Amori et Dolori Sacrum, p
LA VIE DE MAURICE BARRÉS
collège par mapiqiLie de tendresse, l'artiste que stérilisent les salons, sentent confusément ce qu'exprime avec une sereine puissance cette vierge pour qui le monde surnaturel existait. Ils se définissent dans son cri : Si ]',étai§ au milieu des bois, j'y entiendrais bien mes voix )>^. L'attitude habituelle de son imagination c'est de ramener un spectacle des yeux, un groupe d'idées, un morceau confus et vivant du monde à un état çimple et pathétique de l'âme : « Mon objet, dit-il dans la Mort de Veni$^, n'est point «de peindre directement des pierres, de l'eau, des nu^iges, mais de rendre intelligibles les dispositions indéfinissables où nous met le paludisme de cette ruine roniantique ^. » Rendre intelligibles des dispositions indéfinissables, c'est assez difficile puisqu'on ne rend proprement intelligible que ce que l'on définit. Mais précisément les images excitent en nous ces mêmes dispositions, engendrent un substitut de l'intelligence, une intelligence par sympathie.
On peut reconnaître en M. Barbes l'un de ces grands artistes chez qui l'image en puiss/^nce, la disposition à l'image, plus encore que l'acte et la présence individuelle de l'image, sous-tendent et entretiennent un beau style. Que d'intensité et de profondeur dans une phrase comme celle-ci : « Je vois Ismène de qui les yeux ne quittent pas sa sœur, mais Antigone se plaint de son génie et nous déchire avpç sa groste voix de rossignol )) ^. Probfiblement M. Barrés ne pensait point au masque à travers lequel le caractère tragique et le^ vers ïambiques prenaient plus de corps, mais il fait mieux, il recrée avec une image sur la figure de l'héroïne pe masque tragique luimême et son porte-voix.
L'image, chez li^i comme chez tous les imaginatifs vrais, prend une forme tantôt visuelle, tantôt de mouvement. Les premières sont plus superficielle^, les secpndes plus vépuies de l'intérieur, mieux senties, les premières plutôt ingénieuses et spirituelles, les secondes expressives.
Voici des images visuelles, acheypes, cjrcQnscrites. Les petites filles de Cordoue avec « leurs jeunes corps, crottés et délicieux comme un raisin du bas du cep » *. « Eugène Mayer qui fut ardemment boulan-