ACTE CINQUIÉMB
LA BARONNE
Qu'est-ce qae Toas me racontez-la? Elle n'a pas de honte à cacher.
BERTRAND d'AVRON.
Vous direz ce que vous-voudrez, ma chère amie. Votre proposition part d'un bon naturel; mais ça m'ennuie un peu de venir demander la main d'une jeune fille juste quinze jours après une affaire eonune celle-là!
LA BARONNE
Allez! allez! je vous laisse aller! Et voilà pourtant comme on écrit l'histoire I Je sais, moi, f.àmme les choses se sont passées. Il est très vrai qu'au dernier moment Houdan — un garçon sur le compte duquel je suis bien revenue '— enfin celui que vous appelez Triplepatte, n'a pas prononcé son « oui »... Mais les gens qui sont au courant vous diront pourquoi : C'est parce qu'il savait très bien que la jeune fille allait répondre : « non ».
BERTRAND d'aVRON.
Oui, madame ! oui, madame ! Racontez ça comme vous voudrez; mais, moi, je connais Triplepatte.
LA BARONNE
Mais moi aussi, je connais Triplepatte 1 Hélas!
BERTRAND d'aVRON.
La seule raison qui aurait pu lui faire dire oui, c^Hait de penser que la jeune fille allait dire non..
LA BARONNE
Vous êtes mieux renseigné que moi!
160 TRIPLEPATTK
BERTRAND d'aVRON,
Et puis, au fond, qu'est-ce que ça fait, ma bonnt amie? Je sais très bien que je ne suis pas un parti merveilleux.
LA BARONNE
Tous I avec votre nom, vos relations..»
Allez, raconter ça à la famille Hefbelier. Je veux bien qu'on en fesse accroire aux autres, mais pas à moi.
LA BAR0NN|
Vous ne savez pas ce que vous valez.
Si ( si ! je suis loin de valoir Houdan. Je n'ai pas ses espérances... Je n'ai pas, à beaucoup près, son chiffre de dettes.
LA BARONNE
Vous n'avez pas besoin de le dire.
Je sais très bien que si cette famille d'éléphants
(mouvement de la baronne) COnsent à m'aCCUeîllir dans
son sein, c'est parce que la jeune personne en question se trouve en ce moment moralement défraîchie par un scandale récent. C'est un peu ce qu'on appelle un solde.
LA BARONNE
Vous, avez des expressions à faire frémir!
BERTRAND d'aVRON.
Frémissez I ne vous gênez pas.
''àCTE CINQUIÈME 161
LA BARONNE
Vous parlez de scandale! mais il n'y a pas de scandale là -dédans; da moment qu'on demande à on monsieur de dire oui ou non, c*est qu*il a le droit de dire nonl... Vous vous trompez, du reste, si vous croyez que la famille en a été affectée...
BERTRAND d'aVRON.
Vous vous donnez beaucoup trop de mal avec moi. Je me rends bien compte, comme vous, qu'il y a là une occasion superbe. et que je serais un niais si je n*en profitais pas.
LA BARONNE
Je n'aurai pas de joie plus chère que d'asiurei TOtre bonheur.
C'est entendu. Allez-y, je marche.
LA BARONNE
Je marche! Vous n'avez aucune poésie!