‹ Travaux divers [sur la syphilis]Chapitre 19 sur 48 · V. Quel siège occupent de préférence ces lésions · texte numérisé non relu

V. Quel siège occupent de préférence ces lésions

Plaçon.^ inimédiatemout ici uni- rcmuîi'que intéressante. UiU'll*

qiipsnil la lonrif^ à laijiicllf clli"; Mp;tin riciiiicnt, toiUo=; los lf'^'K)Il > tertiaires de lallanguc ont un siècle de prédilection, très-essentiel à connaître. Ce siège alTcctionné est la face dorsale de T organe. C'est presque toujours, presque invariablement, sur le dos de la langue qu'on rencontre ces lésions, et cela soit au niveau des régions moyennes (ce qui est le cas le plus habituel), soit dans les régions antérieures, latérales ou marginales. Jamais on ne les observe à la face inférieure. En ce qui me concerne du moins, je déclare n'avoir pas encore constaté, sur plus de 60 malades, un seul cas de lésion tertiaire, scléreuse ou gommeuse, affectant la face inférieure de la langue.

Ainsi donc, face dorsale de la langue, tel est le siège par excellence des lésions que nous allons décrire.

Ces généralités établies, abordons maintenant les descriptions particulières.

GLOSSITES SCLEREUSES.

La caractèristi(]ue générale de cette première forme de lésions, c'est, comme vous le savez déjà, de consister en des hyperplasies vivaces^ susceptibles de s'organiser sous une forme persistante et définitive.

A l'origine, les glossites scléreuses ne sont que des hyperplasies cellulaires, des dépôts de cellules qui infiltrent les tissus de la langue. Plus tard, ces éléments cellulaires se multiplient, s'or- Lj^anisent, se condensent, et aboutissent à former une trame filiroplastique, flbroide, pourvue de vaisseaux. Puis, cette néoplasic, se condensant toujours de plus en plus, étreint les éléments anatomiqres propres de l'organe, les enserre, les étoufïe, les atrophie; elle se substitueàeux progressivement, et finit par constituer dans le parenchyme lingual une de ces dégénérescences particulières qu'on appelait autrefois des cirrhoses et auxquelles on donne aujourd'hui le nom mieux approprié de scléroses.

G FORME SCLÉREUSE.

Donc, le caractère propre de ces lésions est de créer dans la langue une néoplasie vivace et persistante, laquelle aboutit comme dernier terme à une organisation fibreuse définitive.

Gliniquement, ces mêmes lésions consistent en des indurations interstitielles de la langue, facilement perceptibles au toucher, et s'accusant d'ailleurs à simple vue par des altérations diverses du tégument muqueux.

Résultant d'une prolifération cellulaire nécessairement soumise à de nombreuses variétés, ces indurations néoplasiques affectent des variétés correspondantes également multiples, comme siège, comme étendue, comme configuration, etc. De là des aspects cliniques très-divers de la lésion ; de là même des formes objectives différentes.

Or, comme ce sont surtout les conditions de siège, de localisation, qui impriment à la maladie ses différences les plus marquées, il suit de là une division toute naturelle dans les types pathologiques qui se présentent â étudier, et cette division est la suivante :

Tantôt riiyperplasie se fait seulement dans les tissus les plus superficiels de la langue, dans le derme muqueux. Elle constitue alors ce qu'on peut appeler la glossite superficielle ou corticale.

Tantôt, <xii contraire, plus profonde, elle intéresse les tissus

sous-jacents au derme muqueux, et constitue dans cette seconde

forme une glossite profonde ow. parenchymateuse ,

Ces deux formes, enfin, peuvent se rencontrer réunies, associées.

Parlons d'abord de la première de ces formes.

1^ Glossite scléreuse superficielle ou corticale.

Celle-ci est une glossite muqueuse on dermique. Anatomiquement, elle est constituée par des dépôts néoplasiques siégeant exclusivement dans le derme lingual. Gliniquement, elle s'accuse — et c'est là son caractère propre.

