‹ TriplepatteChapitre 17 sur 109 · ACTE PBEMIBR · texte numérisé non relu

ACTE PBEMIBR

un peu plus le monde... Elle est un peu comme son père...

LA BARONNE

. Ça lui viendra, elle a dix-huit ans à peine 1 Elle est ravissante, c'est tout ce que je puis vous dire.

MADAME HERBELIER, minaudant.

Elle est comme les autres, elle est comme les jeunes filles de son âge.

LA BARONNE, avee autorité.

Elle est d'une boûne année. Je m*y connais!

L'année était bonne. Mai^ votre fillette a la palme 1 Sifaitl... Si fait!...

Je suis vraiment désolée, qu'elle aime si peu le monde !... Et d'un autre côté, je me dis que cela vaut mieux pour elle, et qu'elle est moins sensible que moi' à ce qui nous arrive.

Bllo soupire.

LA BARONNE

Qu'est-ce qui vous arrive?

MADAME HERBBLIER.

Toutes les déceptions !

LA BARONNE

Pas possible!... (EUeU fait asseoir près d'elle.) Con«

fiez VOUS à moi !

MADAME HERBBLIER.

Oai, VOUS êtes bonne! (Très émue.) Je suis désespérée... On me tient à l'écart.

dbyGoôgk

34 TRIPLBPATTE

LA BARONNE, poli».

Mais noD, mais uon...

MADAME HBRBELIBR.

Mais si, madame t Et pourtant mon mari est un honnête homme. Sa fortune est loyalement acquise.

Certes I... C'est peut-être pour ça. Ceux qui oot à se faire pardonner se croient obligés d'être plus aimables... Ils se multiplient davantage... Ils font des frais... lU rendent des services à droite et à gauche...

MADAME HERBELIER.

C'est inconcevable qu'il faille tant lutter pour avoir des relations.

LA BARONNR.

Vous en avez beaucoup ?

MADAME HERBELTBR.

Pas autant que je devrais, pas autant! Enfin, chère madame et amie, toutes les déceptions.;. (Tragiquemeat.) Vous savcz notrc malheur de l'exposition des chiens !

LA BARONNE

Qu'est-ce qu'il y a eu de si terrible? Parlez-moi sans crainte ! Je suis votre amie I

MADAME HERBELIER.

Des chiens superbes!... Pas une mention!

LA BARONNE, compatisiTante.

Oh!

▲GTE FUKMISA 85

MADA.MB HBRBELTBa.

ÀoQun journal mondain ne nous cite»

LA BARONNE, mèma jeu.

Oh!.-

MADAME HBAB&LIER.

Hier encore, tous ayez vu le dernier numéro de <E la Maltresse de Maison »?

LA BARONNE

Bh bien?

MADAME HBRBELIBR

Eh bien! M Baude-Boby, quelques semaines avant mon dernier grand dîner, me dit qu'il préparait un article sur les mains des femmes du monde. U me demande une photographie de ma main : j'en envoie neuf. Et ce matin Tarticle parait, sans une photographie, sans même que j'y sois nommée! (Prête à pleurer.) J'ai pleuré, je ne me fais pas plus forte que je ne suis, j'ai pleuré!

Elle fait effort pour retenir ses sanglots.

LA BARONNE

Pauvre mignonne!... Un bonbon? (Elle lui offre un

bonbon et en prend un.) Et le Salut-Père ! Et Ce titre

de comte?

MADAME HBRBBLIER, avee désespoir, en mangeant un bonbon.

n 7 a sept mille demandes t En mettant les choses au mieux, nous en avons encore pour six ans!

Et les Princes? M. Herbelier leur a été présenté, aux Princes ?

9b TRIPLEPATTE

MADAMB HERBBLIER.

Oui! à une chasse d'alTaires organisée par \t baro?) Nephtali. On ^ dit aux Princes : « Monsieur Herh'dier. » Et ç*a été tout. M. Herbelier, vous le corji) lissez 1 Aussitôt présenté, il s'est mis luimême à l'écart, et il s'est amusé à [a chasse autant qu'il a pu, au lieu de rester, comme il aurait dû, daos les jambes des Princes, si bien qu'ils auraient fini par lui parler, par lui dire quoi que ce soit, ne fût-c<3 que « pardon! yren passant devant lui. Et il y a de ces petites cruautés! On a donné du gibier à tous les invités; les Brossard eux-mêmes ont eu des faisans 1 La bouriche de mon mari ne contenait que des lapins f

LA BARONNE

Ça, c'est dur) Mais c'est^ un peu la faute de votre mari.

MADAME HERBELIER.

Il est si contrariant! Il pourrait si bien me seconder; il a de la prestance et'presque grand air; il est beaucoup mieux qie moi... Moi, quand je m'habille, je me fais l'eilet d'être endimanchée, d'être vêtue trop somptueusement, avec trop d'ostentiiion! Et quand je m babille simplen^ent, je n'ai plus l'air de rien du tout !

