TRILBY, JEANNIE
JEANNTE , tristement.
Fais-loi hePe. . . Hélas ! on ne se pare que dans un jour de fTie. . . et celte journée e&t si Irisle pour moi K. AJéclianl Hoiiald.
Ici T'rîl/fy sort (lu cabinet el se tient an fond.
('5) Air : Pauvre Arondel {de Romagnesi).
Il a chassé, loin de notre chaumière, L'aimable enfant qui charmait mon loisir; Me voir, m'entcntlre était son seul plaisir. Innocemment Trilby savait me plaire; Il m'aimait tant ! et le voilà parti ! Pauvre Tribly !
TRILBY, â part.
Elle me regrette, c'est bon signe.
JEANNIE
Allons, il n'y faut plus songer. . . Dougal m'attend; je vais être sa fiancée, puisqu'il le veut, tâchons d^êlre jolie.
{Elle va sortlp : Trilby s'avance , et la tire légèrement par la robe ; Jeannie pousse un cri ) Ciel î. . . vous ici!. . . se peut-il? et Ton disait. . .
TRILBY
Silence \
JEANNIE
Quoi, maigre le savant Ronald?
TRILBY
Je me moque de lui.
JEANNIE^ naïvement Que vaîs-je devenir, moi qui n'ai pas de paroles magiques !
TRILBY , avec tendresse.
Ne craignez rien I . . . c'est moi qui suis sous le charme.
JEANNIE
Allez- vous en , je vous en prie , on va me conduire au château. . .
TRILBY'
Vous n'irez pas. . . et je ne veux pas de parure, de toilette -, je déchirerais plutôt en mille pièces tout ce qui pourrait vous rendre plus belle encoi'e aux yeux de Dougal. Je le plains , s'il ne vous trouve pas assez jolie comme cela. . . Non, vous ne le suivrez pas, vous ne .--erez pas sa femme.
JEANNIE , émuer
Trilby... vous ne m'avez jamais parlé de la sorte... ne
(24) m'approchez par ainsi... ayez pitié de la pauvre Jeannîe.
TRILBY
Et vous , ne repoussez pas le malheureux Trilby ! lout son pouvoir est soumis à un de vos regards î il n'y a pas de puissance au nioHde capable de me séparer de Jeannie 5 et un mol de toi^ un seul mot ^ peut m'exiler à jamais. Dis , veux- tu mon malheur ?.. ( d'un ton caressant.^ Veux-lu me voir, errant, banni , sans asyle... car si tu me chasses, ma Jeannie... si tu me refuses un petit coin dans ta chaumière, c'en est fait, Trilby s'en ira mourir.
JEANNIE , tiès-émue.
Mourir! que dites vous? d'autres cabanes vous sont ouvertes.
TRILBY
Si je voulais , je pourrais loger dans des châteaux , dans des palais, avec de grandes dames : mais, je ne veux vivre qu'auprès de toi , qu'avec toi.
JEANNIE
Vous êtes un lutin , je ne suis qu'une pauvre paysann e
TRILBY , lui prenant la main . Air •• Lucette est une bergère {bergère châtelaine).
Ah ! dis-moi , Trilby, je t'aime !
Ce mot change mon destin j Oui, Jeannie, à l'instant même , Je cesse d'être un lutin ; Si ma peine t'intéresse , De mes maux amène la fin.
Ah î réponds a mon ivresse ; Ose a\ouer ta tendresse!
Viens donc , viens donc avec moi ,, Mon bonheur dépend de toi.
JEANNIE
Dieu , quel trouble involontaire îS'cmparc de tous mes sens , Céderais -je a sa prière?
Puis-je oublier mes scrmens ?
TRlLRY, //// passant un bras autour de la taille. Je veux entourer ta vie Des ])laisirs les plus enivrans ; Je le jure , o mon amie !
Tout a toi, totU pour Jeannie !
Viens donc , viens donc avec moi , Mon bonheur dépend de loi.
( // wa Venimcncv. On entend une ritournelle), jEANiME , ejjrayèe.
Les voilà 5 ils viennent nie chercher !
Kile court nu fond du théâtre.
TRILBY monte à récJirlle , et se blottit dans le
grenier.
N'oublions pas que je ne suis qu'un simple morlel !
JEANNiE , se retournant.
Eh bien ? ou est-il ? ah ! c'est lini... je ne le verrai plus.