Trente-deux ans à travers l'Islam, 1832-1864
J'avais remis à mon éditeur le manuscrit de mon second volume, lorsqu'en mettant en ordre ma correspondancCj j'ai relu une lettre de mon bien-aimé Rivet (1), datée d'Excideuil, le 2 janvier 1845, d'où j'extrais le paragraphe suivant :
(( Vous ignorez sans doute, clier ami, qu'un historien d'un grand mérite, M. Poujoulat, avait prié le maréchal de solliciter pour lui, auprès des ministres, la mission d'écrire l'histoire de l'Algérie à de certaines conditions;
(1) Alphonse Rivet, capitaine d'artillerie, fut admis à l'état-major du maréchal Bugeaud en 1842. Promu au grade de chef d'escadrons dans les spahis, il resta attaché à la personne du maréchal jusqu'en 1847, époque à laquelle Mei' le duc d'Aumale lui confia la direction des affaires arabes avec le grade de lieutenant-colonel. Après la révolution de 1848, il fut nommé colonel du 8« régiment de hussards. En 1861, il fut élevé au grade de général de brigade, chef d'état-major de la division à Alger. Appelé en Crimée par le maréchal Pellissier qui lui donna le commandement d'une brigade, il fut tué à l'attaque du mamelon Vert le jour de la prise de Malakoff .
De mutuelles sympathies nous avaient tout d'abord attirés l'un vers l'autre. Elles donnèrent naissance à une amitié qui fut pour ainsi dire cimentée par les sentiments d'admiration et de dévouement que nous prodiguions à l'envi à notre chef bien-aimé, le maréchal Bugeaud. T. n. 1
2 INTEODITCTION.
les ministres n'ont i:)oint acquiescé à cette demande et ont prescrit an maréclial de charger de cette taclie importante quelques officiers de l'armée d'Afrique.
(( Le maréchal a jeté les yeux sur vous et a daigné m'associer, moi pauvre ouvrier, à ce travail pour lequel vous avez déjà tant de matériaux, que vous seul pouvez réunir, car, dans cette histoire, devra figurer la brillante épopée d'Abd-el-Kader.
(( Quant à moi, mon bon ami, je me sens le courage de piocher, piocher tout ce qui a été écrit de si lumineux par le maréchal, pour faire un exposé de ce qui a rapport à la partie militaire, et je vous assure que je le ferai de grand cœur. Mais il faut pour cela que vous vous associiez avec un égal plaisir à cette œuvre, car, sans cela, je perdrais tont courage, toute espérance de réussir.
« Je suis expressément chargé, par le maréchal, de vous dire combien il lui serait agréable que nous nous chargeassions de cela. Il est bien entendu que nous travaillerions sous ses yeux, d'après ses conseils et ses inspirations. Voyez-vous tout le beau côté d'un pareil travail ? Non seulement nous seconderions les désirs de notre patron bîen-aimé, mais nous associerions notre nom à une œuvre patriotique qui ne serait pas sans gloire »
Rivet se mit à l'œuvre et, dès 1847, il me lisait quelques cahiers qui dénotaient chez lui les qualités d'un historien militaire. Quant à moi, ma mission au Maroc m'avait tellement absorbé, que c'est à peine si j'avais