‹ Trente ans de vie française (volume 3)Chapitre 86 sur 256 · U Appel au Soldat, p · texte numérisé non relu

U Appel au Soldat, p

LA VIE DE MAURICE BARRÉS

imaginent, si elles sont riches, Dieu d'après elles-mêmes, installent \

sous son nom leur figure agrandie ou idéalisée. Sur l'emplacement de ]

toutes les beautés, de toutes les majestés rumées, la littérature des \

génies, dont Chateaubriand a donné les magnifiques formules, établit ^

des doubles, des réalités décoratives où subsistent sur un corps de \

cendre le jeu de leurs lignes épurées. Les esprits de la solitude et de la i

contemplation s'installent sur une montagne, devant la lande et la ]

mer. Sur l'emplacement d une ville ruinée se compose son idée histo- |

rique parfaite et pure qui monte comme la pleine lune, émanée sur j

l'Orient, d'un transparent crépuscule. L'âme, comme une eau, comble S

idéalement le vide que la mort a creusé, établit sur lui une atmosphère \

élyséenne, une vie fluide d'outre -tombe. ;

Toute cette littérature des génies, et spécialement sous la forme que j

lui a donnée M. Barrés, tient dans une fine observation de madame \

Gallant de Saint-Phlin à son fils : « C'est curieux, mon père et mes ]

frères, qui parlaient très bien le patois, n'en tiraient ni vanité ni plaisir, j

Toi, Henri, tu ne le sais pas, et il te rend heureux et fier ^. » On éten- j

drait loin cette observation : c'est le militarisme des guerriers civils, \

c'est l'enthousiasme catholique des incroyants, et je songe un peu a la •

passion des bergeries à la cour finissante de Versailles. On admire ce |

qu'on aperçoit du dehors, ce qu'on est dispensé de vivre du dedans. \

Ainsi nous avons vu M. Barrés se féliciter d'un mode d'existence \

intelligemment voyageuse qui permet d'écrémer ce qu'une terre com- ]

porte d'intéressant et d'émouvant sans participer aux mesquineries et \

à l'intolérance des petites villes. |

« Ce n'est pas la Lorraine, dit Henri Franck, qui a créé Maurice ]

Barrés ; c'est lui qui a créé la Lorraine. Elle n'est rien, au sens où il \

l'entend, que le beau nom qu'il a donné a son âme : c'est son âme qui j

est pleine de mirabelles tombées ; c'est elle que traversent les routes i

romanesques entre les peupliers décoratifs » ^. Et M. Barrés se faisait |

dire par la Lorraine : « C'est peut-être en ton âme que moi. Lorraine^ |

je me serai connue le plus complètement » ^. La Terre et les Morts^ |

tels qu'ils se sont imposés a M. Barrés, ce sont les voix de sa solitude, j

Dans la Colline Inspirée, il a matérialisé ces voix autour de Léopold l

Baillard. Mais les voix, sur la terre lorraine, ont de plus anciens titres |

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