‹ Trente ans de vie française (volume 3)Chapitre 176 sur 256 · Leurs Figures, p · texte numérisé non relu

Leurs Figures, p

LA VIE DE MAURICE BARRES

et cela déteint sur Sturel lorsque celui-ci, voyant sa maîtresse devenir la femme de son ami, pense : « A Témotivité Rœmerspacher fera sa part, tandis que par elle je me laissais envahir et détruire. » Ces germanismes, tantôt M. Barres les étale, tantôt il les élève à une belle figure gœthienne, tantôt il s'en moque. Ils ne déplaisent pas sur ces figures lorrames.

Ce que Rœmerspacher appelle la vie affective, révélée par Thérèse, c'est sans doute un ensemble d'habitudes heureuses qui lui laisseront la tête calme. Mais enfin cela vient à point pour nous montrer que sur les sept Lorrains il n'y aura pas eu un intellectuel pur. Rœmerspacher, qui représente en leur groupe les valeurs de lucidité, de raison, d'équilibre, applique en somme ces valeurs* à l'économie de sa vie plutôt qu'à l'objet de ses études, sur lesquelles M. Barrés ne nous renseigne que de quelques mots en passant. Celui des sept qui aura le mieux réussi sa vie l'aura construite avec de la terre lorraine pour soutien invisible, de l'intelligence pour plaisir et pour but, du bonheur pour fruit. Il aura été un exernplaire complet, solide, un peu gros, d'humanité.Dans le Roman de FEnergie nationale, il tient le rôle du raisonneur, et nul doute que pour M. Barrés ce ne soit lui qui pense le plus juste. Il refuse de faire de l'action politique avec son intelligence, et la vie comble, comme cela arrive souvent, une intelligence qui était disposée à se satisfaire d'elle-même et de peu. Il met en jeu, probablement, celles des possibilités lorraines que M. Barrés eût vu se développer en lui-même, s'il eût été maître de son destin, avec le plus de complaisance, celles qui aident le mieux a construire une belle vie, solide et spacieuse comm.e une maison.

SAINT-PHLIN

Saint-Phlin, c'est une des terres, ou plutôt c'est la terre de M. Barrés. M. Barrés a incorporé Gallant de Saint-Phlin à un morceau de Lorraine, et c'est la Lorraine que goûte en lui le voluptueux Sturel. M. Barrés nous a dit que tout le meilleur de sa philosophie tenait

LES FIGURES DE ROMAN

dans la lettre qu'écrit Saint-Phlin à Sturel à la fin de Leurs Figures et qui est développée dans les Amitiés Françaises. Ce bon Saint-Phlin qui, au lycée, était volontiers dernier et qui s*en consolait en disant qu'il faut bien un dernier, fait, comme Velu II, dans un domaine de vie heureuse et spontanée fonction de moniteur. Il ne garde en somme de liaison suivie qu'avec Sturel, a. l'imagination duquel son nationalisme lorrain fournit à la fois un contrepoids et une nourriture. Les autres se moquent ordinairement de lui, depuis l'affreux Mouchefrin qui l'msulte jusqu'à Rœmerspacher, « rude travailleur qui parle d'un hobereau spiritualiste » et qui dit : « Je n'ai jamais imaginé d'effort plus consciencieux pour rester en arrière de la transformation française ^. «S'il fait quelques études à Paris, il ne se déracine pas du tout, il reste authentiquement l'homme de la terre de Saint-Phlin. M. Barres reproche à Bouteiller d'avoir voulu l'envoyer à Saint-Cyr au lieu de le laisser à Saint-Phlin. Mais Bouteiller en a donné, devant ses camarades, cette Belle définition : « C'est un bon Français, que le pays trouverait au jour du danger. »

En ce temps-là d'ailleurs le danger est heureusement loin, car Saint- Phlin, fils aîné de veuve, ne portera pas plus l'as de carreau que le casoar. Bon Français, donc, mais ainsi que le dit M. Barres des membres de la Patrie Française, bon à quoi ? Bon à demeurer chez lui, à être Lorrain, et, comme Mac-Mahon en donnait à un homme d une race plus humble le conseil, à continuer.

Il est, des sept Lorrains, le délégué à la continuité. M. Barres se flatte d'avoir trouvé une discipline dans les cimetières où ses prédécesseurs divaguaient. Ayant pas mal suivi sur ce terrain ses prédécesseurs, il a chargé Sturel, fils de Rousseau, de ses divagations, et Saint-Phlin de sa discipline. « Si je voyageais seul, dit Sturel, je visiterais tous les cimetières sur ma route. « Et Saint-Phlin lui répond : « Tu trouves ta poésie à te considérer comme un prolongement et jamais comme un point de départ. Dès le début de notre voyage, j ai vu ton imagination se fixer chez les morts. L'idée que le sol où tu naquis prendrait une figure inconnue de tes ancêtres te choque gravement. Pour moi... je suis un optimiste décidé... Je n'ai jamais senti dans les cimetières cette odeur du néant où tu t'abîmes. J'y vois l'arbre de la vie et ses racines y soulèvent le sol. ^» M. Barrés ne nous

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