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La Politique Religieuse, p

LÏTANG DE MARTHE ET LES HAUTEURS D*ARISTARCHÈ

la réalisation de son facteur matériel qui est le Roi. Tel est l'acte de naissance de tout réalisme originel, idée consciente, consolidée, démarche qui s'évade de l'individuel et du relatif, ou plutôt qui sans sortir d'elle-même les arrête, de l'intelligence et de l'être. Les théologiens ne s'y trompent pas, qui aiment à retrouver chez M. Maurras la forme scolastique de leur argumentation ordinaire, leur tendance à convertir immédiatement les idées en choses. Mais cette nature de son esprit se communique mieux lorsqu'il l'exprime en élégants symboles.

L^ÉTANG DE MARTHE ET LES HAUTEURS D'ARISTARCHÈ

M. Maurras nous garde sans doute pour des Mémoires de la soixantaine, comme Mistral, les images héréditaires de sa maison. Mais il s'est plu à mettre dans son œuvre, comme des reposoirs de fleurs, les images de son pays et de sa province. Il les a ployées, pour y associer son génie, en des mythes ingénieux, parmi lesquels VEtang de Marthe et les Hauteurs d'Aristarchè me fait souvenir du mythe de l'ancienne Attique que Platon ébauche dans le Critias inachevé. C'est pour moi, dans l'œuvre de M. Maurras, le bois sacré et le point central a la fois, sa colline de Sion-Vaudémont et sa tour de Constance sur les marais d'Aigues-Mortes. La construction décorative du nationalisme français s'est accordée, chez le Lorrain et le Provençal, sur des symboles analogues.

Symbole si ductile et si transparent, qu'il semble que M. Maurras ait été mis au monde pour réaliser les harmonies et les Idées qui sont en puissance dans le nom, l'histoire et le paysage de Martigues. Il parle quelque part du « naïf albigisme de Michelet et de sa théorie du combat entre la liberté et la fatalité dans l'histoire '^ ». M. Maurras — qui relève, comme M. Barrés, du Tableau de la France, — ne m©

1 » Trois Idées Politiques, p. 76.

LES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

paraît point pur de tout albigisme, puisque l'histoire est en somme pour lui une lutte de l'ordre et du désordre, de l'organisation et ds la Révolution, de ce qui est enchaîné, au sens heureux de l'art oratoire, et de ce qui est déchaîné comme le gorille féroce et lubrique de Taine. Le mythe qu'il a édifié sur Martigues porte tous les traits des vieux mythes grecs sur le combat de l'ombre et de la lumière. Python et Apollon, le marais et le rocher.

Martigues s'appelle ainsi de la sorcière syrienne Marthe qui suivit Marius dans sa campagne contre les Cimbres et les Teutons, se fit craindre et vénérer par le général romain et son armée, et rendit probablement ses oracles vers ces marais de l'Etang de Berre qui gardèrent son nom, et ne gardèrent jamais de syrien que ce nom : « Ainsi le nom général de toutes nos provinces, la France, ne désigne pas le caractère gallo-romain qu'elles ont en commun, mais la petite horde franke qui leur a donné quelques rois ^ ». Pour la petite comme pour la grande patrie de M. Maurras, nomina numinay mais leurs numina malfaisants.

La sorcière de Marius, à laquelle M. Maurras ne veut nul bien, symbolise tout ce qui par la Méditerranée nous est venu de juif, et même tout ce qui y descend aujourd'hui de juif. « Marthe avait de grands dons, l'impudence, l'entêtement, la solennité de l'affirmation religieuse, et beaucoup de souplesse. Cela est juif ^. » Et Marthe se confondit pour le peuple avec une autre Juive, venue au siècle suivant avec Lazare et Maximin, l'une aujourd'hui des Santo segnouresso qui accueillirent Mireille dans leur paradis- Même celle-là, M. Maurras qui désirerait aveugler en son littoral provençal toute porte de l'Orient, la regarde d'un œil sévère. Et pourtant n'est-ce point de sainte Marthe que le bon Tourangeau Jules Lemaître voulut faire dans un conte délicieux en Marge de lEvangile, la patronne de la Patrie FrançaisCy la douant avant tout de mesure et de finesse, et admirant qu'une sainte d'esprit si modéré soit devenue, par une ironie du sort, la sainte des Méridionaux ? Mais M. Maurras trouva toujours la Patrie Française plus ingénue qu'ingénieuse, et il estime que le Midi eut toujours de la modération à en revendre aa Nord. La vraie Marthe demeure pour lui la sorcière des marais :

[. Anthinea, p. 241.

L'ÉTANG DE MARTHE ET LES HAUTEURS D'ARISTARCHÈ

« Eji un endroit que le navigateur Pytheas aurait comparé au visqueux élément du poumon marin, près d'un étang, entre une eau épaissie de bourbe et le sol toujours détrempé, sur deslits d'une algue confuse et pestilentielle, cette femme syrienne affola tout ce que le pays con tenait de rustres et de goujats ^... »

M, Maurras déplore que cette Syrienne ait été conduite et honorée par un Romain qui est dans Anthinea « le plus grossier des soldats », mais qui dans Barbares et Romains « fut le premier à ébaucher la première configuration de la France ! » Que Rome n'a-t-elle défendu plus durement avec les armes de son pouvoir Fhellénisme contre le sémitisme, distingué « THellène pur de l'Hellène contaminé par l'Asie ^ ! » Mais les puissances d'hellénisme et d'ordre ont déposé sur le rivage de Martigues leur juste figure par l'image d'Aristarchè.

C'est un petit marbre trouvé dans une petite île des Martigues. Un texte de Strabon, d'une concordance parfaite avec tous les détails de l'image, permet d'affirmer qu'elle représente une dame d'Ephèse, qui sur la foi d'un songe suivit les Phocéens fondateurs de Marseille et fut dans la nouvelle colonie la première prêtresse de Diane. Elle se nommait Aristarchè « nom bienheureux pour cette fondatrice de colorkie » et le bas relief la représente au moment où elle s'embarque, avec la statue de la déesse, pour la nouvelle lonie destinée en Provence aux Phocéens. « Si nous voulons entendre battre le cœur de l'homme antique, l'occasion nous en est proposée dans ce petit marbre. Depuis le sol éphésien, près d'un arbre sans feuillage, jusqu'à l'élégante nef de Phocée, ce qui passe, ce qui franchit le feston de la mer, sur cette planche oblique, c'est autre chose qu'une sainte femme exaltée, c'est le corps, c'est l'âme vivante de la religion, et dans ce corps, et dans cet âme, une tradition, une politique, une patrie, une intelligence, des mœurs. La ville de demain est comprise dans la déesse. Elle charge l'épaule déKcate d'Aristarchè. La mer, les vents, le ciel, la destinée n'ont plus qu'à se faire propices : moyennant quelque sourire des conjonctures, Marseille lèvera des semences mystiques enfermées dans dans cette poitrine et sous ce beau front ^. »

Les divinités intelligentes qui ont mené à Martigues le marbre d'Aristarchè préfiguraient sans doute par ce beau nom et cette belle

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