MA BIBLIOTHÈQUE
AIR : Un magistrat irréprocbable.
Du corps nous soignons la pâture ,
L'âme , qui veut la sienne aussi ,
Se nourrit surtout de lecture ;
Nous en prenons peu de souci»
Aux traits d'un venin redoutable,
Plus d'un ose l'abandonner.
Mais quand nous nous mettons à table ,
Est-ce pour nous empoisonner?
La loi qui permet aux libraires De vendre sans frein des poisons, L'interdit aux apothicaires ; D'un tel fait où sont les raisons ?
Dans ce gâchis épouvantable, Heureux qui sait se gouverner Et qui , lorsqu'il se met à table , Evite de s'empoisonner!
Quoi ! les mauvais livres vous charment ï Quoi ! votre cœur se pervertit !
A des monstres qui nous alarment , Votre vieux fiel se divertit !
Mais 'est -il gaité vëri table Que dans ce qu'il faut condamner ?
Non, lorsque je me mets à table, Ce n'est pas pour m'empoisonner.
Voltaire vient sur nos misères Rise 4'un rire de démon; Et dans des larmes peu sincères Rousseau cherche à singer Timon.
Avec eux, dans la même étable, Leurs pareils veulent nous cerner.
Ah ! quand vous vous mettez à table , Est-ce pour vous empoisonner?
On a vu, sous de doctes rimes, Relever certaines chansons ; Hais quelques-unes sont des crimes :
Plusieurs, de hideuses leçons.
Oui ! le génie est contestable , Quand c'est le mal qu'il vient prôner, Et lorsque je me mets à table, Ce n'est pas pour m'empoisonner.
Vokiey, sec comme l'égoïsme, Dupuis, obscur et ténébreux, Parny, repoussant de cynisme.
Fi de vos écrits dangereux !
Et puisse une main charitable.
Loin de moi tous vous détourner !
Non, lorsque je me mets à table, Ce n*est pas pour m'empoisonner.
Que le bon sens prenne hypothèque Sur tous les livres que j'admets.
J'épure ma bibliothèque ; Je veux choisir entre les mets/ A tout écrivain détestable , Je serais fou de m'abonner, Car, lorsque je me mets à table, Ce n'est pas pour m'empoisonner.