Lé caUllôgué àïi eà
de faire à ravénement de chaque nouveau souyerain du peuple britannique.
Assurément, Wilkie s'en serait mieux acquitté que le peintre étranger, M. Winterhaller, qui a répété plusieurs fois les portraits de la reine Vittoria et du prince Consort.
Il n'y a plus de Holbein ni de van Dyck sur le continent, et l'Angleterre devrait s'en tenir pour le moment à ses artistes, qui, malheureusement, ne valent plus Reynolds et Gainsborough » ni même Lawrence, ni même Wilkie.
GooQle
Gonstable, Turner.
Conslable était de neuf ans plus âgé que Wilkié, mais cependant Wilkie atteignit bien avant lui la célébrité.
Wîlkie, ne faisant que continuer Hogarth en un certain sens, fut compris tout de suite. Constable, quoique partant du même point que Gainsborough, était un novateur à sa manière. Il apporta dans le paysage un élément assez nouveau et très-rare même chez les grands paysagistes hollandais : la variété de la couleur.
Chez Ruysdael et Hobbema, les premiers maîtres du Nord , la gamme des tons est assez bornée. Quelque contrée , quelque saison , quelque effet de la nature qu'ils traduisent, la dominante du coloris est presque toujours un brun bitumineux. Eux et les autres paysagistes ne se sont guère risqués jusqu'à des verts francs, à des bleus hasardeux, à des rouges vifs , à des éclats très-distants du ton mitoyen et rendant ainsi l'harmonie générale extrêmement difficile.
Constable eut l'audace d'accepter toutes les combi-
ÉCOLE ANGLAISE. 4i3
ûaisons de nuances comme les offre la nature. En général, les paysagistes, quand ils regardent la nature, y voient un tableau qu'ils rêvent d'une façon particulière, et, quand ils sont en train de le peindre, ils éteignent par-ci, ravivent par-là, les effets qui se produisent dans le ciel et sur la campagne. Constable y alla tout bonnement et mit sur ,ses toiles ce qu'il vit en l'air ou par terre, sans s'inquiéter du résultat. Le résultat se trouva être des paysages d'une variété presque inusitée dans les autres écoles, et l'harmonie de l'ensemble n'y perdit rien.
C'est là le caractère des tableaux de Constable, ce qui fait leur supériorité et leur originalité. C'est là ce qui frappa les artistes français lorsqu'on vit au Salon de Paris ces paysages étrangers et assez étranges.
La nouvelle école de paysagistes qui illustre la France depuis vingt»-cinq ans n'a pas d'autres secrets que ceux de Gainsborough et d^ Constable : l'amour de la nature et sa traduction sincère.
L'Angleterre est, pittoresquement parlant, un superbe pays. Il y a en Angleterre des arbres de mille ans , beaucoup d'arbres de cinq cents ans, des forêts entières du temps de Henri VIII ; et à tout cela on ne touche point, si ce n'est pour prolonger la vie des vieux géants qui ont abrité tant de générations. Comme on n'a pas besoin de tuer des arbres pour se chauffer, on les respecte, on les soigne, on leur applique même une sorte d'art chirurgical : on cautérise leurs plaies, on bouche leurs trous, on leur organise des béquilles sous les branches , ou des armatures autour de la taille , quand ils deviennent infirmes ou estropiés ,
qi4an4 T^S^ ^^^ ^étériqre et les fait incliner yers 1^ tomtïe.
Les arbres sopt bjpu heureux da^is les pays où rpn t^rûle du cbarboq !
En tout pays], les artistes font toyjours plus natiire (ju'on ne croit. Ils ne peuyept sp sou^trî^ire ^p fl[^lieu qui les ei^yplQppç. Quand Qii a vécu dans un p^ys , on finit par s'apercevoir que ses artistes indigènes l'ont toujours et partout assez bien représepté. Ce qui, de loin, seipblait 4es singularités, des interprétalipiis infidèles, des impressions trop fantasques ou des erreurs ridicules, on le voit soi-même, à quelque moînent imprévu : ciel, terre ou personnage^.
En Angleterre, dans cette ile qui est cpmme un grand navire à flot , F^tmospbère est toiyours bri;meuse et un peu opaque ; mais, quand on s'est promené dans la campagne, à distance des villes, quand on a vu le soleil , transperçant ce brouillard niarii:^ , éclater sur une végétation saine et plantureuse ^ iUur miner les épaisses ramures des arbres qui poussent en toute liberté; puis, à soncoucber, enflammer des masses de nuages toujours interposés entre Véther bleu et le sol anglais, on comprend les contrastes et les brusqueries d'oppositions un peu crues qui se reur contrei^t d'habitude chez les paysagistes anglais. De nième, quand oi; a assisté k des réunions anglaises, & des meetings, à des fêtes quelconques, où se heurtent, dans les orneme^ts de toute sorte et dans les costumes, les couleurs les plus disparates , on ne s'étonne plus du goût, du style et de la couleur des peintres anglais en général.
ÉCOLE ANPLfl^^. 415
Pops lfi§ B»y§age§ de Cjonstablp il y ^ du vert, 4n bleu, du rouge, du jaune, effrontément posés là o^ le peintre ep § v]j, pp étudiant le site qu'il a représenté. Cette naïveté bard|e serait périlleuse^ si Tartiste u'éf^it pas dqpé en même temps de l'Instinct d^s h^rqf^onies et de cette r^^re faculté en vertu de laquelle qq s^sit et on exprime le caractère saillant d'un porceau quelcouque, détaché dp ressemble de 1^ création.
Cpnstfi^lîle pp8s.è4e î^ssi cette unité précieuse qui4Qnaine la variété des détails, et ses paysages , si multir colores , donnent çl*^ord l'impression de !^ contrée qu'il a VQulu rendre. Après -qupi Ton îidniire l'aftPO" dance et 1^ richesse de son interprétation.
L'Kxl^ibition de Slanchester n'a rénni qne s|x tal^leaux de Constable; ce n'est pas beaucoup lorsqu'il s'agit d'un maître de cette iniportance ; peut-étrp Gfinstahle est-il trop artiste pour la foule de ses compatriotes, qui lui préfèrent, je le crains, beaucoup d'enlumineurs adroits, mais vulgaires. L'Anglais, dans son appréciation des beaux-arts, a Iqnjpurs quelque chose de l'industriel : ce qui le ravit, ce sont les phénomènes matériels produits par un tour de main, les opérations difiSciles et brillantes, les trompe-l'œil. Le salon de figures en cire, de la fameuse ^me Tussaud, à Londres, compte p)u3 de visiteurs que la National Gallery. A Manchester , le salon des aquarellistes est plus fréqiienté par la genfry anglaise que la galerie des n^aitre^ aBGÎens.
Sur les six tableaux de Çonstable j il y en a cinq heureusement qui sont de première qualité, aussi beaux que le Champ de blé , de là galerie Vernon
— gle
(n^ 130), lequel passe pour un des chefs-d'œuvre du maître *.
Le plus grand de ces paysages (6 pieds de large sur 5 de haut) est intitulé: La Cathédrale de Salisbury, et appartient à M. Samuel Ashton. Il devrait plutôt s'appeler tke Rainbow , car il y a un arc en ciel comme dans le fameux paysage de Rubens. Le premier plan est occupé par des terrains incultes, des broussailles^ des pieux, d'une large exécution. Au delà coule une rivière que traverse ime charrette à troîç chevaux, le premier, blanc, — les deux autres, rouges. A gauche, de grands arbres, derrière lesquels, sous de fortes ombres, plusieurs édifices ; à droite, des prés. Sur un plan reculé , vers le milieu , pointe la flèche de la cathédrale qui a donné le nom au tableau.
Le ciel est très-tourmenté, car il y a de l'orage dans l'air, de la pluie là-loin, du vent parmi lés feuillages.
1. Vernon Gallery , qui est pourtant la galerie nationale, consacrée à l'école anglaise, n'a que deux peintures de Constable; il faut que les tableaux de Constable soient très-rares. Le Champ de blé a 4 pieds 8 pouces sur 4 pieds. 11 a été gravé par D. Lucas. Ce sont les admirateurs de Constable qui, après s'être cotisés pour l'acheter, l'ont offert à la nation. Au premier plan , un chemin , sur lequel monte un troupeau de moutons , suivi d'un chien noir. A gauche , le petit berger , en gilet rouge , boit dans une mare , couché à plat ventre. — L'autre Constable est intitulé la Ferme de la vallée; cette ferme est celle où naquit l'artiste, dans le comté de Suffolk. De l'eau en avant , avec trois vaches qui se baignent , et un bateau où sont un homme et une jeune fille; à droite, grand bouquet d'arbres; vers le milieu , au second plan , la maison , au pied de laquelle passe Teau ; il doit y avoir là quelque part un moulin , où le beau meunier , comme on appelait John Constable dans sa jeunesse , a sans doute remué des sacs de farine; à gauche, campagne unie sur un ciel gris, extrêmement vigoureux. 6 pieds de hauteur sur 4 de largeur.
Tout cela est senti profondément et peint avec un emportement magistral ; seulement la touche, en certains endroits, est un peu tapotée. Le paysagiste français qui ressemble le plus à Constable, M. Troyon, a souvent aussi ce défaut-là.
Deux paysages, Fun appartenant à M. W. 0. Poster, l'autre à l'Académie royale, portent le même titre : Barque passant une écluse, et représentent le même endroit, pris à peu près du même point, mais avec des épisodes! dififérents ; dans le tableau de M. Poster, la barque va descendre;, elle va remonter, dans le tableau de l'Académie. Le tableau de M. Poster est en hauteur, 6 pieds sur 4 ; celui de l'Académie est en largeur, 4 pieds sur 3 environ.
Dans le premier, un homme en gilet rouge, figure de 8 pouces, lève le barrage devant la barque qui arrive de droite sur Iç canal bordé d'arbres. Très-beaux terrains en avant dans le coin droit. A gauche on voit le bas de l'écluse avec ses pieux dont les rudes silhouettes se couchent dans l'eau. Sur l'autre rive de cette partie inférieure du canal, l'homme de halage, en bonnet rouge, attend, avec §on cheval et ses câbles, que la barque ait glissé mollement dans le défilé du barrage. Tous les fonds à gauche offrent un pays découvert. Ciel toujours très-accidenté. Belle pâte, touche libre et ample, superbe couleur. Ce chef-d'œuvre a été admirablement gravé à l'aquatinte par David Lucas.
L'autre passage d*écluse montre- de nouveau notre éclusier en gilet rouge. Sur la droite se prolonge au loin le canal ombré par sa bordure d'arbres. A gauche.
418 ËÇOLE Ar^GLAfSE.
le bafgftu §6 prépare 4 rewpjiter. TpuJQiirs pjel 4'q-îrage, et Irès-vailliante e^épjition.
Le Cheval blanc est encpre ufi paysage de même importctnee. Toift Ip premier plan e^t couvert d'e^u, jusqu'au bord du cadre. Sur ce|tp sorte de l^ç , 1^ beai; cheval bl^nc navigue c^ans ppe bargue. 4u secofld p}§n, contrée agreste, avec \\n groupe de çh^pmières au milieu, de grande arbres à gauche, et vers ia droite un chemin emboutissant ^ l'eau, où trois vaches boivent. Cette eau, le ciel, lp§ arbres tf ès-franr chement vprts, ra^is glacés, ep pertaine§ lumières^ de gris argentin, l'harmonie générale, tout est parfait. Le tableau a 6 pieds de large sur 4 4p h9^ut, et appartient à M. Richard Hemmipg.
Le Pont rustique, non catalogué dans la première édition, appartient à M. F. J. JlufifQrd. Largeur , 5 pieds, hauteur ik pieds. Ici Gonstable a des qualités qui font songer à Yelasque?, quoiqu'il n'en ait pas 'cependant la légèreté. Au delà d'un ruisseau, surmonté d'une passerelle , et oii boit une vache , de grands arbres, d'une vigueur succulente, sont pailr îetés par des éclats de rayons entre les feuill^gfes. Effet splendide > un peu sauvage , et très-poétique.
Le sixième paysage, avec animaux, appartient h sir G. H. Beaumont*
Gonstable était fils d'uu riche cultivateur, et c'est dans le domaine pittqresque dont le tableau de la N^ional GaUery offre un souvenir, qu'il contracta l'îjmQur naïf de la uature et qu'il eu étudia le caractère et le^ caprices. La vie aux: ç^mps est assez indispensable aux paysagistes, surtout dans les années
dé Tenfance et de la jeunesse, où se gravent d'ineffaçables impressions.
