Archives de l'abbaye
16 TRÉSOR DE L'ABBATE
Hugues fit reconstruire l'église de l'abbaye récemment détruite par un incendie , et ce fut le pape Eugène III, qui la consacra à son retour d'un voyage en France. Pendant sa visite ce pape accorda aux chanoines le droit de porter le camail écarlate, et laissa, dit-on, comme souvenir, au trésor de l'abbaye, une petite châsse en or et en verroteries cloisonnées, contenant des reliques de saint Pierre et de saint Paul. (La bulle qui confère le droit de porter le camail ne fait pas mention de cette châsse, et la tradition est seule à en parler; or nous verrons plus tard que ce prétendu don d'Eugène III est une châsse mérovingienne, faite expressément en l'honneur de saint Maurice.)
Au commencement du xm e siècle l'abbé Nanthelmus fait faire une châsse pour y déposer le corps de saint Maurice. C'est aussi à cet abbé qu'on attribue la reconstruction du clocher qui est encore debout aujourd'hui.
En 1261, saint Louis demande à Giroldus, abbé de Saint-Maurice, des reliques des martyrs thébéens pour l'église du prieuré de Senlis qu'il venait de fonder, et envoie en échange une épine de la sainte couronne et une parcelle de la vraie croix renfermées dans deux reliquaires, véritables chefs-d'œuvre de l'art de cette belle époque. L'abbé Giroldus eut aussi à s'occuper de la reconstruction de l'église, qui venait d'être écrasée par la chute de blocs énormes de rochers.
En 1 345, sous l'abbé Barthélémy I er , un épou-
vantable incendie détruisit entièrement la ville de Saint-Maurice, l'abbaye et son église. Mais Barthélémy, par une excellente administration qui dura trente-cinq années, put réparer tous ces désastres.
Je m'arrête ici; le cadre de ce préambule est trop étroit pour me permettre de donner plus de détails sur cette quatrième période qui, commencée en 1 i28, dure encore aujourd'hui et comprend une liste de quarante-six abbés. Je ne ferai que rappeler les luttes de l'abbaye avec les évêques de Sion qui voulaient, et peut-être bien veulent encore convertir cette maison en une collégiale desservie par des chanoines séculiers dépendants de leur évêché; ses incessantes hostilités avec les états du Valais, qui prétendaient nommer les abbés sur la présentation par le chapitre de quatre candidats, et exigeaient que parmi ces candidats, il y eût toujours un haut-valaisan . Je rappellerai aussi les combats qu'eurent à soutenir les abbés contre le chapitre lui-même, au sein duquel se trouvaient des chanoines regrettant leur indépendance et tout frémissants de se voir contraints à la vie régulière et commune ; les incendies multipliés qui ont, cinq ou six fois au moins durant cette période, anéanti en totalité ou partiellement l'église, le couvent et l'abbatiale. Je me contenterai d'indiquer les guerres civiles du Valais et ses guerres avec les cantons voisins; la grande crise de la Réforme, et la confîsca-
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tion des biens de l'abbaye situés sur le territoire des Bernois et des Vaudois devenus protestants; la fondation d'un collège, aujourd'hui en pleine prospérité; l'invasion française dans les premières années de la révolution, et enfin les dernières guerres civiles de la Suisse confédérée.
J'aborde maintenant l'inventaire descriptif du trésor de l'abbaye. A chacune des pièces dont il se compose, je joindrai une note rappelant deux inventaires anciens, l'un copié par moi sur un inventaire original dressé au xvi e siècle par l'abbé Miles 1 et déposé aux archives de l'abbaye ; l'autre envoyé aux Bollandistes par J. de Lisle, abbé de Saint-Léopold de Nancy, et publié par eux dans leur recueil, au 22 septembre. La comparaison de ces deux documents avec l'inventaire actuel prouvera avec quel soin les chanoines ont veillé sur le précieux dépôt qui leur était confié.
A défaut de titres authentiques servant à constater l'âge et la provenance des monuments que j'avais à étudier, j'ai été contraint de renoncer à les classer en ordre chronologique. En adoptant ce système, le seul vraiment rationnel, j'aurais été obligé, dans la plupart des cas, de fixer une date d'après mes appréciations personnelles, et je serais facilement tombé dans l'arbitraire et dans l'erreur. J'ai préféré décrire les objets qui composent actuellement le trésor de l'abbaye, sans
i. Miles fut abbé de 1550 à 1572.
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suivre un classement rigoureux, en ayant soin toutefois de grouper les pièces qui présentent une certaine analogie de forme , et sans renoncer à proposer mes conjectures sur l'âge des reliquaires, sur les ateliers d'où ils sont sortis , conjectures appuyées sur des comparaisons attentives avec des monuments à dates certaines. Je commence donc cette tâche toute hérissée de sérieuses diffi- ' cuJtés.