‹ Trésors d'art en AngleterreChapitre 3 sur 52 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Supposons que le musée du Louvre ait été formé hier, tout à coup, par enchantement^ «mais que^ par une fatalité quelconque^ il doive être dispersé demain. Ne serait-il pas jfrécieux^ en souvenir de ce meeting extraordinaire, d'en posséder une sorte d'inventaire estimatif, aussi complet que possible, où Ton retrouvât au besoin la description et l'historique de tant de chefsd'ceuvre livrés de nouveau à une circulation aventureuse.

La collection de Manchester vaut à peu près le Louvre. L'école espagnole, les écoles primitives du Nord, les écoles allemande, flamande et hollandaise, y sont même plus nombreuses et plus superbes. L^école anglaise n^est que là. Seulement pour les grands Italiens de la Renaissance, le Louvre surpasse Manchester.

Et tout cela^ rassemblé d'hier^ sera dispersé demain.

L'auteur de ce livre a donc été préoccupé^ avant tout^ du désir de dresser un inventaire fidèle de ces Trésors accumulés par l*aristocratie anglaise; des anciens tableaux spécialement. It s*est attaché à les décrire et à les priser avec conscience^ sans rien omettre qui eût de la valeur^ ainsi que procède un honnête fonctionnaire chargé de rendre compte d'un héritage.

Ce livre a été écrit en partie à Manchester^ d'après peinture, devant les tableaux, étudiés un à un, à loisir et par plaisir, comme le peintre £eiit d'après nature, devant son modèle. On peut tenir pour exactes les descriptions et toutes les observations qui se rapportent directement à l'aspect des œuvres elles-mêmes.

Quant à la critique, elle est naturellement personnelle à l'auteur, tout aussi fanatique qu'un autre, et qui avoue volontiers ses passions et ses antipathies. De ses idées et de ses goûts chacun pensera ce qu'il voudra.

Où quelques erreurs ont été inévitables peutêtre, c'est dans les indications documentales^ annexées à divers tableaux : origine, transmission, prix, graveurs, propriétaires, etc. Pour cer-

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tains de €68 renseignements^ Tauteur a* pu être ^ré en suivant le catalogue provisoire^ si imparfait et si fautif; pour d'autres^ il a été obligé de consulter sa mémoire plus souvent que les livres d'érudition^ qui lui manquaient dans la grande cité industrielle. Il espère que, du moins, sur les tableaux eux-mêmes, et sur les peintres, on n'aura guère à lui reprocher que des fautes volontaires : diverses suppositions hasardées, ou bien trop de facilité à accepter des attributions contestables; mais il a eu soin de prévenir quand l'authenticité d'une œuvre était douteuse.

Du reste, ce travail, publié d'abord par le Sièckf a été revu entièrement, corrigé, annoté, et augmenté de plusieurs chapitres inédits sur l'École anglaise.

L'examen de ces Trésors d'art eût exigé des trésors de science. Les érudits pardonneront à l'auteur de n'être qu'un artiste. Peut-être a- t-il eu tort de chercher quelquefois à découvrir dans les tableaux l'histoire des maîtres, des écoles, de l'art en général. S'abandonner à la fantaisie, causer de choses et d'autres, à la mode française, eût été moins compromettant et plus facile. Le livre sans doute y eût gagné de l'intérêt, au point de vue des littérateurs, mais assurément il en aurait perdu,

au point de vue des vrais artistes^ des amateurs et collectionneurs^ et même des critiques sérieux qui interrogent le passé sur l'avenir.

Une histoire générale de Tart semble être dans les tendances et les nécessités de la civilisation moderne. Les monographies nationales ne suffisent plus. Le caractère de notre temps^ en art, en littérature, en sciences, aussi bien qu'en économie sociale et en industrie, c'est la généralisation, c'est Tuniversalîté. Les frontières morales sont abaissées entre les peuples. Ils sentent désormais, non-seulement la concordance de leurs intérêts, mais la solidarité de leur imagination et de leur intelligence.

Cette histoire universelle de Tart, comment la faire, sinon en récoltant des faits, des dates, des particularités de toute sorte, qui aident à comprendre les différentes époques , les différents pays, les génies différents, et surtout à saisir les analogies et les harmonies qui les relient dans une grande unité?

