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Comte Ferrand, Théorie des Révolutions

2. Frédéric Masson, Le département des Affaires étrangères pendant la Révolution, pp. 83 et suiv.

qu'une fine invention de théoriciens et une excuse pour les principaux criminels de l'histoire. Secondement, s'ils avaient succombé à la lutte, ils ajoutaient à leur trépas un autre honneur que celui d'une mort dédaigneuse, élégante et inutile; et ils n'accoutumaient pas l'ennemi de l'intérieur à une trop facile victoire. Il fallait être moins intelligent, peut-être, mais plus entêté; il fallait rester à son poste, je veux dire dans ses idées, avec un acharnement plus dogmatique ; il fallait tout refuser : il ne fallait pas se laisser divertir à ce chant de sirène qu'ont, en divers temps, les nouveautés des rêveurs. Et, aujourd'hui, cette leçon est bonne.

Dans la maison de l'intelligent et faible ministre Montmorin, aux fêtes jolies succédèrent bientôt les inquiétudes et les désastres.

L'Assemblée, avec qui on avait d'abord cru qu'on pourrait vivre, ne tarda guère à devenir gênante. Les ministres, un soir, jugèrent opportun de la transférer à vingt lieues de Paris, à Soissons ou à Compiègne. Ils résolurent d'aller trouver le roi tout de suite, à ce propos. Montmorin ne rentra chez lui que passé minuit, et consterné. Le roi, qui avait chassé, ne dissimula point sa fatigue. Même, il s'endormit. En s' éveillant, il dit, comme évasivement : « Non »; et il se retira... Il recourait volontiers à ce stratagème, de feindre le sommeil, s'il

in TROIS AMIES DE CHATEAUBRIAND

désirait d'éviter une discussion. Cette nuit-là, Montmorin sut définitivement que le roi, très bon, serait difficile à sauver1.

Pauline de Beaumont, que son père adorait2, fut au courant de ses angoisses. Et alors commencèrent pour elle les transes.

Montmorin ne lui confia-t-il pas, bientôt, qu'il travaillait avec Mirabeau?... Il n'avait pas eu aisément raison du dégoût que le personnage lui inspirait. Mais, que faire? Il était, d'ailleurs, assez content du gaillard et lui savait gré de haïr l'Assemblée constituante...

— Il n'est pas plus intéressé qu'un autre, — disait Montmorin, avec une tristesse narquoise; — du reste, je lui donne tout ce qu'il veut. Présentement, il se contente de douze mille livres par mois. Le roi lui a signé des billets pour deux millions cinq cent mille livres, à lui payables dès que son plan contre-révolutionnaire sera exécuté3...

Le 2 avril 1791, terrible aventure : Mirabeau est mort, que Montmorin considérait comme le dernier espoir de la monarchie. Et l'on peut imaginer ce tableau bizarre. : Pauline de Beaumont que désole la mort de Mirabeau. Mais le tribun lui-même, dans les derniers temps, n'avait pas gardé beaucoup de confiance : il annonçait à ses amis que tout cela finirait,

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