‹ Trois des plus anciens monuments géographiques du moyen age conservés à laChapitre 1 sur 1 · CONSERVÉS A LA BIEUOTHÈQUE NATIONALE · texte numérisé non relu

CONSERVÉS A LA BIEUOTHÈQUE NATIONALE

(Communication fkite à la Société de Géograj[>hie).

Il existe, au Cabinet géographique de la Bibliothèque nationale, un grand nombre de monuments géographiques du moyen âge, réunis par les soins de mon savant prédécesseur dans la direction de ce Cabinet, M. Jomard, et aussi par mes propres efforts. Je demande à la Société la permission de lui exposer l'histoire et la description des plus curieux de ces documents.

Je commencerai par trois anciennes caries, faites au x^ et au XI® siècle.

Au vm* siècle, vivait en Espagne, au diocèse de Léon, près de Saldafia, un moine réputé pour sa science, Beatus, Beato ou Béat, né à Liebana et appartenant au monastère bénédictin deValcovado; il a été mis au nombre des saints. Beatus écrivit un Commentaire de l'Apocalypse, qu'il accompagna d'une carte des pays connus. Les copies de cet ouvrage se répandirent dans le monde catholique, et la carte reçut diverses modifications et augmentations, suivant les connaissances géographiques des éditeurs du manuscrit.

La plus ancienne copie connue du Commentaire est celle de la bibliothèque royale de Turin; elle date probablement du X* siècle; la carte qui s'y trouve est déjà dans le public :

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elle a été gravée par les soins du docteur Pasini et de quelques autres savants; M. Jomard et M. de Santarem l'ont mise dans leurs atlas de la géographie du moyen âge. Mais on n'a pas encore publié celle qui orne le magnifique exemplaire du Commentaire écrit au monastère de Saint-Sever en Gascogne, au xi« siècle, par les ordres de Fabbé Grégoire de Montaner, et que possède ,1e département des manuscrits de la Bibliothèque national^ .

Cette. carte, un des plu» pcéci^ux documents géographiques que nous possédions, a été longtemps détachée du volume auquel elle appartient; il n'y a que peu d'années qu'elle lui a été restituée, par le plus heureux hasard. L'histoire de cette restitution est assez curieuse pour être rapportée. Notre savant et regretté d'Avezac me dit un jour (c'était en 1866) qu'il avait vu, chez un de nos principaux bouquinistes, une carte remarquable^ qu'il m'engagea à acquérir pour le Cabinet géographique; je m'empressai de faire cette acquisition, et la Bibliothèque donna avec plaisir les 200 francs que demandait le libraire. Charmé de notre nouveau trésor, je le montrai avec orgueil à plusieurs érudits bibliographes, entre autres à M. Ferdinand Denis. Tout à coup M. Denis s'écria : « Mais cette carte doit faire partie d'un volume qui est au département des manuscrits! C'est le format, c'est l'écriture, ce sont les ornements, ce sont les couleurs (1) du Commentaire de Saint-

(1) Je suis heureux d'insérer ici une note que M. Ferdinand Denis a bien voulu me communiquer sur les peintures remarquables de cette carte et en général de tout le volume d'où elle est tirée, ainsi que sur saint Béat.

« Les peintures qui ornent le Commentaire de l'Apocalypse de Saint-Sever ont pu être exécutées par un élève de Garcia; cet artiste avait pour confrère à cette époque un autre illuminateur désigné sous le nom de Sarrasin. Ces deux peintres miniaturistes espagnols, dont l'un est disciple de rauti<>e, ont pu être élèves de Yigila, prêtre du monastère de Saint-Martin de Albeda, auquel on attribue Texécution du célèbre manuscrit connu en Espagne sous la dénomination de el Vigilano. Gean Bermudez le fait Jleurir au x« siècle. (Voyez le t. VI du Diccionario historico de los mas ilustres profesores de la$ bellas artes, Madrid, 1800, p. 101.) 11 passe immé-

Sever! Examinez. » Je portai la carte à M. Léopold Delisle^ alors conservateur du département des manuscrits; la confrontation répondit parfaitement à la suggestion du savant directeur de la bibliothèque Sainte-Geneviève, et la carte fut replacée dans son volume, dont elle avait été enlevée on ne sait à quelle époque et auquel elle était ainsi rendue presque miraculeusement.

