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Le Père ISAAC JOGUES. 45
en cette terre fût comme les arrhes de celui que je lui donnerai de toutes les veines de mon corps et de mon cœur...
« Adieu, mon cher Père, priez Notre Seigneur qu’il munisse inséparablement à Lui !»
Ces graves pressentiments ne devaient point tarder à se réaliser : Dieu acceptait cette fois l’holocauste et il allait abandonner la généreuse victime sur la terre pour la couronner dans le ciel.
La fureur des Iroquois s'était rillumée en effet. Exaspérées par diverses calamités publiques, ces peuplades farouches en avaient fait peser la responsabilité sur leurs alliés de la veille et elles dvaient décidé de reprendre la guerre contre eux. Aussitôt diverses bandes s'étaient mises en campagne : c'est dans l’une d'elles que le P. Jogues vint tomber, le 15 octobre, alors qu’il croyait le pays entièrement pacifié.
Les liens dont on le garrotta et les mauvais traitements qu’il dut subir lui firent compren-
dre aussitôt l’imminence du péril. Il la vit plus clairement encore le surlendemain, à |
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il avait passé treize longs mois de captivité. Comme la première fois, les conques sonnè.
rent en guise de trompettes triomphales, la population accourut, et la scène barbare que nous avons décrite déjà se renouvela sans pitié En vain, le patient avait-il essayé de rappeler les traités: les cris de mort couvraient sa voix. On l’accablait de coups de bâton. Un de ces furieux lui arracha même des lambeaux de chair sur les bras et sur les épaules et les dévora sous ses yeux en disant: « Voyons, si cette chair blanche est une chair de Manitou. ÿ
€ Non, répondait la victime,avec une douce
fermeté, je ne suis qu’un homme comme vous; P mais je ne crains pas la mort. Pourquoi du ce reste me faites-vous mourir? Je suis venu L pour affermir la paix, pour vous conduire au E ciel et vous me traitez en bête fauve! Craignez p la punition du Grand Esprit ! » la
P Cependant, la première rage passée, les avis J étaient partagés. Deux familles puissantes | TJ
| voulaient à tout prix sauver les captifs. Il fut L | convenu qu'on en référerait à l'assemblée a
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Le Père ISAAC JOGUES. 47
plénière des chefs et des anciens, qui fut immédiatement convoquée à Tionnontoguen.
Elle décida qu’on rendrait les prisonniers à la liberté. Mais quand ses délégués arrivèrent à Andagaron pour y porter cette nouvelle, il était trop tard.Sur la palissade del’enceinte,ou haut d’un pieu, ils purent voir la tête sanglante du P. Jogues,perfidementabattu d’un coup de hache et décapité immédiatement après.
Le dernier vœu du martyr était rempli :
Notre-Seigneur l’avait ( inséparablement uni à Lui }.
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Martyr, avons-nous dit, car un Souverain Pontife n’a pas craint de donner par avance ce titre à l’infatigable apôtre des Iroquois: Lorsque, en effet, au retour du P: Jogues en Europe, on demanda pour lui au Pape la permission de célébrer le saintsacrifice,malgré la mutilation de ses mains, Urbain VIII ré-
Jésus-CHRIST ne pût pas boire le Sang de Jésus-CHRIST. /ndignum esset Christi mardyrem Chrisii non bibere sanguinem Ÿ, et il accorda la permission demandée.
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48 Le Père ISAAC JOGUES.
Dans cette parole, nous saluons un présage, Puisse, par la miséricorde divine, l’Église ne
| point tarder à le ratifier (*) ! Puisse-t-elle glorifier ainsi du même coup ie héros, qui est monté si haut dans le sacrifice, et le Dieu qui, après l’y avoir poussé de sa main toute-puissante, l’y a si miséricordieusement soutenu !
