PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE
Une autre tendance de la philosophie dans ces derniers temps est un retour vers le christianisme. Il importe donc de pi*éciser le rapport de la science et de la religion.
On a prétendu que la philosophie primait la religion, que celle-ci ne se comprenait pas elle-même, et ne trouvait son explication que dans la philosophie. S'il en était ainsi, il n'y aurait point d'unité possible entre la philosophie et le christianisme. Chercher à démontrer l'excellence et la nécessité du christianisme en partant d'un principe pris en dehors de lui, c'est le ruiner dans son fondement même : , Car personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé, qui est Jésus-Christ.*
Si la religion ne peut accepter l'infériorité sans se détruire, il reste à voir si la priorité de la religion ne porte pas atteinte aux conditions essentielles de la science. Il n'en est rien. La parole de Dieu ne s'est pas expliquée sur toutes choses, ni toujours d'une manière également précise et détaillée. Elle est un des modes de révélation : toute la création, la nature, l'homme, l'histoire, la complètent. Et qui voudrait lui donner sa foi, si elle ne répondait à la révélation intime qui est en nous-mêmes?
l/APRÈS LE POlST de vie hist. par m. stahl. 531
du sujet qui se les donne. Le bon sens du vulgaire n'eu conçoit aucune : comment la science est-elle donc arrivée à l'y voir? C'est qu'en méconnaissant le seul lien qui puisse unir les contraires, le rapport de l'acte, elle a tout réduit au rapport logique et mathématique de l'égalité totale ou partielle. C'est qu'en niant la création, l'action, la liberté, elle a fait surgir, par son hypothèse même, une contradiction, qu'elle s'étonne ensuite de trouver insoluble. 1
La faculté de l'esprit de percevoir l'acte est l'intuition. Elle est elle-même active et positive, et partant susceptible de degrés et d'une progression indéfinie : de là le génie, l'inspiration, la divination. Par elle, l'esprit acquiert une connaissance non discursive, mais immédiate; non de ce qui ne pourrait pas ne pas être, mais de ce qui est. Elle n'a point l'évidence mathématique, mais la certitude de la foi.
La spéculation est , par son élymologic même, synonyme de l'intuition : la philosophie spéculative consiste . à reconnaître l'univers comme l'acte d'un Dieu personnel. Telle est la tendance de la philosophie moderne depuis Fichte.
Mais le rationalisme avait substitué à l'intuition les formes abstraites et inaclives de la pensée. Ces formes sont purement négatives et n'admettent point de degrés : elles existent dans l'intelligence ou elles n'y
1. Cet alinéa et le précédent contiennent des réminiscences du cours professé par Suikliinu à l'université de Munich.
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existent point; il ny a point de milieu eolre la raison et la folie. Si donc toute vérité vient de ces formes et ne vient que d'elles , toute vérité est accessible et démontrable à tout homme, et rien ne saurait être vrai qui ne se déduise nécessairement d elles. Le remède aux négations du rationalisme, la médecine de l'esprit , comme Platon l'appelle , est la Dialectique.
La dialectique est l'art de la réfutation. Elle démontre que chaque notion que l'abstraction croit avoir fixée, passe irrésistiblement dans une autre r se confond avec son contraire, et parlant implique elle-même contradiction. A. cet effet, elle accepte l'hypothèse du rationalisme : celui-ci nie l'acte, la dialectique s'interdit, mais lui interdit en même temps rigoureusement à lui-même l'emploi de ce rapport; elle réduit tout rapport à l'égalité partielle ou totale. J'ai la notion de l'infini : cette pensée n'est pas mon acte; donc l'infini =.rnoi ou une partie de moi. J'ai de la même manière la notion du fini : je suis donc aussi , et de la même manière, le fini. Donc l'infini=le fini.
La dialectique de Platon n'est point dirigée contre le rationalisme scientifique ou la philosophie abstraite, qui n'existait pas de son temps ; mais contre l'abus pratique de l'abstraction et les contradictions inévitables d'un esprit exclusif et borné. Aussi , dans le Parménide, Platon ne démontre- t-il le passage insensible et forcé de l'uuité au multiple que |>our les choses réelles. C'est à Heuel qu'est duc cette démonstration même pour les notions les plus abstraites. Il