J'en fis prendre un fac-similé, et c'est ce fac-similé, revu avec autant de soin que possible, que j'insère aujourd'hui au Bulletin. G*est la première fois que ce monument est livré au public; je vais le décrire avec détail; auparavant, cependant, je veux parler un peu de son aînée, la carte de la bibliothèque royale de Turin; il sera intéressant de comparer les deux documents, nés à un siècle d'intervalle.

La carte de Turin est beaucoup plus informe et moins détaillée que l'autre. Elle est circulaire; TOcéan, le grand fleuve Océan d'Homère, en marque le contour; sonorienta-

dîatement au xin^ siècle et nomme, en 1250, Pedro de Pamplona, habitant de Séville, comme le seul peintre dont il eût eu connaissance.

» Le livre, très-rare en France, intitulé : Memoria degcriptiva de los Codiees notables conseruados en loi Archivos eclesiàsticos de EspaMt escrita por D. Jozé Maria de Eguren, Madrid, 1859, gr. in-8<», contient la description de plusieurs commentaires de TApocalypse de saint Béat, appartenant au x^ siècle. Voyez, entre autres, à la page 49.

j» On trouve dans ce dernier écrit de nombreux renseignements sur san Bcato, moine du vin<) siècle, qui a dû naître après la bataille du Guadalète. M. Eguren n'hésite pas à dire qu*il était sourd-muet, circonstance qu'il nous parait difficile d'accepter. U vant^ néanmoins la profondeur de son savoir en théologie. Ce fut un adversaire très-énergique d'Helipand, dont il combattit l'hérésie.

» On trouve une vue extérieure du monastère de Santo-Toribio de liebana, p. 73 du journal illustré intitulé : Semanario pintoresco espanol fundodo en 1836, dirigé par M. Manoel de Assas et imp. à Madrid en 1837. Ce journal s'est occupé surtout des antiquités si peu connues de la province de Sai\tander.»

tion, comme ce fut longtemps l'usage dans la cartographie du moyen âge, offre le levant en haut^ le nord à gauche, le midi à droite; quatre figures de Vents, personnages grotesques, assis sur des outres et embouchant des conques, indiquent, non les points cardinaux, mais les points collatéraux, c'est-à-dire les points où le Soleil se lève et se couche aux solstices d'été et d'hiver.

Si nous examinons l'intérieur de cette mappemonde, nous y voyons l'Europe à gauche, l'Asie en haut, l'Afrique à droite; cette dernière ne porte pourtant pas de nom, et on ne la devinerait guère à la forme détestable qu'on lui donne.

La Méditerranée, sans nom également, est figurée par un parallélogramme allongé et très-régulier ; une branche non moins étrangement régulière de cette mer représente l'Archipel, la mer Noire et la mer d'Azov, et sépare l'Asie de l'Europe, dont la pointe nord-est porte ces mots : Hic Caput Europe (1).

Les îles de la Méditerranée sont toutes des carrés uniformes, sans aucun respect pour la situation et pour le nom : la Sicile devient Stctit, probablement abréviation pour Sic. tn., Sicilia insula;la Corse se lit Corsico; Goor insula est peut-être Corcyre, peut-être Cos; Samos se reconnaît mieux sous la forme de Samo; Tarse, sous le nom de Tassis, est prise pour «une île. Est-ce l'tle de Chypre ou celle de Crète que désigne le singulier nom qu'on lit Ers? Cet E pourrait se prendre pour un C, ce qui ferait CrSy abréviation possible de Cyprus, et la lettre s reportée à l'autre ligne appartient sans doute à l'abréviation effacée ins (insula).

Dans rCk^éan circulaire apparaissent des fies non moins fantastiques et toujours invariablement carrées : à l'est, l'île de Crisa et Algure, qui rappelle la région d'Or et la région

(1) On sait qne, dans les anciens documents, le génitif prend généralement la désinence e, au lieu de la forme œ qu'on a définitiTement adoptée depuis.

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d'Argent placées par les anciens dans l'Inde au delà du Gange; au nord-ouest, l'îIé de Tilé, souvenir delà fameuse Thulé; nie de Gantutes ou Zantutes, qui répond peut-être aux Orcades; la Bitania, qui est la Grande-Bretagne; puis Tîle de Scotia, qui désigne évidemment, non TÉcosse^ mais l'Irlande, patrie primitive des Scots; au sud-ouest, des îles sans nom, qui rappellent sans doute lés Canaries, les antiques Fortunées.

