Voir Y Appendice (L
chute trop ennuyeuse. Recevez aussi l'assurance de mes sentiments affectueux et distingués. »
C'est affable, mais, pour Hortense, un peu froid. Et elle signe « Hortense »,' ce qui paraîtrait familier, si elle n'adressait sa lettre avec une faute d'orthographe sur l'enveloppe : « Monsieur, monsieur Bayle, rue de Richelieu, n° 71, Paris... »
Le roman parut. Gertrude eut même, à Paris, deux éditions, coup sur coup.
Pour Jérôme comme pour Gertrude, Stendhal fit de son mieux et fut très obligeant. Il tâcha de répandre ce livre et, par exemple, le prêta à Mme Ancelot. Mme Ancelot n'aima guère Jérôme; et elle écrivit à Stendhal : « Voici Jérôme. Je suis désolée de le trouver très inférieur à Gertrude. Il y a encore moins de variété; c'est toujours elle et, comme elle est une exception, l'ouvrage ne peut avoir un succès de vogue, car il ne sympathisera avec personne. Ce n'est pas comme cela que l'on sent et que l'on pense généralement. Tous les personnages du roman ne sont connus que dans leurs rapports avec l'histoire. Ils sont fantastiques, on ne les voit pas. Il n'y a pas assez de réalités dans tout cela. »
Il y avait, dans les œuvres d' Hortense, trop de réalité pour donner le juste sentiment de la vie... Mme Ancelot démêle très bien les défauts de ces livres où se raconte une femme des plus singulières... « Les sentiments sont exaltés et se perdent dans le vague; et, comme le résultat de tous les raisonnements métaphysiques est un fait matériel autan
que possible, cela produit un effet singulier et ôte à l'ensemble tout air de vérité. Vous avez voulu que je vous dise mon avis... Le voilà sur l'ouvrage. Quant à l'auteur, je crois qu'elle est du petit nombre privilégié. C'est une personne supérieure pour l'esprit et pour le caractère; et la fierté qui me semble dominer en elle répare et ennoblit sa position... » C'est bien joliment dit. Mme Ancelot était une excellente personne. Stendhal, qui adorait de donner des surnoms, l'appelait volontiers Ancilla.
Il avait beaucoup de confiance dans le jugement de Mme Ancelot... Mais lui, aimait-il Gertrude?... Aimait-il Jérôme?... Ou bien aimait-il Hortense?... Ou bien était-il, tout simplement, obligeant et gentil? C'est l'hypothèse la plus amusante.
Je me figure qu'à Paris, quand Hortense y fut arrivée, Chateaubriand tâcha de ne pas trop se compromettre. Il s'était compromis bien des fois, et avec désinvolture. Mais, Hortense, — cette aventure-ci demandait un peu de secret. Cette aventure-ci, comme les autres, fut connue et colportée.
Le 25 octobre 1829, Barante écrivait à Rémusat : « Chateaubriand est, généralement, fort découragé...» Découragé, oui, à cause de la politique, qui n'allait pas à son gré. Barante ajoutait : « Il s'est avisé d'être l'amant de Mlle Allart... vous savez qui c'est?... qui cherche à se faire ici une certaine existence et un sa-
Ion de gens d'esprit. Elle vient de Rome, où elle a fait un roman intitulé Jérôme, sur son aventure avec M. Sampayo... »
Bref, on potinait. L'auteur du Génie du Christianisme, le restaurateur de la religion catholique en France, l'ancien ministre, le plus illustre soutien de la monarchie légitime, le représentant du roi de France auprès du successeur de Saint-Pierre, faisait des folies pour une petite femme de lettres!... Et, si Chateaubriand s'amusait, Paris aussi.
Pendant ce temps, imaginons la fine et pieuse Mme de Chateaubriand qui, à l'Infirmerie Marie- Thérèse, fait du chocolat et le vend au profit de ses vieux prêtres infirmes... Et imaginons aussi Juliette qui, dans le salon bleu de l'Abbaye-au-Bois, reçoit les visites les plus élégantes de Paris... Il y a beaucoup de couvents autour des fantaisies galantes de Chateaubriand!... Peut-être Juliette ne sait-elle rien; peut-être encore, entourée de vieux adorateurs qui la plaignent éloquemment, sait-elle tout : mais elle est arrivée à cette résignation qui donne l'air de la sérénité et qui n'est pas exempte de tristesse. Pour Mme de Chateaubriand, depuis le temps qu'elle pâtit, que lui importe, après tout, qu'aux « madames » qui ont excité sa rancune, s'ajoutent maintenant les demoiselles?... Chateaubriand avait organisé autour de lui une sorte de muet désespoir qui était la caution de sa tranquillité.