GLOSSITE SCLEREUSE SUPERFICIELLE. 7

essentiel — par des indurations suiierficieUes qui se forment aux dépens du derme lingual seulement, les tissus sous-jacents ou profonds restant indemnes.

Se produisant sur une membrane, c'est-à-dire sur un tissu élalé, ces hypcrplasies en surface déterminent nécessairement des indurations de môme forme, c'est-à-dire des indurations étalées, lamelleuses, comparables à cette variété d'induration cliancreuse qui se produit en surface et qui est dite « parclieminée ».

Ainsi, comprenez bien ceci tout d'abord, Messieurs : indurations étalées, lamelliformes, siégeant dans le derme lingual, te est le caractère essentiel, distinctif, de ces lésions.

1. Quelle configuration affectent ces néoplasies du derme lingual?

Deux variétés doivent être distinguées.

i° Dans une première variété, les néoplasies en question sont disposées par ^7o^5 indépendants, par plaques isolées, à la façon, par exemple, des plaques disséminées et distinctes du psoriasis guttata.

Ces plaques ont une étendue et une forme variables. Communément, elles affectent les proportions d'une pièce de 20 centimes ou d'un haricot. Il en est de plus petites, comparables à une lentille ou à un grain d'orge. Il en est aussi de plus étendues, offrant les dimensions d'une amande ou d'une pièce d'un franc environ. — Leur forme est, en général, arrondie ou ovalaire. Quelquefois elles sont très-régulièrement cerclées , comme des papules. D'autres fois, elles sont plus ou moins irrégulières, alors surtout qu'elles siègent sur les bords de l'organe.

Leur nombre également est sujet à variétés. Le plus habituellement on en rencontre deux ou trois. Parfois il n'en existe qu'une seule. Parfois aussi elles sont plus ou moins confluentes, et l'on peut en compter cinq, six, ou même davantage.

Ces petites lésions, je Tai déjà fait pressentir, sont facilement perceptibles au toucher. Appuyez le doigt sur la langue à leur niveau, et vous aurez aussitôt la sensation d'une rénitence insolite, morbide, et d'une rénitence de forme étalée, lamelleuse,

8 FORME Sr.LÉREUSE.

comme s'il existait, inséré dans la muqueuse, un disque de parchemin ou de carton. Cette sensation est d'autant plus nette qu'elle contraste avec celle qui est fournie par les tissus avoisinants, lesquels, restant ce qu'ils sont à l'état normal, se présentent naturellement mous, souples, facilement dépressibles.

Le simple toucher vous révélera donc d'emblée, en pareil cas, ce double caractère : d'une part, fermeté, dureté insolite ; et d'autre part, dureté superficielle, n'intéressant que la muqueuse, ne pénétrant pas dans les tissus profonds.

Ce n'est pas tout. A simple vue, ces indurations se traduisent encore par d'autres caractères, attestant un état pathologique de la muqueuse linguale à leur niveau. Ces caractères sont les suivants :

1^ Rougeur morbide de la muqueuse, et rougeur foncée, d'un ton cerise, sombre ;

2" Aspect remarquablement uni et lisse de la muqueuse, qui est comme vernie et dépapillée.

Inutile de vous rappeler, Messieurs, ce qu'est la muqueuse linguale à l'état physiologique. Elle se présente, vous le savez, avec un aspect tomenteux , villeux, tout spécial, dû aux innombrables papilles qui en tapissent la surface. Eh bien, cet aspect a complètement disparu ici. Au niveau des indurations hyperplasiques, la surface de la langue apparaît, au contraire, absolument dépourvue de papilles, comme si on l'avait rasée. Elle est unie et lisse, semblable à la pellicule d'une cerise ; et la couche de salive qui la recouvre lui communique une apparence vernissée. On la dirait à vif, érodée. Et cependant elle n'est pas à vif, elle n'est pas érodée, comme on serait tenté de le croire au premier coup d'œil. C'est ce qu'apprend, d'abord, un examen minutieux, pratiqué avec le secours de la loupe ; c'est ce qu'achève de démontrer, au besoin, la petite expérience suivante : promenez à la surface de cette plaque pseudo-érosive un crayon de nitrate d'argent ; elle ne se colorera pas en blanc, comme elle le ferait aussitôt si elle était érosive, si le derme muquoux se trouvait dénudé.

