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LA LOGIQUE DU VRAI

malentendus). Il y a une théorie du bon sens, ce qui n'est pas du tout la même chose.

Tandis que le sens commun porte sur la théorie, le bon sens porte sur la pratique. Peut-être d'ailleurs le sens commun n'est-il qu'une projection théorique du bon sens. En tout cas c'est 1 analyse du bon sens qui nous placera ici au oœur de la nature humame et nous aidera à saisir en elle quelque chose d'immédiat. Le bon sens, qui est nousmêmes avcint les philosophes, est peut-être aussi, comme le laisse entendre la phrase de Berkeley que je viens de citer, nous-mêmes après la philosophie.

Connaître c'est induire et déduire. Or l'induction et la déduction s'effectuent dans une nature sp^tialisée, consistent à découvrir et à formuler des répétitions. « Nos inductions sont certaines, à nos yeux, dans l'exacte mesure où nous faisons fondre l'es différences qualitatives dans l'homogénéité de l'espace qui les sous-tend, de sorte que la géométrie est la limite idéale de nos inductions aussi bien que de nos déductions. Le mouvement au terme duquel est la spatidité dépose le long de son trajet la faculté d'induire comme celle de déduire, l'intellectualité tout entière ' ■)

C'est précisément ici qu'intervient le correctif du bon sens, qui est comme un moyen terme entre l'intelligence et l'instinct. M. Bergson appelle le bon sens « l'expérience continue du réel ». Il ne s applique pas comme l'intelligence à la production des choses dans I espace, ou aux conditions de cette production, mais à la conduite de la vie dans la durée. Il est, comme l'a remarqué Descartes, la chose du monde la mieux partagée, car les gens instruits n'en ont pas, en moyenne, plus que les ignorants. S'il est la chose la plus commune, c'est qu'il tient de près à l'élan vital, qu'il met en jeu non une superficie de l'esprit, mais la réalité de l'esprit

Il met en ieu la réalité de l'esprit précisément parce qu il n est pas une opération de l'esprit. L esprit en effet opère non par son être total, oXrj r?i ^'J'/jo mais par ce qu il a de commun avec ta matière sur laquelle il opère, et d adapté à elle C'est ce que nous comprendrons en voyant l'esprit déduire. La déduction, dit M Bergson, étant « une pure opération de 'esprit, s accomplissant par la seule force de I esprit >= il semble que si elle doit être à son aise et porter des fruits quelque part, ce doive être dans le doméiine de l'esprit. Pas du tout. La déduc-

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tion n y sert à peu près de rien. Elle n'est à son aise que dans les choses de l'extérieur, géométrie, astronomie, physique. « Que conclure de là, sinon que la déduction est une opération réglée sur les démarches de la matière, calquée sur les articulations mobiles de la matière, implicitement donnée, enfin, avec l'espace qui sous-tend la matière ? Tant qu'elle roule dans l'espace ou dans le temps spatialisé elle n a qu'à se laisser aller. C'est la durée qui met des bâtons dans les roues ^. »

Une chose qui dure ne peut en effet se déduire. Si elle pouvait se déduire il serait inutile qu'elle durât. Cela se voit dans le moral et la politique, où la prévision est impossible, et où jamais ne se produit ce que la raison raisonnante attendait. Tout ordre moral, tout parti politique, toute politique nationale comportent une pente de déduction, donnée avec eux comme leur moyen nécessaire d'action, mais aussi, et indivisiblement, comme leur poids de matérialité, la direction mortelle où ils doivent rouler, leur principe de défaite et d'encrassement. « D'une proposition vérifiée par les faits, on ne peut tirer ici des conséquences vérifiables que lusqu à un certain point, dans une certaine mesure. Bien vite il faut en appeler au bon sens, c està-dire à l'expérience continue du réel, pour infléchir les conséquences déduites et les recourter le long des sinuosités de la vie ^ » Comparez un mathématicien habitué à la déduction et qui la transporte dans l'ordre politique et religieux, comme Auguste Comte, avec l'esprit habitué à cette expérience continue du réel, par exemple, en des ordres différents, un Talleyrand, un Joubert, un Coumot.

La déduction ne saurait s'appliquer, sinon pour des opérations de détail, aux sciences de l'esprit ni même aux sciences de la vie. Elle est aussi mal opéréinle en biologie qu en psychologie. Mais si la biologie et la psychologie ne sauraient beaucoup déduire, en revanche elles induisent, et elles formulent des lois. Une fois en possession de ces lois elles déduisent, elles prévoient, elles se passent de la durée. L'économie politique, la politique, même la morale, peuvent, dans une certaine mesure et avec les réserves nécessaires, en faire autant. Mais la philosophie ? Notez qu on parle de lois biologiques, sociologiques, et, dans un autre sens, de lois morales, mais on ne saurait employer I expression de lois philosophiques La philosophie n a jamais formulé de lois. Lorsqu'il s agit d un art on emploie le terme

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