Wiikie était fils d*iin docteur, le révérend pasteui* de Culls, et sa première éducation a dû aiguiser son esprit ; c'est à elle èans doute qu'il doit sa subtilité et sa finesse.
Voici maintehslnt uii de leurs contemporains *, grand artiste aussi, et qui était le fils d'un ^etii barbier d'une petite nie de Londres, dans Covent Garden. turiier enfant â sans doute rasé et coiffé plus d'un gentleiiian de bas étage et les figurants dU théâtre voisin. Mais bientôt, quittant « les perruques et les fers à friser, » dit tiii journal anglais, il put obéit- à sa vocatioii d'artiste, grâce au généreux patronage du docteur Munro, amateur et collectionneur de peintures. Le docteur Munro était riche surtout en aquarelles de Sandby, de Cozens, de Gainsborough, qui servirent aux premières études de turner, en compagnie d'un autre jeune aquarelliste, Thomas Girtin, né la même année que lui, et mort à l'âge de vingt-sépl ans, en 1802 !
Dès 1789j je croisi Turner envoya quelques aquarelles à l'Exhibition anniielle de l'Académie royale, et, en 1792, sa première peinture à l'huile. Il n'avait que dix-sept ansi Dès 1800, il fut élu associé de l'Académie, et, en 1802, académicien.
1. Turaer naquit en 1775, Constable en 1776, Wiikie en 1785. Constable mourut en 1837; Turner en 1851 seulement, et par conséquent âgé de 76 ans; rude vieillard qui a peint jusqu'à la fin, un peu follement il est vrai. Le catalogue de Manchester, par faute typographique sans doute , donne 1854 comme date de la mort de Turner.
Quelle longue carrière, depuis 1789 jusqu'à 1851, et bien remplie! Les tableaux et les aquarelles de Tumer sont innombrables. La galerie Vemon lui a consacré des salles entières; à Manchester aussi, ses aquarelles seules remplissent un salon, et, dans les galeries de peinture, il a vingt-quatre tableaux.
Tumer a excité en Angleterre un fanatisme extraordinaire. Il n'y a que les Anglais pour se passionner avec un pareil patriotisme. Les apologistes de Tumer l'appellent Ximmortely le messie; ils le considèrent comme un révélateur et lui sacrifient sans façon les peintres du plus haut génie.
M. Ruskin surtout est un des critiques qui a poussé cet enthousiasme jusqu'au délire. Il n'y a sorte de propagande qu'il n'ait faite pour son idole : livres, brochures, articles de journal. A Vernon Gallery, le catalogue*,
1. Dans l'intérêt de l'école anglaise, on devrait bien faire pour Vernon Gallery un catalogue spécial et impartial /historique et non critique , comme on a fait récemment pour la National Gallery , de Trafalgar Square, où sont les anciens maîtres étrangers. 11 faut répéter que personne sur le continent ne connaît Técole anglaise, qu'on ne sait pas le premier mot de la biographie et de Toeuvre des peintres anglais les plus célèbres dans leur pays. Le nouveau catalogue de la National Gallery prouve que les Anglais font toujours à merveille ce qu'ils veulent faire. Il se place à côté des catalogues du Louvre et du catalogue du musée d'Anvers, deux exceptions parmi les catalogues des musées européens. Il a été rédigé par M. Ralp N. Wornum , et revu par le peintre académicien , sir Charles Look Eastlake. Le nom de chaque artiste est accompagné d'une biographie sommaire , pour laquelle on a consulté , en toute langue , les travaux les plus compétents -, chaque tableau est suivi de sa tradition et de toutes les notes intéressantes qui le concernent : ses prix , ses graveurs, ses particularités de toute sorte. Voilà ce qu'il conviendrait d'avoir sur les collections de tous les pays afin d'arriver à faire une histoire générale de l'art, qui n'a jamais été faite.
consacré en grande partie à Turner, où Turner est glorifié, et tous les autres, sauf Hogarth, abîmés, y compris Reynolds , Gaiusborough , et surtout Lawrence, est, je suppose, de M. Ruskin, aussi bien que la brochure : Notes sur la collection Turner à Marlboraugh House, qui se vend avec le catalogue anonyme , dans Fintérieur du musée, et à la porte, et dans la rue.
M. Ruskin a étudié et analysé jusqu'à la plus extrême minutie tout l'œuvre de Turner, et personne, assurément, ne le connaît aussi bien que lui. Il divise la carrière de Turner en quatre périodes : 1" De 1800 à 1820, l'artiste consulte et imite successivement les maîtres doués des qualités qu'il désirait s'approprier; 2® De 1820 à 1835, il travaille sur les principes qu'il avait découverts durant le cours de ses études; n'imitant plus personne, mais s'efforçant de produire de beaux effets et aspirant, selon les théories alors acceptées par tous les artistes, à un idéal éloigné d'une traduction réelle de la nature; S'^De 1835 à 1845, son propre génie a conquis entièrement la vraie théorie de l'art. Il était revenu de Yidéal *, mais il reproduisait, aussi énergiquement que possible, les simples impressions qu'il recevait de la nature, en y associant son sentiment profond; 4° En 1845, sa santé déclinant, son esprit et surtout sa vue déclinèrent aussi. Les tableaux peints dans les cinq dernières années de sa vie sont d'une valeur tout à fait inférieure.
1. oc He thought little of ideals^» dit M. Ruskin, qui méprise beaucoup Tidéal en peinture , et qui là-dessus peut-être n'a point si grand tort. Écrivain très-spirituel d'ailleurs, et tout à fait indépendant de préjugés quelconques, — excepté des préjugés anglais.
42â ÉCOLE ANGLAISE.
Ces catégories assez arbitraires de M. Ruskin ne manquent pourtant pas de justesse. Elles englobent à peu près tout l'œuvre, si prodigieusement divers, de Turner. Dans sa période d'imitation il a égalé, en s'inspirant de leur style, Claude, Ganaletti, Ruysdael, de K-oninck, Aart van der Neer, Cuyp, et bien d'autres. Dans sa période originale, il a fait quelques chefsd'œuvre extraordinaires, incomparables à quoi que ce soit dans toute l'hisloire de l'art. Cela suffit à classer Turner parmi les grands maîtres ; car je ne connais qu'une mesure pour évaluer les artistes : c'est l'originalité. Les grands maîtres sont des originaux qui ne ressemblent à personne, et à qui tout le monde s'efforce ensuite de ressembler. Dans sa période de décadence, il a fait des images horriblement fantastiques, où, sur des fonds de liquide, tantôt jaune, tantôt rougeâtre, dansent des fantômes impossibles. C'est surtout dans une des salles de Vernon Gallery que sont rassemblés les curieux exemplaires de ce dernier style désordonné.
A Manchester, sur les vingt-quatre tableaux de Turner, on en compte une douzaine qui se rapprochent des Hollandais ou de Claude.
Tel est le tableau de 8 pieds de large sur 4 de haut, intitulé la Vendange à Mâcon, et appartenant au comte de Yarborough, ainsi que le Naufrage du Minotaure.
Ce tableau de vendange est aussi beau qu'un Claude. Il est tout à fait de la première manière et fut peint pour le grand-père du présent comte de Yarborough, qui, avec deux autres noblemen, avait souscrit une somme d'argent afin de faciliter au jeune artiste les moyens d'aller étudier sur le continent les œuvres des
grands mallres. Celte peinture fut et posée à T Académie royale en 1803. Le comte de Yarborough Tient de la faire graver à ses frais, ainsi que le Naufrage du Minotaure, par M. Barlow, et il a fait présent de ces planches, avec le droit de les exploiter, à une société fondée en faveur des artistes {th^ Artists' gênerai henevolent Institution)^ « dans l'espoir, dit le catalogue, que les autres propriétaires d'œuvres distinguées suivront cet exemple* t^ Excellent exemple, en effet, pour propager la connaissance et l'amour des arts. Ces mœurs anglaises sont admirables, quand on songe que ce sont les citoyens eux-mêmes, aussi bien des classes dites inférieures et des classes moyennes, que de la classe aristocratique, qui, par initiative personnelle, par souscriptions volontaires, par libéralités privées ou efforts associés, s'empressent de faire tout ce qui peut contribuer à la civilisation et à la grandeur de leur pays.
Tels sont un petit chef-d'œuvre, une Marine, effet d'orage, qu'on prendrait pour un Ruysdael et qui appartient à Miss Burdett Coutts^ dont le goût est si délicat ; — une Scène de rivière, avec des pécheurs, composition tranquille, et fine dans les fonds comme les meilleurs Hollandais, à sir P. M. de Grey Egerton; — une Scène de côte, très-rapprochée du style de Cuyp; à M. Francis Tongue Rùfford; — un Pont sur la Tamise, qui ressemble encore à Cuyp et à Constable ; appartenant à M. Joseph Gillott; — une Habitation (Henley House) sur le bord de la Tamise, toujours conmie les maîtres anciens; à M. John Miller; etc., etc.
Mais, quand Turner est original, il ne Test pas à moitié; je ne parle pas de sa période insensée, oui
ses imaginations ne sont plus que des éblouissements et des rêves confus; je parle de l'époque où, à la vérité, il était déjà fou de la lumière — il Fa toujours été, — mais où l'esprit était sain, volontaire, et conduisait la main comme une esclave qu'elle est.
Il y a ainsi à Manchester trois ou quatre tableaux stupéfiants * :
Par exemple, Cologne et l'arrivée du bateau-poste, effet de soir, où, sous le soleil couchant, tout prend
1. Impossible d'analyser ici tous les autres tableaux de Tumer; voici la nomenclature de ceux qui ne sont pas cités dans cette revue rapide : Pluton emportant Proserpine , et un Effet de soleil levant parmi le brouillard; deux toiles, à M. John Chapman;— le Château de Dunstanborough , à M. T. Birchall; — les Bouches de la Tamise, av soleil levant , à M. William Wells ; — le Château de Dolbadarn , peinture de réception de Tauteur comme associé à l'Académie, exposée en 1799 , appartenant à l'Académie royale ; — Vue d'un pont , et Van Tromp, deux toiles, à M. John Miller; — le vieux quai Margate , à H. Bonamy Dobrée le jeune ; — une espèce d'inondation , intitulée Meeting of Die waters , à M. Joseph Gillott ; — le Lac et la tour de Tabley , les Chutes du Rhin à Schaffhausen , deux toiles , à lord de Tabley; —le Pas de Calais, à M. John Naylor ; — une marine et un paysage, au comte d'Essex.
Les aquarelles de Turner, au nombre de quatre-vingt-une , et parmi lesquelles plusieurs sont aussi belles que des Claude, que des Ostade , que des Bonington , représentent aussi des paysages , des villes , des ruines, des marines; des vues d'Italie, prises à Milan, à Florence, à Naples ; des vues de France, prises à Granville , à Saumur, à Tours ; des vues de Suisse, de Grèce, etc., etc. Elles appartiennent à quelques-uns des propriétaires des tableaux que nous avons cités : A MM. Thomas Ashton, John Miller, Thomas Birchall, etc.; et à MM. Henderson, Munn, Vaughan, Clutterbuck, Allnutt, Wilson, Dillon, Lupton, Woodd, Pemberton, Freeland, Todd, Langlon, Rodgett , Pilkington , Loyd , Holmes , Davies , Hav^^kins , Hippisley , Pender, Preston, James, Munro de Novar (sans doute un des descendants du protecteur de Turner); au révérend Coleridge; à Mrs Cooper et à miss Miller. On voit par cette liste combien Turner est estimé en Angleterre, et combien sa popularité y est étendue.
une teinte uniformément jaune d'œuf, tout, le ciel, le§ terrains et le fleuve, les monuments et les bateaux ; grande toile de 6 à 8 pieds, exposée en 1826, et achetée par M. John Naylor, à la vente de M. Wadmore en 1854, 2000 guinées! Voilà du moins une admiration qui s'escompte en or : plus de 60 000 francs, c'est honorable ! mais trop cher néanmoins, quel que soit le génie du peintre.
Par exemple, un tableau plus petit, intitulé Saltash et appartenant à M. John Miller : la lumière partout rayonnant et scintillant, comme dans ces effets d'extrême chaleur où Pon voit le long de la terre brûlée une sorte de pétillement des reflets du soleil.
