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Travaux régents et conclusions générales

Depuis une dizaine d’années, j’ai fait des recherches histologiques et expérimentales sur l’origine, la structure et l’évolution de la dent saine et malade. Au fur et à mesure de mes investigations, j ’ai publié, dans une cinquantaine de notes et de mémoires, les notions que j’acquérais, par cette étude. Comparant mes propres résultats à ceux de mes devanciers, j’ai fait un exposé didactique de la dent (i).

La dent provient d’un bourgeon épithélial qui édifie, en se transformant, aussi bien les tissus mous que les parties dures. L’émail est le dernier stade évolutif de l’ivoire ou dentine, lorsque celle-ci est exposée à la pression ou aux frottements. Plus l’action mécanique est intense plus devient épais le revêtement d’émail.

Ce fait concorde avec tous ceux que j’ai observés dans l’étude de la matière vivante qui change de structure et de fonction selon le milieu, la nutrition et les excitations mécaniques et physico r chimiques auxquelles elle est exposée.

Les tissus de soutien (conjonctif, cartilagineux et osseux) prennent une structure différente lorsqu’ils sont tenus au repos ou sollicités par le travail. Il ne s’agit pas uniquement de diminution ou d’augmentation de volume, d’atrophie ou d’hypertrophie ; il y a changement de constitution. Le tissu conjonctif demeure mou et lâche dans les régions où il ne fait que glisser sur les parties voisines ; il devient fibreux ou ligamenteux sous l’influence de la traction. Dans le tissu

osseux (i) qui reste inactif, la trame granuleuse et filamenteuse (laquelle est dépourvue de sels calcaires) devient abondante, tandis que la masse amorphe diminue et .s’appauvrit en éléments minéraux. C’est le développement inverse ipie l’on observe dans l’os qui dst âctif (pression et traction).

Il .y a plus : lorsque les conditions varient, les cellules se transforment en éléments d’une autre-eèpèbe: Pour observer ce résulta^ 'lés moyens expérimentaux dont nous disposons sont insuffisants, du moins pour la majorité des tissus, de même que, jusqu’à présent, nous sommes demeurés impuissants à transformer une espèce animale en une autre. Aussi ai-je recouru à l’histologie comparée : j’ai cherché à voir ce que deviennent les organes, tels que les tendons des muscles homologues qui; tout en-étant’lès mêmes chez les animaux, font un travail différent chez les uns et les autres. T’ai étudié ainsi plusieurs muscles homologues ét leurs tendons (tendons d'Achille, du plantaire grêle;, du long péronier latéral, etc.). lies tendons des muscles homologues,, qui se bornent'à transmettre là traction et:ne font que glissen dans lè’tissu conjonctif lâche, restent fibreux sur toute leur longueur. ; les tendons des mêrnes muscles qui, chez d'autres animaux, frottent sur une surfâce dhre (cartilage ou os) subissent en ce point là transformation cartilagineuse ou osseuse;

lie facteur mécanique (pression oir frottement) est ainsi; suffisant pour effectuer pareille transformation cellulaire dont il’ est aisé de suivre

théliale est l'élément" originel’ dè tout- être "(végété! ou animal) multiceh lîllali'fe '

Eli voici quelques èxertïplès :

’’ A là pléèe" de"certains ôrganeè "du" glandës sans- conduit excréteur, j’ai vu apparaître chez l’èïnbïyon dès Bourgeons ët" dès amas-épithéliauxqui, au èofüfS dû- développement, "sé-sont" modifiés et" transformés en tissu conjonctif vasculaire. N’aÿant’ pàs 'suivi toutes- les étapes dè eettb évolution, on a admis, et il y en a qui continuent à penser que le tissu conjonctif s’est' substitué' au tissu épithélial:

Dans lés membranes tëguinehtàires, pareille " transformation se-ffrit non seulement dans lè jeune âgé, mais chez l’adulte! lie revêtement épithélial des muqueuses ou dés glandes, Eëpiderme cutané’ ne produit pas uniquement des cellules épithéliales qui ; contribuent à' remplacer celles qui desquament; les assises profondes de l’épitltélium donnent, dè plus, naissance à dès générations cellulaires qui évoluent vers la face profonde du revêtement épithélial où elles 1 se transforment en éléments conjonctifs qui servent à la régénération-, à la rénovation et’ < l’épaississement du derme ou choriOn- vasculaire.