3^ Ces pc^tites l«'»sions, oniin, sont gén(''rali'ment planes, tout au

DKS

GLOSSITES TERTIAIRES

Messieurs,

Leliasard a conduit dans nos salles, ces derniers temps, toute une série de malades affectés,, les uns de lésions syphilitiques tertiaires de la langue, les autres de lésions linguales étrangères à la syphilis, mais présentant avec ces dernières des ressemblances objectives plus ou moins accusées. Hàtons-nous de profiter de l'occasion quinous est offerte pour étudier des types pathologiques aussi dignes d'attention.

Je me propose donc de vous entretenir aujourd'hui desglussîles tertiaires. Sujet difficile et obscur encora en nombre de points, mais sujet pratique par excellence et réclamant de nous une étude des plus sérieuses.

I. Que sont les lésions dites glossites tertiairesf En quoi consistent-elles ? Quelle idée générale nous. en faire tout d'abord?

Je vous disais dernièrement, en essayant de caractériser à grands traits les attributs de la diatlièse à ses diverses périodes, que la syphilis tertiaire est presque invariablement constituée par des hy pcrplasie s àeAissuSf hyperplasies qui, une fois formées, aboutissent ultérieurement à l'une ou à l'autre des deux terminaisons suivantes, à savoir: la sclérose ou \a gomme. Eh bien, dès aujourd'hui vous allez trouver dans l'histoire des glossites tertiaires une première confirmation de cette proposition générale.

D'une p^rt, en effet, les glossites tertiaires sont et ne sont que des hyperplasies, c'est-à-dire des lésions constituées par la prolifération de jeunes cellules qui, déposées dans la trame des tissus, y persistent, s'y multiplient, et y déterminent ce qu'on qualifiait autrefois du terme vague «d'engorgements », ce qu'on appelle de nos jours des infiltrations diffuses ou des nodosités circonscrites.

Et, d'autre part, originairement constituées par des hyperplasies cellulaires, ces glossites tertiaires aboutissent ultérieurement à telle ou telle des modalités anatomiques que voici :

Tantôt, elles tendent à persister, en s'organisant d'une façon qui devient définitive. Ce premier processus constitue la sclérose, et les lésions qui en résultent sont les glossites dites scléreuses.

Tantôt, ces mêmes hyperplasies subissent une dégénérescence hâtive, tendent à se détruire spontanément, à mourir, et nécessairement à s'éliminer de l'organisme. Ce second processus constitue la gomme, et les lésions qui en dérivent iont dites conséquemmeiii glossites g ommeuses.

On confondait jadis, et la plupart des auteurs confondent encore aujourd'hui ces deux ordres de lésions sous la rubrique commune ('. d'infiltrations gommeuses, de tumeurs gommcuses de la lan-

GLOSSITE LOBULÉE. 15

se rétrécissant jusi^u'ù leur tond. Quelnuctois cependant Us se présentent presnac fermés, par adossement réciproque des mamelons voisins, et ne deviennent apparents que par le déplissement de la langue. IJans ce cas, alors qu'on appuie en sens inverse sur deux mamelons continus, on voit ces sillons linéaires s'entr'ouvrir et la langue se déplisser, à la façon des circonvolutions cérébrales qu'on écarte avec le doigt.

Les sillons interlobulaires affectent à la surface de la langue les directions les plus diverses. Presque toujours, et je crois même pouvoir dire toujours, il existe un sillon correspondant à la ligne médiane antéro-postérieure , au raplié médian. Ce sillon est le principal comme étendue et comme profondeur. — Puis, de ce sillon médian partent d'autres sillons transversaux ou obliques, à la facondes nervures secondaires d'une feuille, qui se détachent sous des angles divers de la nervure principale ou médiane. — Enfin, d'autres sillons accessoires parcourent en tous sens les parties latérales de la langue, en se reliant ou sans se relier aux précédents. — Et de la sorte, se trouve constitué un véritable réseau de sci&sures entrecroisées, qui donnent à l'organe un aspect lobuléiowi à fait caractéristique.