Par exemple, — et c'est là le chef-d'œuvre, celui que je prendrais pour me représenter le génie de Tumer dans sa franchise tout exceptionnelle, et absolument dégagé de toute influence des anciens maîtres, — Barnes Terrace, sur la Tamise, tableau de moyenne proportion, exposé en 1827 et appartenant à M. Samuel Ashton. M. Ashton doit être un amateur raffiné, car c'est à lui aussi qu'appartient la Cathédrale de Salisbury, ou l'Arc-en-ciel, de Gonstable.
Cette terrasse, ou plutôt ce quai sur le bord de la Tamise, est pris d'affilée, comme certaines vues des canaux de Venise par Canaletti : le parapet, de travers en travers de la toile, avec une rangée d'arbres, assez grêles ; on ne voit que cela. A droite, en bas du parapet, doit couler la Tamise, et à gauche, le long de la chaussée, on peut supposer des rows de maisons ; mais il y a trop de soleil, irradié dans une atmosphère brumeuse et poussiéreuse, pour qu'on puisse discerner ce qui est
* Tentour. Ce qu'on voit des arbres et des pierres, tout est enveloppé et dévoré par la lumière; tout semble être la lumière même et jeter aussi des rayons et des étincelles. Claude, le suprême illuminateur, n'a jamais rien fait d'aussi prodigieux.
A première rencontre, ce tableau fait ouvrir de grands yeux et même de grands bras. On ne sait trop que penser de ce phénomène. Un observateur léger et superficiel pourrait s'en aller en riant, mais en emportant toutefois sous ses paupières un tourment, un cauchemar, qui se moquera de lui, la nuit prochaine. Puis, quand on regarde avec la naïveté vraiment artiste, quand on se rappelle les effets analogues qu'on a saisis parfois dans les moments où la nature se joue des sens de l'homme, quand on pénètre dans cette magie fugitive que le peintre a eu le don de fixer en une image permanente , on est gagné d'admiration pour le génid de Turner.
Barnes Terrace fait comprendre ces réflexions un peu superstitieuses d'un critique anglais : « Nous ne devons pas juger Turner et ses productions comme on juge les esprits et les œuvres vulgaires. Pour l'apprécier droitement, nous devons avoir foi en lui (we must hâve faith in him); dans la certitude que ce qu'il nous présente comme l'interprétation d'une beauté naturelle qu'il a sentie lui-même, est la vérité telle qu'elle lui a été révélée {the tnUh lU to him revealed).,.. Malgré toute sa réputation d'excentricité, Tufner fut un artiste strictement consciencieux, etc. »
Pour moi, j'ai vu aussi, sur le bord de la Tamise, ces effets singuliers de la lutte du soleil contre le
ËGOLE ANGLAISE. 427
brouillard et la poussière, et je tiens ce paysage d^ Turner, Barnes Terrace, pour un chef-d'œuvre.
Il y a plusieurs années, j'étais lié à Londres avec un gentleman fanatique de Turner, et qui voulait à toute force m'emmener visiter l'atelier de l'illustre vieillard. Turner était déjà retiré en solitaire à Chelsea, sorte de faubourg de Londres, où bientôt après il mourut, inconnu à son entourage, dans un modeste appartement garni, où il s'était caché sous un nom d'emprunt. Car, en ses dernières années, il avait la manie de s'isoler de tout le monde, et c'est à peine s'il communiquait avec quelques intimes et quelques adeptes.
Mon ami avait l'entrée dji sanctuaire et il m'y promettait de véritables ébahissements ; mais il parlait de Turner avec une exaltation exagérée qui m'effarouchait, et ma tiédeur se^ refusa toujours à affronter le dieu, sous la conduite de son adorateur. Les profanes n'avaient guère vu d'ailleurs, à cette époque-là, que des tableaux égarés de Turner; car il conservait ses œuvres pour la nation et pour la postérité; la plupart sont aujourd'hui, en effet, au peuple anglais.
Je ne soupçonnais qu'imparfaitement alors le génie étrange et bigarré de Turner; mais je regrette bien aujourd'hui de n'avoir pas connu personnellement ce grand original, — ce grand artiste.
C^^^^Ol^
GooQle
Bonington, Harlow, Raeburn, Newton, Leslie, Mulready, Webster, Martin , Etty , MuUer , Ward , Antony , Stanfield , Roberts , Landseer ; les pre-Raphaelites , etc.
Bonington est mort si jeune — à vingt-sept ans ! — que ses tableaux sont extrêmement rares. Il appartient à la même génération que Constable, Lawrence, Wilkie, Turner ; car, s'il est né après eux tous, il est mort bien avant eux. Les autres ont peint pendant trente, quarante, cinquante ans; lui, peignit pendant dix ans à peine. Il faut avoir du génie pour laisser trace d'un si court passage.
Manchester n'a qu'un seul Bonington : un Turc faisant la sieste; à M. Thomas Birchall. Le rêveur est assis sur des coussins, de face, les jambes croisées, dans la pénombre que produit un grand rideau rouge. Il a un turban blanc, une veste et des hauts-de-chausses, vert foncéj des sandales rouges. De sa main droite il tient nonchalamment une longue pipe. Fond gris perle, dans les tons de Velasquez. L'ensemble a quelque chose de la couleur de M. Eugène Delacroix, avec un dessin plus exquis, sinon plus expressif. Ce petit bijou n'a pas 1 pied de haut.
Au temps de Bonington, qui d'ailleurs vivait en France avec la pléiade de peintres dont Géricault et M. Delacroix sont les principaux représentants , l'école anglaise suivait dans la peinture du portrait le courant de Lawrence, et, dans la peinture familière, • le courant de Wilkie. Aujourd'hui encore on ne trouve guère chez les artistes anglais que ces deux genres, sauf quelques individualités, comme M. Landseer, et la fameuse école des pre-Raphaelites, où briDent, c'est le mot, MM. Hunt, Millais et plusieurs autres.
Parmi les peintres qui se rattachent à Lawrence, M. G. H. Harlow en approche le plus. Quelques-unes de ses têtes de jeunes filles ont autant de charme que celles du maître. U a fait aussi sa Mrs Siddons, en reine Catherine; appartenant à M. George Combe; et divers tableaux, au révérend Leicester, à lord de Tabley, etc.
Sir H. Raeburn, de l'Académie royale, a subi pareillement l'influence de Lawrence, comme le montre son portrait en pied, de grandeur naturelle, d'un chef écossais, appartenant au marquis de Breadalbane.
Parmi les continuateurs de Wilkie, un dès meilleurs peintres est G. S. Newton, qui fut de l'Académie royale et qui est mort il n'y a pas très-longtemps, je pense. Son Yorick et la Grisette, à Vernon Gallery (n'^SôS), est, selon moi, le petit tableau le plus parfait du musée de l'école anglaise moderne. Newton a trois tableaux à Manchester : une Jeune fille à un balcon, à M. WilUam Wells ; ^l'Étudiant, à l'Académie royale ; — et la Scène de la cassette, d'après Gil Blas, au duc de Bedford.
M. G. R. Leslie, R. A.», a fait aussi beaucoup de tableaux analogues , dont le plus spirituel et le mieux peint est également une scène de Sterne : FOncle Toby regardant dans l'œil de la veuve Wadman.
M. W. Mulready, R. A., paraît être le plus apprécié entre les peintres de sujets caustiques et familiers, car ses' tableaux appartiennent à M. Thomas Baring dont la collection est si choisie; à la reine, etc., etc.
M. T. Webster, R. A., est encore à mettre hors ligne en ce genre-là; son petit tableau appartenant à lord Overstone est extrêmement fin. dans les physionomies. Il y a de lui aussi des tableaux appartenant à M. Thomas Baring, à M. Samuel Ashton, à M. W. Wells, à Mrs Gibbons, à Miss Brown, etc.
A présent que nous sommes au milieu des contemporains, dont cependant quelques-uns ont déjà disparu, je ne chercherai aucun ordre, et j'indiquerai brièvement certaines œuvres plus ou moins remarquables.
De John Martin, mort en 4854, et qui eut grand succès et grande réputation, il y a plusieurs tableaux, assez singuliers, appartenant au comte de Grey, au comte de Durham, à sir Walter James, etc;
De William Etty, R. A., très-estimé des Anglais, une quinzaine de tableaux, dont plusieurs ont de véritables qualités de couleur. Les draperies, les entourages , les fonds sont souvent très-bien peints ; mais les figures, avec beaucoup de prétention à l'élégance, sont en général lourdes et mollement dessinées.
. De TAcadémie royale.
Ces imperfections sont notables dans un de ses tableaux ies plus éclatants : la Toilette, appartenant à M.Thomas Todd; le dessin de ces femmes nues, torses^ membres, surtout les bras, les mains et les pieds, est commun, indécis, impuissant. Si M. Ëtty avait su pincer les formes dans des galbes corrects , il serait un maître. Les terrains , les fleurs , les tons de chair, le ciel révèlent un coloriste. La draperie de la femme debout à droite est comme une palette éblouissante*
Ailleurs, dans le Bivouac d'Amours, à M. Joseph Gillott , les pampres , le ciel , divers accessoires sont charmants; mais les figures sont rondes et sans nerf. On dirait des pastiches de M. Diaz , moins la finesse exquise de son coloris.
M. Millier semble avoir les mômes préoccupations. Son Marché d'esclaves, à M. G. Reeves, est aussi très riche de ton , mais faible dans tout ce qui exige de la science et une réflexion attentive. La Dan§e, à M. Fran^ cis Tongue Rufford, est un de ses bons tableaux. Dans ses pajfsages, il cherche Gonslable, par exemple dans un excellent paysage à M. Rodgett, et ^ans un autre paysage à M. Charles Morgan.
Les paysages de M. James Ward, R. A., ont une certaine force qui rappelle aussi Constable, par e^cemple dans le Château de Donet, à M. G. T. Maud.
Un jeune homme, je pense, M. Antony, a du sentiment et de la couleur dans quelque^ paysages, notamment dans r%lise abandonnée» appartenant ^ M. B. A. Butler.
M.' Stanfield, R. A., comme çeintre de marines, n'a pas beaucoup de supérieurs parmi les peintres des
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autres écoles contemporaines. La grande Vue du mont Saint-Michel (8 pieds de large), à M. H. W. Eaton; le Naufrage, à M. Birchall, et jquelques autres, valent mieux que tous les tableaux de M. Gudin.
M. David Roberts, R. A., encore un bon* peintre. Son Intérieur de cathédrale, à M. John Davis, a de la solidité, de la science, une perspective très-bien entendue. Son immense Vue de Rome (12 à 15 pieds de large), prise des jardins du couvent de San-Onofrio, sur le mont Janicule, est de la peinture de décoration, intéressante à la façon des ^grands tableaux de son presque homonyme, le peintre français Hubert Robert.
Mais, de tous les peintres actuels de l'Angleterre, sir Edwin Landseer est sans comparaison le plus, célèbre. Les gravures de ses tableaux sont partout chez ses compatriotes; elles sont même assez répandues sur le continent. Des connaisseurs , qui font autorité , vont jusqu'à le mettre à la hauteur des plus grands peintres d'animaux, de toutes les écoles passées ^ M. Landseer n'est pourtant pas tout à fait aussi peintre que Rubens et Snydêrs. Il s'en faut du tout. C'est le côté de la peinture qui est faible dans son talent, ou, du moins, M. Landseer ne commande pas*â son exécution. Il est on ne peut plus inégal dans ses tableaux, et l'on en citerait : le Maréchal ferrant , à M. Jacob Bell ; les Chiens du mont Saint-Bernard (très-admirés. cependant), à M. J. Watts Russell; le Chien et le Lapin, le Lièvre et la Belette, à M. William Wells, et bien d'autres , où l'ampleur du dessin, la couleur, la perspec-
1 . M. Waagen , Revue universelle des Arts , livraison d'août.
tive et le clair-obscur surtout manquent absolument. Mais, comme M. Landseer possède à merveille ses animaux, comme il a étudié leurs habitudes, saisi leurs alluires, pénétré leurs instincts, ses compositions font toujours bien, une fois gravées. Les imperfections de la peinture s'effacent dans une bonne estampe, et Tintelligence du compositeur reste.
Manchester compte quinze à vingt tableaux de M. Landseer, dont le meilleur, et c'est un chef-d'œuvre, est intitulé les Enfants du brouillard {Children of the mût). Ces Enfants du brouillard sont des cerfs qui brament sur quelque pointe d'une montagne d'Ecosse, au milieu des nuages. L'effet est étonnant et très-poé* tique. Appartenant à M. Joseph Miller.