1. Le 3° concile plénier de Baltimore a signé un postu- | latum au Saint-Siège dans ce sens.
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Lalemant naquit à Paris d’une 1 ancienne famille de robe bien AL connue au Parlement. — Dernier venu de six enfants, il eut
| le haihéor de perdre son père, quand il était
tout jeune encore. Mais auprès de son berceau
| veillait une vraie chrétienne, femme au cœur fort et tendre à la fois. — De la race des
Monique, c’est pour ie ciel que cette mère façonnait l’âme de ses enfants : c’est de Dieu
| qu’elle se plaisait à les entretenir. Ils la com-
| prirent. A l'exception d’un seul qui devint
| maître des requêtes, tous dirent successive- | ment adieu à un monde pour lequel leur mère | ne professait point d’estime. L’aîné se retira
dans les solitudes de la Grande Chartreuse ; les filles s’ensevelirent au Carmel : Gabriel s’enrôla dans les rangs de la Compagnie de
z. Selon d’autres le 31 octobre seulement,
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E 10 octobre 1610 (:), Gabriel |
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|2 Le Père GABRIEL LALEMANT.
| Jésus. Sa tâche terminée, la pieuse veuve se | cachera elle aussi sous le voile, et elle mourra | | revêtue du pauvre habit de la récollette, | | | entièrement consacrée à JÉSUS-CHRIST. | Nous sommes mal renseignés sur les pre.
mièresannées de Gabriel. Les commencements | de sa vie religieuse elle-même nous échappent. Nous savons seulement qu'il avait vingt ans quand il fut admis au noviciat (24 mars 1630) | et qu’il était d’une constitution fort délicate. Mais, sous ces frêles dehors, se cachait une : | Âme ardente, généreuse dans laquelle fermentait un insatiable désir de se sacrifier. Les missions de la Nouvelle-France venaient d’être fondées. On ne parlait que des souffrances | qu’on y endurait, des périls continuels qu’on y courait. C’en était assez pour enflammer le | jeune religieux : il sollicita la faveur d’être 4 envoyé dans ces missions, Il fit plus : avec | D le l'approbation de ses Supérieurs, il s’engagea | \j | par vœu à dévouer ses forces et sa vie au | | service de ces pauvres sauvages. Dieu se | | souviendra un jour de cet engagement magna- | nime et il le récompensera au centuple, suivant ses promesses, en couronnant de l’auréole |
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| sanglante du martyre le front de son fidèle | serviteur!
Le collège de Moulins fut le premier champ
où le P. Lalemant put exercer son zèle, Il y | professa la quatrième en 1633 et la troisième | l’année suivante. Envoyé au collège de Bourges | après ce séjour en Bourbonnais, il y étudia | pendant quatre ans la théologie : il y remplis- | sait en même temps la charge de surveillant | auprès des élèves de l’internat. Le P. Provincial lui confia ensuite les fonctions délicates
de Préfet des études à la Flêche, fonctions
| qu’il conserva jusqu’au moment où il revint à
: Moulins pour y enseigner la philosophie.
Le P. Lalemant était prêtre depuis deux ou | trois ans. — En s’empourprant tous les matins | d’un sang divin, son âme avait senti croître en elle sa soif d'immolation. À ce contact | journalier avec la douce Victime du Calvaire, | elle avait grandi dans l’amour de la Croix. —
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crut pas devoir, dans cette circonstance, faire
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Le Père GABRIEL LALEMANT. 3
€ Je m’estimerais heureux de mourir à la fleur | de l’âge }, avait écrit le nouveau prêtre en | s’offrant pour soigner des pestiférés. On ne |
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4 Le Père GABRIEL LALEMANT.
| appel à son dévouement. — Il réitéra alors | ses instances auprès de ses Supérieurs et tournant encore ses regards vers la Nouvelle- | France, il demanda à y être envoyé. |
| Une noterecueillie après sa mort parmi ses |
| papiers, nous révèle les motifs qui le pous- À |
| sèrent à formuler cette demande. |
|: C'est d’abord la reconnaissance, sentiment
qu’on retrouve toujours si suave et si profond, 1 dans l’âme pure et délicate des vrais serviteurs |
| de JÉSUS-CHRIST :
| € Oui, mon Dieu et mon Sauveur, c'est
| pour me revancher des obligations que je vous L | ai : car, si vous avez abandonné vos contente- n: | ments, vos honneurs, votre santé, vos jours et | £
| votre vie pour me sauver, moi, misérable, | n'est-il pas plus que raisonnable que j'aban- | «ç : donne à votre exemple toutes ces choses pour |: | le salut des âmes que vous estimez vôtres |. | qui vous ont coûté votre sang, que vous avez le aimées jusqu’à la mort et desquelles vous & | avez dit : Quod uni ex minimis fecistis, mihi LE |. | Jecistis ()P »
| 1. € Ce que vous faites au plus petit d'entre eux, c'est | à moi-même que vous le faites, »
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