ECCLESIA
La robe, la chevelure, la couronne et le calice sont dorés ; le reste de la figure est argenté.
Dans le compartiment du milieu, on a représenta Jésus-Christ en croix , la tête entourée du nimbe crucifère. De chaque côté de la croix se tient debout un personnage nimbé, dont l'un, celui qui est à la gauche du Christ, tient un livre (c'est l'apôtre saint Jean sans aucun doute), et l'autre, celui de droite, lève les mains vers le Sauveur. Cette dernière figure représente la
48 TRESOR DR LABBATE
sainte Vierge; elle est reconnaissable à la robe traînante et au long voile qui couvre la tète et descend sur les épaules. Le crucifiement a presque toujours été représenté ainsi ; nous en avons la preuve en examinant la châsse des enfants 'de saint Sigismond, le reliquaire de Pascal II, la boîte d'or du Musée du Louvre, et bien d'autres monuments du moyen-àge.
De chaque côté de la croix est un médaillon ; celui de gauche contient une figure entourée d'un nimbe rayonnant, c'est le soleil ; celui de droite contient une figure de femme accompagnée d J un croissant, c'est la représentation de la luné.
Au-dessus de la tète du Christ, et sur la croix elle-même, qui est recroisettée, on lit cette inscription :
IHESVS NA ZARENVS R EX IVDEORVM.
Les deux médaillons sont entièrement dorés; le nimbe et la tunique de Jésus sont dorés, ainsi que le nimbe, les manches et la robe de dessous de la sainte Vierge. Le nimbe et la robe de dessou% de saint Jean sont dorés ; tout le reste des figures est argenté.
Dans le troisième compartiment est gravée une femme debout , aux yeux couverts d'un large bandeau; sa main droite laisse échapper les tables de la loi; dans la main gauche, elle tient un éten-
DE SAIN T-M AUBICE d'AGAUNB. 49
dard, dont la hampe est brisée en cinq morceaux; à ses pieds est une couronne. La robe longue et traînante de cette figure est dorée, ainsi que la couronne à terre et la partie centrale du drapeau.
On devine même sans le secours de l'inscriplion suivante gravée au-dessus de la figure :
SINAGOGA
que c'est le symbole du triomphe de la loi nouvelle sur l'ancienne loi; cette représentation symbolique est fréquente aussi au moyen-àge, et sans chercher bien loin, nous la trouvons au grand portail de la cathédrale de Paris.
Viennent ensuite les trois sujets représentés sur la façade carrée; on voit dans le premier compartiment, à gauche, au-dessous de l'église, l'Annonciation. La sainte Vierge est debout; Fange se tient devant elle, la bénissant de la main droite et tenant de la gauche un sceptre surmonté d'une fleur de lis. Les nimbes, les robes de dessous de Fange et de la Vierge sont dorés, la chevelure de Fange et la fleur de lis de son sceptre sont dorés, ainsi que le voile et la coiffure de la Vierge.
Dans le compartiment du milieu, le graveur a retracé la scène de la Nativité. La sainte Vierge repose sur son lit, étendant la main gauche vers l'enfant Jésus, qui est couché dans la crèche, la tète entourée du nimbe crucifère. Au-dessus de la crèche apparaissent les têtes de l'âne et du
TRÉSOR DE l'âBBAÏR
bœuf. Au pied du lit saint Joseph est représenté assis, tenant de la main droite un livre ouvert. Les nimbes des trois personnages, la robe de la sainte Vierge, le visage de saint Joseph, son livre, la bordure de sa robe et ses pieds son! dorés. Tout le reste est argenté.
Le dernier tableau représente les trois rois suivant l'étoile ; tous trois sont couronnés. Le premier, vers la droite, a un genou en terre et semble offrir un calice plein de myrrhe, qu'il soutient des deux mains. Les deux autres sont debout, et celui qui occupe le milieu du groupe montre l'étoile au troisième. Ces deux derniers portent aussi des coffrets contenant sans doute les présents qu'ils vont mettre aux pieds du Sauveur. Les couronnes, les chevelures et les barbes des rois sont dorées, ainsi que les poignets et les chaussures de celui qui est agenouillé. Le vêtement tout entier du second personnage est doré, ainsi que le manteau du troisième. Le fond est un échiquier à angles droits, dont les cases sont très-serrées.