Les autres Landseer, presque tous plus ou moins connus par la gravure, appartiennent à MM. William Wells, J. Bickerstaff, John Naylor, Jacob Bell, J. Watts Russell ; à Sir P. M. de Grey Egerton, au général C. R. Fox, au comte d'Essex, au marquis de Breadalbane, et au roi des Belges. Pensez que la reine Vittoria et le prince Consort en ont aussi quantité, et des plus beaux. Mais ils n'en ont point envoyé à Manchester, bien sûrs que l'Exhibition abonderait en ouvrages de l'illustre académicien.
Ah les pre^Raphaelites I ou pre^Raphaelistes, l'un et l'autre se disent, de même qu'on dit aussi pre-Raphaelisme et pre-Raphaelitisme. M. Ruskin, tient pour cette dernière forme. Le pre-Raphaelitisme — je tiens pour M. Ruskin -— est une espèce de manière qui prétend se reporter à l'époque antérieure à Raphaël, lequel sans doute a tout gâté. Voyez comme les peintres du xv« siè-
434 ËCOLË ANGLAISE.
de faisaient des bonshommes qu'on prendrait avec la miiin, tant ils ont de réalité, tant ils ressemblent aux figures de bois enluminé, telles que Nuremberg en fabrique depuis un temps immémorial ! Voyez comme les fleurettes du gazon et les moindres détails imperceptibles à rœil nu dans la nature avaient une importance à côté des figures I
La nature vue avec des lunettes, dans le stéréoscope, à travers des vitres de couleur, je ne sais sous quelles influences dépravées, au moyen de je ne sais quels instruments d'optique et de mécanique, mais de manière à tout éclairer et à tout distinguer, voilà ce qui est l'art véritable I
Le pre-Raphaelisme — M. Ruskin peut avoir tort — est convaincu de cette théorie, et il la pratique avec un courage, un talent, presque un génie, qui émerveillent.
M. Millais, M. Hunt, M. Hook, M. Hughes, M. Wallace et toute une confrérie d'artistes infiniment habiles €t patients montrent à Manchester leurs chefsd'œuvre.
Les Feuilles d'automne de M. Millais, par exemple, appartenant à M. John Miller, ont des quaUtés de premier ordre.
Le Berger et la Bergère, à M. Broderip, le Claudio et Isabella, à M. A. L. Ëgg, les Deux gentlemen de Vérone, à l'honorable orateur du comité de l'Exhibition, M. Thomas Pairbairn, et les autres œuvres de M. Hunt, sont les plus curieuses du monde.
Un Nuage qui passe , couple de jeunes amoureux couchés dans la campagne, par M. Hook, à M. Ar-
rowsmith, sera peut-être un chef-d'œuvre quand il aura été glacé, éteint et harmonisé par le temps.
La Mort de Chatterton, par M. Wallace, encore à H. Egg, le peintre académicien, est à faire grincer des dents.
L'Amour au printemps, par M. Hughes, à M. William Morris, offre des parties délicieuses : une jeune fille, debout, en robe pensée, retournant une tête fine et blonde, pendant qu'à travers une femêtre garnie de clématites et de fleurs grimpantes, elle glisse sa main et la livre h son amoureux.
Enfin, la Châtelaine, à M. John Miller, par M. W. L. Wyndas, pre-Raphaelite mitigé, est d'une finesse, d'une grâce, d'une distinction adorables.
Il y a de tout assurément, du parfait et du détestable, dans les œuvres de cette école égarée. Les peintres en sont bons ; c'est leur système qui est mauvais.
Mais c'est assez maintenant, comme simple esquisse de l'école anglaise depuis son origine. D'ailleurs, la plupart des artistes britanniques contemporains sont connus sans doute en France et par les amateurs du continent, depuis l'Exposition universelle de 1855. Oublions même un peu les derniers venus, pour ne pas troubler Tadmiratî.on que doivent inspirer comme peintres Reynolds, Gainsborough, Constable,' Lawrence, Tumer ; comme gens d'esprit Hogarth et Wilkie; d'autres encore, comme ayant manifesté diverses qualités distinguées.
Il est temps que ces maîtres entrent dans la confraternité des autres maîtres européens. L'Angleterre a conquis enfin son droit d'affiliation à la grande Gilde de l'art plastique. Il lui manquait cette seule illustration. Car, pour l'imagination poétique, pour l'art littéraire, assurément aucun écrivain chez aucun peuple ne surpasse Shakespeare.
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Pour rendre compte du Musée d'art ornemental^ il faudrait commencer par s*en rendre compte à soimême. Or, ce compte-là est difficile à faire, pour plusieurs raisons.
Premièrement» le nombre des objets d'art exposés dans la halle centrale est d'environ sept à huit mille. En y passant dix heures par jour et ne consacrant' que trois ou quatre minutes à chaque pièce, il y faudrait environ trois mois. Combien faudrait-il de volumes pour donner la moindre description des objets intéressants, et presque tous ont de l'intérêt? Un simple catalogue remplirait déjà un gros volume.
Secondement, pour étudier ces merveilles, encore faudrait-il les voir de près, en tous sens, les prendre et les retourner dans sa main. On ne les voit qu'imparfaitement et incomplètement au fond de leurs cases vitrées.
Troisièmement, il n'y a pas au monde un connais* seur qui soit initié à toutes les différentes spécialités de Y art ornemental ^ comprenant toules les productions de l'adresse humaine, depuis la grande sculpture architecturale jusqu'au moindre bijou, depuis les ameu-
438 AHT ORNEMENTAL.
blements d'église et de palais jusqu'aux moindres ustensiles d'usage domestique, depuis l'autel qui ornait le sanctuaire jusqu'à la clef qui fermait une petite cassette, depuis les lourdes armures des chevaliers jusqu'à la fine guipure des châtelaines, depuis l'art du ciseleur et du peintre jusqu'à Fart du potier et de l'enlumineur, du forgeron, du relieur, du menuisier, du tapissier, etc., etc.; car il n'y a pas une industrie que le génie de l'homme, en y imprimant son originalité, n'ait élevée à la hauteur des heaux-tirts. Il n'y a pas une classe d'artisans qui n'ait eu, en toute époque et en tout pays, ses artistes.
Le Musée d'art ornemental, formé à Matichester, contient non-seulement la collection Soulages tout entière, non-seulement une pdrtie de la collection Bernai, dont la vente publique a produit 71 000 livres sterling (environ 1 800 000 fr.), noti-seulement les contributions des châteaux royaux, de la Tour de Londres, du British Muséum, de Marlborough House, de Westminster Abbey, des chapitres ecclésiastiques et d'une foule d'institutions publiqties et de sociétés particulières, mais les contributions de toute la haute aristocratie anglaise, qui a même été bien plus généreuse en objets d'art qu'en tableaux. Imaginez le musée Dusommerard mélangé avec le musée d'antiquité et de curiosités du Louvre !
Comment donc faire ? Promenons-nbûs 1 et nous ferons comme on fait à une première visite, dans Téblouissement de toutes ces magnificences ; nbuà noaê arrêterons seulement à certains objets qui frappent, selon la préoccupation qu^on a, il est vrai.
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La meilleure manière, la seule peut-être de bien voir cette partie de l'Exhibition, serait d'y aller en compagnie successivement de fanatiques de diverses spécialités. Ce procédé m'a réussi plusieurs fois. Pour me reposer de ma préoccupation personnelle, qui est la peinture, je me suis laissé conduire comme un profane au milieu de ces trésors d'art, m'abandonnant à Finspiration d'autrui. J'ai visité ainsi les collections dé la halle centrale avec des gentlemen anglais, avec des artistes allemands, avec un savant historien antiquaire de Paris. Tous s'extasiaient sur quelques raretés précieuses pour leurs études ou à leur goût.
Les Allemands m'ont signalé les patientes ciselures en bois de l'école d'Albert Diirer, les ivoires, les médailles en bronze et les belles verreries émaillées de leur pays.
Parmi les Anglais , les uns m'ont fait remarquer leur céramique, qui ne compte guère dans l'histoire de cet art, et les œuvres de leur grand potier Wedg* wood, qui ne date malheureusement que du xviu' siècle ; les autres, des bijoux que porta la reine Elisabeth ; la plupart, les immenses pièces d'orfèvrerie, plus ou moins modernes, tout en or et en argent massifs; les sporumen s'enthousiasmaient surtout devant les armures damasquinées du xvv siècle : des boucliers el des épées par Benvenuto Cellini; des casques, des cuirassesy des chanfreins et des mors, des équipements de toute sorte pour chevalier et pour cheval, les plus merveilleux du monde; et l'armure complète d'AK pbonsie, duc de Ferrure, et l'épée de Philippe lU ^t le bâton du duc d'Albe, et le pistolet de Louis XIV;
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Louis XI\ avait un pistolet! pour passer le Rhin sans doute.
Cette collection d'armures est, après la vieille et incomparable collection de la Tour de Londres, la plus superbe qui existe. Elle est due, en partie, à la célèbre collection de Sir Samuel Meyrick, prêtée par son héritier, le colonel Meyrick, et à la riche collection de M. Mayer, de Liverpool, principalement pour les antiquités celiiques et anglo-saxonnes. C'est là que le savant archéologue français jetait des exclamations! C'est là qu'il m'a montré des boules d'ambre, talismans druidiques*, appelées oeufs de serpent; un riche bracelet à plusieurs torsades d'or, retrouvé dans une tourbière; trois boucliers, dont deux ronds et un oblong; le bouclier oblong a ceci de particulier, que sa forme, exceptionnelle parmi les armes découvertes dans la Grande-Bretagne, est, au contraire, la forme dominante parmi les armes sculptées sur l'Arc d'Orange^ le monument à figures le plus important qui subsiste sur les anciens Gaulois du continent. Ce bouclier, unique, est en bois revêtu de bronze, orné d'une espèce de tig(^ terminée par un double rinceau très-élégant; au milieu de la tige, une bosse de bronze, incrustée de corail. Il vient du pays de Galles et des anciens chefs Kymrys, ainsi que les deux autres boucliers, qui sont ronds et formés de cercles alternatifs de cordons en torsade et de tètes de clous.
A mon tour, j'ai entraîné l'amateur fraoçais devant
* 1. Le British Muséum en possède d*autres, plus précieux encore, en pierre blanche, sur laquelle sont peintes en rouge des étoiles oa sphères rayonnantes.
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ART ORNEMENTAI^* 441
les productions artistiques de son pays aux xv*, xvi* et xvu* siècles, devant les émaux de Limoges, dont Manchester offre des pièces tout à fait extraordinaires, devant les poteries de Palissy et de l'école de Nevers, devant les délicieuses reliures de la bibliothèque du chevalier Grolier, comme les Anglais l'appellent ; nous avons vu là, reliés par Gaston, des Aides que nous aurions bien voulu manier et feuilleter. Dans la série de la céramique, je lui ai fait admirer quatre œuvres de l'artiste anonyme qui, au temps de François P' et de Henry U, sur les bords de la Loire, quelque part non loin des ciiâteaux de Ghambord et d'Amboise, habités par les Valois, fit cette prodigieuse faïence qu'on nomme Faïence de Henry II ou de Diane de Poitiers*.
. Ces quatre pièces méritent une description particulière. On sait combien celte faïence est rare, et qu'il n'en existe qu'une trentaine d'exemplaires. M. Sauvageot et M. Préault en furent, je crois, les premiers collectionneurs en France, et M. Sauvageot a donné sa collection au musée du Louvre. Le musée Dusommerard possède aussi une des plus belles pièces de maître, une grande coupe intacte avec son couvercle.
Sur les quatre pièces de Manchester, une appartient à M. George Field, et les trois autres appartiennent à Sir Antony Rothschild.
La principale à M. Rothschild est un chandelier de plus de 1 pied de haut, et dont la base a environ
1. Il faut bien la nommer maintenant : faïence éPOiroUj depuis les découvertes récentes de M. Fillon, qui prouvent que ces merveilles étaient fabriquées à Oiron, près Thouars.