Dans les glandes; le processus est identique. Il est facile de démontrer le fait par l’expérimentation, en même temps qu’on s’éclaire sur le processus des sécrétions tant interne qu’externe: Que par la ligature ou la résection du canal déférent ou des conduits excréteurs du pancréas, l’on prive ces glandes de l’excitation fonctionnelle, l’épithélium sécréteur de ces glandes ne s’atrophie ni ne dégénère, comme l’admettent les - classiques- : il change de structure et évolue en tissu conjonctif jeune, lequel finit par devenir fibreux ou adipeux. Comme après l’oblitération dès conduits excréteurs-, la circulation sanguine continue à- se-faire dans ces glandes, pareille déviation évolutive ne saurait être due- qu’au- défaut d’excitation- fonctionnelle -

En greffant des fragments testiculaires ou pancréatiques dans une région quelconque, on- obtient des transformations cellulaires semblables, mais en un laps de emps beaucoup plus court-. En effet, la greffe supprime non seulement: l’excitation fonctionnelle, mais encore la circulation sanguine : les éléments du greffon survivent, mais ils sont moins bien nourris, puisqu’ils ne sont plus imbibés par les plasmas ambiants.

Ce changement évolutif nous rend compte des manifestations phé-

noménales consécutives à l’oblitération des conduits ,excréteurs ou à la greffe. L’élément glandulaire étant constitué dans ces organes par la cellule épithéliale, le premier effet de la suppression des conduits excréteurs ou de la greffe sera le ralentissement, puis la disparition lente de la sécrétion externe (spermatozoïdes ou suc pancréatique).

Mais comme l’épithélium survit tout en se transformant, il continue à faire des échanges avec l’organisme et à verser dans le sang les principes propres à chacune de ces glandes. Ôr, ce sont ces principes ou plasmas qui constituent les hormones testiculaires ou pancréatiques. Par cette pratique, S. Voronoff a obtenu, en ce qui concerne les greffes testiculaires, une amélioration de l’état général, le relèvement des forces musculaire et cérébrale qui se sont maintenus pendant plusieurs années, c’est-à-dire tant qu’il persistait de l’épithélium ou que l’épithélium était en voie de transformation en tissu conjonctif (i).

Par la résection des conduits excréteurs du pancréas ou la greffe de fragments pancréatiques, nous avons obtenu des résultats analogues : l’épithélium secréteur se transforme en jeune tissu conjonctif, et tant que dure cette transformation, le sucre n’apparaît pas dans l’urine. Autrement dit, l’épithélium qui reste ou qui est .en voie de transformation utilise l’emploi du sucre (2).

L’ensemble de ces faits montre que nos organes ont besoin non seulement d’être nourris, mais de travailler. Le cerveau lui-même n’échappe pas à cette loi (3). Les progrès de l’esprit humain tiennent à l’initiative et aux efforts des cellules cérébrales. Cependant, comme l’être moral est également produit par ces dernières, l’avenir n’appartiendra pas, comme le prétendent certains Darwinistes, à la seule force brutale, à la ruse et à la suppression des faibles. Outre les phénomènes intellectuels, la morale a sa part dans la marche vers le Progrès. Il ne faut donc pas nous en tenir aux formules léguées par nos devanciers ; il est nécessaire, comme le montre l’histoire de la Civilisation, non seulement de trouver des moyens d’investigation plus précis pour augmenter nos connaissances, mais encore de mettre la moralité en action en ne faisant que des actes bons, justes et utiles à nos semblables.

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