‹ Trésor de l'abbaye de SaintMaurice d'AgauneChapitre 25 sur 27 · EX- VOTO- DEDIT* EM* FIL- DVX- SAB · texte numérisé non relu

EX- VOTO- DEDIT* EM* FIL- DVX- SAB

Le cheval est couvert d'un caparaçon fort délicatement ciselé, dont le bord inférieur se termine en manière de lambrequin à pointes. À ces pointes pendaient primitivement des glands mobiles qui, presque tous, ont disparu, et il n'en reste plus aujourd'hui que deux ou trois. L'ornement du caparaçon consiste en un quadrillé dont les carrés sont alternativement occupés par des quatrefeuilles et par des rosettes à quatre pétales aigus du même dessin que celles de la gorge du socle. Quatre écussons ovales à la croix de saint Maurice, inscrits dans des cuirs assez compliqués, décorent en outre cette housse déjà si magnifique ; ils sont placés, deux à la hauteur des épaules du cheval, et deux à la hauteur de ses cuisses. Le

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même caparaçon couvre la moitié du cou ; il est bordé par un lambrequin, dont les pointes et les glands sont retournés sur le fond au lieu de pendre en dehors, et s'engage sous une armure composée de plaques de fer, et destinée à défendre la crinière ; il est en outre assujetti par un bandeau de poitrail couvert d'entrelacs et de rosaces. La tête est défendue par un chanfrein armé d'une pointe de lance entre les deux yeux.

Saint Maurice est assis presque debout 1 sur une selle à arçon très-élevé ; il est couvert d'une armure complète et très-ornée, dont les épaulières figurent des têtes de lions. Le casque est sans cimier, et sa visière mobile laisse voir, lorsqu'on la soulève, le visage du saint que l'artiste est loin d'avoir idéalisé. Les yeux sont louches, la. moustache se hérisse; l'expression générale est grotesque et tout à fait indigne de l'intrépide chef de la sainte légion. Primitivement la main droite soutenait une lance, et l'épée était au fourreau ; mais cette lance a été brisée et perdue, et on l'a remplacée provisoirement par l'épée. Les chaînettes, qui forment les rênes de la bride, se réunissent dans la main gauche. Les deux cuirasses portent en leur milieu l'écusson à la croix de saint Maurice.

En somme, cette œuvre, dont la date est, cer-

1. La hauteur du saint, du talon au sommet du casque, est de 34c.

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taine, et qui appartient aux beaux temps de la Renaissance, n'est pas remarquable dans son ensemble. Le cheval est lourd, raide et trop haut sur jambes, mal dessiné par conséquent. Le cavalier est plus raide encore que sa monture, et son visage est affreux. Le côté de la statuaire est donc tout à fait inférieur. Le côté décoratif cache un peu ces défauts. Les détails du caparaçon et de l'armure sont, malgré leur accumulation, bien composés, et surtout très-bien exécutés. Ce travail d'orfèvrerie sort, bien certainement, d'un atelier allemand. Emmanuel Philibert avait chargé le chevalier de Lostan, son grand bailli au duché d'Aoste, de présenter ce reliquaire en son nom aux religieux de Saint-Maurice, et il avait accompagné ce don d'une lettre, qui est conservée aux archives de l'abbaye ; en voici la copie. Sur l'adresse :

« A Révérends, vénérables, nostrès-chers bienaimés et dévots orateurs, les abbés et religieux de Saint-Maurice, en Chablais. »

A l'intérieur :

« Révérends, vénérables, très-chers bien-aimés et dévots orateurs, pour la singulière dévotion que nous avons toujours eu à monseigneur saint Maurice, protecteur de notre maison, nous avons, entre aultre chose, faict faire une sienne imaige en argent, laquelle vous sera présentée de notre part par le ch er Dom Humbert de Lostan, présent porteur, pour estre mise en vostre église, à laquelle

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nous l'avons dédiée : vous priant d'avoir souvenance de nous en vos prières, ainsi que il vous dira plus particulièrement ledict chevalier à qui nous remettant prions N. S. qu'il ait, Révérends, vénérables, très-chers bien-aimés et dévots orateurs, en sa sainte et digne grâce.

< De Turin, ce 21 décembre 1577.

c Vostre bon amis, Philibert. »

27° Crosse en émail champleve 1 .

Cette crosse, composée d'une douille, d'un nœud et d'une volute, est en émail champlevé sur cuivre doré. Les fonds sont de ce bleu particulier aux émaux sortis des ateliers de l'école de Limoges.

La douille est ornée de rinceaux en réserve terminés par des feuilles de lierre émaillées, les unes en jaune clair sur les bords, puis en vert dégradé avec un point rouge près de la tige ; les autres en blanc sur les bords, puis en bleu dégradé avec le même point rouge à la tige. Ces rinceaux encadrent deux médaillons à quatre lobes, au milieu desquels est une figure d'ange, à la main droite bénissante, en réserve et gravée. La douille est entourée à la base et au sommet

1. L'inventaire de l'abbé Miles De fait pas mention de cette pièce. '

L'inventaire des Bollandistes se borne aux reliquaires, il est clos par conséquent. Ce qui me reste à décrire ne comprend plus que des objets dits de sacristie.