Cette lobulation de la langue est, je le répète, des plus remarquables. Elle rappelle la lobulation du foie dans la cirrhose, du rein dans la sclérose rénale, et généralement toutes les lobulations des organes cirrhoses. Et, en effet, c'est une véritable cirrhose que subit la langue dans le processus morbide que nous décrivons, processus qui pourrait presque prendre le nom de cirrhose LINGUALE.

D'après ce que j'ai vu jusqu'ici, je crois être autorisé à dire que cette lobulation linguale est un caractère à peu près pathognomonique de syphilis. Tout au moins on ne la retrouve formulée à un égal degré dans aucune autre maladie (1). — Donc, Messieurs, tenez-vous pour avertis, et, quand vous rencontrerez

(i) Le Dr Fairlie Clarke a dit de même : « As far as my expérience gocs, the vast majoî'jty of /îssMret? longues are due to sypliilis, and arc characterisiic of the latei stages of that disease » (Ouvrage cité, p. 151).

10 FolLMl:: SuLÉlŒL'^îJ::.

une langue lobulée de la sorte, songez toujours à la syphilis. Dans les neuf dixièmes des eas, si ce n'est plus, ce seul et simple signe suffira à vous édifier sur la nature syphilitique de la lésion.

Il peut arriver que la lésion, au lieu d'occuper la ligne médiane, soit reléguée sur les bords de la langue. Les mêmes phénomènes s'observent dans ce cas, mais avec quelques variantes et quelques particularités additionnelles. Le môme mamelonnement, les mêmes scissures se produisent sur les parties supérieures. Mais, en plus, les parties qui avoisinent l'arcade dentaire prennent un aspect spécial, dû à la pression de la langue hyperplasiée contre les dents. Ces parties reproduisent littéralement l'empreinte des dents, et présentent une série de dépressions ovalaires à grand axe vertical, séparées par des arêtes correspondant aux interstices dentaires. — Enfin, si une ou plusieurs dents viennent à manquer, comme je l'observais tout dernièrement sur r un de mes malades, la partie de la langue qui répond à ce vide de l'arcade dentaire forme en ce point une saillie exubérante, un véritable mamelon hypertrophique.

^"^ Induration profonde des parties affectées. — Les parties qui sont le siège des lésions que nous venons d'étudier sont toujours indurées, et indurées à un haut degré. Elles fournissent au toucher une sensation derénitence très-accentuée. Elles sont dures, dans toute l'acception du mot, et d'une dureté sèclie qui ne se laisse pas déprimer. On croirait en les touchant avoir sous le doigt du cartilage ou du tissu fibreux ; ou môme encore (car cela indique l'erreur possible à commettre en pareil cas) on croirait toucher du cancroïde. Sans exagération, ces hyperplasies profondes de la langue, parvenues à l'état scléreux, présentent une dureté véritablement cancroïdienne.

De plus, le toucher apprend encore que la dureté perçue est une dureté profonde^ très-différente par conséquent de ces rénltences en surface, de ces indurations lamelleuses qui constituent la sclérose linguale superhcielle. C'est une durcie pcnctrmiLe, qui s'enfonce dans l'épaisseur de la langue et (pii fait corps avec son pa rend IV nie.

ilLOSSlTF, SCF.ÉREUSF, STîrKP. FlClEIJ-E. 9

moins sans saillie bien appiM'ci.ihlc. (Jucli[iior()is cependant on les trouve, légèrement bombées et formant un petit relief papulenx.

En résumé :

Indurations circonscrites, superficielles etlaroclleuses,dudeT me lingual ;

Indurations à surface sèche, non érosive ;

Indurations à surface rouge, unie, lisse,Mépapillée;

Tels sont les caractères qui constituent cette première variété.

^^ Seconde variété. — Celle-ci ne diffère de la précédente que par une différence de configuration.