Voyons maintenant chacune des trois parties du monde^ et visitons d'abord l'Europe. L'orographie, bien pauvre et bien extraordinaire, nous y offre, dans la partie orientale, un énorme pain de sucre qui est destiné probablement à représenter le mont Heemus (le Balkan), et, dans le nord, un autre cône, qui, voisin du bassin supérieur du Danube, doit être une vague • indication des Alpes , ou peutêtre des Garpathes. Trois chaînes de montagnes sont re* présentées comme des masses allongées : Tune, sous le nom de montes Galliarum, désigne évidemment les Gévennes; une autre, sans nom, doit être les Pyrénées et leur suite, les monts Cantabres^ puisque les Asturies et la Galice sont nommées dans le voisinage; la troisième ne peut être que les Apennins, car la Toscane et Rome l'avoisinent.

L'hydrographie est d'une imperfection désespérante; elle se réduit à quatre fleuves : le plus grand est le Danube (fluvius Danubii), d'un cours méconnaissable ; le second en étendue est le Tage, qui sous le nom de Tavus se rend très-malencontreusement dans la Méditerranée ; un fleuve sans nom qui coule près de lui est sans doute le Bétis (Guadalquivir), puisque la Bétique est sur ses bords ; le quatrième est l'Eusis, qui descend des montagnes des régions orientales et aboutit à la Méditerranée. Quel peut être cet Eusis? Voici l'opinion que nous hasardons : comme, dans les cartes peu postérieures à celles-là, on voit le Pont Euxin désigné sous le nom d'Ëusin, Eusinus, il est fort probable que le bon reli«

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gieux qui, dans sa retraite lointaine de TOccident, écrivait Eusis sur sa mappemonde, a pris une mer pour un fleuve, et que c'est la mer Noire qu'il faut voir sous ce nom et sous cette forme.

La nomenclature des pays et des villes est un peu moins incomplète que celle de la géographie physique : à l'orient, se présentent la Macédoine (Macedonia), Thessalonique (Thesalonica), Gonstantinople (Gonstantinopoli) , Aquilée (Aquileia), l'Épire (Epirum), la Dardanie (Dardania), TÉtolie (Stolie); — au sud, Salerne (Salerna), Bénévent (Benebenti), Rome (Roma), la Toscane (Tuscia), Ravenne (Ravenna), la Dalmatie (Dalmacia); — à l'ouest, Narbonne (Narbona), Saragosse (César Augusta), la Bétique (Betica), Saint-Jacques de Compostelle (Sancti Jacobi Apostoli), la Galice (Gallecia), les Asturies (Asturias), l'Aquitaine (Aquitania), Toulouse (Tolosa); — au nord, la Gaule Lyonnaise (Gallia Li^gdunensi), la Gaule Belgique (Gallia Belgia), la Franconie (Francia), la Souabe (Suebi), la Germanie (Germania), la Rétie et le Noricum, qu'il faut reconnaître à. travers le nom barbare de Rettacum canoricum, la Mœsie (Mesica), les Sarmates (Sarmati), voisins du Caput Europe.

Nous ne devinons pas ce que peut être le nom de Ren inscrit à côté de la Germanie et de la grande montagne que

nous prenons pour les Alpes. C'est peut-être une abréviation de Renus, et ce serait le Rhin, qui, dans cette métamorphose de nom et de position, deviendrait un affluent du Danube.

Au centre de l'Europe, on voit écrits des noms qui méritent une explication : laHiavraria, qui est évidemment la Hongrie; — une seconde Épire (Epirum), mise sans doute par distraction, car elle fait double emploi avec celle qu'on a déjà nommée dans le sud; — Apolin, qui est certainement un souvenir d'ApoUonie en Illyrie; — Spolite, probablement l'ancienne Spalatum (Spalatro) de la Dalmatie et qui se trouve ici bien loin du pays auquel elle doit appartenir.

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En général, tout cela est placé au hasard; ne cherchons aucune forme de pays, aucune situation de ville.

Gomment des noms aussi célèbres, aussi classiques que ceux de lltalie, de FEspagne, de la Grèce, ne se trouvent-ils pas dans cette nomenclature?

Passons à TAsîe, en tète de laquelle, à l'orient, notre auteur a placé, dans la plus grotesque et la moins décente position, nos premiers parents, à côté du serpent tentateur enroulé autour de l'arbre fatal.