Un peu cynique, Hortense écrivait, dans Les Enchantements : « Il était tenu, chez lui et dans le
monde, par des liens tyranniques; deux femmes âgées, dont je n'étais pas jalouse, la sienne et une autre... » — L'autre, c'est Juliette! — « le gardaient comme pour moi seule ». Voilà.
Chateaubriand, quelque temps, aima beaucoup Hortense. Et je crois même qu'il l'aima plus qu'il ne se le figurait. Il l'aima, si je ne me trompe, avec un sentiment mélancolique : et la mélancolie était le sentiment qui entrait le plus loin dans l'âme ardente et triste de René.
Au portail de la petite maison qu'habitait à Rome Hortense dans le quartier des Quatre Fontaines, cette sentence était inscrite : Pens alV eternilà. Et René, l'ayant lue, s'écria : « Ah! si j'avais cinquante ans!... » Hortense affecta de plaisanter... « Que n'en souhaitez-vous vingt-cinq?... » demandât-elle, à tout hasard... Et René, songeur, répliqua : « Non, cinquante!... »
Il y a un dessin de Forain, dans la série des Pauvres vieux... Le pauvre vieux, ému de sentimentalité un peu triviale, s'écrie : « Ah! si j'avais encore mes soixante-cinq ans!... » Et, de la sorte, diminuent les exigences.
Chateaubriand appelait Hortense mon ange... Il l'appelait ainsi, comme les autres, et encore ma vie. Il lui offrait de mettre à ses pieds la France, le monde; — et il s'y metlait, provisoirement, avec amitié. U l'appelait aussi mon dernier amour... Il avait appelé « son dernier amour » beaucoup de dames déjà, et qui s'étaient succédé en file ininterrompue. Mais
alors, il voulait leur dire, à tout hasard, qu'il les aimerait durant toute sa vie. Cette fois, mon dernier amour prenait une signification plus grave. Et sur le contraste bien attrayant, mais alarmant, de cette jeunesse en fleur et de sa soixantaine passée, régnait, comme un fronton de temple ruiné sur un parterre de roses fraîches et de roses qui se fanent, l'inscription des Quatre Fontaines, Pens alV eternità!...
Il y pensait, d'ailleurs, le moins possible. Et j'imagine qu'il y pensa de moins en moins, à mesure que s'éloigna la première, vive et troublante impression de son amour. A Paris, les deux amoureux inégaux eurent d'aimables divertissements. Je ne parlerai que de leurs promenades, qui sans doute devinrent bientôt le principal de leurs entrevues.
Ils partaient tous les deux, elle fringante et luî joliment mis et qui avait encore bon pied. Us allaient, par exemple, au Louvre et visitaient les galeries de la sculpture antique. Ils s'arrêtaient devant le buste d'Alexandre le Grand, qui a, remarque Hortense, la tête un peu penchée sur l'épaule. Et Hortense trouvait tout haut que René ressemblait à ce jeune conquérant.
Ou bien ils allaient au Champ-de-Mars. A cette époque, il y avait là des espaces de sable et de terre inculte : René les comparait aux champs romains- Ils rencontraient, dans ce coin de campagne imprévue, une gardienne de vaches qui leur donnait du lait. Elle les connut et les guetta.
Ils cheminaient, en bavardant de mille choses et
Hortense mêlant à ses propos « beaucoup de folies et beaucoup de gaieté ». Un jour, aux Champs-Elysées, ils croisèrent un enfant qui jouait, courait, faisait du bruit... « Amuse-toi, pauvre petit, tu ne sais pas ce qui t'attend !... » lui dit René, — « voulant dire la vie », note l'intelligente Hortense.
Au soleil couchant, la Seine et les lointains d'Auteuil sont magnifiques. René s'asseyait au soleil et disait que, de la vie, il ne demandait plus qu'à s'asseoir au soleil... D'ailleurs, il passa toute sa vie ainsi, à déolarer, avec un sincère découragement, que c'était bien, qu'il ne voulait pas davantage^ et à désirer autre chose, avec une ardente passion.
Quelquefois, il s'attendrissait sur son âge. qu' Hortense oubliait volontiers; et il parlait de sa mort, avec un éloquent chagrin. Hortense note : « Et il aimait de voir mes yeux se mouiller de larmes ».
Hortense lui parlait de la fidélité qu'elle lui garderait. Et René, qui savait comme le cœur est mol et capricieux, lui répondait qu'elle était trop jeune pour employer de ces mots-là. Elle reconnut plus tard la remarquable sagesse de ce doute.