L'hyperplasie interstitielle, au lieu de se faire, comme dans la première variété, par îlots multiples et distincts, se produit ici en plaques continues , d'une étendue plus ou moins considérable. Nous avions comparé la première forme au psoriasis guttata; continuant la figure, nous pourrions comparer celle-ci au psoriasis en nappe, en large* placards.

La lésion qui se produit dans cette seconde forme consiste donc en une induration en nappe de la muqueuse. Elle est plus ou moins étendue, occupant tel ou tel département de la langue, par exemple une des moitiés latérales, ou plus habituellement encore la région antérieure et méiliane. Si bien que, cliniquement, on trouve au niveau des parties malades la muqueuse transformée en une plaque dure, dans un espace de 2, 3, 4, 5 centimètres carrés, quelquefois même davantage. Ainsi, sur une femme que vous avez pu voir à la salle Saint-Thomas et dont la lésion est reproduite sur le moule que je vous présente actuellement (1), toute la portion antérieure et moyenne de la langue était devenue le siège d'une semblable dégénérescence.

Le département lingual affecté de la sorte offre au doigt une

(1) Pirc(> n" 221 de ma collecLiwn particulière.

10 FORME SCLÉREUSE.

rénitonce parclicmin('0, scVhe, coriace, à ce point qu'en certains cas on croirait la muqueuse métamorphosée en une carapace de parchemin.

Du reste, à part l'étendue des lésions, mêmes détails cliniques que dans la forme précédente, à savoir : même apparence lisse, unie, vernie, de la surface linguale ; — même apparence dépapillée, « rasée»; — même rougeur sombre, au début surtout ou dans une période encore peu avancée ; car, plus tard, alors que la dégénérescence scléreusea achevé de s'accomplir, la muqueuse prend au contraire une teinte moins foncée, voire parfois une teinte blanchâtre, due à la diminution progressive de ses éléments vasculaires. Il n'est même pas rare que, dans les phases ultimes de la lésion, on trouve quelques îlots de la surface linguale présentant une teinte absolument blanche, d'un blanc laiteux {milk-îvhîfe, dit Fairlie Glarke (i); teinte résultant non pas, comme on l'a cru, d'une cicatrice établie sur des tissus précédemment ulcérés, mais d'un simple processus scléreux étouffant dans l'intimité de la muqueuse les canalicules vasculaires et se produisant sans la moindre ulcération.

Enfin, dernier détail, la muqueuse qui est le siège de ces indurations en nappe présente le plus habituellement ce que j'ai décrit sous le nom d'aspect parquHé. C'est-à-dire que sa surface est parcourue, à la façon d'un parquet, par un réseau de sillons, les uns (et ce sont les plus marqués) transversaux et parallèles, les autres obliques ou de direction irrégulière.

Telles sont les deux variétés sous lesquelles se présente la glossite scléreuse superficielle, variétés très-nettes et très-manifestement distinctes cliniquement, constituées l'une par des scléroses circonscrites, distribuées en îlots épars, indépendants, et l'autre par des scléroses étalées en nappe continue.

II. Sous telle ou telle forme qu'elle se présente, la glossite scléreuse corticale affecte toujours une évolution remarquablement chronique.

{\) A. iventiseoii i/ir discases oftlie iongno, par IcD^Fairlie Clarke, Londres,

GLOSSITE SGLÉREUSE PROVONDE. U

Nous ne saurions dire au juste quel temps elle demande pour se constituer, car dans la plupart des cas le début même de la lésion est presque toujours impossible à préciser. Mais, en revanche, ce que nous savons et ce que nous pouvons affirmer, c'est d'abord qu'une fois en évolution elle tend à persister, si elle n'est pas attaquée par un traitement énergique; c'est, en second lieu, que, passée à l'état de sclérose confirmée, elle reste ce qu'elle est, quoi qu'on puisse faire. Aussi est-il fréquent en pratique de rencontrer des lésions de cet ordre qui remontent non pas seulement à plusieurs mois, mais à plusieurs années, à trois, dix quinze années et même davantage.

ni. Alors que ces lésions sont constituées, elles ne présentent plus ultérieurement qu'un ordre d'incidents ou de complications. Mais ces incidents ou ces complications — appelez-les comme vous le voudrez — se présentent avec une fréquence considérable, et demandent à être signalés d'une façon spéciale.