Pour faire une gerbe, il faut rassembler des épis-

Londres, 1857.

GooQle

De tous les pays du monde, la Grande-Bretagne est le plus riche en trésors d'art. Le docteur Waagen, directeur du musée de Berlin, qui a écrit un livre sous ce titre {Treasures of Art in Great Britain^ 1864*), n'a vu qu'une partie de ces richesses, et cependant il n'y a point d'Anglais qui en ait vu autant que lui. Personne ne connaît ce que l'Angleterre possède de tableaux, sculptures, ciselures, camées, ivoires, émaux, gravures, etc.

Tout objet d'art importé dans cette île n'en sort plus; il est condamné à la réclusion perpétuelle ; on rie le revoit plus jamais dans la circulation, et l'on finit même par ne plus savoir s'il existe.

L'Angleterre est pour les chefs-d'œuvre comme le tombeau pour les morts : sa porte ne s'ouvre poinl en dedans.

1. Précédemment le docteur Waagen avait publié : Kunstwerke und Kûnstler in Enyland y Berlin, 1837, 2 volumes in-i2. L'ouvrage anglais et Touvrage allemand n*ont jamais été traduits en français,

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Si Ton fait , un jour , l'inventaire des collections enfermées dans les hôtels et les châteaux de l'aristocratie anglaise, ce sera peut-être l'ouvrage le plus instructif sur l'histoire de l'art.

L'Exhibition des Trésors à* Art dé la Grande-Bretagne {Exhibition ofthe Art Treasures ofthe United Kingdom) est donc pour les artistes une bonne fortune singulière, imprévue, et qui ne se renouvellera pas de longtemps.

Mais pourquoi cette Exhibition n'a-t-elle pas lieu à Londres ? Du continent à Londres, il n'y a du moins qu'à passer un petit canal (the ckannel)^ et à glisser deux heures sur un petit ruban de fer. Pourquoi à Manchester, cité purement industrielle, qui semble plus préoccupée du libre échange commercial que du développement des arts?

L'Exhibition a heu à Manchester, parce que c'est Manchester qui l'a inventée et précisément dans un but industriel.

L'Angleterre ne produit point de dessinateurs sur étoffe qui puissent rivaliser avec les dessinateurs français. Les fabricants de Manchester, afin de donner à l'impression de leurs étoffes une certaine élégance, sont donc obligés, le plus souvent, d'aller chercher en France leurs faiseurs de dessins. Mais on a beau f>»porter à grands frais des artistes, à peine sont-ils en Angleterre qu'ils perdent le goût, riraaginatioOj toutes les qualités vives et attrayantes de l'esprit français, — ou bien ils s'y ennuient et s'en vont.

Comment faire ? Est-ce qu'on ne pourrait pas développer le bon goût sur la terre même où tournent les

moulins, où les grandes mécaniques soufflent leur vapeur noire ? Pourquoi la vocation artiste ne serait-elle pas là aussi bien qu'ailleurs ? Peut-être est-ce seulement l'éducation qui manque? On apprend beaucoup par les yeux.

Les riches manufacturiers de Manchester ont donc eu Fidée de faire voir tout d'un coup à leurs travailleurs ce que le génie de tous les peuples a créé de plus magnifique. En forgeant, on devient forgeron. En voyant, ne pourrait-on pas devenir artiste ?

L'idée a été comprise aussitôt, et enveloppée de divers prétextes qui y ont intéressé la nation entière : par exemple « de rappeler et d*îllustrer-YhMoire de TAnglelerre, de montrer une collection de portraits de ses grands hommes, de marquer les progrès de ses arts, et d'en présenter aux yeux une histoire chronologique. » On a prouvé que « la métropole industrielle était l'endroit le plus fawrable pour cette solennité, comme étant le centre d'un district dont la population dépasse celle de Londres ou de Paris, comme ayant un réseau de railways qui rayonne sur tout le pays, et surtout, ajoute the Times, comme ayant, une élite d'habitants qui offrent toutes les qualités requises de goût, d'énergie et d'argent. >»

Que Manchester soit un peu loin pour les visiteurs du continent, on ne s'en est point inquiété. Les artistes de France, de Belgique, de Hollande, d'Allemagne, viendront s'ils en ont envie. La distance ne compte jamais dans les calculs des Anglais. Il ne s*agit point, d'ailleurs, du plaisir et de l'instruction du continent, mais de \ édification de leurs compagnons (for the édifia

cation of thetr fellow-men). C'est une spéculation tout anglaise, une affaire.

