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NOMBRE DE LEUCOCYTES PAR MILLIMÈTRE CUBE

Sang témoin

Sang -p agent anticoagul

La conclusion qui nous paraît s’imposer, lorsqu’on examine les résultats de ces recherches, c’est que l’hypoleucocytose provoquée par les injections de peptone ou des autres agents anticoagulants doit, au moins pour la plus grande part, être rapportée à l’action dissolvante exercée par ces agents sur les leucocytes.

Mais l’hypoleucocytose n’est-elle due qu’à laleucolyse, et n’eston pas en droit de supposer qu’un autre facteur contribue aussi, pour une certaine part, à réduire davantage encore le nombre des leucocytes, tout au moins dans le sang des gros troncs vasculaires ? On peut être tenté de le croire en comparant les chiffres des

numérations fournis par les tableaux I et II d’une part, III et V d’autre part.

Il semble, en effet, que la diminution du nombre des leucocytes dans le sang est généralement plus marquée à la suite des injections intra-vasculaires de peptone, de sérum d’anguille, d’extraits d’organes qu’après addition de doses équivalentes des mêmes substances au sang in vitro. Cette différence résulte peutêtre en partie des conditions expérimentales qui permettent à l’action leucolytique de s’exercer plus efficacement dans le sang circulant ; mais il me paraît plus vraisemblable qu’une autre cause intervient pour ajouter ses effets à ceux de l’action destructive exercée par les agents anticoagulants.

Sans invoquer le passage immédiat d’une partie de ces éléments dans les tissus, on peut supposer qu’en raison de la vaso-dilatation intense produite par ces agents et de la chute de pression ^ qui en est la conséquence, le courant sanguin peut être suffisamment ralenti au niveau des capillaires pour permettre aux leucocytes de s’y arrêter en plus grand nombre. Une partie de ceux qui ont échappé à la destruction resteraient cantonnés, pour ainsi dire, dans certains territoires vasculaires, ce qui réduirait encore davantage par le fait, le nombre de ces éléments dans le sang des gros vaisseaux artériels. Cette explication toute théorique me paraît fortement appuyée par les résultats des expériences suivantes :

^ Oq sait que les injections de peptone provoquent une chute très marquée de la pression sanguine (Schmidt-Mülheim). Cette chute de la pression aortique n'est pas due seulement à la dilatation des vaisseaux de la région splanchnique, comme on a pu le supposer tout d'abord, mais à « une dilatation généralisée de tous les vaisseaux du corps » (Thompson, Arch. de Phijsiol., 1897, pag. 117). J’ai pu me rendre compte que ce phénomène s'observe à la suite do l'injection intraveineuse de tous les agents anticoagulants du groupe de la peptone. L’action leucolytique de ces agents, leurs elïets anticoagulants et leurs effets dépressifs paraissent donc intimement liés les uns aux autres. 11 u'est i>as sans intérêt de faire remarquer que les substances douées de propriétés anticoagulantes directes et qui agissent par conséquent sur le sang in vitro (extrait de sangsue, histone), exercent au contraire une action conservatrice sur les globules blaucs et ne modifient que très faiblement la pression sanguine.

Expérience ii. — Chien du poids de S’',(i00,curarisé el soumis à la respiratiou arlificiellc. L’animal est préparé pour la section de la moelle à la partie cervicale. Le canal rachidien est ouvert, puis une canule est introduite dans l’arlèrc carotide et un échantillon de sang est prélevé pour la numération des globules blancs. Le ch i lire trouvé = 12,200. On pratique immédiatement la section de la moelle, et, deux minutes après l’opération, on prélève un second échantillon de sang.

Le nouveau chiffre fourni par la numération — 9,3C0. On tétanise alors le segment périphérique de la moelle coupée, et au bout d’une minute on prélève une nouvelle quantité de sang, le chiffre donné par la numération = 12,000.

Expérience iii. — Chien du poids 11 “,200; 0s%ll de morphine, chloroforme. La cavité abdominale est ouverte, les splanchniques sont isolés et placés sur un fil. Par une canule introduite dans la carotide ou prélève un échantillon de sang pour la numération; le chiffre trouvé = 10,650. On sectionne immédiatement les splanchniques, et trois minutes après on prélève un nouvel échantillon ; le chiffre des leucocytes trouvé i= 8,100. L’excitation consécutive des splanchniques ramène le chiffre des leucocytes à 10,200.

