Quand les Français ne s aimaient pas, p
LES IDÉES DE CHARLES MAURRAS
tinction et de fusion, — de Guizot, politique de la méthode, de la résistance, soucieux de classer et de garder dans son rôle strict chaque élément de l'Etat, chaque forme de la liberté, chaque nécessité de l*ordre, — de Mistral, qui transporte non seulement dans le monde de la poésie, mais dans le monde de l'action la plus essentielle et la plus haute, celle de récréer une race, la ligne vivante et la forme plastique de la raison, — enfin de M. Maurras lui-même. Formes de l'esprit qui range, hiérarchise, ordonne, opposées aux formes de l'esprit qui fond, accepte, suit. Nous retombons toujours comme dans nos promenades d'Athènes, sur l'Acropole où s'équilibrent ces deux génies contrastés, le doriqu*^ et l'ionique, l'un aux racines, l'autre au tronc et aux branches, mouvement de la sensibilité qui se démet dans l'intelligence, de l'intelligence qui s'adapte à l'action, jeu du moi qui noue ces fruits, une foi, une loi, un roi.
VERS L'ACTION
L'étoffe intellectuelle de M. Maurras était assez riche pour doter la pensée méridionale d'un bel édifice intellectuel. Une philosophie de l'être affleure dans son œuvre, y pointe par places, comme des lambeaux de granit injectés dans une terre de sédiments. En cette matière M. Maurras reconnaît ne pas être allé bien loin. « Mon enquête ne m'a conduit qu'à des synthèses extrêmement subjectives. En bref, je n'ai pas abouti. En esthétique, en politique, j'ai connu la joie de saisir dans leur haute évidence des idées-mères, en philosophie pure, non ^. » L'échec éprouvé de ce côté fut peut-être un peu pénible. La passion des idées, privée d'une métaphysique qu'elle avait cru saisir, porte une secrète blessure dont elle guérit mal : de là peut-être quelque motif encore aux colères contre M. Bergson...
En tout cas cet échec spéculatif le rejeta d'autant plus vers une
l. U Action Française et la Religion Catholique^ p. 66.
VERS L*ACTION
pragmatique, vers une pensée toujours sous-tendue par l'action. Un lecteur de Bain et de Spencer, de Ribot et de Fouillée, classera immédiatement les ressorts psychologiques de telle déclaration : « Les idées, engendrées par la vue de faits concrets, ont la destinée essentielle, dans Tordre naturel, de redevenir faits concrets. Les idées sont des volontés qui demandent passionnément à s'incarner dans les personnes et les sociétés ^. » C'est ainsi que M. Maurras éprouve en lui, comme le métal d'une arme bien trempée, la solidité et l'efficace de quelques idées substantielles et simples : non idées-forces, mais idées-voiontés, c'est-à-dire transportant dans la clarté et la distinction d'une fin la clarté et la distinction d'un concept : « Organiser soi-même, mettre d'accord sa pensée avec sa pensée, savoir où l'on va, par quels véhicules et par quels chemins ^. »
Après 1871 Renan dénomma la consultation qu'il apportait à la France : La Réforme intellectuelle et morale. M. Maurras dissocie avec le plus franc parti ces deux épithètes. 11 ne se préoccupe nullement de Réforme morale. Le terme et la chose lui sont antipathiques pour plusieurs raisons. Le « petit anarchiste » d'autrefois tient d'abord à organiser sa vie morale comme il lui convient, sans en rendre compte à personne, sans réclamer la collaboration de personne. Les développements moraux lui présentent une insupportable odeur de protestantisme. Surtout V Action Française s'est constituée dans un état de méfiance agressive contre V Union pour laction morale fondée par M. Desjardins, et qui, dreyfusienne, fut d'autant plus désignée à ses coups que certains disciples nouveaux de M. Maurras arrivaient de l'impasse Ronsin. Il fallait en effet avoir séjourné dans cette impasse pour proclamer le candide défi d'Henri Vaugeois : « Nous ne sommes pcis des gens moraux » qui rappelle le : « Ma sœur j'ai fait gras hier » de Cyrano. Une réforme intellectuelle, condition d'une action française, ou, si l'on veut employer la formule de Comte dont M. Maurras venait de subir fortement l'influence : Le sentiment national pour principe, l'ordre intellectuel pour base, l'action politique pour but, — tel est à peu près le système de liaison qui régit chez M. Maurras les rapports entre les idées et l'action : « La réforme de la nation française commencera par la réforme du gouvernement de la France ; mais pour que cette réforme soit, il convient qu'une élite, aussi petite