VIII PRÉFACE
suis amené à présenter ici au public des morceaux sur des créateurs dont Y Art en silence et les Idées vivantes parlaient déjà. C'est qu'à mes admirations durables des justifications se sont attachées, que je n'avais point aperçues jadis. Des études sur de grands artistes sont des portraits auxquels il faut travailler longuement; le but n'est pas d'énumérer leurs œuvres et de donner les raisons de leur gloire, mais d'arriver patiemment, et par retouches successives, à définir leurs consciences, à reconstituer toutes les phases intellectuelles par où ils passèrent pour en venir à réaliser ce que nous admirons sous leur signature. Au delà d'un certain degré de supériorité, l'artiste est infiniment plus grand, plus complexe, plus passionnant que son œuvre. Elle n'est que le signe et l'exemple de ce qu'il est parvenu à faire de lui-même. Et, ainsi que Cuvier, avec un fragment de squelette, reconstruisait la synthèse d'un animal, ainsi ai-je tenté parfois, à l'aide d'une œuvre qui n'est qu'un fragment de conscience, de rendre visible la conscience tout entière, et de hausser la besogne utilitaire du critique à l'art du portraitiste de pensées.
De tels portraits exigent des ébauches suc-