Silloa missio, Lyranus
le phénomène se produit plus lard et dure quelques jours à peine, on peut prédire à coup sûr une moisson insuffisante. L'eau ne sort pas du réservoir lui-même, mais fait éruption en bouillonnant, d'un trou dans le sol, à cinquante pas plus bas dans la vallée du Cédron. Ce torrent fameux existe alors en réalité, roulant des flots jaunes assez puissants et assez rapides pour faire tourner un moulin.
L'apparition de la source temporaire est uîie véritable fêle. Les paysans de Siloô y remplissent des cruches qu'ils vont p<fiier en ville aux personnages de distinction, et reçoivent en échange de la bonne nouvelle quelques piastres de Backhchich,
Alors commencent les promenades, les parties de plaisir, les repas au Bir-Ayoub ; des cafés s'y improvisent; les échos du Ouad-mnar retentissent du bourdonnement des doumdoum, mêlé au glouglou d'innombrables narguiléhs : hommes et femmes passent des journées complètes dans les réjouissances; jubilation bien naturelle, divertissement d'au-
tant plus apprécié qu*il est plus rare et passe plus vite : on regarde couler l'eau.
La première fois que j'allai contempler le phénomène, je crus naïvement pouvoir me l'expliquer par l'abondance des pluies. Les ruisseaux nombreux des rues de Jérusalem ne se déchargent point hors de la ville ; tous convergent naturellement dans la partie la plus basse, et versent leur tribut dans de grands égouts qui se perdent sous la mosquée d'Omar. Il est à croire qu'il se trouve sous l'assiette de l'ancien temple de vastes cavités où les eaux pluviales se réunissent ; et lorsqu'elles sont entièrement remplies, un conduit naturel, qui fait office de siphon, s'amorce da trop-plein des eaux et vient les verser dans la vallée en débouchant à Bir-Ayoub. Cette explication me satisfaisait assez ; mais un jour, en causant avec un vieux cheikh de mes amis, j'en entendis une bien plus irréfutable :
« Nous savons tous que le Haram-Chérif est gardé nuit et jour par un piquet d'honneur de soixante-dix mille anges, toujours présents dans ce sanctuaire révéré. Or, par un décret
du Très-Haut, tandis que celte garnison céleste veille en priant sur la roche sacrée {Es'Sakhrah), des esprits infernaux en nombre égal gémissent dans les profondeurs de la montagne, condamnés à soutenir sur leurs fronts maudits le saint édifice elle sol du vaste parvis qui l'entoure. C'est un poids accablant ; mais voici le plus merveilleux: chaque fois qu'un fidèle musulman, en élat de pureté canonique, met le pied sur le parvis de la mosquée, la seule addition du poids de son corps augmente de .soixante*dix fols la pesanteur du fardeau imposé aux démons; si les dévots sont nombreux ; s'ils viennent fréquemment implorer la miséricorde divine dans cet endroit privilégié*, la souffrance des Chéyatin^ augmentant en proportion, ils versent des larmes de douleur et de rage.
Plus la ferveur des croyants a été vive , plus est rempli le réservoir où s'amassent goutte à goutte les pleurs des ennemis de Dieu;