Vaffaire a été admirablement conduite, et réalisée en un an. Les promoteurs de l'entreprise ont tenu un meeting, élu un comité, et souscrit, séance tenante, un fonds de garantie de près de deux millions*. Làdessus, la Banque d'Angleterre a avancé l'argent nécessaire, et on a construit, en six mois, un superbe palais, à l'extrémité d'un faubourg de la ville.

Pendant ce temps-là, le comité obtenait le patronage de la reine et du prince Albert, l'appui et la coopération de lord Eilesmere (mort tout récemment), lieutenant du comté ; de lord Garlisle , lieutenant d'Irlande ; de la plupart des membres de la nobility et de la gentry anglaise, et des principaux amateurs et collectionneurs. On était sûr, dès lors, de réunir un incomparable musée de chefs-d'œuvre.

Ce qu'Anglais veut, Dieu le veut; les Anglais, du moins, en sont convaincus, et, comme ils s'aident euxmêmes avec une rare capacité, le ciel les aide. Tout a été fait, et très-bien fait, pour l'époque fixée. Les colonnettes de fer ont poussé hors de terre et se sont couronnées de vitrages ; les tableaux sont venus des trois royaumes se pendre aux lambris; les personnages de la vieille Angleterre se sont dressés côte à côte, depuis la reine Elisabeth jusqu'à la reine Vittoria (Cromwell tout près de Charles P' !; ; les statues de marbre ont monté sur des piédestaux; les ciselures et les bijoux précieux se sont casés dans des écrins. D'autre

part» les billets d'abonnement (season tickets) avaient été souscrits en grand nombre, plus de dix mille, à deux guinées. Les hôtels avaient préparé des logements supplémentaires. Les pickpockets de Londres étaient arrivés par express. Les robes des ladies étaient empesées à triple dose. On n'attendait plus que le prince Albert, la reine étant retenue at home par son nouveau-né K

Le 5 mai, jour de l'ouverture, tout Manchester était sens dessous dessus. Les ouvriers étaient sortis de leurs demeures sombres et paraissaient en plein air, il en faisait, sinon en plein soleil, il n'en fait guère à Manchester. Tout le peuple {miss Mob) roulait dans les larges rues de Old Trafford, conduisant à l'Exhibition. Toutes les fenêtres et des estrades d'occasion étaient garnies de spectateurs sur le passage du cortège.

La galerie centrale du palais de l'Exposition se rempUssait d'une foule privilégiée, nobles du comté, négociants de la ville (tous les possesseurs de season

1. Plus tard, la reine Vittoria a fait sa visite à l'Exhibition de Manchester, le 30 juin, précisément, je crois, le jour anniversaire de son inauguration comme souveraine , en 1837. Elle était accompagnée non-seulement du prince Albert , qu'il faut appeler désormais le prince Consort , mais de plusieurs de ses enfants , du jeune prince de Prusse, qui doit devenir son gendre, de la duchesse de Sutherland , de plusieurs ministres, d'une foule de grands seigneurs, de fonctionnaires et de gentlemen distingués des trois royaumes. La solennité a été très-belle, non-seulement à Manchester, mais dans tout le pays environnant. Un seul malheur, assez fréquent à Manchester, a troublé la fête : une pluie abondante et persévérante , qui a même pénétré dans la grande halle du palais de l'Exhibition, mais sans dommages pour les tableaux et les objets d*art.

Le roi des Belges , Léopold , avec ses enfants , le comte de Flandre et la princesse Charlotte (aujourd'hui femme de l'archiduc Maximilien , frère de l'empereur d'Autriche) ont aussi visité l'Exhibition de Manchester, le 16 juillet.