Quand René se sentait un peu libre, ils faisaient de jolies parties. Ils allaient au Jardin des Plantes, alors Jardin du Roi. Le rendez-vous, au pont d'Austerlitz. Grande joie de cette rencontre. Et René souriait, de l'aire le jeune homme. Ils se promenaient quelque temps sous les arbres du beau jardin. Etpuis, ils allaient dîner. Il y avait là un petit restaurant, qui s'appelait l'Arc-en-Ciel. On leur donnait, au
premier étage, un petite salle, pour eux tout seuls. René se montrait heureux, doux et tendre. « Il avait de l'appétit, et tout l'amusait... » Il reprochait à Hortense de ne pas manger... Ils causaient, de tout, littérature, événements politiques, Rome, l'Italie. Et René racontait ses souvenirs d'enfance. Ils parlaient de philosophie, de religion. Et René « riait, heureux de plaire »... Et René demandait du vin de Champagne, afin d'animer un peu Hortense, qu'il accusait de froideur. Alors, grâce au Champagne persuasif, elle lui chantait des chansons de Béranger, Mon âme, La bonne Vieille, Le Dieu des Bonnes Gens. Il aimait cela. Il disait qu'il était, lui aussi, poète et qu'il avait fait des chansons. Et Hortense chantait :
Plaisirs de mon jeune âge, Que, d'un coup d'aile, a fustigés le temps!..;
Il répétait « que d'un coup d'aile a fustigés le temps », et il trouvait cela très beau. Il appelait Hortense « séductrice » et, ajoute-t-elle avec moins de pudeur que de simplicité, « dans cet endroit solitaire, il faisait ce qu'il voulait ».
En ce temps-là, il écrivait les Études historiques, qui sont un livre sérieux. Un jour, à la campagne^ il dicta, et Hortense écrivit : « La croix sépare deux mondes... » Il ajouta : « Je mourrai sur ton sein, tu me trahiras et je te le pardonnerai ».
Il se divertissait ainsi.
De temps en temps, il allait chez Hortense. Et
c'était un de ses plaisirs que cette jeune femme lui lût des pages qu'il avait écrites; — il lui disait qu'il aimait sa voix. Et il aimait aussi les phrases qu'il avait écrites. Le martyre d'Eu dore le faisait pleurer... Et, comme ils avaient l'un et l'autre le goût des larmes romantiques, Hortense continuait de lire. Alors René sanglotait; et, quand Eudore offre son sacrifice pour le salut de sa mère, punie d'avoir aimé ses enfants avec trop de faiblesse, René pensait mourir. Quand il revenait à lui, Hortense lui plaisait plus que jamais. Il lui disait qu'elle était belle; il lui disait qu'il n'avait rien vu de pareil; — et puis il ne lui disait plus rien...
C'est ainsi que Les Martyrs, qui sont un livre de poésie religieuse, aiguisaient la tendresse de ces amoureux et remplaçaient, — quelle aventure! — le Lancelot, tendre et insidieux, qui mit aux bras l'un de l'autre, jadis, Paolo et Francesca.
Telles furent les promenades et les entretiens d' Hortense Allart, jeune et un peu folle, et de René de Chateaubriand, vieux et très fol.
Et puis, mon Dieu, qu'arriva-t-il?... Doit-on penser que les potins prirent plus d'acuité, avivèrent leur menace méchante? Plutôt, imaginons que Chateaubriand, qui n'avait pas le cœur fidèle, fut un peu las d' Hortense. Ah! aussi bien, c'est la faute d' Hortense : Hortense était beaucoup trop gentille, Hortense se donnait avec profusion, ce n'est pas ainsi qu'on garde longtemps un tel infidèle!...
Toujours est-il que René conseilla, un jour, à
HORTENSE ALLART 25g
Hortense de voyager un peu en Angleterre. Il trouva de bons arguments ; il assura que la visite de ce pays était toute pleine de beaux enseignements. Et Hortense obéit.
Même, Hortense lui obéit au delà de ce qu'il voulait. Il ne faut pas lancer une jeune Hortense toute seule dans un pays nouveau pour elle. Cette jeune femme était curieuse et intelligente. Elle avait la passion de comprendre. Mais son procédé, pour comprendre, était la sympathie. Et, bref, pour comprendre la civilisation britannique, elle aima un jeune Anglais. Elle l'aima, comme elle aimait, de tout son cœur qui n'aimait pas le loisir.
Il s'appelait Henry Bulwer Lytton.
C'était en 1830, et au moment de la révolution de Juillet. A quelque temps de là, Béranger,le poète des bonnes gens, écrivait à Hortense : « Pendant toutes nos mitraillades, où étiez-vous fourrée?... Est-ce la peur qui vous a fait fuir à Saint- Valéry?... » Pauvre Béranger!... La peur?... Une dame qui, toute sa vie, exposa son cœur à tous les périls?... Non, Hortense n'avait pas peur. Et elle ne s'était pas sauvée à Saint- Valéry ; mais elle s'y était réfugiée, et avec la tendresse qui l'enchantait alors.
