‹ Trésor de la chansonChapitre 87 sur 102 · MONSIEUR DE LA PALISSE · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE LA PALISSE

AIR conott.

Messieurs, vous plaît-il d'ouïr L'air du fameux La Palisse ?

11 pourra vous réjouir, Pourvu qu'il vous divertisse.

La Palisse eut peu de bien Pour soutenir sa naissance ; Mais il ne manqua de rien^ Dès qu'il fut dans l'abondance.

(i) Voici une varianle qui noutsemUe obwurct

Je n*ai pai de plume Pour UD sa?et«er, Qat porte la lune Daof Mn taklitr.

184 LIVRE vm.

Bien instruit, dès le bercean, Jamais, tant il fut honnête, n ne mettait son chapeau, Qu'il ne se couvrit la tête.

Il était affiaJ)le et doux, De rhumeur de feu son père , Et n'était guère en courroux»

Si ce n'est dans la colère.

n voulait^ dans ses repas^ Des mets exquis et fort tendres, Et faisait son mardi-gras Toujours la veille des cendrés.

Ses valets étaient soigneux De le servir d'andouillettes.

Et n'oubliaient pas les œufs.

Surtout dans les omelettes.

De l'inventeur du raisin 11 révérait la mémoire.

Et pour bien goûter le vin Disait qu'il en fallait boire.

Il consultait rarement Ifj^ocrate et sadoclrine^

GHAMSOMS ÀNGIEimES. 183

Et se purgeait seulement Quand il prenait médecine.

Il connaissait tous les jeux Que Ton joue en compagnie , Et n'était pas malheureux.

Tant qu'il gagnait la partie.

Il aimait à prendre Tair, Quand la saison était bonne , Et n'attendait pas l'hiver Pour vendanger en automne.

On s'étonne sans raison D'une chose très-commune, C'est qu'il vendit sa maison ; Il fallait qu'il en eût une.

Il passa près de dix ans Avec sa femme Thérèse.

Il eut jusqu'à huit enfants ; C'était la moitié de seize.

Son air galant et badin Le prenait à l'improviste.

Il n'était jamais chagrin Qu'au moment qu'il étail \mX^.

Il avait pris, nous dit-on, Une aimable et douce dame.

S*il était resté garçon, Il n'aurait pas pris de femme.

Il en fut toujours chéri ; Elle n'était point jalouse.

Sitdt qu'il fut son mari, Elle devint son épouse.

Il brillait comme un soleil ; Sa chevelure était blonde.

Il n'eût pas eu son pareil, S'il eût été seul au monde.

Il eut des talents divers ; Même on assure une chose.

Quand il écrivait en vers, Qu'il n'écrivait pas en prose.

Lorsqu'en sa maison des champs Il vivait, libre et tranquille, On aurait perdu son temps De le chercher à la ville.

Il buvait, tous les matins.

Un doigt tiré de la tonne ; Et mangeant chez ses voisins, // s'y trouvait en persoiiii^.

On raconte que jamais Il ne pouvait se résoudre A charger ses pistolets^ Quand il n'avait pas de poudre.

Un jour il fut assigné Devant un juge ordinaire; S*il eût été condamné Il eût perdu son affaire.

Il se plaisait en bateau ;

Et, soit en paix, soit en guerre ,

Il allait toujours par eau,

À moins qu'il n'allât par terre.

Dans un superbe tournoi, Prêt à fournir sa carrière.

Il parut devant le roi ; Il n'était donc pas derrière.

C'était un homme de cœur, Insatiable de gloire ; Et Iqrsqu'il était vainqueur, II remportait la victoire.

Il choisissait prudemment De deux choses la meilleure »

Et répétait fréquemment Ce qu'il disait à toute Taeute*

188 LIVRE Vllt.

Il voyageait volontiers, Gourant par tout le royaume ; Quand il était à Poitiers Il n'était pas à Vendôme.

Il évitait les excès.

Mais, dans les cas d'importance, Quand il se mettait en frais, Il faisait de la dépense.

II eut la goutte à Paris. Longtemps cloué sur sa couche;

En y jetant les hauts cris.

On dit qu'il ouvrait la bouche.

Par un discours sérieux Il prouva que la berlue Et les autres maux des yeux Sont contraires à la vue.

Il fut, par un triste sort, Blessé d'une main cruelle.

On croit, puisqu'il en est mort, Que la plaie était mortelle.

Regretté de ses soldats.

Il mourut, digue d'euNle \

Et le jour de son trépas Fut le dernier de sa vie.

LAMONNOYE.

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