Jean, XIX, ^1, 42.— 2. Lamartine
VEcce Homo, — L'hôpital des chevaliers de Saint-Jean. L'église de la Résurrection. — Le feu sacré.
Je n'ai pas voulu interrompre par des récits étrangers la marche du grand drame qui vient de se dérouler sous nos yeux; je vais ajouter maintenant quelques notes sur les monuments devant lesquels nous sommes passés sans les examiner.
Les auteurs ont fait de nombreuses dissertations tant sur la disposition du palais de Pilate que sur l'existence et le but de TArc actuellement appelé Ecce Homo ; l'examen des
lieux, renouvelé dix fois, vingt fois, cent fois, ne m'a pas encore permis de me former une opinion arrêtée; je crois cependant devoir signaler une récente découverte qui présente quelque intérêt au point de vue archéologique. Dans les travaux de déblaiement entrepris le long du pilier septentrional de TArc dit Ecce Homo, on a trouvé, s'appuyant sur ce même pilier, un second arc en pierres anciennes ; il est seulement moins élevé et plus étroit que celui qui traverse la rue ; les ornements des corniches sont d'ailleurs identiquement les mêmes. Une simple inspection de ces arcs suffit pour démontrer leur origine commune, et faire supposer que, pour l'harmonie, le grand arc avait, s'appuyant sur son côté méridional y un autre arceau de même dimension que celui dont nous venons de parler. Cette idée me semble d'autant plus juste qu'en visitant le couvent de derviches situé au sud du grand arc, j*ai réconnu l'existence d'une ancienne chapelle latine dont la courbe de la voûte rappelle en tous points celle de l'arceau septentrional.
J'ajouterai de plus comme renseignement que la base du pilier nord, mise à jour, est de beaucoup inférieure au milieu actuel de la rue, et concorde parfaitement avec celui du pavé de mosaïque trouvé à la chapelle de la Flagellation, n faut donc reconnaître que, depuis Pilate, le sol de cette rue a subi de grands exhaussements.
On a trouvé aussi une pierre usée sur laquelle s'aperçoivent les traces d'une ancienne inscription de deux lignes. J'ai cru y reconnaître les lettres.... OAAI.... Ne serait-ce pas là l'inscription signalée par Bonifacius (Le perenni cultu), rappelant les paroles de Pilate: Tolky toile, crucifige eum?
Retournons maintenant dans la petite ruelle que nous avons déjà traversée et qui nous a conduits sur le parvis de l'église de la Résurrection. Au commencement du onzième siècle, les chevaliers de Saint-Jean se bâtirent là un grand couvent dont on voit encore le portail assez bien conservé, ainsi que quelques belles ruines de la chapelle autrefois placée sous l'invocation de Sainte-Marie la-
line. C'est en face de ce monument que les drogmans hiérosolymitains placent les ruines de la prison de saint Pierre. Je ne puis accepter leur version par les raisons que j'ai données précédemment.
Le parvis de l'église de la Résurrection a environ vingt mètres carrés de superficie. Il devait être fort beau, alors que dégagé des couvents qui l'étreignentS il donnait entrée dans la maison de Dieu par un portique majestueux que soutenaient d'élégantes colonnes. Aujourd'hui, il n'en reste plus que quelques chapiteaux bien conservés dont le style rappelle celles de la chapelle de Sainte-Hélène.
La petite mosquée qui s'élève en face de ce parvis a sa légende. On raconte qu'après la prise de Jérusalem par Saladin, on proposa à ce conquérant de faire sa prière au saint tombeau. L'usage était de convertir immédiatement en mosquée tout endroit où le chef
1. Dans le couvent cophte, on voit une citerne remarquable par sa dimension et par les gracieuses colonnes qui en soutiennent la voûte. Elle est connue sous le nom de Sainte-Hélène.
de rislam s'était agenouillé. Aussi Saladin xefasa-t-il généreusement l'offre qui lui était faite. Ne voulant pas cependant s'éloigner du tombeau du prophète Jésus, sans le remercier de sa victoire, il donna aussitôt l'ordre d'enlever des immondices qui se trouvaient près du parvis, et se prosternant, il adressa un namaz (prière) à l'Éternel. Depuis, on construisit, en souvenir de ce fait, la mosquée dont nous venons de parler.
L'histoire du saint Sépulcre est pour ainsi dire celle de Jérusalem; depuis sa construction par Constantin, l'église a suivi les vicissitudes de la malheureuse dté. Le désir de renfermer dans son intérieur le plus de sanctuaires possible a fait sacrifier la régularité du monument, qui est recouvert de deux dômes byzantins et d'un clocher en ruine, ajouté sans doute par les croisés*. L'agglomération de maisons ou couvents groupés à l'entour lui ôte actuellement tout caractère
1. Pour la partie archéologique, consulter le savant ouvrage de M. de Vogué.
9k TROIS ANS EN JUDÉE.
architectural. On y pénétrait jadis par trois portes. On voit les traces de Tune d'elles dans la rue adjacente à l'ouest ; les deux autres se trouvent sur le parvis même; celle de gauche reste seule ouverte. Ces portes offrent l'union harmonieuse de l'ogive au style byzantin.
La propriété de ce bâtiment appartient au sultan, qui en laisse jouir, comme usufruitières, les différentes communions chrétiennes, sous la garde des mutev\relli du Wakouf.
L'approche du temple est formellement interdite aux juifs. Si l'un d'eux osait s'aventurer même sur le parvis, il risquerait d'être tué par les habitants, chrétiens ou musulmans; les uns et les autres leur reprochant encore aujourd'hui la mort de leur Dieu ou de leur grand Prophète.
L'église de la Résurrection renferme de nombreux sanctuaires; pour n'en oublier aucun, je vais adopter l'ordre dans lequel les visite chaque jour la procession des Pères franciscains.
Partant de la chapelle latine de la Sainte- Vierge, elle s'arrête :
Devant Taulel de la Flagellation* On y voit, derrière un grillage en.fer, une partie de la colonne à laquelle Notre-Seigneur était attaché lorsqu'il subit ce supplice dans le palais de Pilate.
Après avoir passé sous la nef de gauche, appelée les Arceaux de la Vierge^ on arrive à la prison où Notre-Seigneur aurait été renfermé pendant les préparatifs du crucifiement. Elle appartient aux Grecs.
Sous la voûte circulaire qui forme l'abside, est l'autel de Saint-Longin , ainsi désigné parce qu'il couvre la grotte où se retira , jusqu'à sa conversion, le soldat /«i/'Longin, qui perça Notre-Seigneur de sa lance. On prétend que l'inscription de la sainte Croix y a été conservée quelque temps.
Juste à l'extrémité de l'abside, on trouve la chapelle de la Division des Vêtements^.
Descendant ensuite un escalier de vingthuit marches, on arrive à la chapelle arménienne de Sainte-Hélène. C'est à cet endroit