Henry Bulwer Lytton avait tout ce qu'il fallait pour plaire à la jeune Hortense. Il siégeait à la Chambre des Communes, écrivait des livres, avait l'esprit agréable, caustique et voluptueux. Bref, Hortense et Henry allèrent tous les deux passer quelque temps à Saint- Valery-sur-Somme. Et puis,
quand Bulwer Lytton dut retourner en Angleterre, Hortense l'y accompagna. De Londres, elle envoya au journal Le Temps des lettres et, ma foi, relatives au bill de réforme. Elle était très intelligente; et elle dépendait volontiers des personnes qu'elle aimait. Du moment qu'elle aimait un député britannique, son œuvre devait s'en ressentir. Comme elle aima beaucoup de gens, son œuvre n'a pas d'unité.
Puis, elle publia un roman, Sextus ou le Romain des M avertîmes. Elle l'avait commencé à Rome: aussi s'agissait-il d'un Romain. Seulement, elle le termina en Angleterre : aussi la seconde partie du roman trahit-elle l'influence des idées anglaises1.
Et puis, elle publia un deuxième roman, L'Indienne : « on assistait au spectacle de la réforme parlementaire en Angleterre ». C'était, ce roman, — bien entendu, — l'histoire d' Hortense et de Bulwer Lytton. L'amant disait à sa maîtresse ceci, qui est une chose excellente : « Croyez que je vous aime plus que jamais; vous verrez ma tendresse dans tout le cours de ma vie; mais, ce soir, je ne puis m'empêcher de parler à la Chambre!... »
Ainsi, Henry Bulwer Lytton aimait Hortense bien assez pour aller passer quelques jours avec elle au bord de la mer, mais non point assez pour lui sacrifier son éloquence politique. Elle ne se plaignait pas : ce n'était pas sa nature. Et, comme elle aimait les grands hommes, elle ne dçsirait pas de voir
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Hercule, ce héros, filer de la laine à ses pieds. De là, sa patience.
Pendant ce temps, Chateaubriand se livrait, avec une sorte d'amertume orgueilleuse, au dernier et splendide éclat de sa gloire politique. Le 30 juillet, comme il se promenait par les rues en émeute, il arriva près du Louvre. Une fosse était creusée devant la colonnade. On y déposait les morts; un prêtre, en surplis et en étole, disait les prières. Chateaubriand se découvrit et fit le signe de la croix. On le reconnut. On cria : « Vive le défenseur de la liberté de la presse!... » Des jeunes gens le saisirent, le prirent sur leurs épaules et le portèrent en triomphe. Autour de lui, on criait : « Vive la Charte! vive la liberté de la presse! vive Chateaubriand ! » Il répliquait : « Oui, messieurs, vive la Charte! Mais vive le roi!... » On ne répétait pas ce cri. De sorte qu'il sentait que la partie était perdue et que, dans son triomphe merveilleux dont il jouissait abondamment, il y avait la fin de sa destinée. Tout de même, les ovations de la foule lui chantaient aux oreilles aussi bien qu'une douce voix de femme. Car la foule est une femme ; et les grands voluptueux sont aussi les grands ambitieux.
Il est certain qu'en de telles circonstances Hortense, dont il n'avait pas besoin, l'aurait plutôt gêné. Mais, quand ce fut fini, quand la foule fut rentrée chez elle et quand eut commencé le nouvel état de choses où il n'y avait pas de place pour le défenseur de la légitimité, — alors, Chateaubriand, trop seul,
se souvint d' Hortense, qui était loin; et il détesta cette aventure. Il n'ignorait certainement pas Bulwer Lytton; non, Hortensc était trop sincère et naïve de cœur pour le lui cacher. Il eut tout le chagrin possible.
Et Hortense revint. Alors, il admit qu'en effet une si jeune femme ne pouvait pas « embarquer sa vie sur un vieux vaisseau naufragé »... Le vieux vaisseau se résigna comme il put, bouda quelque temps, pardonna et, de nouveau, invita Hortense à dîner.
Hortense fit ses conditions. Elle exigea que Chateaubriand donnât « sa parole de chevalier de Saint- Louis » et s'engageât à respecter la « vertu », — comme elle disait, la petite folle! — la vertu de cette amie ancienne.
Au mois de mai 1831, après avoir donné toutes ses démissions, sa démission de pair de France, sa démission de ministre d'Etat, après avoir résigné ses pensions, abandonné ses droits, ses privilèges, ses titres, son pain quotidien, après avoir vendu ses meubles, car il n'avait plus ni argent ni revenus, Chateaubriand, qui n'était pas fidèle en amour, mais qui l'était en politique, partit, avec Mme de Chateaubriand, pour Genève. Il s'en allait, homme d'autrefois, qu'ont chassé des ambitions nouvelles. Son départ est beau.