Ce qui succède habituellement est ceci : production, au niveau des parties affectées, d'éraillures, de gerçures, de crevasses, d'érosions le plus souvent linéaires ou quelquefois étalées, voire parfois d'ulcérations véritables.

Ce ne sont là, je dois le dire, que de simples épiphénomènes, dus non pas à un processus ulcératif de nature spécifique, mais à des ruptures, à des déchirures mécaniques, se produisant facilement sur une muqueuse désorganisée. Des causes accidentelles, des excitations surajoutées (telles que contact de certains aliments de mastication difficile, frottement des parties affectées contre des dents ébréchées, acérées ou saillantes, usage ou abus du tabac, etc.) rendent souvent compte de ces accidents d'ulcération consécutive, comme souvent aussi, inversement, il n'est pas de cause occasionnelle à leur assigner.

Tout épiphénomènes qu'ils soient, cependant, ces derniers accidents ne constituent pas moins une complication importante et fâcheuse. D'abord, en ce qui concerne le diagnostic clinique, il est évident que, sans modifier la nature de l'affection, ils en altèrent plus ou moins la physionomie et peuvent devenir ainsi

12 FORME SCLI^REU.-E.

mutinre h orrenr. De plus, ot c'ost 1;\ rossrnticl, ils njontont m la rnuladie un élément qui jusqu'alors n'y fii^urait pas, l'élément douleur. Rien de douloureux, d'agaçant, comme ces crevasses linéaires, lîssuraires, de la langue ou comme ces petites érosions marginales frottant contre des dents à parois rugueuses, irrégulicres. Traitées, cautérisées, soumises à des collutoires, à des gargarismes appropriés, ces excoriations consécutives se cicarisent, je l'accorde. Mais elles ne se cicatrisent souvent qu'avec assez de lenteur, et surtout elles ne se cicatrisent que pour se rouvrir bientôt. Il n'est pas rare au=si qu'en raison de la mauvaise qualité des tissus sur lesquels elles reposent, elles se rouvrent d'une façon presque assidue, presque indéfinie. Elles arrivent alors à constituer de la sorte une véritable infirmité locale des plus gênantes, des plus pénibles. — Mais n'anticipons pas sur ce qui doit suivre ; nous aurons l'occasion plus tard de revenir en détail sur ces accidents d'une pliase ultérieure.

2^ Glossite scléreuse profonde {Cirrhose iinfjuale, glossite lobulée).

Cette seconde forme est encore constituée, comme la précédente, par une liyperplasie cellulaire, mais par une hyperplasie qui, au lieu de rester superficielle et dermique comme dans les cas que nous avons étudiés jusqu'ici, s'étend aux parties plus profondes et se propage au parenchyme même de la langue.

Elle peut n'occuper que les parties profondes, exclusivement, et respecter la muqueuse. Cela est rare. Presque invariablement, riiyperplasie est à la fois superticielle et profonde, c'est-à-dire affecte en même temps la muqueuse et le tissu musculaire sousjacent. Elle est donc alors dermo-parenchymateuse,

La glossite scléreuse profonde n'est que rarement circ:nscrife à une étendue minime. Presque toujours elle s'étend à tout un département de la langue, soit par exemple à la région de la pointe, soit encore à une moitié latérale de la région antérieure, soit enfin (et c'est là le cas le plus fréquent) à la moitié, aux deux tiers, voire aux trois quarts antérieurs de l'organe. C'est donc, en général au moins, une forme plus extensive que la précédente.

Clini(j[uemcnt, elle so traduit par des phénomènes de même ordre qac la glossite seléreuse superlicielle. Seulement, ees phénomènes sont iei plus accentués, plus intenses, plus importants, et leur exagération donne à la maladie une physionomie tout autre, ainsi que vous allez le voir.

