appui de mon opinion.
Je n'hésite point à regarder comme analogues aux caron-
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cules thoraciques des Malachius les saillies abdominales et si fortement odorantes de la plupart des grands Sraphylinides, dont le S. olens Liné, peut être pris pour type.
Je mets près d’elles les bourses abdominales, en cæcum, décrites par M. Léon Dufour pour les Blaps (Ann. Sc. Nat. 1re série, tome vin, p. 18, pl. 20, fig. 9) et celles qu'il vient récemment de faire connaître chez le Misolampus puncticollis (Annales des Sc. Nat, 4e série, Zoo!., tome 1x, p. 16, pl.:2, fig. 7.et 8).
Mais, en admettant l’analogie de ces organes divers (1), pouvons-nous préciser leur rôle physiologique ?
Les Staphylinides, et parmi eux les plus odorants, relèvent fortement l’abdomen en faisant saillir leurs bourses, exhalant l'odeur de l’éther, du chloroforme, de l'ammoniaque, etc.; ils les dirigent vers l’objet qui les effraie. Les moins odoriférants se conduisent de même. Leurs organes exsertiles paraissent être soit des moyens de défense, ou mieux encore des moyens d'effrayer ou de produire du dégoût chez leurs ennemis.
Je m'arrêterais à ces deux dernières hypothèses pour le rôle physiologique des caroncules ou cocardes des Malachius, et je ne serais pas surpris qu'il s'échappât de ces organes une odeur insaisissable pour l’odorat humain, mais sensible pour d’autres animaux, contre lesquels les Malachius ont à se défendre.
(1) M. de Siebold est incertain s’il faut placer parmi les organes des sens et en particulier du toucher les organes mous, protactiles et souvent d’une belle couleur rouge ou orangée, que les Malachius possèdent sur les parties latérales du corps (Manuel d'anatomie comparée, Roret, tome I°', page 565, note 5).
Il. Structure et texture des Caroncules.
Si on détache, au moyen d’un coup de ciseaux, les caroncules au moment de leur extension, puis, si on les place entre deux lames de verre sous divers objectifs d’un microscope, on voit qu’elles sont composées d’une enveloppe complexe et d’un contenu.
L'enveloppe est formée dans sa partie la plus externe par une fine membrane paraissant amorphe, incolore, et sous laquelle est déposée une couche de pigment rouge, sous forme de fines granulations.
Ces granulations pigmentaires sont agitées d’un vif mouvement brownien.
Au point où l'enveloppe ne rentre pas sur elle-même, vers les parties centrales, là où se produisent les sillons dont j'ai parlé, on trouve des prolongements de l'épiderme sous forme de poils (fig. 4).
Sous cette enveloppe extérieure existent des faisceaux musculaires, ayant deux directions principales; les uns transversaux et comme annulaires, les autres longitudinaux se terminant parfois en se croisant en anses avec ceux du côté opposé.
Ces deux ordres de faisceaux, quelle que soit leur direction, sont formés de fibres musculaires, visiblement striées en travers, appartenant à la vie animale et soumises à l’empire de la volonté (voy. fig. 4).
Ces fibres sont fortement marquées à la base des caroncules, où les faisceaux prennent un appui.
En résumé; membrane épidermique, pigment, couches de fibres musculaires formant des faisceaux longitudinaux
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et transversaux, telle est la texture de l'enveloppe des caroncules.
Le contenu est composé par un liquide peu coloré, presque transparent ou hyalin, avec des granulalions moléculaires ct des sachets adipeux (1). Y a-t-il un liquide spécial pour ces organes produisant leur exsertion, ou bien le liquide nourricier y pénètre-t-il comme dans les autres parties et cavités du corps? J'adopte cette dernière opinion et je crois que la sortie des cœcum des caroncules est due principalement à la contraction des faisceaux musculaires transversaux ou annulaires. Je pense également que leur rétraction est produite par la contraction des faisceaux longitudinaux. Il ne me paraît pas nécessaire qu’un liquide spécial vienne distendre ces organes par sa présence et les laisse flétris et rentrés en eux-mêmes par sa disparition.
(1) J'ai vu aussi, à plusieurs reprises, dans ce liquide des corps ovoides ayant une membrane d’enveloppe bien marquée, assez forte, et un contenu granuleux sous forme de gouttelettes ou de granulations graisseuses, arrondies, offrant l’aspect, la réfraction ordinaire des corps gras. J'avais déjà, en 1849, en disséquant des Anobium (voy. Ann. Soc. Ent. de Fr., 1849), trouvé des corps pareils ; c’est pour moi le deuxième exemple de leur présence dans la cavité abdominale des insectes Coléoptères. Je ne sais encore ce que peuvent être ces corps ovoïdes.
On ne peut les regarder comme des œufs de Malachius, car ils ne sont pas à la place ordinaire des œufs, ils n’en ont pas exactement la forme et ils existent chez les mâles comme chez les femelles de ces insectes.
Aï-je eu sous les veux les œufs de quelque parasite ?
Est-ce une forme particulière de tissu graisseux ou adipeux splanchnique ? En ce cas, il serait loin d'offrir la forme ordinaire du tissu graisseux ou adipeux des autres insectes Coléoptères.
FEV T'.
528 A. LABOULBÈNE.— Caronc. thorac. du Mal.bipustulatus.
Explication des figures de La planche 13, no I.
Fig. 1. Malachius bipustulatus FaBricius, grossi, vu de profil, sur le côté gauche du corps et faisant saillir les caroncules thoraciques. Au-dessous de lui mesure de sa grandeur naturelle.
2. Caroncule antérieure ou post-céphalique très grossie; a son prolongement ou la trifurcation postérieure.