Mais, avant de partir, il écrivit à Hortense : « Je pais demain à la première heure... Je pars presque heureux de je ne sais quel charme qui s'attache à
votre singulier génie et de je ne sais quel espoir que vous m'avez laissé... Vous serez ma dernière muse, mon dernier enchantement, mon dernier rayon de soleil. Donc, point d'adieu. Je mets mon âme à vos pieds... »
Il avait déjà mis aux pieds d'Hortense la France et puis le monde. Son âme., c'était mieux encore... Mais on aurait tort de rire, car tout cela, et les circonstances et les sentiments, cette tristesse voluptueuse où il y a de l'amour et de la mort, tout cela est pathétique.
Un peu plus tard, il lui écrivit encore : « Si vous saviez combien je suis triste! Vous souvient-il que je vous écrivis du haut des montagnes et que ma lettre alla vous chercher sur votre passage? Je vous écris encore sur les chemins du monde; toujours errant, toujours vous me retrouverez... Ma vie n'est qu'un accident; je sens que je ne devais pas naître : acceptez de cet accident la passion, la rapidité et le malheur. Surtout, répondez-moi. Écrivez-moi de ces lettres qui réchauffent, comme vous m'en avez tant écrit aux premiers temps de notre amour. Que je me sente encore aimé, j'en ai si grand besoin! Je vous donnerai plus dans un jour qu'un autre dans de longues années!... »
Que cela est poignant!... Et comme on n'a plus envie de rire à propos du vieillard mélancolique et amoureux, amoureux de l'amour et qui n'avait pas épuisé son désir d'une vie toute frémissante!... Je vous donnerai plus dans un jour... Il sentait son âme
fervente et son'esprit tout plein de pensée chaude; son prodigue génie le tourmentait.'
Après le départ de Chateaubriand pour l'exil volontaire, la jeune et belle Hortense revint à Bulwer Lytton, que d'ailleurs elle n'avait pas abandonné tout à fait. Et elle travailla; elle écrivit des livres encore, des livres inutiles, mais où elle mettait son ardeur. Cependant, elle n'oubliait pas Chateaubriand ; et même, elle veillait à la gloire de ce grand homme.
Il eut toute sa vie cette chance, et dont il abusa peut-être, que de gentilles femmes se soient occupées avec soin de sa renommée. Lorsque, jeune attaché d'ambassade à Rome, auprès du cardinal Fesch, il commettait de périlleuses maladresses, Pauline de Beaumont retardait son départ pour le Mont-Dore, afin d'arranger à Paris tout cela. Plus tard, quand il était ambassadeur auprès du Saint-Siège, Mme Récamier travaillait à faire agréer le Moïse par un directeur de théâtre. Cette fois, quand il se fut exilé devant la monarchie de Juillet, la judicieuse Hortense comprit que cet éclat certes avait été brillant et magnifique, mais que le bruit n'en durerait pas et qu'on oublierait l'exilé. Elle eut donc soin d'organiser la popularité de l'absent. Elle y dépensa un art généreux.
La popularité, seul pouvait la donner l'homme le
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plus amplement populaire de l'époque : Béranger. Gela, aujourd'hui, étonne, si nous essayons de relire les chansons de ce poète imparfait. Mais il était le héros populaire de l'heure; et les poètes, les vrais, les Lamartine, les Hugo, les Chateaubriand, s'inclinaient devant sa cordiale renommée.
En 1830, Béranger, qui avait cinquante ans, et Chateaubriand, qui en avait soixante-deux, ne se connaissaient pas. Seulement, ils connaissaient tous les deux Hortense. Il n'en fallut pas davantage pour les réunir, le moment venu. Elle était affectueuse et habile à créer de bonnes relations entre les gens qu'elle aimait : et elle aimait presque tout le monde. Il ne lui suffisait pas d'aimer les grands hommes : elle voulait encore qu'ils fussent les meilleurs amis du monde. Son chef-d'œuvre fut, peut-être, de lier Béranger avec Lamennais. Mais elle a dépensé beaucoup d'ingénieux dévouement à obtenir que Béranger fût l'ami de Chateaubriand, Chateaubriand l'ami de Béranger, et Sainte-Beuve l'ami de ces deux-là. Pour Sainte-Beuve et Béranger, voici comment elle sut s'y prendre. Le 22 octobre 1842, elle écrivit à Sainte-Beuve : « Je reçois de Béranger une lettre dont le post-scriptum est : Mes amitiés à Sainte-Beuve, que je voudrais bien voir. Il me parle, dans sa lettre, des beaux esprits du temps, au nomurc desquels il vous met, je crois, et qu'il f^dce-iort audessus de lui. » Je crois est délicieux Hortense, évidemment, prenait cela sous son uonnet, sous son léger bonnet quï^ tant de fois, par-dessus les mou-
lins, s'était envolé. Il plaisait à Hortense d'inventer que Béranger n'estimait personne autant que Sainte-Beuve; et, quand elle écrivait à Béranger, soyons sûrs qu'elle affirmait avec un égal entrain la déférante admiration de Sainte-Beuve. Ainsi, elle n'avait pas le cœur déchiré.
