XV. Ganglions intacts
XVI. Influ«ncc bienfaisante exercée par le traitement anti-syphilitique.
Traitement, — Les lésions qui viennent de nous occuper réclament à la fois une médication générale et un traitement topique,
I. La médication générale est celle de ]a syphilis tertiaire; il suffira de la signaler.
L'iodure de potassium tient ici le premier rang. Pour être actif, ce remède doit être administré à doses assez élevées, c'est-àdire de trois à quatre, cinq et six grammes quotidiennement. Souvent même il est indiqué de dépasser cette dose, jusqu'à huit et dix grammes.
L'iodure suffit en général au traitement des gommes, lésions assez facilement résolutives. Au contraire, pour les glossites à tendance scléreuse, l'association du mercure et de Tiodure est toujours indiquée. Ces lésions, en effet, sont bien autrement rebelles que les gommes, et ce n'est pas trop de l'union des deux agents spécifiques pour les modifier, même dans la mesure où elles restent modifiables par une intervention thérapeutique.
De même que fiodure de potassium, le mercure a besoin ici, pour exercer une influence curative, d'être administré à doses énergiques. Donné parcimonieusement, à doses courantes, il ne
72 GLOSSITES TERTIAIRES.
produirait aucun effet. Et cependant un écueil, un danger se présente. Venant àdéterminer des accidents d'inflammation buccale, le mercure constituerait sans doute une complication fâcheuse. De cela j'ai eu la preuve récemment, dans un cas où des frictions mercurielles prescrites à haute dose contre une glossite scléreuse produisirent une stomatite intense, avec gonflement énorme et ulcérations multiples de la langue ; la situation du malade fut des plus critiques pendant une huitaine de jours, et, après sédation des accidents hydrargyriques, l'hyperplasie linguale subsista dans les conditions premières, peut-être même futelle accrue. Aussi, dans l'espèce, est-il indiqué de s'abstenir des procédés de mercurialisation qui exposent au ptyalisme, tels que frictions, calomel, etc. Bien préférables ici, je crois, sont les méthodes moins sujettes à exciter la bouche. Le sublimé, donné en pilules, est la préparation quim'aparu réunir le plus d'avantages, à la dose de deux, trois , quatre et même cinq centigrammes par jour, progressivement.
La liqueur de Donovan (soluté d'iodo-arsénite de mercure), très-réputée en Angleterre et presque inconnue en France, parait avoir donné quelques succès remarquables. C'est une préparation à étudier, sur laquelle je n'ai pas encore d'expérience suffisante, pour ma part.
IL Le traitement local a une grande importance. Il comprend: 1° une hygiène buccale, très-essentielle à surveiller ; 2« divers agents topiques.
L'hygiène buccale se compose de ceci : soins de propreté minutieux pour la bouche; — surveillance del'étatdes dents: — recommandation aux malades de se laver la bouche après chaque repas, pour chasser les parcelles alimentaires qui pourraient séjourner dans les sillons, les anfractuosités des ulcères, et y entretenir une irritation défavorable, etc.); — proscription absolue du tabac et des alcooliques; — alimentation spéciale. Lerégime usuel en effet serait insupportable à des malades affectés d'ulcérations linguales. Des aliments durs, de mastication longue ou difficile, ne feraient qu'exciter les douleurs et accroître l'irritation locale.
Donc, prescrire une nourriture exclusivement composée d'aliments qui puissent être avalés sans trituration, tels que bouillons, soupes, gelées, laitage, jus de viandes, hachis de viandes, purées, etc.
Topiquement, deux choses excellentes, à savoir : gargarismes émollients et pulvérisations.
1^ Gargarismes émollients, voilà ce qui convient le mieux comme médication topique, ce qui soulage le plus efficacement les malades.