En quoi consistent-ils ? Sommairement, en ceci :

1" Tuméfaction de la langue ;

2" Mamelonnement et lohulaiion de la face dorsale de l'organe;

3*^ Induration profonde des parties affectées ;

i" Altérations variées de la muqueuse à leur niveau.

Quelques mots de commentaire sur ces divers symptômes.

1° Tuméfaction de la langue. — Cette tuméfaction est évidente à première vue, quoique n'étant en général que peu considérable. Elle n'est jamais que parti(!lle, sauf dans une forme extrêmement rare, véritablement exceptionnelle, dont je vous parlerai en temps et lieu. Elle se fait surtout et môme presque exclusivement en /?a«- /ewr. 'La face supérieure de l'organe s'élève, s'exhausse dans la proportion de quelques millimètres, d'un demi-centimètre, rarement davantage. Quelquefois encore il se produit simultanément un certain excès de volume dans le sens transversal, et la langue devient plus large, comme étalée.

C'est par comparaison surtout, par opposition, que la tuméfaction de l'organe se montre frappante en certains cas. Ainsi, lorsqu'une moitié seule de la langue est affectée, cette moitié forme une bosselure saillante en dos d'ànc, laquelle semble d'autant plus élevée que l'autre moitié saine reste plane et comme déprimée relativement.

Toutefois, l'augmentation de volume de la langue ne persiste pas toujours pendant toute la duré.e de la maladie. Il est fréquent, à une période très-avancée, lorsque déjà l'affection a duré plusieurs années par exemple, de voir inversement la langue diminuer de volume, s'affaisser, se ratatiner, pour ainsi dire, en

14 FORME SCLÉREUSE.

quelques points OU môme en totalité. Gela est dû à ce (jue les tissus fibreux, résultat du processus morbide qui constitue la sclérose, continuent à se rétracter de plus en plus, après avoir détruit les éléments physiologiques du parenchyme lingual. Cette rétraction du reste n'a rien que de normal ; elle est l'analogue de ce qu'on observe dans les cirrhoses ou les scléroses en général (cirrhose hépatique ou rénale, par exemple), lésions qui, caractérisées à leur première période par un état hyperplasique et hypertrophique des organes affectés, aboutissent plus tard à un état atrophique bien connu.

On pourrait donc, en se plaçant à ce dernier point de vue, reconnaître dans l'évolution des glossites scléreuses tertiaires deux périodes successives :

Une première, constituée par l'exagération de volume de la langue {stade hypcrtrophique) ;

Et une seconde, consistant dans l'atrophie partielle ou générale de forgane {stade atrophique, cirrhose linguale proprement dite).

2° Mamelonnement et lobulation de la face dorsale. — C'est là le phénomène le plus saillant, le plus caractéristique, celui qui attire aussitôt l'attention, tant il donne à la langue un aspect étrange et insolite.

Au lieu d être plane et régulière, la face dorsale de la langue devient inégale, bosselée, mamelonnée. Elle est transformée en une série de mamelons saillants, voisins les uns des autres, inégaux de volume, irréguliers de forme, lesquels communiquent à l'organe une apparence véritablement lobulée.

L'existence de ces lobules résulte de la présence d'enfoncements, de sillons, qui les circonscrivent et les limitent. Ces sillons interlobulaires sont curieux à examiner. D'abord, ils sont plus ou moins profonds. Ils mesurent en hauteur de 1 à 2 ou 3 millimètres généralement. Plus creux encore quelquefois, ils peuvent atteindre jusqu'à un demi-centimètre» -^ Ils sont ouverts en forme de V, c'est à-dire que, larges à lem' partie supérieure, ils vont eu

GLOSSITE LOBULÉE. 17

Les limites extérieures ou circonférentielles du noyau dur constihié de la sorte sont toujours faciles à déterminer. Il n'en est pas de même des limites profondes, lesquelles eu général restent plus ou moins inaccessibles par ce fait même qu'elles sont profondes, et aussi parce qu'elles se confondent souvent avec les tissus sains sans transition bien accentuée.

