ARTICLE TROISIÈME
A dater du moment où monsieur sera dans son lit, le feu couvert, la chandelle éteinte, il est expressément requis et stipulé de la part de madame que monsieur ne dira pas un seul mot pendant toute la nuit.
Accordé. Toutefois sous la réserve suivante : les prières et oraisons que pourra faire monsieur.ne seront en aucun cas réputées une infraction au traité.
Il n'y avait dans nos conventions mutuelles d'autre omission un peu marquante que celle concernant les moyens préalables d'exécution, et la manière dont monsieur et madame seraient tenus de se déshabiller pour se mettre au lit. Il n'y avait bien certainement qu'une façon de s'y prendre convenablement.
Je laisse à la discrétion du lecteur le soin de la déterminer, en protestant d'avance que si elle n'est pas la plus correcte de la nature, c'est la faute de sa propre imagination, contre laquelle ce ne serait pas la première plainte raisonnable que je pourrais porter.
Lorsque nous fûmes couchés, soit agitation naturelle, soit insomnie résultant de la nouveauté de ma situation, soit enfin toute autre cause que je ne connaisse pas, il est constant que je ne pus fermer les yeux : j'essayai toutes les positions; tantôt celle-ci, tantôt celle-là. Je pris toutes les postures; je me tournai et me retournai de cent façons, jusqu'à une heure après minuit. Enfin la patience et la nature se trouvant en moi également poussées à bout : « 0 MON Dieu! m'écriai-je.
— Vous avez rompu nos conventions, monsieur, •> me dit la dame.
Je lui demandai mille pardons, et soutins que ce
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n'était de ma part qu'une oraison jaculatoire. Elle s'obstina à dire que c'était une véritable infraction au traité. Je persistai à démontrer que ce cas était littéralement prévu et réservé dans une clause spéciale du troisième article.
La dame ne voulait point en démordre, ni rien céder de ses prétentions ; cela même fut cause que sa barrière se trouva notablement affaiblie, car dans la chaleur de la dispute, j'entendis clairement deux ou trois épingles tomber des rideaux sur le carreau.
(( Je vous donne ma parole d'honneur, madame... » lui dis-je en allongeant le bras vers elle avec le geste de l'assertion.
(J'allais ajouter que pour tout au monde je ne voudrais pas blesser la plus petite loi de la décence.)
Mais la fille de chambre, qui avait entendu la contestation élevée entre nous, et qui craignait que les hostilités ne vinssent à s'ensuivre, sortit silencieusement de son cabinet, et se glissant à la faveur des ténèbres, s'avança si avant dans l'intervalle qui nous séparait qu'elle se trouva en première ligne entre moi et sa maîtresse. Ainsi, lorsque j'allongeai le bras hors du lit, je ne saisis réellement de la lille de chambre que...
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