Pour avoir essayé de cent liquides différents, j'ai l'expérience que rien ne vaut ici la décoction de guimauve. L'eau de guimauve pure et simple, assez épaisse pour être onctueuse, est à coup sûr préférable à toute autre préparation plus savante, préférable notamment au chlorate de potasse qui n'a pas grande action, aux gargarismes astringents (alun, borax, etc.) souvent mal tolérés, et surtout aux gargarismes mercuriels qui m'ont toujours paru nuisibles. Seulement, pour tirer de cet anodin remède tout le parti qu'on peut en obtenir, il faut l'employer d'une certaine façon : non pas, comme on le fait généralement, sous forme de gargarismes qui ne font que passer dans la bouche pendant quelques secondes, mais sous forme de véritables bains de bouche prolongés plusieurs minutes (cinq minutes au minimum), et répétés à satiété, 20 à 30 fois par jour, le plus souvent possible en un mot. Les malades qui veulent bien se soumettre patiemment à cette médication en retirent toujours un soulagement considérable.
Des douches émollientes, pratiquées tout simplement avec l'irrigateur vulgaire chargé d'eau de guimauve, sont encore trèsutiles pour déterger les ulcères de la langue, notamment les ulcères anfractueux, caverneux, pour en détacher les enduits muco-purulents, et permettre ainsi d'en atteindre le fond par des topiques appropriés.
2^ Pulvérisations, — Les pulvérisations m'ont rendu, je l'affirme, des services réels dans le traitement des glossites tertiaires, et
74 GLOSSITES TERTIAIRES.
VOUS avez pu en juger l'effet par vous-mêmes sur plusieurs malades du service. Non-seulement elles ont une action détersive des plus manifestes, mais de plus il me parait impossible de leur ' refuser une action modificatrice.
Suivant les cas et le but auquel je tends, je les fais pratiquer soit avec des solutions émoUientes tièdes, soit surtout avec une solution d'iodurede potassium (4 grammes de ce sel pour 2o0 gr. d'eau distillée).
Ces dernières pulvérisations à Viodure ne m'ont pas paru étrangères aux'succès relatifs que nous avons obtenus sur quelques malades dans les cas si rebelles de glossites scléreuses profondes.
Enfin, Messieurs, un dernier mot relativement aux cautérisations. C'est là une pratique dont on use et dont on abuse si fréquemment qu'elle réclame de nous une mention spéciale.
Que valent au juste les cautérisations dans le traitement des glossites tertiaires?
Suivant les cas, elles sont utiles ou nuisibles. Précisons.
!« Dans les glossites scléreuses, elles sont extrêmement utiles contre ces excoriations, ces crevasses, ces érosions de tout genre qui compliquent usuellement la maladie à une époque avancée. Elles le sont même à ce point que je ne sais vraiment si l'on viendrait à bout sans elles de ces derniers accidents.
Mais elles ne sont utiles, même dans ce cas, qu'à certaines conditions qui sont les suivantes :
D'abord, elles doivent êtres pratiquées exclusivement sur les surfaces érosives, sans les déborder, sans intéresser les parties simplement sclérosées.
Secondement, elles doivent être faites de préférence avec ie crayon de nitrate d'argent. — Si l'on a recours au nitrate acide de mercure, excellent caustique en général contre les érosions spécifiques delà langue, il faut ne l'employer qu'avec grande réserve, de façon à produire seulement une cautérisation légère, tout à fait superficielle. — Tout autre caustique plus violent est nettement contre-indiqué, car, de par rexpérience, il ne ferait qu'exaspérer la lésion.
Ces cautérisations, enfin, doivent être distancées clironologiqiiement. S'il est besoin (et c'est le cas usuel) de les répéter, il convient de les espacer au moins de plusieurs jours, de six jours en moyenne. Renouvelées plus souvent, renouvelées quotidiennement par exemple, comme je l'ai vu faire parfois, elles deviennent nuisibles, irritantes ; elles accroissent Téréthisme local et entretiennent les exulcérations, bien plutôt qu'elles ne contribuent à les réparer.
2" Dans les formes gommeuses, les cautérisations sont d'une utilité bien moindre.
Alors que la gomme est en voie d'élimination, des attouchechements à la teinture d'iode, répétés une ou deux fois par jour, paraissent produire d'assez bons effets. Mais ce ne sont pas là; à vrai dire, des cautérisations.
A une époque plus avancée, quand le fond de la plaie, débarrassé des escliares gommeuses, tend à bourgeonner, quelques cautérisations légères au crayon de nitrate activent certainement le travail de réparation cicatricielle.
Telles sont, je crois, les seules cautérisations îttiles dans le traitement des glossites tertiaires.