442 ART ORNEMKNTAL.
5 pouces de diamètre. Ce petit monument s'élève par étages successifs, avec des décorations variées : d'abord trois têtes de satyres ; au second étage, trois enfants nus avec des colliers ; ces figures ont 2 pouces et demi de haut; près des enfants, des écussons avec les deux D de Diane de Poitiers, accolés, l'un à rebours, QD, et reliés par une barre mitoyenne entre les deux jambages extérieurs, pour former l'H de Henry II ; puis, des clefs et des croix à trépied sur de petits piliers avec guirlandes pendantes. Sur les piliers sont aussi des lettres, ou peut-étfe de simples décorations cpii figurent joj. Plus haut, trois têtes de lion; plus haut, des petites consoles avec coquilles et le chiffre ms, des palmettes, etc. Enfin, au couronnement supérieur, sont des écussons à trois fleurs de lis.
Les ornements, sur le fond blanc jaunâtre, sont de quatre tons : bistre et brun, vert et bleu.
M. Rothschild a payé 6 à 7000 francs ce chandelier, qui vaut plus du double aujourd'hui*.
La seconde pièce à M. Rothschild est une aiguière, de 7 pouces de haut, et dont Torifice a 2 pouces et demi de diamètre. Le pied triangulaire et à trois étages est formé par des consoles superposées. Pour anse, un grand satyre cramponné, qui, dressé de toute sa hauteur, aurait environ 5 pouces de proportion 1 Je ne
1. M. Fiorentino a raconté, dans un feuilleton, que M. de Rothschild avait acheté 20 000 francs au compositeur Strauss une aiguière de cette faïence mirifique, « avec les armes de Montmorency-Layal sur le couvercle. »
Tout récemment le fameux Biberon de la galerie Pourtalès vient d'être acheté près de 30000 francs, pour le South-Kensîngton Muséum de Londres.
connais du maître, et j'ai vu à peu près toutes ses pièces, aucune autre figure aussi grande.
Ce satyre, dont la tournure rappelle le style florentin, repose sur une console formée par une tête à barbe. Il a les cheveux couleur nankin, des cornes vertes, des ailes vertes, les pieds fourchus. A l'avant du vase est une grande salamandre, accrochée par ses pattes de griffon, et la tète retournée, gueule ouverte; elle porte des cornes, et sur le dos un écusson. Trois tons : jaune, bistre et vert, sur le fond blanchâtre.
Le troisième morceau (je ne suis pas aussi sûr qu*il appartienne à M. Rothschild) est une coupe d'environ 6 pouces de haut et de 4 pouces de diamètre. Le couvercle manque. Au pied sont des dessins bruns et de petits mascarons; sous la coupe, des entrelacs en bistre; au milieu du fond intérieur est coloriée une décoration très-importante : les trois croissants de Diane surposés, leurs six pointes en dehors, et entourés d'une cercle d'entrelacs avec coquilles en bistre et une couronne à fleurs de lis.
Cette coupe au croissant et le chandelier au D sont du temps de Henry IL L'aiguière à la salamandre est du temps de François I".
La quatrième pièce, appartenante M. George Field, porte aussi la salamandre de François. C'est une salière sexagone^ montée sur un socle creux, dans l'intérieur duquel sont trois ligures debout, juxtaposées en manière d'une triple cariatide. Au pied du socle, une double rangée de mascarons ; en haut, trois mascarons et trois coquilles, aux six angles du sexagone. Dans le fond de la coupe-salière, la grande salaman-
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dre peinte au bistre. Toujours, en sorte d'arabesques, les >- 0 ^ qu'on remarque sur Taiguière de la même époque. ^
Les vrais amateurs anglais ont une grande estime pour cette faïence délicate, mince, fine, et dont les formes élégantes ont beaucoup d'analogie avec l'art de Cellini. Le Catalogue ne serait pas éloigné de croire qu'elle est l'œuvre de Girolamo délia Robbia (neveu du célèbre Luca), qui était en France vers ce temps-là.
Dans cette catégorie des terres cuites, des faïences et des porcelaines, tous les pays ont là des che&d'oeuvre : l'Espagne, ses fantaisiçs de style mauresque ; l'Italie, ses msgolicas de l'école de Raphaël; la Chine, le Japon, la Perse, leurs plus brillants exemplaires; la Saxe et Sèvres, des compositions et des services de la plus charmante qualité.
La catégorie des ornements byzantins est aussi, je crois bien, plus riche qu'aucun musée du continent : crosses d'évêques, croix, autels et reliquaires; coffrets et bijoux, niellés, incrustés de pierres fines; tout cela venant des trésors des vieilles abbayes et des vieilles églises, des universités d'Oxford et de Cambridge, etc. ; tout cela est à donner le vertige, et, bien souvent, il faut aller s'asseoir à l'écart sur quelque banquette et se recueillir en fermant les yeux.
Ce que j'ai étudié spécialement pour moi, ce sont seulement les objets qui se rapportent plus directement à la peinture et à la statuaire. En fait de peintures antiques, il y a quelques morceaux de fresques du plus beau style ; une fresque de Pompéï, Femme nue, haute de 8 pouces, tenant de la main droite une
couronne. Ah r le grand art ! et que les meilleurs peintres de la Renaissance italienne en étaient encore loin! — Une fresque d'Herculanum, une Psyché; l'Amour avec son flambeau descend vers elle ; autour du sujet, des statues dans des niches, des arabesques et décorations; 8 pouces carrés environ. — Une autre fresque d'Herculanum, Diane et Actéon sans doute, figures de 6 pouces, dans un paysage, avec un entourage de médaillons ; l pied carré. — Que c'est beau ! et ce n'est pourtant là que de l'art romain, pastichant l'art grec, à l'usage de l'ornementation domestique.
Je crois que ces débris de l'Antiquité appartiennent à M. Mayer, de Liverpool.
En sculpture, un chef-d'œuvre, bi3n rare, qui m'a arrêté tout d'abord et retenu longtemps, est un basrelief de Donatello, en pierre grise, appartenant à lord Elcho : Femme de profil, de grandeur naturelle, en buste ; le relief est presque plat et n'a pas 3 lignes de saillie dans ses plans les plus avancés ; le modelé n'en est pas moins aussi juste, aussi tournant que si la figure était sculptée en ronde bosse. Par quel artifice ces grands statuaires florentins arrivaient-ils à un tel résultat ? Ce fut là ce que Jean Goujon chercha toujours et ce qu'il obtint à peu près, quelquefois. Mais ce qui est le plus admirable, c'est la correction du galbe de cette tête, dont les lignes sont nettes et volontaires comme le trait d'un graveur de génie sur le cuivre. Et que le type de la femme est élégant et fier ! Ce genre de beauté-là s'est perdu depuis le xvi« siècle.
n y a aussi des bronzes de la Renaissance qui sont bien étonnants : un Neptune nu, appuyé sur son tri-
dent, figure de 1 pied et demi de haut, par Benvenuto Cellini, je pense ; — un Thésée enlevant une Amazone, avec un élan et une fougue impossibles ; l'ambition du grandiose poussait souvent les Italiens du xyi' siècle jusqu'à l'exagération : ce Thésée, pour paraître plus grand, a au moins quinze têles de proportion. Ces bronzes doivent appartenir à la reine (Windsor Caslle).
Le Catalogue attribue au Torregiano, à qui l'Angleterre doit la superbe statue monumentale en bronze de Henri VII, à Westminster, un buste en bronze de ce roi. Je n'ai point vu le bronze, mais j'ai vu la terre cuite, de grandeur naturelle, et d'une énergie incomparable. C'est un chef-d'œuvre, qui provient de la collection de Strawberry Hill et qui appartient à lord Elcho, rheureux propriétaire du Donatello.
De la tête de Gromwell, il y a bronze, marbre et médaillon. Le bronze surtout a un grand caractère. Je ne sais pas si c'est celui-là que Je Catalogue, par une singulière inadvertance, attribue aussi à Torregiano I Le rival de Michel -Ange était mort avant la naissance de Cromwell.
A Raphaël, qui est censé avoir fait aussi de la sculpture, notamment une statue de Jonas, on attribue le marbre d'un Enfant monté sur un dauphin. Je crois qu'il est question de cet Enfant au Dauphin dans l'excellente Histoire de Raphaël^ par M. Passavant. A mon sentiment, pour ces quelques œuvres de sculpture qu'on rapporte au peintre d'Urbin, il n'en a jamais fait que le dessin, tout au plus. Et quant à TEnfant marin de Manchester, ce n'est même pas une très-
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belle œuvre : le dessin en est court, l'exécution ronde et molle.
Un autre marbre bien plus vigoureux est un petit Ganymède que l'aigle enlève en le saisissant par le bas charnu de la croupe ; œuvre très-originale, très-savante, tout à fait magistrale- Il paraîtrait, d'après le Catalogue, où d'ailleurs il est difficile de se reconnaître, que ce Ganymède serait du sculpteur anglais Plaxman. Il y a de quoi surprendre. Le talent de Plaxman, comme il se montre dans ses œuvres à l'abbaye de Westminster, et dans ses dessins au trait pour l'illustration d'Homère, est si froid, si roide, si académique, si classique dans le mauvais sens du mot !
Plusieurs des sculpteurs anglais renommés, de la génération actuelle et de la génération précédente, sont représentés à l'Exhibition par des marbres placés entre les colonnades. On y distingue Chantrey, Gibson, Baily, Wyatt, Westmacott, etc. Parmi eux sont quelques étrangers : Canova, Thorwaldsen, Bosio, Louis Schwanthaler, de Munich, le baron Marochetti, M. J. Geefs, le Belge, et M. J. Debay, le Français.
JJIais tous ces marbres modernes ensemble ne valent pas le moindre intaille grec, la moindre bague de la Renaissance, le moindre filet de verre vénitien. La série des pierres gravées, des camées (il y en a qui ont près d'un pied de large), des petits bijoux de toilette féminine, etc., la plupart de la collection de M. Mayer, de Liverpool, — et la série des verres de Venise sont encore à vanter parmi les curiosités principales de l'Exhibition. Le Times est si émerveillé de la délicatesse exquise du verre vénitien, qu'il va jusqu'à
ne pas trouver f improbable » la vieille tradition sai* vant laquelle les coupes de cette 'fabrique enchantée se brisaient au moindre contact du poison ; phénomène qu*on n'a malheureusement jamais tu se produire au temps des Borgia.
Attendez : il y a encore des émaux de Petitot, par douzaines ; des mosaïques de toutes les époques et de toutes les dimensions ; des tapisseries du moyen âge et des siècles plus récents; des meubles sculptés, des meubles de Boule, des lits embaldaquinés, des coffres en mélaux ciselés; des fauteuils gigantesques, en chêne et en cuir, où se sont assis sans doute des chevaliers de la Table- Ronde et autres héros bardés de fer ; il y a enfin toute la fumUure des palais, des maisons, des boutiques, des camps, des chaumières, qu*ont habités les ancêtres des Anglais et les nôtres.
Aux amateurs qu'intéressent tant de trésors cPart indescriptibles, réunis à Manchester, il n*y a qu'une chose à dire :
Allez-y voir I
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NOiœ COMPLÉMENTAIRES.
Quelques efforts que Tauteur ait faits pour parler un peu de tout dans ce travail rapide sur l'Exhibition de Manchester, comme il a donné un certain développement à la catégorie des peintres anciens, partie saillante de TExhibition, il a dû glisser, bien malgré lui, sur quelques autres catégories dignes du plus haut intérêt.
Le departmerU de la gravure eût exigé un compte rendu spécial. Mais/pour examiner, même sommairement, cette nombreuse et magnifique collection, comprenant tous les maîtres, de tous les pays, depuis le XV* siècle jusqu'à nos jours, un volume comme celui-ci eût été à peine suffisant. En fait de gravures, d'ailleurs, sauf pour les pièces introuvables ou nouvelles, il n'y a guère de possible que des catalogués, puisque chacun peut voir, avoir^ et savoir les pièces ordinaires.
La série des aquarellistes anglais a aussi beaucoup d'importance, car elle rassemble les plus beaux exemplaires des plus habiles artistes in water-colours. Mais c'est toujours un peu la même chose, et d'ailleurs on est sûr de retrouver tous ces brillants aquarellistes
contemporains aux exhibitions de leur Société et dans les autres expositions publiques.
Il y a encore les peintres modernes, principalement de Técole française, et les plus renommés ; mais ceuxlà se retrouvent également aux Salons annuels de Paris et même aux expositions périodiques des autres pays.
Il convient cependant, pour compléter un aperçu de Fensemble des Trésors d'art exposés à Manchester, de donner du moins ici une espèce de nomenclature de ces trois catégories.
