LE CIEL ÉTOILE
« Mais que sont elles réellement ; que dit-on qu'elles soient ? » me demandait la petite jeune fille. Nous levions les yeux vers les Etoiles, dont les armées splendides palpitaient ce soir là par dessus les pelouses et les arbres.
J'essayai donc d'exposer quelques unes des opinions soutenues sur la nature des astres. Les peuples, tout d'abord, avaient vu en eux de simples lumières, disposées
dans le ciel pour guider leurs pas en l'absence du Soleil; — jusqu'au jour où des sages, habitants des plaines de Chaldée, contemplant le ciel avec des yeux rassis, s'étaient laissés pénétrer par l'idée solennelle que ces feux luisants et silencieux étaient les exécuteurs des décrets de Dieu et les instruments irrésistibles de sa Colère; ils s'avançaient inexorablement dans leurs Demeures célestes, pour assigner fortunes et infortunes à chaque vie de nouveau né des hommes. On croyait donc que, dès le berceau, tout homme avait une grande Etoile qui luttait pour ou contre lui, Formalhaut peut-être, Aldébaran, Altaïr; tandis que les grands Héros et les Princes, plus magnifiquement accompagnés, marchaient à leurs batailles oubliées avec des troupes et des armées de Constellations célestes.
Mais cette noble et vieille idée n'était plus acceptée maintenant ; les Astres n'étaient plus regardés comme des Puissances bienfaisantes ou malignes ; et j 'expliquais que des gens très sérieux estimaient que quelque part, — sans que
l'on pût dire au juste où — , par delà la voûte du ciel, se trouvait la demeure derrière des hommes et des femmes fervents; en récompense de leurs justes opinions jet de leur conduite correcte, ils goûtaient orne éternelle joie et portaient, disposés en couronnes glorieuses, ces diamants de la nuit étoilée. Cette croyance avait été contestée pourtant par les Poètes et les Amants; c'était l'Amour, selon ces jeunes astronomes, qui conduisait le Soleil et Iles Astres; les Constellations étaient de célestes palais, où devaient se rencontrer les gens qui s'étaient adorés, pour y vivre là jamais ensemble après la mort.
Je m'étendis enfin sur les conceptions dernières et sur l'immensité moderne et jréelle de l'inimaginable Ciel. Mais brusquement, la formidable portée de mes paroles submergea mon esprit; je me sentis tomber anéanti à travers le ciel bleu.
Pourtant, durant ces minutes de silence, dans la douce fraîcheur de l'air nocturne, lui frisson de mort ou de néant ne me laça; mais seule passait dans mon être a joie de cette Terre, de cette petite
motte fleurie qui flotte à l,aventure> bien loin par les insondables espaces, avec ses prés et sa Lune.