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par des moulures dorées. Il n'est pas inutile de rappeler comment s'obtenaient ces émaux nuancés sans cloisonnage préalable ; après le refroidissement d'un premier émail, qui avait rempli les parties creusées dans le métal, l'ouvrier, à l'aide de la roue armée d'une molette analogue à celle dont on se sert pour graver les pierres fines, ouvrait un compartiment dans ce premier émail et le remplissait d'un émail d'une autre couleur. La pièce était alors remise au feu, et la fusion faisait adhérer le nouvel émail à l'ancien sans les mélanger. Cette opération se renouvelait autant de fois qu'il y avait de nuances à fixer. Pour les feuilles qui nous occupent, la douille a dû retourner 0 quatre fois au feu 1 .

Le nœud, fait en deux parties, est percé de quatre médaillons ronds, à jour, remplis par des dragons, dont la queue se replie en rinceau terminé par une feuille de lierre émaillée en bleu, et dont les ailes contiennent un champ d'émail bleu aussi chargé d'un léger rinceau en réserve. Les médaillons sont entourés d'une bande ondulée, émaillée en jaune, en vert de deux nuances avec point rouge ; ils sont reliés par des cercles émaillés de deux bleus et de rouge avec une rosette à quatre pétales aigus en réserve. Dans les intervalles laissés libres en haut et en bas, on voit

1. Cette opération est parfaitement décrite dans l'ouvrage de M. de Linas : Orfèvrerie mérovingienne, Paris, in-8° 1864.

des pointes de feuilles émaillées de même. Le nœud est surmonté d'une crête quadrangulaire de feuilles gravées et dorées qui entoure le pied de la volute.

La volute, à quatre pans posés en losange, est à crochets dorés, et se termine par une grande feuille très-finement gravée sur les parties en métal et décorée d'émaux aux nuances que j'ai déjà décrites. Les quatre pans de la volute sont chargés alternativement de caractères pseudo-arabes, de rinceaux et d'étoiles en réserve sur fond bleu. Les crochets, qui garnissent l'arête extérieure de la crosse, s'arrêtent à la première révolution et se terminent par un ornement à feuilles dorées, ciselées et gravées, qui vient se rattacher au pied de la volute.

Il ne me paraît pas possible de contester l'origine de cette crosse ; elle appartient bien à l'école de Limoges, et elle ressemble à toutes celles que l'on voit dans nos collections, et qui sont attribuées au xm e siècle. Je crois admissible la tradition de l'abbaye, où on est convaincu que cette crosse a été fabriquée pour l'abbé Nantelme (1223-1258), l'un des premiers abbés de Saint-Maurice autorisés par le Saint-Siège à porter la crosse et la mitre .

28° Crosse de Félix V 1 .

1. Il n'est pas question de cette crosse dans l'inventaire de l'abbé Miles.

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Cette crosse, en argent naturel ou doré en partie travaillé au repoussé, en partie fondu et ciselé, et décorée en outre de quelques émaux champlevés, se compose d'une douille relativement très-courte, d'un nœud qui sert de base à un pinacle tronqué à trois étages, et de la crosse proprement dite ou crosseron.

La douille est cannelée et terminée à son extrémité inférieure par un bourrelet ovoïde fait au repoussé et orné de sortes de chatons quadrangulaires, dont les surfaces contiennent des quatrefeuilles gravés.

Le nœud, beaucoup plus saillant que le bourrelet inférieur, est comme lui ovoïde. Il est orné de plaques ovales émaillées en bleu, avec rinceaux en réserve correspondant aux six pans de la base du pinacle, et de chatons quadrangulaires contenant des quatre foui lies en réserve sur fond émaillé en bleu.

La base du pinacle est exagone ; elle a la forme d'un cône renversé. Les six faces sont couvertes de feuillages, tous différents, en réserve sur fond d'émail bleu foncé. Les arêtes, qui séparent ces faces, sont décorées chacune d'une ligne de crochets très-délicatement ciselés et dorés.

Sur cette base s'élève un pinacle tronqué en ce sens qu'au lieu d'une flèche, c'est la crosse ellemême qui couronne son sommet. Il est à six faces et à trois étages en retraite l'un sur l'autre. Chaque face est séparée de la face voisine par un

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contre-fort, et contient au premier étage une niche avec son dais qui abrite une figure d'apôtre, haute de 4 e . Ces apôtres sont saint Pierre, saint Paul, saint André, saint Jean Tévangéliste et saint Jacques. Je n'ai pas pu reconnaître la sixième figure, qui tient aussi un livre de la main gauche ; mais comme le bras droit a été brisé, et que, par conséquent, il ne soutient plus l'attribut qui devait faire reconnaître le personnage, il est impossible de rien déterminer à cet égard. Derrière ces statuettes, le fond de la niche représente un fenêtrage, dont les meneaux se détachent sur un fond émaillé en bleu foncé.

