RUE PIERRE-SARRAZIN, N
Droit de tradaotioo rétervé
Mon cher Lequeux,
Je ne prétends rien dissimuler de ce que je dois, pour cet ouvrage , à votre utile concours. En vous le dédiant, je ne fais que vous rendre ce qui vous appartient.
Votre collaborateur et ami,
P. GÉRARDY SaINTINE.
Nous avions quille Alexandrie à six heures du soir ; le surlendemain, au lever du soleil, je monte sur le pont, j'aperçois devant moi, à une lieue de distance environ, une côte horizontale au milieu de laquelle fait saillie un monticule arrondi. C*est Jaffa, et les passagers ont déjà fait leurs préparatifs pour le débarquement.
Enfin, nous mouillons dans la mauvaise rade de Jaffa ; devant nous, la mer se brise en
écumant sur un banc de roche à fleur d*eau qui sert de môle à un petit port ensablé; des barques arabes, lourdes et disgracieuses, accostent le paquebot et nous offrent leurs services. Ce n'est pas une petite affaire que de s'y installer avec ses bagages; chaque lame les écarte de l'échelle, tantôt les soulevant jusqu'au milieu du pont,, tantôt les faisant plonger comme pour les cacher sous la quille du navire. Pourtant nous finissons par prendre place dans une de ces grossières mahonnesy plusieurs pèlerins et moi ; quatre rameurs nous dirigent vers l'étroit passage que laisse le banc de rochers, et, dix minutes après, nos pieds se posent sur la terre ferme, qui est ici Terre-Sainte.
Jaffà. — Persée. — Du monothéisme. — Lydda.
Ramleh.
JafiFa est bâtie en amphithéâtre sur un mamelon sablonneux, qui domine à l'est la mer, et à l'ouest des jardins, ou plutôt des vergers, couverts d'une végétation riche et touffue :
l'oranger, le citronnier, le grenadier, plantés sans ordre et sans alignement, y confondent leurs rameaux chargés à la fois de fleurs et de fruits. La ville est entourée d'une enceinte crénelée où quelques petits canons de bronze se chauffent au soleil ; sur la partie la plus
élevée du monticule se dresse une forteresse ronde, surmontée du pavillon ottoman. Les rues sont étroites et singulièrement sales; les bazars n'offrent rien de remarquable, sinon pour le voyageur novice qui n'a encore aucune idée de l'Orient réel.
Jaffa est une ville toute de souvenirs. Elle doit, dit-on, à Japhet son nom de Jaffa; c'est déjà une antiquité fort respectable, et cependant Pline * en fait remonter la fondation aux temps antédiluviens. La tradition, d'accord en cela avec lui, y place la construction de l'arche par Noé. A ce sujet, on lit dans un manuscrit du quatorzième siècle, le Voyage du sire de Mandéville : « Sachez que Jaffa est la plus ancienne ville du monde, car elle fut fondée devant le déluge. Noé est en corps sépult en la roche où les chaînes de fer attachées, dont un grand gayant, qui eut nom Andryomédas, fut mis en prison par les fils de Noé; duquel gayant, l'os d'une de ses costes a 40 pieds de lonc. »