Peintres modernes. — Trois maîtres français contemporains, les seuls parmi les modernes, ont eu l'honneur d'être rapprochés des maîtres ancienâ dans le salon consacré à la contribution du marquis de Hertford. Ce sont M. Decamps : son célèbre tableau du Supplice des crochets ; M. Horace Vernet : un Camp d'Arabes; et M. Paul Delaroche, une espèce de Madone, dans une espèce de style italien.
Les autres peintres modernes ont été distribués dans là galerie à mi-étage, qui circule autour de l'hémicycle de la halle centrale. L'école française y compte des œuvres célèbres et quelques œuvres distinguées. En voici la liste :
M. Granet : des Pranclscdins ; à la reine Vittorîa.
M. Delaroche : un portrait dé Napoléon; au duc de Portland ; et le petit tableau de Napoléon traversant les Alpes, sur un mulet conduit par un montagnard ; à M. John Dillon.
M. Ary Schefifer, dix tableau t, presque tous connus par la gravure : Prancesta da Rlmini, à M. John
Dillon ; — Première entrevue de Faust et de Marguerite ; Scène d'amour dans le jardin ; Marguerite à l'ëglise ; et la Vision ; ces quatre épisodes, du Faust de Goethe, appartiennent à M. Samuel Ashton ; — Saint Augustin et sa mère, sainte Monique; à M. Richard Holland ; — Dante et Beatrix, à M. Hemming; — le Christ pleurant sur Jérusalem, à M. Robert Barnes ; '^la Madeleine, à Mrs Schwabe ; — et le Christ enseignant l'humilité, à M. John Aikin.
M. Horace Vemet : Scène du siège de Rome, à M, W. Bower; et Vittoria di Albano, à M. J. B. Hewitt.
M. Meissonier : un Atelier du temps de Louis XIY ; à M. Thomas Baring.
M. Troyon : deux paysages; Tun, au paysagiste Thomas Creswick, de l'Académie royale ; Tautre, à M. M. Uzielli.
M. Ghavet : deux petits tableaux ; Tun, au même M. Thomas Creswick ; l'autre, au chairman du comité de l'Exhibition, M. Thomas Fairbairn.
Mlle Rosa Bonheur : deux paysages avec animaux ; l'un, à M. A. H. Novelli; l'autre à M. F. Fallowes.
M. Auguste Bonheur: paysage et animaux, à M. John Pilkington.
De l'école allemande, il y a deux tableaux importants :
L'Incrédulité de saint Thomas, par M. Overbeck, Frederick, je suppose, quoique le Catalogue fasse précéder le nom, de l'initiale B et non de F. Le Christ est debout, de profil à droite, torse nu, draperie blanche. Thomas, agenouillé devant lui, touche la plaie ; sa robe est vert-de-gris, sa lourde draperie, Jaune d*ocre.
— gle
452 NOTES GOMPLËMBNTAIRfiS.
A droite^ Pierre et Jean, debout, figures coupées par le cadre. Beaucoup de correction et un certain sentiment. C'est assez beau, dans ce genre-là. Appartenant à M. A. J. B. Hope, qui, à en juger par ce tableau, n'a pas en peinture les mêmes goûts que M. H. T. Hope, l'amateur des maîtres hollandais.
Le Christ bénissant les petits enfants, par M. Hess ; peinture sur fond d'or; à M. F. Howard.
De l'école belge :
La Reine de Hongrie faisant l'aumône, grand tableau par M. de Keyser, directeur du musée d'Anvers; appartenant au roi des Belges.
Deux tableaux de moutons, par M. Verboeckboven ; à M. F. Perkins, qui ferait bien de les vendre.
Un tableau de M. de Braeckeleer, à M. J. Anderson; et un tableau de M. van Schendel, à M. J. Dingwall.
De M. Galame, de Genève: deux paysages suisses, etc.
Aquarellistes. — J'ai indiqué en note, au v* chapitre sur les Hollandais (p. 319), les quelques dessins d'anciens maîtres étrangers, qui ouvrent la série et servent d'introduction à l'école des aquarellistes anglais. Car ce sont les artistes anglais qui occupent à eux seuls les salles consacrées aux aquarelles. Il n'y a, je crois, d'égarés parmi les dessins anglais, qu'un Decamps (appartenant à M. J. H. Hawkins), ce n'est pas le plus faible ; un Vidal, à M. F. G. Livingstone, ce n'est pas le moins charmant : un Ary Scheffer, les Femmes souliotes, à M. John Barratt: un Calame, à M. T. Fairhairn; et quelques autres comme MM. Hildebrandt, Francia, van Hove, etc.
NOTES GOMPLËMENTAIRES. 453
On sait quelle estime prodigieuse les Anglais accor* dent à leur école d'aquarellistes. Les peuples sont comme les hommes^ et surtout comme les femmes : ils s'efforcent souvent de mettre en relief certaines de leurs qualités secondaires, insignifiantes et même vulgaires, pendant qu'ils oublient de faire valoir le meilleur de leur nature. C'est peu de chose que les brillants aquarellistes de l'école anglaise contemporaine, à côté de Reynolds, de Gainsborough , de Constable, etc. Ces grands peintres sont le véritable titre artiste de l'Angleterre. Mais les enlumineurs devant lesquels s'extasient leurs compatriotes ne compteront guère dans l'histoire de l'art; non pas à cause du genre lui-même et du procédé : on peut faire des chefs-d'œuvre à l'eau comme à l'huile, avec un bout de fusain comme avec une brosse. Les dessins des maîtres sont aussi précieux que leurs tableaux.
Hais les aquareUistes anglais, si adroits qu'ils soient, cherchent dans leur travail je ne sais quelle injlustrie luisante, qui n'a rien de commun avec l'art. Si on collait toutes ces aquarelles, bout à bout, sans laisser d'interyalle, sur un grand mur, ça ne ferait qu'une seule marqueterie, uniformément jaunâtre, dangereuse pour les yeux en bonne santé. Je sais par cœur tous les tableaux des anciens maîtres, les mille qui sont là; je les ai emportés tous dans mon souvenir, et je pourrais en faire, de loin, des croquis exacts. Mais je ne me rappelle pas une seule des aquarelles de l'école du xix* siècle, sauf les Bonington, le Constable, les Wilkie, quelques Turner, et deux ou trois autres. Car ce qui manque à ces
454 NOTES GOMPLPJIENTAIRES.
cruelles enluminures, toutes pareilles, c'est le caractère et Toriginalité,
II y a des exceptions, bien entendu, et cette critique ne s'applique point du tout à l'origine de l'école, où l'aquarelle n'était pas un métier, mais un délassement des artistes formés par d'autres études. Il faut d'abord mettre à part les maîtres en peinture :
Reynolds : leTriomphede lasculpluresurla peinture, deux enfants, au pastel et à l'aquarelle : au révérencT Isaac Spenser.
Gainsborough : cinq chefs-d'œuvre: des Bestiaux dans une mare, pure aquarelle, exquise; à M. Edward Holmes ; et quatre études, à la plume et lavées ; à M. J. W. Croker ; la Femme se promenant dans un parc est superbe et de la plus grande tournure.
Bonington : six petites merveilles : une marine (la Felouque), et une autre marine avec un quai, à M. Frank Dillon; une Scène de côte, première qualité, à M. Thomas Birchall ; Vérone, délicieuse aquarelle, à M. W. Smith; Venise, à M. H. Cheney; et Sur l'Escaut, à M. E. Cheney.
Constable : des Moutons, à MM. Âgnew.
Wilkie : huit morceaux; compositions, études et croquis, à l'encreet à l'aquarelle, appartenant à MM. T. Birchall, Lewis Loyd, John AUnutt et E. Cheney.
Turiier : un œuvre entier, depuis son début jusqu'à 1838. Voir la note, p. 424, au chap. iv de l'École anglaise.
Les aquarellistes de la fin du xmv siècle oiOff ent aussi beaucoup d'intérêt.
Paul Sandby, né à Nottingham en 1725, mortàLon-
dres en 1809, John Gczens, mort en 1794, et Thomas Girtin, dont nous avons parlé à Particle Turner, sont les fondateurs derécole des aquarellistes. Gozens et surtout Girtin ont un véritable talent, de la légèreté, de la finesse, un sentiment tranquille et sincère delà nature.
De Paul Sandby, on compte une quinzaine d*aquarelles, appartenant presque toutes à M. William Sandby.
^ De Gozens, dix, à MM. W. Hookham Carpenter, G. Smith, W. Smith, H. Vaughan, et à Mrs Gooper.
De Girtin, quinze, dont plusieurs petits chefs-d'œuvre, par exemple: la Vue de Durbam, àM. H. Vaughan; un Village irlandais, à M. J. Pilkington; une Marine avec orage, à miss Miller; des Ghiens, d*après Morland, à M. JohnHenderson;le GhâteaudeTaltershall,à Mrs Gooper; une Scène de Rivière, à M. John Moss, etc.> etc.
Je noterai maintenant les artistes les plus connus:
Thomas Bewick, le graveur, né en 1753, mort en 1828 : 5 pièces.
Stothard : 19 pièces, y compris un dessin de son fameux Pèlerinage à Ganterbury. Stothard est un artiste distingué, quoique faible dans sa peinture. Ses dessins et aquarelles valent mieux; plusieurs sont très-fins et très-élégants.
Sir Augustin W. Gallcott, de l'Académie, né en 1779, mort en 1844 : 8 paysages, marines, ruines, etc. De la science et de la conscience.
Samuel Prout, mort en 1852 : 11 pièces, vues d'architecture principalement,'' de Rome, de Venise, de Dresde, de Strasbourg, etc.
Gopley Vandyke Fielding : 22 paysages et marines.
John Martin : 5 pièces, dont le Dernier homme. Mar-* tin affectionnait la peinture des cauchemars.
George Gattermole : 30 pièces excellentes. Les aquarelles de M. Gattermole ont eu, je crois, du succès à TExposition universelle de Paris.
Cari Haag, l'aquarelliste royal : 8 pièces, dont une, le Matin dans les montagnes d*Écosse, appartient à la reine : on y voit la reine elle-même, sa famille et sa suite, en train d'escalader le Lochnagarr; une autre;*' Scène du soir,à Balmoral, appartient au prince Consorts
Louis Hague, qui a aussi de la réputation : 10 pièces. Intérieurs de monuments, etc.
William Hunt, le pre-RaphaelUe : 30 pièces, d'une terrible couleur,
J. D. Harding : 10 pièces.
W. Mulready : des études académiques, appartenant à Técole de dessin de Kensington.
J. P. Lewis : 10 pièces. Vues d'Espagne, dltalie, etc.
W. Callow : 6 pièces, d'architecture principalement.
David Roberts : 37 pièces, dont 18 Vues de la Terre- Sainte, appartenant à la comtesse douairière d'ElIesmere.
Sir Edwin Landseer : 2 pièces seulement, dont un Chasseur avec des chiens, à M. T. Birchall.
Stanfield : 17 marines, paysages, etc.
W. J. Millier : 13 paysages d'Orient, etc..
Gravure. — Dans la première édition du catalogue provisoire, la gravure occupe 82 pages I Aussi, pour le second tirage, a-t-on séparé en un petit volume le catalogue des estampes, et on le vend à part.
NOTES COMPLEMENTAIRES. 457
2000 pièces! tous les noms les plus célèbres I des nielles! des états uniques I des raretés d'un prix foui Que faire en présence de pareils trésors? Inscrire à la file les noms des maîlres? ils y sont tous : Italiens, Allemands, Flamands, Hollandais, Français, Anglais. Nous avons déjà dit ailleurs qu*il y avait 15 à 20 nielles, venant des collections Holford, Hawkins, Wellesley; le Maître de 1466; Martin Schôn, Israël de Mecken, Al- T)ert Durer, Granach, Lucas de Leyde et toute Técole du Nord; PoUajuolo, l'élève de Ghiberti; Mantegna, Robetta, Zoan Andréa, Nîccolo Béatrice, Jacques de Barbary, Campagnola, le Francia, Marc-Antoine (environ 90 pièces!}; et Augustin Vénitien, et Marc de Ravenne, et Garaglio, et Bonasone, et les Ghisi, et toute l'école du Midi; Jean Duvet, le grand maître français; et les de Passe, et les Wierix, Golizius, Millier, et tous les Hollandais; Vorsterman, Bolswert, Paul Pontius, et tous les graveurs de l'école de Rubens; puis, Claude Mellan, de Poilly, Edelinck, Nanteuil, Masson, Larmessin, Audran, les Drevet, etc ; puis, Wille, Balechou, Strange ; Hogarth el WooUett; Raphaël Morghen, Porporali, Berwick, etc. ; jusqu'à M. Desnoyers et à M. Mercurî.
