‹ Trente ans de vie française (volume 2)Chapitre 65 sur 161 · Le Pape, p · texte numérisé non relu

Le Pape, p

LE POUVOIR SPIRITUEL

diction, n*est pas écouté davantage : sans poids intérieur, sans organisation, son caractère extérieur, le bruit, le confond avec tout bruit qui passe et qu'emporte le vent.

Alors, dans cet admirable épilogue du Pape^ si plein, si lumineux d'intelligence, auquel manque peut-être un peu de ce souffle oratoire vers lequel il aspire et qui l'achèverait, M. Maurras évoque le pouvoir spirituel réel, organisé, monarchique, du catholicisme. Il dresse un tableau de toute l'activité supérieure déployée par le Pape pour l'adoucissement de la guerre, pour le rétablissement de la paix, et il remarque que « le Pape n*a rien ». Le Pape n'est pas de ces neutres qu'on ménage et qu'on estime et qu'on courtise pour l'aide matérielle ou économique qu'ils apportent : « L'immense bienfait romain se trouve accompli par des mains immatérielles, puisqu'elles sont dépourvues de tout appareil militaire et ne sont chargées d'aucune puissance économique. L'esprit et son prestige, et son ascendant, et ses persuasions, et sa tradition travaillent tout seuls ^. » Non évidemment cet esprit dont parlait tout à riieure M. Bougie, et aux- vœux contradictoires duquel la démocratie aussi contradictoire que lui « conformait » l'organisation sociale, mais l'esprit qualifié, incorporé, avec le prestige matériel d'un Vatican, l'ascendant politique d'un monarque, les persuasions de la plus ionga* nime patience, la tradition de dix-neuf siècles. Dès lors tout ce qiïî pense, tout ce qui écrit, tout ce qui exerce un pouvoir spirituel, esl intéressé dans la beauté formelle de ce fait : « D'une source faite de pensées et de sentiments sans mélange, substance sœur de la médita** tion des sages et de la vertu des héros, jaillissent à longs flots tous les lourds éléments nécessaires a la réparation de la vie soulïrante. »

Tous ? Hélas ! quelle disproportion entre la bonne volonté et les résultats, entre autrefois la trêve de Dieu et les grandes abbayes, et le peu de bien que peuvent réaliser aujourd'hui, dans l'incendie de ia terre, les quelques gouttes lustrales de l'eau spirituelle ! M. Maurras s'émerveiHe en ces pages que le Vatican et le nonce aient été, pendant la guerre, seuls capables de lui rendre un service important en faisant relâcher un consul ami de sa famille et prisonnier des Turcs. « Nulle part on n'aura mieux vu l'esprit créer sa matière ou bien s'assujettir jusqu'à un certain point la matière ennemie : le Grand Turc se laisse toucher. » Oui, parce qu'il est lui-même un pouvoir spirituel, parce que l'atmosphère de l'Orient, où la nationalité même ne rend qu un son

LES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

religieux, est celle où s'échangent ces grands courants aériens, où Tesprit parle à l'esprit, où les dieux se visitent encore.

Ces méditations sur les sources hautes et sur les fleuves éthércs du pouvoir spirituel aboutissent, dans l'ordre de l'action, à une tentative limitée, mais qui suffit à occuper noblement, comme c'est le cas pour M. Maurras, une vie humaine : « Toute tentative dans l'ordre politique sera consécutive à l'organisation d'un pouvoir spirituel royaliste. Constituer cette très haute autorité scientifique, en rassembler les éléments, les proposer à tous les Français réfléchis, voilà quelle est ma tâche... Nous aurons vécu notre vie, nous aurons accompli notre naturelle fonction ■^. » La haute autorité, scientifique qu'il s'est proposée d'acquérir porte non sur des détails, mais sur les principes généraux de la politique, sur ce général qui est, seul, « spécial à tout ». Ses principes établis sous une forme ne varietur, constitués comme un édifice bien maçonné de dogmes, il s'est occupé de leur créer un assentiment, un public, et il y a réussi. Quelle que soit la valeur des idées de M. Maurras, ces idées sont devenues le lien d'un véritable pouvoir spirituel, au sens exact et complet du mot, et le cas est unique aujourd'hui. Un pouvoir spirituel n'est tel en effet que s'il constitue un pouvoir, s'il rallie des hommes pour une action, s'il forme autour de lui une Cité des esprits bien spécifiée, bien délimitée, si cette Cité des esprits, soumise à un gouvernement, à un Credo (et c'est le cas des royalistes d'Action Française) tire de là tous les bienfaits d'une discipline spirituelle, image idéalisée des bienfaits de cette discipline temporelle qu'elle réclame dans l'Etat. On comprend l'admiration de M. Maurras pour l'édifice catholique, qui est le macrocosme de l'édifice spirituel qu'il a construit. Il pourrait G 'y change un seul mot, le dernier) s'appliquer à lui-même ce qu'il écrit du pouvoir pontifical : « D'une source faite de pensées et de sentiments sans mélange, substance soeur de la méditation des sages et de la vertu des héros, jaillissent à longs flots tous les éléments nécessaires à la réparation de la vie nationale. » Ajoutons que ce pouvoir spirituel se formulerait volontiers par un Syllahus analogue à l'autre dont M. Maurras a écrit l'Apologie, et qu'il comporte, comme l'autre, et le recours à la force que doit lui prêter le pouvoir temporel intronisé et défendu par lui, et l'appel au bras séculier. « Toute idée vive enferme, en puissance, du sang. Mais entre l'idée du Libéralisme et celle du Syllabus, il y a exactement la même différence

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