tickets à 2 liv. 2 sch.), journalistes des divers points de l'Angleterre, surtout de Londres, et même le célèbre correspondant du Times, M. Russell, qui a fait toutes les correspondances de Crimée durant la guerre d'Orient. Les ladies étaient en toilette, non pas toutefois en full dress, car les chapeaux étaient admis « à cause du temps cruel, » et quels chapeaux ! avec des oiseaux empaillés, des verroteries, des greloteries, et mille appendices, de couleurs plus cruelles que le temps ; les gentlemen en négligé, moming coat; mais il était permis d'avoir des gants lilas, ocre jaune ou vert cru. Les personnages dç Titien çt de Velasquez, de Rubenç et de van Dyck, cependant, sont restés tranquilles dans leurs cadres, à regarder, six heures durant, cette assemblée d'un autre monde et d'un autre goûtt

Parti de Londres le matin, le prince Albert s*était arrêté à quelques milles de Manchester, à la résidence du maire. Vers deux heures , il était dans Manchester, accompagné d'une suite nombreuse et escorté d'un escadron de dragons. Le lord lieutenant du comté de Lancaster, le lord évêque de Manchester, les autorités municipales , quantité d'officiers et de fonctionnaires en merveilleux costumes , des ministres de la reine , des membres du pariement, faisaient partie du cortège, qui s'avança, aussi rapidement que possible, verâ rExhibition*

A rentrée du palais, le prince, reçu par lord Overstone, président du conseil général de l'Exhibition, et par les membres du comité exécutif, ftit conduit au centre de l'édifice, dans un transept gigantesque, et un orchestre de cinq cents musiciens fit entendre

rhymne national. Le prince Albert , en casaque militaire rouge, debout sur son estrade de velours rouge, battait la mesure, de la tête et du pied , avec un sensible intérêt. Il était seul en scène ^ mi-tourné vers rassemblée, mi vers l'orchestre échelonné derrière lyi. Il a eu beaucoup de succès , comme toujours, et des hourras frénétiques ont éclaté dans tous les entr'actçs de la cérémonie.

Parmi les assistants rapprochés de lui , on remarquait le duc de Newcastle, avec sa longue barbe rousse, le duc de Cambridge, le duc d'Àrgyll, lord Stanley, le comte de Granville, quelques autres encore, et trois membres seulement de la diplomatie étrangère, les représentants des États-Unis et de la Belgique et le représentant d'Haïti , qui paraissait bien noir au milieu des blonds Anglais.

Alors ont commencé les discours : lord Overstone d'abord, puis le chairman du comité; réponses du prince et échanges des papiers glacés sur lesquels on avait lu les discours ; puis le lord évoque de Manchester a « offert au ciel une prière , » que l'assistance a répétée en bémol; puis la |?roce55/on de tout le superbe cortège a visité les galeries latérales , les salles et couloirs de l'Exhibition tenus fermés jusque-là , et , après le cortège passé , il a été permis enfin d'entrer dans le sanctuaire des grands maîtres , depuis les Byzantins jusqu'à la fin du xvu« siècle, qui occupent la galerie de l'ouest ; dans la galerie de l'école anglaise depuis son origine jusqu'à ce jour, et dans les autres parties de Fédifice, rempli partout de chefs-d'œuvre ou de choses curieuses.

Mais , avant de commencer l'examen de ces merveilles, il convient d'indiquer la distribution du palais, où elles sont classées en neuf catégories générales : r peintures des maîtres anciens; 2" école anglaise; 3* portraits des personnages historiques de l'Angleterre; 4^ collection de miniatures historiques ;,5*» sculpture; 6* musée d'art ornemental (comprenant verres, émaux, porcelaines, majolicas, terres cuites, bronzes, orfèvrerie, médailles, ivoires , armures, etc.) ; T aquarelles et dessins (école anglaise presque exclusivement); 8" gravures (xylographie, nielles, eaux-fortes, etc.); 9* photographies.

Ce qu'il y a là , surtout en fait de tableaux anciens et d'art ornemental , est prodigieux. Plusieurs des grands maîtres y sont représentés par des œuvres d'une qualité exquise ,' sans parler de quelques maîtres primitifs, qui ne sont que là. Les richesses de la collection d'art ornemental surpassent peut-être la collection si précieuse du Louvre. Il faudrait bien des volumes pour en donner seulement une description suffisante. Le catalogue que le comité doit en publier bientôt (il n'y a encore qu'un catalogue provisoire, indiquant des séries , et donnant des numéros) sera sans doute un des livres d'art les plus curieux de notre temps.