A côté de cette scène peu gracieuse, se déroule le Jourdain (Jordan), dont le cours, bizarrement circulaire, se termine à un lac carré, oîi l'on reconnaîtra, si l'on veut, la mer Morte. Près de là aussi, sont le mont Liban (mons Libanus), la ville de Sidon (écrite Sydon); deux montagnes entre lesquelles est la ville d'Antiochia, et dont l'une, appelée mons Arabie, pourrait être l'Anti-Liban, l'autre, sans nom, répond peut-être à l'Amanus. Citons encore le mont Garmel (mons Carmelus), le mont Sinaï (orthographié Synai). Plus loin, au nord, on voit une montagne près de laquelle est nommée l'Arménie, et qui est sans doute le mont Ararat ; puis le Caucase (Gaucasus), et deux longues montagnes sans nom près desquelles s'étendent des déserts sablonneux (arenosa déserta).

A l'opposé, vers le sud, sont d'autres déserts que l'auteur désigne par ces mots : déserta et arenosa India ; une haute montagne les avoisine ; est-ce l'ImaiisîLes champs de Témiscire (Temiscirici Campi) sont à côté, avec cette indication : in hac régime gens Amazona (Amazonum?) fertur habitasse; nous sommes là cependant bien loin de TAsie Mineure, que l'on donne généralement pour patrie à ces célèbres guer^ rières.

Outre le Jourdain, il n'y a que deux fleuves marqués dans toute l'Asie : l'un, sans nom, est l'Euphrate, ou, si l'on veut, le Tigre, qui baigne la Mésopotamie et va se jeter bien

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inexactement dans la mer Rouge (mare Rubrum) ; celle-ci est peinte en bleu, chose extraordinaire, car, sur nos vieilles cartes, on ne manque pas, habituellement et puérilement, d'appliquer une teinte rouge sur cette mer; par une indication juste, on en fait ici un bras d'une autre mer beaucoup plus considérable, disposée en longue bande régulière formant là limite méridionale de la carte et marquée, elle, en rouge foncé : on reconnaît là, sans que le nom y soit, l'océan Erythrée des Grecs, la vraie mer Rouge de l'antiquité, notre océan Indien.

L'autre fleuve est un nouvel Eusis, qui paraît descendre du Caucase et se jeter dans une mer qu'on peut regarder comme la mer Noire. J'ai dit que l'auteur a sans doute pris l'Euxin (ou l'Eusin) pour un fleuve, et, comme cette mer touche à la fois l'Europe et l'Asie, il a distingué un Eusis européen et un Eusis asiatique.

J'ai déjà signalé quelques-unes des contrées et des villes de l'Asie. Ajoutons, en suivant la carte du nord au sud, l'Asie Mineure (Asia Minor), la Phrygie (Frigia), la Pamphylie (Pamphilia), Ghalcédoine (Gî^lcedonia), la Cappadoce (Gapadocia), Jérusalem (abrégée en Ihrlm), qui est étrangement située entre le mont Garmel et la mer, tandis que le fameux port de Sidon est très-loin de la côte; Ascalon (Ascalones); la Judée (Judea), qui s'étend au bord du Nil, ainsi que la Babylonie (Babilonia), que l'auteur confond évidemment avec la Babylone d'Egypte. Mais qu'est-ce que l'Abicusia, placée au bord oriental du fleuve qui représente l'Euphrate ou le Tigre? Serait-ce l'Arachosie?

Terminons cette carte par l'Afrique : ce qui nous y frappe d'abord, c'est le Nil, l'énorme Nil, large comme la mer Méditerranée, partagé en deux bras à ses embouchures et dont les sources sont formées de deux branches, portant chacune d'un lac ; ce Nil vaut mieux, malgré ses défauts, que tous les autres fleuves de la carte. Une note in-

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sérée entre les deux branches supérieures signale l'or qu'on trouve dans les sables du fleuve, un vaste lac qu'il traverse, et les déserts d'Ethiopie près desquels il coule.

Trois longues montagnes mises au hasard vers la Méditerranée ne sauraient recevoir aucune identification; on peut penser que ce sont des rameaux de l'Atlas; mais l'Atlas proprement dit est plus à l'ouest sous le nom de montes Atlanni.