Puis, les eaux- fortes de Claude, de van Dyck, de Hollar, de Rembrandt, de Cuyp, d'Adriaan van Ostade, de Paulus Potter, de Karel du Jardin, de Ruisdael, de Berehem, de Waterloo, d'Everdingen, etc.
Cette catégorie des eaui-forles est extraordinaire. De Rembrandt, que j'ai étudié spécialement, il y a des pièces inestimables, par exemple TEphraïm Bonus, premier état, « avec la bague noire; » il n'en existe
que trois : celle-ci, à M. R. S. Holford, une au Brîtish Muséum et une autre au Musée d'Amsterdam. La plupart des autres Rembrandt, et les plus rares, appartiennent au ducde Buccleuch ; mais on s'est trompé sur son portrait du bourgmestre Six, indiqué comme étant de premier état. Les deux seules épreuves connues, de premier état, avec des tailles au-dessus de Tappui de ia fenêtre, derrière le bourgmestre, sont au Musée d'Amsterdam et au Cabinet des estampes de Paris. Le Musée d'Amsterdam a refusé 25000 francs de son épreuve.
Viennent ensuite les graveurs anglais jusqu'à Samuel Cousins et aux autres de notre temps. On pense bien que le fameux Livre d'études, W)er studiorum, de Turner, gravé ou retouché par lui-même, est là, en épreuves d'essai, de tous tirages, et dont plusieurs planches n'ont jamais été publiées.
Dans la gravure sur bois, il y a aussi des curiosités, jusqu'à de vieux bois pour Tillustratioa de livres japonais. Dans la lithographie, la série des premiers essais tentés en Angleterre. Dans la photographie, des centaines de portraits d'hommes illustres de tous les pays, d'Anglais principalement ; des vues et des monuments de toutes les parties du globe; des reproductions de tableaux célèbres, etc., etc.
Cette simple indication de ce que contient la galerie des gravures montre qu'un compte rendu détaillé en eût été presque impossible, à moins d'y consacrer des in-folio.
GooQle
Rectifications et adjonctions.
Il n'y etit jamais pour un critique plus belle occasion de faire quantité de fautes, qu'en rendant compte de cette prodigieuse Exhibition de Manchester, à laquelle Taristocratie an<glaise avait envoyé ses vrais trésors. Car il fallait, à Timprôviste, parler de tous les arts, dans tous les pays et dans tous les temps, — de omni re scibili en matière d'art 1
De plus, ce livre, très- rapidement écrit pour un journal, fut imprimé loin de Tauteur. Lorsque nous en reçûmes à Londres le premier exemplaire, nous l'ouvrîmes avec effroi. Il pouvait y avoir, dans ces 460 pages, de quoi nous faire pendre, de nos propres mains, ou par le bourreau anglais qui n'exerce pas encore trop bien son état, ou par ce tortionnaire, plus cruel que les bourreaux patentés,* par l'impitoyable critique des diverses nations dont nous avions eu à juger les produits artistiques.
La critique, en effet, nous a étendu sur son chevalet, mais sans nous causer trop de dommage ; car, chose amusante ! les Français ont approuvé en général nos appréciations, si ce n'est pourtant que nous sommes injustes envers Técole française ; les Anglais ont été assez contents de nous, en ce qui concerne l'art du continent, sous réserve de l'école anglaise, trop lestement pesée; les Belges ont adhéré à l'ensemble de nos jugements sur les écoles du Midi et du Nord, protestant toutefois que nous ne comprenions pas parfaitement Rubens et Tan Dyck.
A cela l'auteur s'attendait; car il s'était efforcé de s'élever au point de vue européen, tandis que les différents peuples se considèrent encore comme des individualités rivales, aussi bien dans leur histoire que dans leur vie présente.
Allonè^ paisque chacun d'eux a trouvé que justice était rendue aux autreSi tout est bieni — AU righti
Un peu rassuré de ce côté, nous avons été tourmenté par un certain nombre de fautes typographiques et par deux ou trois inexactitudes qui sont de notre propre fait. Nous saisissons donc avec empressement cette occasion de corriger et de recti- 6er quelques-unes de ces erreurs.
Quelques noms d'abord : il faut lire Velazquez et non Vetas* quez, Antonie Mor et non Antonis de Mor, Henri met de Blés et non Met de Blés, Michiel van Coxcyen et non Cocxie, GiîdemeeS' ter et non Geldermeester ; Gonzales et non Gonzalès, Frans et non Franz (quand il 8*agit des Flamands), Gérard et non Gérard, Philip et non Philips (à Koninck), Leonardo et non Lienardo (au Vinci); lord Danby et non Derby (p. 193), Jf» (madame) et non MM. Hunter (p. 409), M" Jameson et non Jameson tout court. Il faut lire aussi : Meisterstucken et non Meisterstucks, Schuttersstukken et Regentenstukken^ au lieu de Scbutterstuks et Regentenstuks, etc.
Quelques dates : il faut restituer 1631 au lieu de 1531 (p. 351); le n» 937 et non 237, de Smith, au David de Rubens (p. 197); etc.
Quelques rectifications et adjonctions :
CoRKéoE (p. 92). M. Waagen nous a écrit que c'est lui, au contraire, qui a été le premier à reconnaître comme authentique le grand Corrége de la cx)llection de lord Ashburton.
Annibal Carrache (p. 100). La Boutique de boucher, qu'il a représentée dans le tableau appartenant à Christ Church Collège, doit être celle de son cousin Vincenzo Carracci (père de Lodovico), qui était boucher à Bologne.
Velazquez (p. 113). Dans son Handbook to the paintings by ancient masters in the Art Treasures Exhibition, H. Scharf raconte ceci :
« Au portrait de Halmale par Velazquez se rattache uu curieux incident. La peinture était toujours restée dans la famille Halmale jusqu'à ces dernières années. Le propriétaire n'avait jamais voulu s'en défaire, à moins qu'on ne consentît à lui laisser couper et conserver les armoiries peintes à gauche à l'angle du fond. Avec cette mutilation, la peinture fut vendue. Peu après, l'acheteur gagna par présents un domestique, devint possesseur du fragment armorié et le fit aussitôt remettre à sa place dans la toile. »
Ce Henry de Halmale peint par Velazquez, est sans doute le Hendrick van Halmale, ancien bourgmestre d'Anvers/ qui fut Hooftman de la gilde de Saint-Luc en 1655. Où et comment Velazquez a pu le peindre, je ne sais; car Velazquez n'est jamais venu dans le Nord et il ne sortit de l'Espagne que pour aller en Italie. Mais peut-être le seî(5fneur Hendrick van Halmale, qui était un personnage considérable à Anvers, fit-il le voyage dTspagne, et alors, — ne fût-cequeparPentremisede Rubens, — il dut être en relation avec le peintre de Philippe IV.
. ScHAUFFELEm (p. i43). Notre ami, M. Charles De Brou, qui est terrible pour les dates — et qui a bien raison, ici par exemple, — nous a fait remarquer que le portrait de ce «vieillard à barbe blanche, » peint par Schauffelein, ne pouvait pas être, comme l'intitulait le Catalogue de Manchester : c le por* trait de Hnns Sebald Beham, i puisque ce Beham est né à Nûrnberg en 1500, et qu'il est mort en 1540, ou peut-ôlre en 1550, si l'on en croyait le Catalogue du Musée de Vienne. D'ailleurs Schaiiffelein aussi mourut en 1540, ou peut-être même en 1539: M. Waagen, dans son Catalogue de Berlin, balance entre ces deux dates.
GRA27ACH(p. 145). Il a fait aussi, des sujets religieux, surtout dans ses commencements, et plusieurs de ces compositions sont gravées. — Voir Bartsch, t. VIL
Van Eyck (p. 151-52). On peut lire dans l'excellent Catalogne du Musée de Berlin, par M. Waagen, la description des six volets avec leurs six revers, n®» 512-523.
GooQle
VAdam et Eve^ si longtemps cachés dans une sacristie de Gand, sont aujourd'hui au Musée de Bruxelles. Ce n^est pas sans peine que le gouvernement belge a réussi à conquérir ces chefs-d'œuvre pour les livrer à Tadmiration des artistes et da public, c L'acquisition par l'État des deux volets d'Adam et Eve a eu lieu aux conditions suivantes :
lo Payement d'une somme de 50000 francs, destinée à faire exécuter des verrières peintes pour l'église Saint-Bavon ;
2<» Le don des copies de six volets de V Agneau mystique (ceux qui ont été vendus en 1806), peintes par Michel Coxcie, et achetées par le département des Beaux-Ârts, à M. Nieuwenhuys;
30 L'exécution, aux frais du gouvernement, de copies des volets d*Adam et Eve, faites pour rétablir dans son ensemble l'œuvre des frères van Eyck. » (Catalogue du Musée deBruxdles, 1863.)
Voir, sur les van Evck, le savant livre de MM.Crowe et Cavalcaselle : Les Anciens Peintres flamands^ leur vie et leure œuvres. Publié en anglais, traduit par M. Delepierreet publié à Bruxelles, chez Heussner. Voir aussi, sur les van Eyck, le Manuel de l'histoire de la peinture, publié par M. Waagen, en allemand, en anglais et en français.
RoGiER VAN DER Wetden (p. 158). U Adoration des Boi$^ que le catalogue de Manchester lui attribue, et qui est pourtant signée A. W.^ est le tableau de l'ancienne collection Aders, et M. Passavant l'attribue à Lievin de Witte. Mais le prénom Lievin, pas plus que le prénom Rogier, ne s'accommode guère avec l'initiale A. du piénom dans la signature.
Memling (p. 157 à la note). Un peu de mauvaise humeur contre les baptrseurs et débaptiseurs de tableaux à propos justement du Baptême du Christ du Musée de Bruges, nous avait fait maintenir l'attribution de cette peinture à Memling. Depuis trois ans, nous avons étudié à nouveau, bien des fois, le tableau en l itige, par comparaison avec celui qui est en face, le Saint Christophe provenant de l'hôpital Saint-Jean. Assurément^ ils
GooQle
ne sont pas du même matire, et le Saint Christophe étant de Memling, le Baptême du Christ n'est donc pas de loi. Il paraîtrait qu'il en existe une gravure du milieu du xvi® siècle, laquelle aiderait peut-être à constater le véritable auteur de ce chef-d'œuvre.
Cette première rectification de la note (p. 157) a été écrite en 1860 et insérée dans la seconde édition. Depuis, M. James Weale, Anglais, établi à Bruges, et à qui l'on doit de précieuses découvertes sur Memling, a publié, dans sou Catalogue du Musée de Bruges, des documents décisifs, concernant le Baptême du Christ^ tant discuté. Il résulte des trouvailles de M. Wealé que le Baptême du Christ, donné à une confrérie de Bruges par les héritiers de Jean des Trompes, ancien bourgmestre de cette ville, a dû être peint vers 1508, c'est-à-dire une tlouzaine d'années après la mort de Memling, décédé en 1495, comme on le sait maintenant, d'après les pièces publiées par M. Weale.
Nous ajouterons ici la brève analyse des découvertes de M. Weale but Memling.
Dès 1479, on trouve Memling établi à Bruges, dans une belle maison à lui, rue du Pont-flamand (aujourd'hui rue Saint- George). Il avait encore d'autres propriétés sur lesquelles il payait des rentes, et, en 1480, il est du nombre des bourgeois notables de Bruges qui prêtent à la ville une certaine somme pour les frais de la guerre entre Maximilien et la France. Il était marié à une femme prénommée Anne, qui mourut en 1487» 11 en avait trois enfants, deux fils et une fille.
A la page 161, ligne 18, le Memling dont il est parlé représente une Adoration des Rois et non une Adoration des Bergers.
Van j>er Goes et Mabuse (p. 158-159, 166 et 167). Ces fameux volets catalogués Mabuse dans la collection de Hampton Court, catalogués d'abord van der Goes à Manchester, puis, dans la seconde édition du Catalogue, réattribués à Mabuse, étaient censés représenter, toujours suivant les Catalogues de Hampton Court et de Manchester à la fois : « Jacques IV, roi d'Ecosse, et sa femme Marguerite. » Noos avons été, eomme
tout le monde, bien tourmenté devant ces peintures Traiment merveilleuses. De van der Goes elles ne pouvaient être, car van der Goes n'a jamais été en Ecosse peindre d'après nature ces personnages ; de Mabuse, c'était très-surprenant ; mais, comme nous n'étions pas assez éclairé pour combattre l'aulorilé des catalogues anglais, nous les avons laissées à Mabuse, tout en constatant les différences de ce style sévère et grandiose d'avec le syle de l'auteur de VAdoraiiondes iiots, authentiquement signée : Jenni Gos&ert.