Hortense n'était, pour Béranger, qu'une amie, je crois. Mais quelle amie trop bonne et indiscrète! En 1834, comme Béranger n'était pas riche, elle imagina d'ouvrir pour lui, sans le consulter, une souscription publique. Le chansonnier se fâcha : « En vérité, ma chère Hortense, ce n'evt pas de vous que je me serais attendu à avoir jamais pareil désagrément!... » Il ajoutait qu' « on peut être chansonnier et avoir pourtant une certaine pudeur ». Sans aucun doute! Mais Hortense n'écoutait que son cœur.
Une autre fois, en 1829, c'était Hortense qui avait eu, si étrange que cela paraisse, une « certaine pudeur ». Oui, un vers, dans la fameuse chanson du Grenier, l'avait choquée. C'est à propos de Lisette :
J'ai su depuis qui payait sa toilette!...
Avec une sorte de pitoyable candeur, le chansonnier se disculpa, et Lisette, comme il put. Il écrivit à Hortense : « Ah! ma chère amie, que nous entendons l'amour différemment!... Vous avez donc une très mauvaise idée de cette pauvre Lisette? Elle était cependant si bonne fille! si folle! si jolie!... Eh! quoi, parce qu'elle avait une espèce de mari qui
prenait soin de sa garde-robe., vous vous fâchez contre elle! Vous n'en auriez pas eu le courage, si vous l'aviez vue alors. Elle se mettait avec tant de goût, et tout lui allait si bien!... » Comme c'est gentil, comme c'est un peu dégoûtant, le Béranger!...
Il argumente : « D'ailleurs, elle n'eût pas mieux demandé de tenir de moi ce qu'elle était obligée d'acheter d'un autre. Mais comment faire? Moi, j'étais si pauvre. La plus petite partie de plaisir me forçait à vivre de panade pendant huit jours, panade que je faisais moi-même, en entassant rime sur rime et tout pleirr de l'espoir d'une gloire future. ' Ecrit-il assez mal, ce Béranger!... On dirait qu'il cherche les mots inutiles qui pourraient alourdir encore un peu ses phrases, ou les rendre plus niaises; et il les trouve, ceux-là, il les trouve!..- L'espoir d'une gloire future, oui, et le regret d'une gloire passée, et la jouissance d'une gloire présente; — enfin, quelle horreur !
Puis il raconte qu'à évoquer seulement cette « riante époque » de sa vie, ses yeux se mouillent de « larmes involontaires »... Involontaires!... Làdessus, il affirme que la jeunesse est « une belle chose », et la vieillesse « un âge si déshérité et si pauvre ». Ah! il a des idées!...
Et, naïf d'une façon presque charmante, il donne à Hortense des conseils dont elle n'a pas besoin : « Aimez et laissez-vous aimer... » Et puis : « N'aimez pas avec votre tête; arrivée à mon âge, vous n'oseriez pas regarder en arrière, car vous ne seriez sui-
vie que par les squelettes de vos illusions. Matérialisez un peu plus l'amour que vous ne l'avez fait jusqu'à présent. Il me semble que cela est aussi nécessaire aux femmes qu'à nous. Ce dernier petit bout de lettre est assez bien. Voilà, en effet, des opinions à répandre. — mais prudemment : — et Hortense savait tout cela.
Quand elle était à Florence, vu que Mareus venait de naître, elle connaissait déjà Béranger. Et Etranger lui écrivit un jour. — nous n'avons pas la lettre d'Hortense., mais, à la réponse de Béranger. on la devine : — i .Vous ne voulez plus élever d'enfants: ce sont des hommes qu'il vous faut. Je vous en souhaite... Mais soyez moins difficile dans vos recherches : ne demandez pas tant de vertu, pas tant de gloire. Contentez-vous de beaucoup d'amabilité, de beaucoup de bonté, de beaucoup d'attachement, et surtout de beaucoup de jeunesse. "\ ous êtes en droit d'exiger tout cela: d'ailleurs, tout le reste ne vaudrait pas la peine que vous prendriez à courir après, i Ce ton de patriarche un peu mol ne persuada pas Hortense : elle aimait les grands hommes. Mais Béranger n'était-il pas un grand homme? Oui: car. deux mois plus tard, il écrivait à cette dame qui l'appelait : t Je n'oserai jamais aller dans ce pays. Toutefois, une chambre dans votre appartement aurait bien de l'attrait... Je finirais par croire à l'exécution de ce beau projet de mariage qui nous a tant amuses un soir. En y réfléchissant bien, je ne sais s'il n'y a pas de votre part un
peu d'insolence à penser à me loger aussi près de vous. Vous me trouvez donc bien vieux?... » Puis, il accorde qu'il est vieux : ce n'est pas tant l'âge que — rions un peu — « la nécessité de réfléchir constamment... » Pauvre Béranger! Comme il prit au sérieux sa littérature! D'ailleurs, ses contemporains s'y trompèrent, ainsi que lui. Enfin, le voici « vieilli de bonne heure », avoue-t-il... Et « adieu, séductrice!... » Il n'alla point à Florence; il fut timide et circonspect.