4^ Altérations diverses de la muqueuse au niveau des parties affectées.— Enfin, à la surface de ce tissu mamelonné, lobule et dur, la muqueuse présente des altérations diverses.

Elle est modifiée d'abord comme coloration. Elle affecte par places, par ilôts, une teinte d'un rouge morbide, comme vineux Sur d'autres points elle apparaît au contraire plus blanche, décolorée et comme exsangue, ce qui semble tenir soit à la distension excessive qu'elle subit par suite de la prolifération sousjacente, soit à une réelle diminution de sa vascularité propre, résultant d'une sclérose interstitielle de son tissu.

De plus, on trouve cette même muqueuse unie, lisse^ tendue^ depapillée, sur presque toute l'étendue des parties affectées. Eu quelques points seulement les papilles sont conservées, et forment des sortes d'ilôts ou d'oasis. Il est à remarquer que ces papilles persistantes présentent souvent (je ne sais pour quelle raison) une teinte blanchâtre, comme si elles venaient dètre touchées au crayon de nitrate d'argent.

Tous ces détails, comme d'autres moins importants que je passe sous silence, se trouvent merveilleusement reproduits sur les diverses pièces en cire que vous voyez ici, pièces dues à deux artistes des plus distingués, ]M}vI, Jumelin et Baretta (1).

Telle, Messieurs, se présente la sclérose hnguale profonde dans sa forme pure, c'est-à-dire alors qu'elle n'est encore altérée par aucune complication, alors qu'il ne s'y est ajouté aucun épiphénomène.

(1) Y. Pièces nos n^ -^7, {[-2, 17ii, 260, £67 et 300, de ma collection particulière. — Voyez aussi plusieurs pièces déposées au musée de Saint-Louis.

18 FORME SCLÉr\EUSE.

Mais JG vous laisserais sous une impression fausse, contraire à la vérité clinique, si je n'ajoutais aussitôt que cette forme essentielle, simple, primitive, ne tarde guère à être altérée, modifiée comme aspect; par l'évolution ultérieure de la maladie.

Il se produit pour elle en effet — et à un plus liant degré — ce que nous avons vu se produire pour la sclérose corticale.

Au bout d'un certain temps, des lésions de forme érosive , exulcéreuse eu môme ulcéreuse^ viennent s'ajouter aux phéno* mènes qui précèdent. Ces lésions consécutives changent notablement l'aspect des parties, en même temps qu'elles provoquent divers troubles fonctionnels dont nous parlerons bientôt.

Et comment n'en serait-il pas ainsi? La langue n'est-elle pas forcément exposée à des irritations aussi multiples que diverses, telles par exemple que les suivantes : contact des aliments et surtout de certains aliments durs, grenus, ou bien acides, acres, excitants; — séjour de débris alimentaires dans les anfractuosités et les sillons de la face dorsale; — frottement contre certaines dents susceptibles d'excorier le? bords de l'organe par leurs inégalités, leurs arêtes, leurs incrustations; — usage ou abus du tabac; — usage ou abus des alcooliques, etc., etc. ? Toutes causes d'irritation, dont les effets sont encore augmentés par les mouvements multiples et incessamment répétés de l'organe, dans la parole, la mastication, la déglutition, etc.

Aussi peut-on poser ceci comme règle : A un moment donné, la glossite scléreuse profonde, et même toutes les glossites , pourrais-je dire, se compliquent d'érosions, d'exulcérations ou d'ulcérations véritables.

Ces érosions ou ces ulcérations consécutives ne sont pas toutes de même genre, de même origine. On peut, on doit en distinguer de deux ordres:

P Les unes sont de nature simple, c'est-à-dire inflammatoires, mécaniques, traumatiques. Celles-ci résultent de telles ou telles des causes que je viens de mentionner.

Elles siègent en diverses régions ; soit sur bîs bords de la langue, au niveau des points où s'exerce le frottement contre les arcades dentaires, soit plus habituellement encore sur le dos de la

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