Un fleuve qui coule vers la Méditerranée est vraisemblablement le Bagradas (la Medjerda actuelle). Deux montagnes qui dressent, l'une en face de l'autre, leurs flancs escarpés, sont désignées par ces mots : duo Alpes contra ara sibi; c'est certainement une erreur de copiste, et sans doute il faut lire : duo Alpes contraria nbiy c'est-à-dire deux montagnes jumelles, ou vis-à-vis Tune de l'autre. Faiton allusion aux promontoires de Galpe et d'Abyla, ces extrémités escarpées de l'Europe et de l'Afrique, qui se regardent comme deux rivales. Mais que signifierait dans ce cas le mot gens qui est inscrit entre ces deux montagnes? : Un grand lac ovale s'étend près du mont Atlas. Est-ce un souvenir du lac Triton des anciens? Les Garamantes, les Gétules, sont voisins de ce lac. LesBaggi^qui habitent entre ces deux peuples, sont les Bagigetuli delà Table Théodosienne.

Près de la jonction de la Méditerranée et de TOcéan, on voit Tingi (Tanger) et le pays d'Abentania, nom altéré sans doute par les copistes et qu'on devrait lire peut-être Mauritania. Ou bien c'est la forme latine du pays qu'on a appelé depuis Habat ou Hasbat.

Une note insérée dans le sud de la carte nous apprend qu'indépendamment de trois parties du monde, il y a, au delà de l'Océan, une quatrième partie, qui est inconnue à cause de l'ardeur du soleil et sur les confins de laquelle on a prétendu fabuleusement, ajoute la note, qu'il y avait des BXiiipodes. (Extra très autempartes orbiSy quartapars trans oceamm inferior estj quœ solis ardore incognita nobis est, cujus finibus antipodes fabulosore inhabitare produntur.)

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Parlons maintenant de la carte de Saiot-Sever, écrite au xi^ siècle. On peut y constater de remarquables progrès sur la carte que je viens d'analyser. D'abord, elle est composée graphiquement avec plus d'art. Sur son pourtour elliptique assez élégant, sont peints, dans ce vieil Océan de la poésie homérique, de nombreux poissons et des navires voguant de toutes parts. La rose des vents est beaucoup plus complète que dans la carte de Turin : elle compte 12 rumbs : à l'est, le Subsolanus; h l'ouest, le Favonius; au nord, le Septentrio; au sud, l'Auster; — entre l'est et le sud, l'Eurus (E.-S.-E), et l'Euro-Auster (S.-S.-E.); — entre l'est et le nord, le CsBsias (E.-N.-E.) et le Boreas-Aquilo (N.-N.-E.) ; — entre le sud et l'ouest, l'Auster-Africus ou Libo-Nothus (S.-S.-O.), et le Libs-Africus (O.-S.-O.); — entre l'ouest et le nord, le Korus-Agrestis (O.-N.-O.) et le Trascius-Circius (N..N..O.),

L'Océan qui entoure la Terre porte déjà divers noms : comme océan Germanique (oceanus Germanicus), océan Britannique (oceanus Britannicus), océan Hyrcanien (oceanus Ircanus), désignation singulière, mais moins étrange encore que celle de mer Egée (mare Egeum), qu'on voit sur ces limites du monde.

La mer Rouge (mare Rubrum) est toute la mer Erythrée des anciens, et constitue un grand bras de l'Océan ellipti* que; le golfe Arabique et le golfe Persique en sont des enfoncements, méconnaissables d'ailleurs. Une note écrite au delà de cette mer et relative aux antipodes reproduit exactement celle de la carte précédente.

Des îles uniformément ovales, plus gracieuses, mais non plus exactes que les îles carrées de la carte de Turin, sont semées au hasard dans le fleuve Océan : la plus grande est la Brittannia, qui a, dit une note, 800 mille pas de longueur, 200 mille pas de largeur, et sur laquelle sont

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marquées cinq villes : Linduno (Londres), Lindo (Lincoln), Uiriconio (Uriconium), et deux autres dont les noms sont illisibles.

A côté, est rile d'Hibemia, habitée par la nation des Scots ; plus loin, l'île de Gadès, les îles Fortunées (Insulad Fortunatarum) ; ailleurs, dans le nord, Fîle de Tilé (la fameuse Thulé), et rîle appelée, par abréviation sans doute» ïnsula Britter, dénomination que nous pouvons traduire par île des Bretons : est-ce Tarchipel des Orcades, ou celui des Hébrides? Ou bien est-ce la presqu'île de Bretagne (le pays des Brittons d'anciens auteurs)?