Dans le contre-fort, à cet étage, l'artiste a ménagé deux rangs de niches superposées, à dais soutenus par des colonnes torses ; dans les niches inférieures s'abritent des figurines de chevaliers armés de toutes pièces, et portant tous primitivement un bouclier 1 avec une lance ou une épée. Ces figures, hautes de 2 e 5 m , sont ciselées avec une telle minutie que les visières des casques sont mobiles et permettent, lorsqu'on les soulève, de voir les visages.

Le deuxième étage ne contient, sur chaque face, qu'une grande fenêtre à trois rosaces ; les contre-forts sont aussi divisés en deux rangées

i. Deux chevaliers seulement ont conservé leurs boucliers sur lesquels sont des armoiries é m aillées. L'un porte de gueules au lion d'argent; l'autre d'azur à trois étoiles d'or, deux et une.

de niches surperposées, mais elles sont vides. Les faces du troisième étage sont occupées par des fenêtres plus étroites et plus basses; tout cet édifice est couronné par une galerie découpée à jour, d'où s'élance la crosse.

La crosse proprement dite est aussi exagone ; quatre de ses faces, légèrement concaves, contiennent un feuillage au repoussé en argent sur fond doré. Les deux autres faces, concaves aussi, sont unies ; sur l'arête, qui sépare ces deux dernières, monte une ligne de crochets, reliés entre eux par de grosses perles entourant aussi la volute ; enfin la volute est terminée à l'intérieur par une figure d'ange à mi-corps, ciselée en plein relief.

La volute entoure une statuette de saint Maurice à cheval en armure du xv e siècle. Le saint tient dans la main droite une lance, dont le drapeau porte la croix de saint Maurice, et son bras gauche soutient un écu chargé de la même croix.

Cette figurine, haute de 6 e 5 m , repose sur un piédestal exagone en forme de cul de lampe ; elle est moins finement exécutée que les autres statuettes et d'un dessin plus lourd.

Cette crosse a été donnée à l'abbaye de Saint- Maurice par Amédée VIII, duc de Savoie, élu pape en 4439, parle concile de Bàle, sous le nom de Félix V. C'était la crosse dont il se servait dans les grandes cérémonies de l'Église. On ignore aujourd'hui s'il la donna de son vivant ou seulement

par testament. Quoi qu'il en soit, le moment où cette pièce d'orfèvrerie si compliquée fut exécutée ne peut être compris que dans la période de temps qui s'écoula entre l'élection d'Amédée VIII (1 439) et sa mort (1 451 ). Le monument qui nous occupe porte, du reste, dans toute son architecture (on peut ici se servir de cette expression), la date incontestable de sa fabrication. C'est bien là le style de l'art en décadence du milieu du xv e siècle; on reconnaît les lignes tourmentées, le manque absolu de simplicité, la multiplicité des détails, la surcharge d'ornements qui distinguent les œuvres de cette époque. Malgré tous ces défauts, la crosse de Félix V 1 est une pièce remarquable, et nous devrions nous estimer heureux si nous possédions aujourd'hui des orfèvres capables de composer et d'exécuter une œuvre de ce genre.

Voici les dimensions principales : hauteur totale 84 e 5 m .

Hauteur de la douille, y compris le bourrelet inférieur et le nœud, 16 e 2 m .

1. En 1434 Amédé VIII, las des affaires, se retira à Ripaille, laissant le gouvernement à son fils Louis; en 1439, il fut tiré de sa retraite par les prélats du concile de Bâle, qui le nommèrent pape sous le nom de Félix V. En 1440, il abdiqua la couronne de Savoie ; en 1449 il abdiqua la tiare, mettant ainsi fin au sebisme qui désolait l'Église, et se retira de nouveau à Ripaille, d'où il continua à exercer une sorte d'autorité pontificale sur toute la Savoie jusqu'à sa mort survenue en 1451.

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Hauteur de l'édifice, y compris la base émaillée, 31 e 8 m .

Hauteur de la crosse proprement dite 36 e 5 m . Diamètre de la volute 1 6 e 5 m .

$9° Mitre de Félix V 1 .

Cette mitre en soie blanche est décorée de rinceaux et de feuillages brodés en or très-remarquables par la beauté du travail et l'élégance du dessin. Malheureusement elle est déparée par l'adjonction d'un grand nombre de pierres fausses montées sur des chatons entourés de plaques grossièrement émaillées. Les deux pointes de la mitre sont couronnées chacune par une croix de saint Maurice, incrustée de lames de verre rouge. Toute cette verroterie de mauvais goût produit le plus détestable effet, et enlève à cet objet le caractère de simplicité grave qu'il aurait conservé sans ces faux ornements. Je n'ai, du reste, parlé de cette mitre que pour présenter un travail complet et rappeler son origine quasi historique, puisqu'elle est aussi un don de Félix V.

30° Chandeliers de Félix V*.

1. Dans l'inventaire de l'abbé Miles on lit : In arca vestiarii : - Duce mitrae solemnes. Una simpliclor.

Peut-être la mitre de Félix V est-elle comprise au nombre des « Duœ mitrae solemnes.»

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