Quand Hortense fut de retour à Paris, pour Chateaubriand qu'elle aimait, elle ne manqua pas d'aller voir Béranger, qui était alors à la Force. Et bientôt, ayant renoué des relations amicales, elle s'occupa d'utiliser Béranger pour Chateaubriand. Elle lui écrivit. Afin de le séduire à son idée, elle lui dit. avec entrain, tout le bien que pensait de lui M. de Chateaubriand. Sans doute, en souriant un peu, songeait-elle à ces desserts de l'Arc-en-Ciel, où l'auteur du Génie du Christianisme lui chantait Le Dieu des Bonnes Gens... Donc, Chateaubriand admirait Béranger. Celui-ci, assez fin, ne s'y trompa guère; modeste, il devina qu' Hortense prêtait ses opinions à l'illustre écrivain. Cependant, il professa qu'il avait les plus grandes obligations littéraires à ce grand homme dont il subissait l'influence. Quoi? Béranger, l'influence de Chateaubriand?... N'importe. Et l'on aime à se représenter les deux amoureux d'âge inégal, Hortense et René, lisant à l'Arcen-Ciel, la lettre maligne et modeste de Béranger.
Nouvelle lettre d'Hortense. Et Béranger de répondre : « Savez-vous que je commence à vous croire? Ne poussez pas trop loin les preuves, car j'en perdrais la tête de vanité. Quoi! l'humble chansonnier obtiendrait le suffrage de l'auteur des Martyrsl Chateaubriand saurait par cœur quelquesuns de mes refrains! Quelle gloire pour la chanson!..» Séduction! Béranger résistait un peu. Une chanson pour Chateaubriand? Le politique les séparait... Ah! quand il n'y eut que la politique à vaincre, les choses s'arrangèrent. Qu'est-ce que la politique, lorsqu'on est flatté? Déjà Béranger prenait confiance en lui-même ; il louait ses « meilleures chansons », le « faire qu'il y mettait » et le « long travail » qu'elles lui coûtaient.
Il y eut un échange de politesses délicieuses et très comiques entre l'auteur du Génie du Christianisme et l'auteur du Dieu des Bonnes Gens. Chateaubriand voulait une chanson; et il était, à cette fin, pourvu de complaisance.
Un beau matin du mois d'avril, l'ami d'Hortense frappait à la porte du chansonnier, qui l'accueillait ie mieux du monde. Et il lui offrait de le présenter à l'Académie; puis, gentiment, il le priait de chanter Le Juif errant. Béranger, ravi, écrivait le jour même à Hortense : « M. de Chateaubriand sort de chez moi... Non, je ne dois pas être de l'Académie, quoi que M. de Chateaubriand en puisse dire... Je lui ai chanté Le Juif errant) il a bien voulu que je le lui répétasse, Il m'a paru en être très content.
J'en suis bien aise, car j'aime cette chanson. » Tout Paris connut cette visite que Le Génie du Christianisme avait faite au Dieu des Bonnes Gens. Tous les journaux la racontèrent et la commentèrent. Qui donc l'avait révélée? Qui donc?... Chateaubriand écrivit à Béranger : « J'avais lu comme vous les articles des journaux. Loin de me trouver offensé que l'on croie que j'ai cherché le premier un homme de votre talent, je le tiens à grand honneur... » Sans doute! Et l'on peut croire qu'autrement ni les journaux ni le public n'auraient rien su... A grand honneur et à grande commodité!... Et l'on peut croire qu'autrement l'ami d'Hortense ne se fût pas dérangé1.
Quelques jours après la visite, Chateaubriand écrit à Béranger : « Je suis aussi vieux que votre admirable Juif, errant ; — malheureusement, je ne puis plus courir comme lui et je ne serai pas chanté par vous!... » Béranger feignait de ne pas comprendre ; et il faisait le modeste, pour se débarrasser de la commande.