GooQle

LE PALAIS DE l'exhibition

Le palais de TExhibition est construit sur Templacément d'un ancien jeu de paume (cricket ground)^ à environ 3 milles du centre de Manchester, à l'extrémité du faubourg appelé Old Trafiford, tout près du Jardin botanique. Mais tous les chemins de fer de l'Angleterre y aboutissent , à une station construite exprès , avec une esplanade de laquelle on entre de plain-pied dans les galeries. De la ville même , on peut prendre le railv^ray à deux ou trois stations. Il y a , en outre , sans compter les cabs^ des services d'omnibus, trèsfréquents et très-rapides.

Le plan du bâtiment a la forme d'une croix latine, comme les anciennes cathédrales. Il a 704 pieds anglais de long sur 200 pieds de large. La galerie centrale s'étend d'un bout à l'autre , et est terminée , au delà du transept, par l'estrade de l'orchestre, surmonté d'un orgue magnifique. Deux grandes galeries latérales, formant comme des bas côtés, s'allongent depuis la façade jusqu'aux branches de la croix. Elles ont

iO LE PALAIS DE L'EXHIBITION.

432 pieds de long et 48 de large. Il reste donc 104 pieds pour la largeur de la halle centrale, qui a environ 60 pieds de hauteur.

Derrière les branches de la croix sont plusieurs salles , et autour du transept règne une galerie élevée en manière de balcon.

Ces salles et cette galerie ou transept, avec les trois immenses galeries parallèles, sont affectées uniquement à l'Exposition. Mais l'édifice a pour annexes des vestibules et couloirs, des salons restaurants (refreshment rooww) et autres appendices; par exemple, des cuisines où l'on peut faire 100 000 dîners par jour, et cuire en une heure 300 volailles. La presse locale fait un éloge enthousiaste des cuisines de M. Donald.

Extérieurement, l'édifice n'a pas très-belle apparence. On dirait trois tubes gigantesques juxtaposés, car chacune des galeries est voûtée d'un toit en feuilles de zinc, au sommet duquel court, dans toute la longueur, un large vitrage. Tout est en fer, en métal, en bois et en verre , sauf des assises en briques rouges.

La façade offre aussi trois semi-cercles , séparés l'un de l'autre , et percés de rosaces en verre. De caractère architectural, cela n'en offre aucun. Cela a l'air d'une espèce de chinoiserie en carton peint , plus que d'un monument quelconque. Mais cependant tout est bien combiné pour la destination. « Les objets d'art sont préservés du feu, de l'eau et de l'humidité. » Le comité a même pris soin de publier une note qui garantit aux visiteurs la solidité de la construction.

Il n'y manque rien , qu'un ciel par-dessus et de la lumière au dedans. Mais ce n*est pas la faute de Tar-

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LE PALAIS DE L'EXHIBITION. il

chitecte, qui a prodigué le verre ; c'est la faute du cli^ mat. Manchester n'a pour ciel qu'un épais voile de fumée, si compacte, que les rayons du soleil ne sauraient la traverser.

L'arrangement des objets d'art à l'intérieur a été fait avec beaucoup d'intelligence et de soin , grâce au principe industriel de la division du travail. Des hommes compétents ont été mis à la tête de chaque catégorie, et tous ont très-bien rempli leur mission. On avait adopté tout d'abord un ordre admirable , qui a facilité le prompt rangement des collections. Toute caisse arrivant par le chemin de fer à la porte du pa^ lais était envoyée à la halle centrale, était ouverte im>médiatement et son contenu casé aussitôt dans les pla«ces attribuées d'avance aiBC diverses catégories; si bien qu'il n'y av^it^uBqu'à accrocher les tableaux aux clous et à classer les curiosités dans leurs montres et dressoirs.

Le jour de l'ouverture, tout était à son rang, sans confusion, sans encombrement. Il reste à peine quel^ques numéros intervertis à changer. Mais tout sera régularisé quand paraîtra le grand et savant catalogue, très-impatiemment attendu.

Entrons pour voir.

Des deux côtés de la grande galerie sont deux allées latérales marquées par des colonnettes de fer espacées d'un bout à l'autre. Entre ces colonnes sont les grandes cases fermées en vitrages, où s'étalent les petits bronzes antiques , les orfèvreries byzantines, les ciselures de la Renaissance, les médailles, les terres cuites, les majolicas, les émaux , les ivoires , les bijoux » tous

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