LA BARONNE

Mais non, mais non, je vous assure, (exu l'examine.) Vous êtes superbe t. .. Vous êtes très bienl... Vous êtes très convenable !

ACTK PREMIER 37

MADAME HERBBLIBR.

Etés-Yous gentille !

LA BARONNE

£t ce n'est pas parce que vous seriez «n peu mieux que vous verriez cesser celte ennuyeuse situation... Non! Ce qu'il vous faudrait, c'est un beau mariage pour votre fille. Seulement qui? Qui? Voilai... Combien est*ce que vous lui donnez, à cette chère petite?

MADAME HERBELIBR. ^

Je crois que^ s'il se présentait un beau parti, M. Herbelier irait jusqu'à quinze cent mille francs...

LA BARONNE

Quinze cent mille francs net?... Pas la rente?

MADAME HERBELIER, avec ampleur.

Pas la rente! Quinze cent mille francs!

LA BARONNE

Je commence par vous dire que si la personne à qui je pense... à qui je pense vaguement... à qui je rêve... accepte d'entendre parler de cela,... elle ne demandera pas le chiffre de la dot. Ça n'entrera pas du tout en ligne de compte... Alors je dirai dent millions.

Deux millions... C'est an chiffre!

LA BARONNE

Justement. Deux millions, c'est un chiffre.

Quinze cent mille francs, c'est tout de suite beîiucoup moins. Si vou^ aioutez cinq cent mille francs

38 TRIPLBPATTK

à quinze cent mille francs, ce n'est rien, tandis que si je retranche cinq cent mille francs de dçiix millions, c'est énorme ! Vous saisissez la nuance ?...

MADAME HBRBELIER, par poUtespo

Oui... (Décidée). M. Herbelier donnera les dem millions... Mais je voudrais bien savoir à qui?

LA BARONNE

Est-ce qu'on peut vous le dire? Je vais vous le dire, parce que c'est vous... Avez-vous entenda parler du vicomte de Houdan ?

MADAME HERBELIER, tout émue.

Houdan? Houdan? Vous parlez sérieusement?

LA BARONNE, pour la calmer*

Voyons ! Voyons 1

Houdan 1 C'est un nom historiquel

LA BARONNE

Autant diret Et si l'histoire ne s'en eccupe pas davantage, o'est que les ancêtres de Robert n'étaient pas des gens à faire parler d'eux.

MADAME HERBELIER.

Mais c'est un rôve que vous m'offrea( làl -

LA BARONNE

C'est l'idéal! Un aimable garfon... Tràs bien ap* parenté... N'exerçant aucune profession.,» Il a tout pour lui t

MADAMS HERBELiBa,

Quel âge?

AtSTK PREMIttR 89

LA BARONNB*

Plas près de trente que de vinq cinq... Il est bien de sa personne sans être un bellâtre... Vous ne Youlez pas pour votre fille d'un bellâtre, n'est-ce pas?... Du reste, il a mieux que ça : il a de la branche!.,. Tenez, je vais vous faire son portrait en deux mots : c'est le véritable chevalier français... le chevalier français moderne... Voulez-vous mon sentiment intime ? Ces deux enfants-là sont faits l'un pour l'autre.

MADAME HBRBSLIBR.

Ils ne se connaissent pas.

LA BARONNB^

Je les connais tous les deux— M'antôrisez-voas à donner un peu d'espoir à mon eandidat?

MADAMB HBRBELtBR,

Il est ici?

LA BARONNB.

Il est ici t Ça vous étonne. Est-ce que je ne suis pas toute-puissante?

MADAMB HERBBLIER.

Vous êtes une fée... Vraiment, c'esTun rével... On obtiendra de Monseigneur Petit-Rouget qu'il bénisse le mariage. Il ne s'y refusera pas... S'il refusait, nous pourrions toujours nous rabattre sur Tarchevôque de Jéricho...

LA BARONNE

Voyons, quand est ce que je présente 1q Vicomte à votre charmante fille? Car enfin... il faut s'être vus avant de s'épouser...

MADAME HBRBBLIBR.

Nous recevons tous 1^ mardis soirs... D'aujour« j'hui en huit?... Mais c'est bien long!

Pourquoi pas aujourd'hui même?

MADAME HERBBLIER,

Il accepterait?

LA BARONNE

Il ne faut pas perdre de temps. Le vicomte est très recherché.

MADAME HBRBELIER, se levant précipitamment.

Mon Dieul s'il allait nous échapper I Vite! Yitel

LA BARONNE

Envoyez une invitation à Thôtel d'Angleterre, Venez avec moi, nous trouverons tout ce qu'il faut pour écrire dans ce petit pavillon. Je vous l'amènerai ce soir, nous le présenterons à votre fille, et nous n'aurons plus qu'à laisser parler les cœurs. Venez vite, ma jolie belle f

Bllaa entrant dans le paTillon.

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