A part les indications que je viens de préciser, les cautérisations sont plutôt nuisibles qu'avantageuses. Il faut donc s'en abstenir. Et, puisque l'occasion s'en présente, je ne saurais assez m'élever contre cette pratique banale, cette véritable manie de cautérisations, dont nous voyons les tristes effets cbaque jour. Une ulcération de la langue ou de la bouche étant donnée, si elle échappe au crayon du médecin, il est bien rare qu'elle échappe à celui du pharmacien ou du malade. Presque invariablement elle est condamnée, n'importe sa forme, sa nature, sa période, à passer par le nitrate d'argent, et cela parfois coup sur coup, sans trêve ni merci, pendant des semaines, des mois entiers. C'est là, Messieurs, une détestable pratique, que j'ai déjà longuement attaquée devant vous à propos du chancre, autre victime habituelle des cautérisations, et qu'ici encore je réprouve formellement.
Donc — conseils négatifs qu'il ne sera peut-être pas inutile de
76 GLOSSITES TERTIAIRES.
spécifier — le bon sens et Texpérience s'accordent à proscrire les cautérisations :
1* Dans les cas deglossites scléreuses, à surface non encore érosive. Les caustiques, en pareilles conditions ,ne modifient en rien riiyperplasie sous-jacente. Et, de plus, ils courent risque d'inaugurer le processus érosif, au grand détriment du malade.
2^ Dans les cas de glossites gommeuses non encore ulcérées. Que voulez-vous que fasse un badigeonnage au nitrate d'argent sur une gomme en voie de formation ou de ramollissement? Et cependant on ne s'en abstient pas toujours en pareil cas, tant s'en faut.
S^ Dans les cas de gomme en voie d'élimination. Car alors, que cautérise-t-on, si ce n'est un tissu mortifié, une eschare? Et quel avantage peut-il y avoir à cautériser une eschare ?
A fortiori, je proscris absolument un autre genre de cautérisations, cautérisations destructives celles-ci , pratiquées à l'aide de l'acide nitrique, de l'acide chromique. du chlorure de zinc, du fer rouge, etc. J'ai eu l'occasion, en efî'et, d'en constater plusieurs fois soit l'inutilité absolue , soit même la pernicieuse influence.
D'abord, les cautérisations de cet ordre sont extrêmement douloureuses; elles constituent, sans exagération, une véritable torture infligée aux malades. — Déplus, elles restent sans eff'etsactifs presque toujours, car elles s'adressent à des lésions qui ne sont que très-exceptionnellement envahies par le phagédénisme, à des lésions qui, convenablement traitées, guérissent par des moyens très-simples et n'ont que faire d'une intervention brutale de la chirurgie, ou bien qui, ne guérissant pas par les méthodes usuelles, ne se trouvent pas mieux (bien au contraire) des moyens chirurgicaux. — Enfin, ces cautérisations destructives ont eu parfois pour effets d'inciter la tendance extensive des ulcérations, d'ouvrir la tranchée au phagédénisme ou d'en favoriser les progrès. C'est là du moins ce qui m'a paru résulter de leur emploi dans plusieurs cas. Même contre le phagédénisme avéré, je les crois inutiles ou dangereuses, et je déclare n'avoir jamais eu besoin d'y recourir pour ma part. Avec de la patience, le traitement usuel que je vous ai décrit, vigoureusement administré, m'a toujours suffi, à
l'oxclusioa de toute autre méthode, pour venir à bout des cas de phagédénisme tertiaire delà langue qui se sont présentés à mon observation.
En résumé, donc :
Contre les glossites scléreuscs, gargarismes, ou plutôt bains de bouche émollients, à l'eau de guimauve ; — pulvérisations émoUientes ou iodurées; — cautérisations légères des surfaces excoriées ;
Contre les ulcérations gommeuses, mêmes gargarismes émollients; —douches émoUientes ; — pulvérisations; —attouchements à la teinture d'iode pendant la période d'état; — plus tard, à la période^ de réparation, cautérisations légères au nitrate d'argent;
Voilà ce qui compose, Messieurs, la médication topique la mieux éprouvée, la seule à laquelle j'ai recours actuellement après de nombreux essais, la seule que je vous conseille pour votre pratique.