Id., p
LA VIE DE MAURICE BARRÉS * homme de pensée vivante comme Tame il a oublié leur professeui* de Nancy, dont Sturel, tout en le haïssant, restera si mal dépris. « Ce travailleur, de vie austère, pensait, en effet, qu'il n'y a pas une règle pour l'homme, mais des règles selon les hommes, et il se plaisait à voir les divers fruits mangés par ceux à qui ils conviennent » ^,
Ce qu'on trouve peut-être de plus fin, çk mieux senti, de mieux réussi d?ins le Rqman de VÉnergie nationale, c'est, en Rœmerspacher et en Thérèse de Nelles, la reconstitution progressive d'un beau couple lorrain soliçle et normal. Sturel, l'enfant des femmes, avait gâché et 4évoyé Thérèse, appuyé et prqlpngé en elle cette vie factice dont elle av^it pris d^ns les voyages de sa jeunesse les premiers plis. Rien ne fait plus souffrir une femrr^e, rien n'est moins fait pour la femme, qu'un homme à nerfs féminins. La générfition du bonheur se corrornpt alors, comme s'abâtarçlit dans les mariages consanguins la génération de la race. Avant que M^^ de Nelles tombât dans les bras de Sturel froisçé par la police, M. Barrés avpiit peint en elle, avec une justesse de tons parfaits. Je p^iss^ge de la jeune fille à la femme. Le passage de M"^^ de Nelles, uiaîtresse de Sturel, à Thérèse, femme de Rœmerspacher, est conduit dans la même note complaisante d'heureuse délicatesse. C'est notre plaisir, d^ns \ Appel qu Soldat, que d'apercevoir entre les grfinds poteaux crayeux de politique monotone, ces fonds dans lesquels s'écoule l'exquise Vallée de la Moselle^ et surtout cette source bleue que fqrrne Je joli chapitre intitulé, avec quelque ironie triste, la Jqurnée décisive (le 22 septernbre, date du scrutin où s'effondra le boulangisme), cette b^JJe journée d'été que passent h la campagne Rgemerspacher et Thérèse, où la figure de leur bonheur leur apparaît, et où Roemçrspiacher oublie de voter.
Thérèse auprès de l'ardçnt Sturel s'éprouvait sans cesse foulée, froissée, blessée. « Sturel, se dit Thérèse, jouit de ses ennuis, de sa fièvre. Moi, comme Rœmerspacher, j'ai horreur du chagrin, des inquiétudes, de tout ce qui .arrête mon libre développement. » Elle se forme le sentiment d'une vie étoffée, acceptée, habituelle, où tout ne soit pas constamment remis en question par une âpre inquiétude comme celle où se complait Sturel. Il lui faut effacer « une M^^^ de Nelles nerveuse, une romanesque en l'air, créée par l'influence de Sturel. D'elle-niêrpe, c'était une Lorraine pleine de bon sens. Pour la ramener à son véritable