Dans l'extrôme Orient, s'offrent les îles de Grisé et d'Argire, dont nous avons déjà dit les rapports avec les régions d'Or et d'Argent de la géographie latine et grecque; puis l'île de Scolera, dont nous cherchons l'identification. Faut>* il lire Scotera? Et doit-on retrouver là la Socotora de l'extrémité orientale de l'Afrique, la Dioscorides des plus anciens géographes?

Enfin on voit s'étendre sur un long espace Tîle de Taprobane (qu'on appelle ici Taprapone), située dans le mare Rubrum, non dans l'Océan elliptique, et dont on vante les perles, les pierres précieuses, les éléphants.

La Méditerranée est moins étrangement régulière que dans la carte de Turin; elle prend, dans plusieurs de ses parties, des noms qui ne sont pas inexacts, mais qui sont placés très-inexactement : telles sont la mer Tyrrhénienne (Tirrenum mare); la mer Ligustique (mare Ligusticum), la mer de Sicile (mare Siculum), la mer des Baléares (mare Balearicum), la mer Libyque (mare Libicum), la mer de Crète (mare Creticum).

Rendons justice à une certaine intention de dessiner le golfe Adriatique, le golfe de Trieste (Sinus Noricum), l'Hellespont (Ellespontum), la mer de Marmara (Equus Ponti), la mer Noire (Eusinus Pontus).

La mer Caspienne (mare Càspium) communique avec

16 ANCIENS MONUMENTS GËOGRAPHIQVES m MOYEN IgB. "

rocéan Hyrcanien, qui n'est lui-même, sur cette carte, comme uous ravous dit, qu'une partie de l'Océan univer-* sel.

Les îles de la Méditerranée, quoique plus nombreuses et mieux nommées que dans la carte de Turin, ne sont pas mieux placées ni mieux conformées. On voit répandues au hasard à travers cette mer la Sardaigne (Sardinia), accompagnée d'une longue note sur son étendue et sur sa situation relativement à la Corse; la SicUe (Sicilia), où Ton mentionne la ville de Syracuse et une autre qu'on lit à peu près Gausia, mais qui pourrait être Gatana; la Corse (Corsica); Chypre (Cypros), avec les villes qu'on nomme Salamin et Pafa (Salamine et Paphos). — Les îles Majorica (Majorque) et Minorica (Minorque) sont assez à leur place ; mais pourquoi met-on bien loin d'elles la mer des Baléares?

Examinons maintenant les détails de l'Europe (appelée ici Eoropa). Nous remarquons que les montagnes, quoique bien informes, sont un peu mieux rendues que sur la carte précédente; les chaînes ont déjà des arêtes marquées par des pics plus ou moins élevés. Deux seulement de ces chaînes sont nommées : les\ Pyrénées (Pirenei montes) et les Alpes, qui portent le nom spécial d'Alpe Penina.

Les fleuves cités sont l'Èbre (Iber), la Garonne (Garonna), la Loire (Liger), le Rhône (Rodanus), la Saône (Arar), la Meuse (Mosa), le Rhin (Renus), le Danube (Danubius), le Tibre (Tiber), l'Aculea, le Lastes. Que sont ces deux derniers? Faut-il reconnaître dans l'Aculea le petit fleuve Isonzo, qui passe près d'Aquilée? Et quant au Lastes, n'estce pas une corruption du nom de l'Athesis (Adige)? On voit d'ailleurs que la nomenclature hydrographique est bien plus riche que dans la carte de Turin; mais ne cherchons toujours aucune vérité dans le cours de ces fleuves.

Les pays, les peuples et les villes s'offrent aussi en assez grand nombre. En commençant par la péninsule Hispanique,

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dont le nom est absent néanmoins, on remarque la Luàitanie, la Galice (Gallicia), la Cantabrie (Gantabria), Saragosse (César Augusta), Barcelone (Barcilon). Les Asturies (Asturias) sont au nord des Pyrénées, et se trouveraient ainsi en Gaule.

