CHAPITRE SEPTIÈME
En tournant bride, je vis Wamegonabiew poursuivre sa course comme un dindon effarouché. Il était presque hors de la portée de ma vue. Je lui dis en le rejoignant : Mon frère, vous devez être fatigué ; je vais vous prêter mon cheval ;»» et nous fîmes route ensemble, Enfin nous vîmes deux cavaliers venir du village à notre poursuite. Wamegonabiew, prenant l'alarme, se disposait à s’enfuir et à me laisser seul vider la querelle comme je le pourrais ; mais, voyant son intention, je lui dis de descendre de cheval ; il le fit et reprit sa course à toutes jambes.
Quand les deux hommes ne furent plus qu’à près d’un demimille de moi, je tournai bride et m'arrêtai, leur faisant face. Ils s'arrêtèrent aussi, et regardant tout autour de moi, je vis que Wamegonabiew s'était caché dans les buissons. Nous conservâmes nos positions, les deux cavaliers et moi, jusque vers le milieu du jour. Les habitants du village se tenaient en grand nombre sur une petite colline attenante aux cabanes, pour voir ce qui se passerait.
Fatigués enfin de leur halte, les deux fils de Bagiskunnung se séparèrent et vinrent à moi, chacun d’un côté. Je me tins en garde contre leur projet évident de partager mon attention pour me tirer plus sûrement un coup de fusil. À deux reprises, ils s’approchèrent de moi, puis, pour me couper la retraite, ils allèrent se poster entre moi et Wamegonabiew. Je commençais à me lasser de leur conduite pusillanime, et lançant mon cheval au galop, je courus droit à eux ; ils s’enfuirent aussitôt dans la direction du village.
Je repris alors ma route, et mon frère sortit en même temps de sa cachette. Nous arrivâmes, cette nuit-là, à la cabane de notre vieil ami Wawso, qui avait longtemps vécu auprès de Peshauba, J'avais eu soin de cacher dans les bois le cheval enlevé, et j'avais prié Wamegonabiew de ne rien dire àWawso de ce que j'avais fait. Mais au milieu de la nuit, quand je fus endormi, il se mit à racon-
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ter tous les événements de la veille, et au récit de ma chute, je fus tout à coup réveillé par de grands éclats de rire du vieillard.
Le lendemain matin, nous nous remîmes en marche pour Kotekwawwiahwesebe, où j'avais ma famille. Je possédais alors deux chevaux, et rencontrant un de mes amis qui n’en avait pas, je iui en promis un ; mais ne se rendant pas alors chez lui, il différa de le prendre jusqu’à son retour. Dans cet intervalle, le cheval que je lui destinais vint à mourir d’un coup de sang. Il ne m'en resta plus qu’un, nommé par moi Mandan. Je l’aimais beaucoup, mais quand cet homme revint, je ne pus faire autrement que de le lui donner. Ma femme poussa des cris, et je ne me séparai pas, sans un vif regret, d’un cheval aussi précieux.
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