Depuis l'Exhibition de Manchester, la lumière s'est faite enfin sur ces chefs-d'œuvre. Ils ne représentent point Jacques IV et sa femme, mais bien Jacques III et sa femme Marguerite de Danemark^ ainsi que le prouvent les armoiries avec les trois couronnes de Danemark, Suède et Norwége. Le mariage de Jacques III avec cette Marguerite eut lieu à l'église de Tabbaye de Hoiyrood en 1469, et leur fils, représenté à l'âge d'environ douze ans, sur l'un des volets, derrière \e père, naquit en 1 471-72, ce qui donne à la peinture la date approximative de 1 484.
Mabuse, qui avait alors tout au plus quinze ans, ne saurait donc en être Tauteur.
Ces chefs-d'œuvre ont été exécutés pour le mattre-antel de l'église collégiale de la Sainte-Trinité à Edinburgh, église fondée par Mary de Gueldre en 1462. 11 paraît que c'est sous ie règne de Jacques VI, peu après son avènement au trône d'Angleterre^ qu'ils furent transportés d'Edinburgh à Hampton Court. La reine Yittoria a bien voulu les rendre à TËcosse, et ils ornent aujourd'hui le palais de Hoiyrood.
 Hampton Court autrefois, et à Manchester en 1857, oo n'a vu qu'une des faces de chaque panneau, qui est peint également sur l'autre face. Au revers du panneau où est représenté le roi, se trouve un Père-Éternel assis et tenant sur ses genoux son fils le Christ mort ; au revers du panneau où est représentée la femme, on voit, agenouillé en adoration. Sir Edward Bonde, premier prévost de l'église de la Sainte-Trinité et confesseur de la reine Mary de Gueldre, fondatrice de l'établis* sèment ; derrière Sir Bonde, Mary elle-même, en sainte Cécile, touche de l'orgue.
Et finalement, de qui sont ces peintures? De quelque élève des van Eyck, probablement T II paraît que Rubens en parle dans une de ses lettres et qu'il les attribuait à c van Eyck » même.
Nous avons trouvé tous ces renseignements nouveaux, et qui semblent bien authentiques cette fois, dans un petit écrit publié à Edinburgh en 1859, aunonçant la reproduction des quatre sujets en chromo-iitbographies d*dssez grande dimension. Les deux sujets qu'on a vus à Manchester ont été reproduits aussi en photographies dans la collection publiée par les Coluaghi à Londres.
Antonie Mor (p. 171). On peut voir sur lui et ses œuvres un article de W. B. dans V Artiste de novembre 1858.
JoosT VAN Cleef (p. 174). Immerzeel dit que ce grand portraitiste naquit vers 1500 : la date de sa naissance doit certainement être bien antérieure, car ce fou (de Zotte Cleef) était doyen de la gilde d'Anvers en 1519 et en 1520 {Yaerboeky etc., p. 223). Il fut encore doyen en 1525, ce qui prouve qu'il avait de Timportance dans Técole. Rubens avait trois tableaux de lui, dans la collection inventoriée après la mort du prince de la peinture^ comme disent les académistes.
Rubens (p. 192). Le portrait de la Femme de Rubens^ appartenant à la reine d'Angleterre, est parfaitement le portrait de la première femme, Isabelle Brandt, ainsi que nous l'avons dit. Il est singulier que des écrivains spéciaux, comme Smith, M. van Hasseit et M. Waagen, l'aient prise pour la seconde femme, Helena Fourment. Et encore c'était Smith qui avait vendu le tableau, en 1820, 800 guinées au roi George IV. — La femmede Windsor et de Manchester paraît avoir près de trente ans. Helena Fourment n'avait que vingt-six ans lorsque Rubens mourut en 1640; ce qui n'a pas empêché Smith de cataloguer une autre c Helena Fourment à l'âge de 30 ans, peinte par Rubens. »^ Smith connaissait mieux la peinture que l'histoire
de l'art et des artistes. — On peut d'ailleurs consulter la photographie publiée dans la collection C!olnaghi.
Mais, dans le tableau où RubenS et sa femme sont représentés en campagnards (p. 193-194), c'est bien, cette fois, la grosse Helena, c qui ressemble à une Cérès triomphante. »
(P. 199). Le fameux paysage V Arc-en-ciel, acheté à Gênes, en 1802, par Buchanan, revendu 1,500 guinées à M. G. Watson Taylor, fut payé par lord Orford 2,600 guinées (M. Scharf dit 2,730 livres, ce qui revient à peu près au même), à la vente Taylor en 4823. De 1823 à 1856, daté de la vente Orford, ce chff-d œuvre a donc presque doublé de prix. — Sur la Prairie de Laeken^ autre chef-d'œuvre cité à la même page, voir le Catalogue de Buckingham Palace, par W. B., dans la Revue universelle des Arts.
Rembrandt (p. 246). Au Siméon de La Haye et au portrait de jeune homme, datés tous deux de 1631, il faut ajouter le portrait d*homme intitulé à tort : c Hugo Grotius, » au Musée de Brunswick (n® 575), et qui est signé : Bembrant (sans le d) 1631. Nous avons découvert aussi un tableau daté de 1630 I C'est un portrait de vieillard, au Musée de Cassel. Nous l'avons décrit p. 121 de la Galerie Suermondt.
Il paraît qu'à la galerie du comte SchSnbUrn, à Pommersfelden , près de Bamberg, un Saint Paul de Rembrandt porterait, près de la signature, la date de 1626. Je n'ai pas vu ce tableau, qui doit être curieux. Le petit Rembrandt était encore, à cette époque, dans la maison paternelle, Weddeste^ (malle' de TAbreuvoir), sur le rempart de Leyde.
GoNZALES CoQiTRS (p. 233). Le tableau de Gonzales Coques, au Musée de La Haye, très-contestable à première vue, est cependant original. Voir sur ce tableau et sur la biographie de Gonzales : Musées de la Hollande, I, Amsterdam et La Haye, par W. B., p. 297 et suivantes.
Philip Koningk (p. 254). Beaucoup de paysages par Philip Koninck sont signés avec Tinitiale du prénom, et il est très-
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étonnant que Smith n'en ait jamais vu de «ignés ainsi et qu'il ait hésité sur le prénom même, entre David qui appartient au de Coninck d'Aovers, Jacob qui appartient au Konirig élève d*Adriaan van de Yelde, et Philip qui appartient au paysagiste élève de Rembrandt. A Dordrecht, chez M. Dupper, à Bruxelles, chez M. Malaise, à Francfort, au Musée, et dans plusieurs autres collections, nous pourrions citer des Roninck signés avec l'initiale P. — Voir, sur les Koninck, Musées de la Hollandb, I et II, Galerie d'Arenberg, Galerie Suermdndt, etc.
NiGOLAAS Maes (p. 256). VÈcouteuse^ appartenant à M. Labouchere, est datée 1656, de la bonne époque de Maes, laquelle ne dure guère qu'environ dix ans, de 1650 à 1660. Le beau portrait de la galerie d'Arenberg est daté de la même année. — Voir,, sur Maes, les Musées de la Hollande, surtout le Musée van der Hoop et le Miksée de Rotterdam.
Brouwer (p. 262). Nous avons eu occasion de revoir le tableau attribué à Craesbeek, au Louvre {u9 97), et nous tenons pour certain que l'homme au grand chapeau est le portrait parfaitement reconnaissable, de Frans Hais, et, davantage, que le peintre à son chevalet est» Brouwer lui-même. Les éléments de comparaison ne manquent pas sur ces deux personnages dont van Dyck a fait les portraits.
Nous ajouterons que M. Lacaze et quelques autres amateurs sont d'accord avec nous, au moios sur le portrait de Frans Hais.
METSu(p. 274). Non-seulement Metsu n'est pas mort en 4 658, non-seulement il a daté de 1661 le petit Chasseur du Musée de La Haye, mais il a daté de 1662 un tableau de la collection de Kat à Dordrecht, et de 1667 un tableau de la collection van Loon à Amsterdam, tous deux signés : Metsue, — Voir un article de W. B. dans VArtiste d'octobre 1858.
HoBBEMA (p. 286). Depuis TExhibition de Manchester, la biographie de Hobbema 8*est éclaircie. M. Scbeltema, d'Amsterdam,* a publié en hollandais une brochure dont nous avons
donné la traduction dans la Gazette des Beaux-Arts^ avec le concours de M. De Brou, de Bruxelles. Il en résulte que Hobberaa est né à Amsterdam en 1638, qu'il s*y maria eu 1668, avec Eellje Vinck, de Gorinchem, qu*il demeurait alors sur la Haerlemmer-dijc (digue de Haarlem), que Jacob van Ruisdael assistait au mariage, comme témoin de son confrère et ami, que Hobbema eut de sa femme cinq enfants, que cette femme mourut en ITOd, et que llobbema lui-même né mourut qu'en décembre 1709, par conséquent à l'âge de soixante et onze ans, sur le Rozengracht (canal aux Roses), près du Doolhof (Labyrinthe), dans le même quartier pauvre où était mort Rembrandt, et que lui aussi, comme Rembrandt! fut enterré avec les pauvres. Après ces révélations des archives, on peut encore s'écrier : « Quelle étrange destinée I » Rembrandt et Hobbema, morts pauvres et oubliés I quelle bizarrerie du sort!
MiJTENS etJANSON (p. 351). Nous avons éclairci, autant qu'il a été en notre pouvoir, la personnalité de Daniel Mijtens et la biographie de Janson van Geulen dans le Musée de Rotterdam^ t. II des Musées de la Hollande. On trouve encore de nouveaux renseignements sur les Mijtens dans une curieuse brochure de M. C. Vosmaer, de La Haye : De haagsche schilder* Broederschap (la Gilde des peintres de La Haye).
HoGAKTH (p. 372). La collection dite de Strawberry Hill, où se trouvait t'esquisse du fameux tableau de l'opéra des Beggars, avait été formée, dans sa résidence de Strawberry Hill (Colline aux Fraises), par Horace Walpole, l'écrivain qui a laissé des renseignements précieux sur les arts en Angleterre ; elle a été vendue et dispersée, en 1845 seulement, après la mort de lord Waldegrave, qui l'avait reçue par voie de substitution et qui mourut insolvable. — C'est Walpole précisément qui raconte, t. IV, p. 168, l'anecdote relative à la Sigismunda de Hogarth, dont il est parlé ici aux p. 108 et 374.
Les peintres anglais. Une transposition de noms a fait égarer Benjamin West parmi c la génération qui naissait vers
ia fin du dix-huitième siècle » (p. 399). Benjamin West, quoiqu'il ne soit mort qu'en 1820, fut le contemporain de Reynolds et de Gainsborough. Il était né en 1738, quinze ans seulement après Reynolds et onze ans après Gainsborough. Pour tous ces peintres anglais, rapidement esquissés à propos de TExhibition de Manchester, nous renvoyons au volume de TËcole anglaise dans Y Histoire des Peintres de toutes les écoles. Outre une Introduction et un Appendice, nous y avons donné les biographies de Ramsay, Saodby, Gilpin, Wright, Romney, Runciman, Copley , West, Cosway, Mortimer, Fuseli, Barry, David AUan, Northcole, Reinagle, Smirke, Sir George Beaumont, Sir William Beechey, Stothard, Sir Francis Bourgeois, Sir Henry Raeburn, Blake, Hoppner, Opie, Moriand, Westall, Howard, Owen, Grome, James Ward, Shee, Thomas Phillips, Bird, Thomson, Girtin, Turner, Constable, John Jackson, Callcott, AUston, Edouard et Jean-Jacques Chalon, Dave, Sir William AUan, Uwins, Bumet, Wilkie, Haydon, Hilton, Nasmyth, Harlow, Etty, GoUins, Burnet, Martin, Briggs, Danby, Leslie, Newton, Bonington, Duncan, MuUer et Egg. Les biographies de Hogarth, Wilson, Reynolds, Gainsborough, Lawrence et Wilkie, rédigées précédemment par d'autres écrivains, font partie du même volume, grand in-4o, publié par la maison Renouard.
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