Sur l'un des petits côtés, dans la partie supérieure, est gravé un ange à mi-corps, nimbé, ailé, tenant des deux mains une banderole sans inscription, et dont la chevelure et la robe de dessous sont seules dorées. Ce doit être la figure symbolique représentant l'évangéliste saint Matthieu. Ce qui me porte à présenter cette conjecture, c'est l'aigle de saint Jean gravé sur le second petit côté de la chasse. Le fond est composé
DE SAINT-MAURICE d'AGAUNE. 54
de losanges, dont les lignes sont parallèles à l'inclinaison du toit.
Dans la partie inférieure et carrée de ce petit côté, on voit Jésus-Christ assis sur un trône, bénissant de la main droite et portant le monde dans la main gauche. Son nimbe est crucifère; au coté droit de sa' tête est gravé un A, au côté gauche un 0). Le nimbe, les cheveux, la robe de dessous , le monde et une partie du trône sont dorés; le reste est argenté. Le fond est losangé. Les bandes d'ornements encadrant cette partie carrée sont remplacées sur trois des côtés par des plaques d'émail champlevé sur cuivre d'un travail assez grossier, mais toutes de dessins difîérents.
Sur le second petit côté, on voit dans la partie supérieure un aigle nimbé, tenant dans ses serres une banderole où sont inscrits ces mots :
IOHANNES AQVILA.
Le corps, le cou et la tête de l'aigle sont seuls dorés; le reste est argenté. Le fond est en losanges parallèles à l'inclinaison du toit .
Dans la partie carrée de ce petit côté, la sainte Vierge est représentée assise sur un trône et tenant dans ses bras l'enfant Jésus, qui bénit de la main droite. La Vierge tient aussi une boule dans chaque main.. Le voile, les poignets de la robe et les pieds de la Vierge sont dorés, ainsi qu'une partie du trône. L'enfant Jésus est entièrement
doré. Le fond est composé d'un petit damier, dont les carrés de 4 millimètres de côté sont alternativement unis et guillochés.
Les dimensions de la châsse de l'abbé Nanthelme sont :
Longueur, 68 e 8 m . »
Largeur, 31 e 5 m .
Hauteur totale de la base à l'arête du toit, 42 e 8 m .
Hauteur de la partie carrée, 24 e 9 m .
La largeur des bandes d'ornements, qui encadrent chacune des faces du reliquaire et qui séparent les sujets les uns des autres, varie de 3 c 8 m à 4 c 7 m .
La largeur des plaques d'émail champlevé ajustées pour remplacer les bandes d'ornements primitives est de 21 e 6 m ; leur longueur varie de 8 e 5™ à 14 centimètres.
Cette châsse, dont la date n'est point discutable, porte déjà l'empreinte des modifications que le xm e siècle allait faire subir aux arts, tout eh conservant cependant dans l'ampleur et la fermeté des rinceaux d'ornements la tradition du xn e siècle. Les figures sont plus finement dessinées, les attitudes plus souples, les vêtements drapés avec plus d'élégance ; la composition est claire, logique; tout se tient et s'enchaîne dans les sujets gravés, qui ornent cet intéressant reliquaire.
On peut aussi puiser de bons renseignements dans les vêtements militaires de quelques-uns des
DE SAINT-MÀCBICE d'aGAUNE.
personnages; on y retrouve la forme exacte des cottes de mailles, des casques, des épées et des boucliers en usage à cette époque, et cette étude peut conduire à dater plus sûrement des monuments encore incertains aujourd'hui.
4° Chasse-coffret en verroteries cloisonnées DE L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE 1 .
Ce reliquaire *, l'un des plus précieux du trésor de l'abbaye, a la forme d'un coffret carré long; son couvercle figure un toit, dont l'arête supérieure est ornée d'un cylindre. Les faces antérieures et latérales sont entièrement décorées de verroteries et de pâtes de verre cloisonnées, au milieu desquelles sont serties sur chatons des pierres précieuses unies ou gravées et des perles fines. Les faces postérieures et le dessous sont en or fin, couvertes de dessins en filigranes et d'une inscription, dont je parlerai plus loin.
Sur la partie carrée de la face antérieure, au milieu, est enchâssé un camée antique brisé, et
1. Art. 7 e de l'inventaire de l'abbé Miles: Reliquiare sanctorum apostolorum quod in summisportaturfestis. Il est clair, malgré la pauvreté de la description, que l'abbé Miles a désigné ici le coffret mérovingien.
Art. 7« de l'inventaire des Bollandistes : Lipsanotheca praedives, in qua sunt reliquiae sanctorum Pétri et Pauli et aliorum; donum estEugenii tertii pontificis,qui consecravit veterem basilicam, profecturus ad concilium remense. Ejus effigies spectatur in apice.