Ces expériences nous démontrent que la vaso-dilatation consécutive à la section sous-bulbaire de la moelle ou à la section des splanchniques peut être suivie d’une diminution immédiate du nombre des leucocytes dans le sang des gros troncs vasculaires. L’excitation du segment périphérique de la moelle coupée ou des splanchniques, en provoquant le resserrement des petits vaisseaux, tend au contraire à rendre au môme sang sa teneur normale en globules blancs.

Il nous paraît donc légitime de supposer que l’hypoleucocytose produite par les injections intravasculaires des divers agents anticoagulants que nous avons étudiés n’est pas due exclusivement à la destruction des globules blancs dans le sang circulant, mais résulte aussi, pour une part, bien moindre il est vrai, de la dilatation générale des petits vaisseaux et de l’arrêt, à leur niveau, d’un certain nombre de leucocytes ayant échappé à la destruction .

En résumé, ces recherches démontrent :

1® Que tous les agents anticoagulants du groupe de la peptone

provoquent, lorsqu’ils sont injectés dans les vaisseaux, une hypoleucocytose extrêmement marquée.

2“ Que celte diminution du nombre des leucocytes dans le sang circulant est, au moins pour la plus grande part, le résultat de l’action destructive exercée par ces substances sur les globules blancs.

3“ Que la dilatation générale des petits vaisseaux et le ralentissement du courant sanguin qui en est la conséquence peuvent être considérés comme une cause adjuvante contribuant à diminuer davantage encore le nombre des leucocytes dans le sang des gros troncs vasculaires.

IL — ROLE RESPECTIF DU FOIE ET DES LEUCOCYTES DANS L’ACTION DES AGENTS ANTICOAGULANTS.

a). Le leucocyte joue un rôle essentiel dans la production des liquides anticoagulants par le foie isolé.

Les expériences de circulations artificielles à travers le foie isolé semblaient indiquer que le contact de la peptone, du sérum d’anguille, etc., avec les éléments histologiques de cette glande, suffit à provoquer la formation ou l’élimination de la substance qui donne aux liquides hépatiques leurs propriétés anticoagulantes.

Ainsi que je l’ai rappelé plus haut, aucune donnée ne pouvait faire supposer que le processus, en vertu duquel ces liquides acquièrent leurs caractères spécifiques, fut d’une complexité plus grande. Aussi l’hypothèse de la formation directe du principe anticoagulant par la cellule hépatique avait-elle rallié la plupart des auteurs qui se sont occupés de la question.

C’est en reprenant l’étude minutieuse des conditions qui permettent d’obtenir, dans les expériences de circulations artificielles, les résultats les plus nets, que je me suis rendu compte qu’un

autre élément intervenait dans la production des liquides anlicôâgolanls ot^ qu’en fait le rôle du foie devait être tout autre qu’on ne l’avait supposé jusque-là.

Je rapjK3lle que, dans toutes les expériences dont j’ai publié les résultats, les circulations artificielles étaient pratiquées sur le foie d’animaux tués par piqûre du bulbe. La glande hépatique, extirpée aussi rapidement que possible, était exprimée de la plus grande partie du sang qui y était accumulé, et la solution à injecter était poussée immédiatement par la veine porte.

En opérant dans ces conditions, on faisait circuler la peptone, le sérum d’anguille, etc., à travers un organe renfermant encore une quantité plus ou moins notable de sang. C’est ce que démontrait l'examen des liquides recueillis, qui étaient toujours plus ou moins chargés en éléments figurés, particuliérement en hématies.

J’avais d’ailleurs remarqué, sans tout d’abord pouvoir m’en expliquer la raison, que l’on obtient des résultats bien inférieurs, souvent même négatifs, si l’on opère sur le foie d’animaux tués par la saignée. J’avais constaté d’autre part que, si cet organe est préalablement lavé par un courant d’eau salée, les circulations arlificielles ne donnent jamais de liquides actifs.

Ces faits, que j’avais observés dés le début de mes recherches, n’avaient guère retenu mion attention. Je supposai simplement que, sous l’influence de la saignée ou d’un lavage prolongé à l'eau salée, la cellule hépatique perdait ses propriétés vitales ou devenait incapable de réagir à l’injection de peptone.

Les résultats de mes expériences, sur l’action leucolytique des agents anticoagulants du groupe de la peptone, m’amenèrent à penser que cette explication était par trop simpliste, et que le sang ou tout au moins l’un de ses éléments prenait une part active à la formation des liquides anticoagulants.

Dans le but de résoudre cette question, j’ai réalisé tout d’abord les expériences suivantes.