Cependant, il allait voir Chateaubriand. Chateaubriand déclarait son intention de quitter la France. Béranger combattait cette idée. Et, brave homme, il s'attristait de l'état où il trouvait le grand homme : « La France n'aura-t-elle pas à rou-
1. Les relations amicales du rénovateur de la religion chrétienne et du chansonnier firent un peu scandale. Chateaubriand raconte, dans les Mémoires d'outre-tombe, qu'un vieux chevalier de Saint- Louis lui écrivit : c Réjouissez-vous, monsieur, d'être loué par celui qui a souffleté votre roi et votre Dieu. »
gir, de laisser un pareil homme en proie au besoin? » Le 16 mai 1831, Chateaubriand partit pour la Suisse. Il s'en allait sans plaisir; il s'en allait pour qu'on le rappelât : un peu de sincère cabotinage ne le dépare pas. Qui l'eût rappelé assez fort pour que cette voix se fît bien entendre, non de lui qui était tout oreilles, mais de la France, qui serait censée avoir elle-même poussé ce cri? — Béranger!... Bref, il fallait décidément une chanson. Or, la chanson ne venait pas. Béranger la trouvait difficile à faire, — gênante, à cause de la politique. Un citoyen très populaire ne risque pas à la légère sa popularité précieuse. Alors, Béranger n'en finissait pas. Chateaubriand le pressa : « Eh! bien, monsieur, ma chanson? Je pars; si vous voulez que je revienne, il faut que j'emporte vos ordres. Il faut aussi que je vous réponde, et j'ai besoin d'avoir sous les yeux mon acte d'accusation. Hyacinthe... » C'est Hyacinthe Pilorge, le secrétaire... « Hyacinthe est chargé de vous faire mes sommations respectueuses et de réclamer mon trésor. Si je ne vous revois pas, monsieur, recevez jusqu'à mon retour mes remerciements et mes admirations aussi vives que sincères. »
René parti, Hortense mit tout son cœur, qu'elle avait si actif, à obtenir la chanson. Elle secoua le génie paresseux de Béranger, elle eut raison de ses craintes. La chanson fut terminée au mois de septembre. Voilà comme Hortense était serviable et ingénieuse. Certes, ce n'est pas ainsi qu'elle prenait le
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cœur des grands hommes; mais elle le retenait ainsi. Et quel symbole de ses doubles qualités dans le titre qu'elle a donné au roman de sa vie : Les Enchantements de Prudencel...
Quand la chanson fut terminée, Chateaubriand languissait à Genève.
La chanson est « sur l'air ÏÏOctavie » et commence de cette façon :
Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie, Fuir notre amour, notre encens et nos soins? N'entends-tu pas la France qui s'écrie : « Mon beau ciel pleure une étoile de moins »?...
C'est mal écrit; mais l'idée est bonne...
Où donc est-il? se dit la tendre mère, Battu des vents que Dieu seul fait changer, Pauvre aujourd'hui comme le vieil Homère, Il frappe, hélas! au seuil de l'étranger!...
Etc.. Chateaubriand répondit. Sa lettre est datée de Genève, 24 septembre 1831. Elle parut dans Le National du 26 octobre : « Enfin, monsieur, les organes de l'opinion, presque tous les journaux ont témoigné de mon absence des regrets dont je me trouve singulièrement honoré. Votre éloquence prodigue fée, vient à son tour orner de fleurs et diamants non pas mon vieux trône, je n'en ai point, mais mon vieux bâton de pèlerin; comment serais-je invulnérable à la flatterie d'une muse qui a dédaigné de flatter les rois? Quand cette muse me somme d'un
prompt retour, je me sens très disposé à la suivre dans son temple, c'est-à-dire dans ma patrie »... Que cette aventure est bien combinée!... Mais Chateaubriand avait un si grand désir de revoir Paris qu'il revint, avant même que Le National eût imprimé sa lettre.
Et puis, le 16 juin 1832, comme la duchesse de Berry venait d'apparaître en Vendée, Chateaubriand, avec Hyde de Neuville, Fitz-James et Berryer, fut arrêté. Il subit quatorze jours de prison préventive; et ensuite on le remit en liberté.
Le très bon Béranger, certes, alla le voir dans sa prison: et Hortense reçut, de ce chansonnier magistral, une amusante lettre. Béranger trouvait le prisonnier « bien enfant » et s'écriait : a Bon Dieu! qu'il a besoin de gloire et de bruit! Du reste, il est toujours fort spirituel et fort aimable. Mais il ne devrait pas écrire si souvent dans les journaux. Sa première lettre, datée de la prison, le met dans la nécessité, pour être conséquent, de sortir de France, à présent que le voilà libre. Heureusement, les inconséquences ne lui coûtent pas!...1 »
C'est drôle; et même, c'est assez spirituel. Cependant, Chateaubriand, conséquent cette fois, partit. Il retourna en Suisse, où Mme de Chateaubriand, avec Mme Récamier, — mais oui ! — devait le rejoindre. Et, avant de partir, il alla encore dîner un soir avec Hortense, à l'Arc-en-Ciel, dans le qutrtier du Jardin des Plantes.