‹ Trente ans de vie françaiseChapitre 142 sur 154 · Id., p · texte numérisé non relu

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LE BERGSONISME

lesquelles Vaciion passerait ^. » Mais notre corps est constitué lui aussi par le pointillé des lignes sur lesquelles passe l'élan de la vie, l'action de ce courant vital qui va de germe à germe au sein dune même espèce, d'espèce à espèce à l'intérieur de la vie. M. Bergson dit bien que « tandis que la subdivision de la matière en corps isolés est relative à notre perception, tandis que la constitution de systèmes clos de points matériels est relative à notre science, le corps vivant a été isolé et clos par la nature elle-même ». Evidemment. Mais la nature, c'està-dire l'élan vital et l'élan de l'espèce humaine, n'agissent pas autrement que nous, puisque cet élan nous en sommes. La mort suffit à nous avertir que l individueJité du corps vivant est relative à l'espèce, qui est elle-même relative à l'élan vital, ainsi que la subdivision de la matière etja constitution de s\stèmes sont relatifs à notre perception et à notre science.

Cette continuité qui va de l'élan vital à la perception était d'ailleurs mieux marquée dans Matière et Mémoire. « Déjà le pouvoir conféré aux consciences individuelles de se manifester par des actes exige la formation de zones matérielles distinctes qui correspondent respectivement à des corps vivants ^. » Les zones d'action impliquent un intérêt localisé sur ce qui est utile à cette action. La vie implique le refus chez l'être vivant de considérer autre chose que des moyens d'agir. « Nos besoins sont donc comme autant de faisceaux lumineux qui, braqués sur la continuité des qualités sensibles, y dessinent des corps distincts. Ils ne peuvent se satisfaire qu'à la condition de se tailler dans cette continuité un corps, puis d'y délimiter d'autres corps avec lesquels celui-ci entrera en relations comme avec des personnes. Etablir ces rapports tout particuliers entre des portions ainsi découpées de la réalité sensible est justement ce que nous appelons vivre. » Vivre c'est donc, pour I élan vitai comme pour nous, décomposer par une force intérieure l'extérieur en parties, et la vie organise la matière par le même artifice de division qui nous sert à la « mécaniser ». Il en est d'ailleurs de la division de la durée comme de la division de la matière. « La durée où nous nous regardons agir, et où il est utile que nous nous regardions, est une durée dont les éléments se dissocient et se juxtaposent : mais la durée où nous agissons est une durée où nos états se fondent les uns dans les autres ^. »

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