Technique. — Un chien est saigné à blanc ; par la veine porte

on fait passer à travers le foie, .complètement isolé de ses

connexions vasculaires, un courant d’eau salée (Na Cf à 7 p. 1000), maintenue à la température de 39 degrés environ, et on continue ce lavage jusqu’à décoloration presqué .complète du liquide qui s’écoule par les veines sus-hépatiques. Ceci fait, on injecte dans le foie une solution de peptone, et on laisse en contact pendant quelques instants: le liquide recueilli, ajouté à du sang in vitro, en précipite toujours la coagulation.

A travers le môme organe, on fait circuler à nouveau du sérum artificiel pour éliminer toute la peptone injectée; quand le lavage paraît suffisant, on prélève, dans l’artère carotide d’un autre animal, 40 ou 50 centim. cubes de sang, que l’on additionne in vitro d’une faible quantité de peptone (5 à 10 centim. cubes d’une solution à 1 p. 10); cette opération est effectuée aussi rapidement que possible, et le mélange est immédiatement injecté dans le foie par la veine porte.

11 suffit de maintenir ce mélange de sang et de peptone en contact avec le foie pendant 20 ou 30 secondes pour recevoir par les veines sus-hepatiques un liquide qui, non seulement reste d’ordinaire incoagulable jusqu’à putréfaction, mais qui agit toujours énergiquement sur le sang in vitro, pour en empêcher ou tout au moins pour en retarder très notablement la prise en caillot.

Je rapporte ci- dessous les protocoles détaillés de deux expériences que j’ai exécutées en suivant ponctuellement la méthode que je viens d’indiquer :

Expérience i. — Un chien du poids de 8M00 est saigné à blanc par les deux carotides. Le foie est isolé de ses connexions vasculaires.

Une canule est introduite dans la veine porte, une autre dans la veine cave, près de rembouchure des veines sus-hépatiques. Par la veine porte, mise en relation avec un vase de Mariette, on fait passer cà travers le foie 2 litres environ d’eau salée (NaCl à 7 p. 1000), maintenue à la température de 38'^. On cesse le lavage quand le liquide qui s’écoule par les veines sus-hépatiques est presque complètement décoloré. L’organe est légèrement exprimé, et une injection de peptone est poussée par la veine porte (30 cc. de la solution de

peptone à 1/10). Oii laisse en contact pendant une minute; puis ou recueille (liquide A.).

A travers le même organe, on fait passer de nouveau 1 litre d’eau salée pour le débarrasser complètement de la peptone injectée. On prélève dans la carotide d’un autre animal 40 cc. de sang, que l’on additionne de 8 cc. de la solution peptonée, et on pousse rapidement le mélange à travers le foie. On laisse en contact pendant 50 secondes, puis on recueille (liquide B).

La solution primitive de peptone, le liquide A et le liquide B sont alors essayés sur trois séries d’échantillons de sang prélevés successivement dans l’artère carotide d’un chien.

Un échantillon de sang normal pris comme témoin au même animal est coagulé en 7 minutes et demie.

Le tableau suivant indique la marche delà coagulation dans chacun des verres des trois séries.

SOLUTION PEPTONÉE

LIQUIDE A

LIQUIDE B

Quantité ajoutée à lOcc de sang

Coagulation au bout de :

Quantité ajoutée à lOoc de sang

Coagulation au bout de ;

Quantité ajoutée à lO ce de sang

Coagulation au bout de :

20 gouttes

9 minutes 8 m. 20 s.

8 minutes

20 gouttes

2 minutes id .

3 minutes

20 gouttes

6 jours id.

2 jours 1/2 22 heures

Expérience II. — Un chien, du poids de lO'^lOO, est saigné à blanc. Canules dans la veine porte et dans la veine cave. Lavage du foie à l’eau salée à 38°, jusqu’à décoloration du liquide de circulation. L’organe est légèrement exprimé, puis on pousse par la veine porte 40 cc. de la solution peptonée. On laisse en contact pendant 2 minutes, puis on recueille (liquide A).

Ou lave à nouveau le foie à l’eau salée, puis on injecte 50 cc. de sang additionné de 10 cc. de la sol. peptonée. On laisse en contact une minute et demie. Le produit do la circulation reste incoagulable 5 on le centrifuge et on décante le plasma (liquide B).

La solution peptonée, le liquide A et le liquide B sont ajoutés en proportions variables à 3 séries d’échantillons de sang prélev és successivement dans l’artère fémorale d'un autre chien.

Un échantillon témoin est coagulé en 11 minutes.

Le tableau suivant indique lamarche delà coagulation dans chacun des verres des 3 séries.

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