‹ Trente ans de vie françaiseChapitre 8 sur 154 · I. h'Evolulton Créatrice, p · texte numérisé non relu

I. h'Evolulton Créatrice, p

LES DIRECTIONS

que s«n morceau de ore tondît, mais cette attente et cette durée il les négligeait superbement, et pensait, comme Zenon d'Elée, dans un monde où elles n eussent pas existé. La réalité de la cire c'est son étendue, c'est-à-dire ce quî reste identique à tous les moments de la durée, ce qui ne dure pas. Les qualités qui se succèdent au hir et à mesure de ses tran^iormations sous i'influence du feu n'existent pas, précisément en tant qu elles durent, qu'elles constituent une histoire, solidaire de l'histoire de Descartes, iequel à cette heure en respire l'odeur, en pèse la masse, en modifie la forme. Du même fonds et du même point de vue, les cartésiens nièrent la valeur de l'histoire, la réalité du temps, 'univers étant créé à nouveau à chaque moment de la durée. Mais pour M Bergson ' le temps que j'ai à attendre n est plus ce temps mathématique qui s'appliquerait aussi bien ie long de l'histoire entière du monde matériel, lors même qu elle serait étalée tout d'un coup dans l'espace. 11 coïncide avec mon impatience, G est-à-dire avec une certaine portion de ma durée à moi. qui n est pas allongeable m rétrécissable à volonté Ce n est plus du pensé, c'est du vécu. Ce n'est plus une relation, c'est de 1 absolu. Qu est-ce à dire, sinon que le verre d'eau, le sucre et le processus de dissolution du sucre dans l'eau son: sans doute des abstractions, et que ie tout dans lequel ils ont été découpés par mon sens et mon entendement progresse peut être à la manière d'une conscience ? ' Le morceau de cire cartésien servait à expliquer l'univers m-atériel par l'étendue, à l'opposer à la conscience. Le morceau de sucre bergsonien sert à î expliquer par la durée, à l'assimiler à une conscience. Le morceau de cire signifiait que pour la réalité extérieure exister consiste à ne pas changer. Et même, dans l'ordre de l'intérieur et de la pensée. Descartes considère le changement comrne un principe d'incohérence et d'inexistence, puisque le fait qu'elles sont pessssu par un être qu' change suffirait à rendre inopérantes même nos idées claires et distinctes, si nous n avions pour garantir leur vérité permanente ia vérité d un être qu. ne change pas, la véracité divine. Descartes met à chasser la durée de tous les coins de sa philosophie la même ténacité ingénieuse que sa servante hollandaise employait à découvrir et à ôter de ia maison qu elle entretenait le dernier fil d araignée. La maison sera nette et à souhait pour le Dieu spmoziste.

M. Bergson dirait volontiers . Je pense, donc ie change. Le changement est donné daws 'acte élémentaire de la pensée, comme y est donnée, pour une philosophie dialectique, la représentation. «Si un

état d'âme cessait de varier, sa durée cesserait de couler*, » et cessant de durer il cessereiit d'être. « Pour un être conscient, exister consiste à chcinger, changer à se mûrir, se mûrir à se créer indéfiniment soimême. En dirait-on autcint de l'existence en général ? ^ » ]JEssai mr les Données immédiates de la conscience est le développement de la première phrase. UEvolution Créatrice est une réponse affirmative à la seconde.

D'un être qui est durée, d'une durée qui est chcingement, se tisse donc ! étoffe de nous-mêmes, l'étoffe de l'univers. Il n'en existe pas, nous assuré M. Bergson, de plus résistante ni de plus substcintielle. Approchons-nous et touchons-la.

Touchons-la dans sa nature originelle, c'est-à-dire dans l'acte de son tissage et dans le développement de ses pièces neuves. Le point de vue du tailleur qui v découpe des vêtements sur mesure, à plus forte raison celui du confectionneur qui en tire des sénés de vêtements tout faits et celui du client qui s'en revêt, ne doivent pas être confondus avec celui de sa production, et c'est de cette confu'îion que naissent la plus grande partie des malentendus, des impasses où s égare 'a philosophie. Toute philosophie antérieure se ramène pour M. Bergson à celle de Herr Teufelsdrœck, est plus ou moins une philosophie des habits.

Le premier échelon de la réflexion philosophique portera donc la démarche d'introspection qui nous fera saisir nous-mêmes par nous-mêmes en tant que durée. Sous quelle figure nous apparaîtra cette durée ? Je dis bien sous quelle figure, car nous sommes obligés par le rayon de courbure de notre intelligence de la penser comme figure, dans i espace. C'est, nous semble-t-il, comme l'espace, une redite à trois dimensions, passé, présent, avenir. Mais il est bien certain qu entre deux de ces trois termes et le mot être ou réalité il y a discordance, puisque 'e passé désigne ce qui n est plus, lavenir ce qui n est pas encore, tous deux ce qui n est pas. On sera dès lors conduit à faire de la durée une manière de sentir les phénomènes, comme Kant. ou une manière de les penser, comme Renouvier, bien que

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