IL N'EST PLUS TEMPS
AIR de la romance de Joseph.
Un mort venait de rendre Tâme ; Il n'était pas encor glacé* L'ange noir essuyait sa lame Et s'emparait du trépassé.
— Ah ! dit le mort, pour que j expie^, Accordez-moi quelques instants ,
Que je lave une tache impie !
- — Non , reprit Tange, il n'est plus temps.
Jt)ieu t'a compté des jours sans nombre^ Pendant trente ans, environné De ton péché comme d'une ombre, Tu ne t'en es pas détourné.
— Mais maintenant que je le pleure!
Accordez-moi quelques instants , Un an, un mois, un jour, une heure l
— Non, reprit l'ange, il n'est plus temps.
De ce Dieu qui t'a donné letre , Tu mis en oubli la bonté.
Le monde vain, qui fut ton maître.
Eut seul ton cœur qu'il a gâté.
— Ne craignez plus que je le serve l Accordez-moi quelques instants ;
Je retourne à Dieu sans réserve.
— Non, reprit l'ange, il n'est plus temps.
Dieu, sur toi prodiguant ses grâces, A lui souvent l'a rappelé.
Mais tes pieds ont suivi les traces Oii va le pécheur déréglé.
CHANSONS PHILOSOPHIQUES. il9
— Ma vie à présent sera droite.
Accordez-moi quelques instants ; Je rentre dans la voie étroite.
- — Non^ reprit l'ange, il n'est plus temps.
Mille fois la vierge Marie
Se pencha pour te retenir.
Celle que le monde entier prie
S'effaça de ton souvenir.
■ — Oh ! c'est là ma douleur amère.
Accordez-moi quelques instants^
Qu'elle redevienne ma mère !
— Non, reprit l'ange, il n'est plus temps.
Tu savais que l'Eglise sainte
Pleurait les torts de son enfant;
Mais tu fuyais l'augure enceinte
Dans ton désordre triomphant.
Voici l'enfer, c'est ta demeure.
< — Oh! bon ange, quelques instants!
Une semaine, un jour, une heure !
■ — Non, reprit lange, il n'est plus temps.
Hélas ! Dieu retient sa colère Et , toujours prêt à pardonner.
Des faibles hôtes de la terre Il est lent à se détourner;
Mais quand la mesure déborde, Quand les outrages insultants Ont lassé la miséricorde , Alors, maudits , il n'est plus temps !