On trouve réellement dans la Gaule les provinces de Gascogne (Yuasconia), d'Aquitaine (Aquitania), de Septimanie (Septimania), de Provence (Provincia), de Lyonnaise (Gallia Lugdunensi), de Belgique (Gallia Belgica); parmi les localités, on y distingue d'abord le monastère de SaintSever, avec son église (Ecclesia Sancti Severi) : c'est là naturellement la position la plus brillamment indiquée, car c'est là que le dessin a été fait; elle est marquée par une église plus grande que tous les autres monuments de la carte. C'est, en effet, par des signes de monuments que la situation des lieux est indiquée dans cette carte, tandis que Texemplaire de Turin ne donne aucune position. Il y a donc là un notable progrès de précision dans la cartographie; plus tard, ces positions deviendront les petits signes assez élégants, en forme d'édifices, qui seront employés pour fixer la place des localités dans toutes les cartes des xvi®, xvii" et xviii® siècles. Par une complaisance de bon voisinage, la petite ville de Lescar (Lascar), près de Saint-Sever, apparaît avec une sorte d'honneur. On nomme Toulouse (Tolosa), Garcassonne (Carcassona), Clermont (Arvernis), Limoges (Limovix), Orléans (Aureliani), Vienne (Vienna), Lyon (Lugduno), Reims (Remis), Sens (Senones), Angers (Andegavis), et un assez grand nombre d'autres villes ; mais ni Paris, ni la Seine, ni Bordeaux, n'obtiennent la moindre mention. On est étonné de semblables omissions chez un auteur qui habitait la Gaule.

L'Italie, qui est nommée, nous offre Rome, Bénévent (Beneventum), Spolète, Milan (Mediolano), Pavie (Pavia), Capoue (Capua), l'Étrurie (Etruria), la Toscane (Tuscia), qu'on semble distinguer de la précédente; la Remania,

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qui est le territoire de Rome et non la Romagne; TApulie (Apulia) ; la Gatabre (Calabria), qui ne paraît pas être la Galabre actuelle, mais qui est, comme dans Tantiquité, la Terre d'Otrante.

En dehors de ces trois pays, les détails deviennent trèspauvres et très-vagues. La Grèce est désignée sous le nom d'Acaia, avec un assez grand nombre de villes, à travers lesquelles nous ne lisons que Patras et Argos. On distingue rÉpire (Epirum), Thessalonique (Tessalonica, qui est sur TAdriatique!), la Dalmatie (Dalmatia); la Macédoine (Macedonia), la Thrace (Tracia), à côté desquelles se trouve Gonstantinople (Constantinopolis), désignée par un signe d'honneur tout particulier et rival des trois autres plus brillants points de la carte : Saint-Sever, Rome, Jérusalem.

Signalons aussi la Dardanie (Dardania), riUyrie (Illiricum), ristrie (Stria), le Noricum, la Mœsie (Mœsia), la Germanie (Germania), la Pannonie (Pannonia), laFranconie(Francia), la Frise (Frisia), la Saxe (Saxonia), les Vandales (Vuandali), la Dacie (Dacia), la Sarmatie (Sarmatica), TAlanie (Alania), qui est une partie de la Russie actuelle.

A côté de ces deux derniers pays, à l'ouest d'une petite mer qui est évidemment le Palus Maeotis, on voit inscrits ces mots : Hic Caput Europe; et sur le bord septentrional de cette mer, on lit : Hic Fines Asie.

L'Asie, où nous entrons désormais, a une nomenclature assez étendue.

Deux pays principaux s'y distinguent d'abord : TAsie Mineure (Asia Mînor) et l'Asie Majeure (Asia Major).

Dans la première, se montrent le mont Olympe (Olimpus), la Bithynie (Bitinia), le Pont (Ponti Provincia), la Phrygie (Frigia), la Lycie (Licia), la Pamphylie (Pamfilia), la Garie (Garia), la Lydie (Lidia), l'Isaurie (Isauria),la Gilicie (Cilicia), la Gappadoce (Gapadocia); les villes de Nicée (Nicea), Nicomédie (Nicomedia), Ghalcédoine (Galcedonia), Laodicée(Lao-

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dicîa), Philadelphie (Fîadelfia), Césarée (Cesarea), Smyrne (Zmima), Pergame(Pergamum), Tarse (Tarso Cilicie), enfin une cité plus importante que les autres avec la désignation de metropoliSy accompagnée d'un nom illisible : qu'est-ce que cette métropole?

Uii fleuve, THermus, se rend dans TEquor Ponti (Propontide); on retrouve, dans la direction du Pont Euxin, le fleuve Eusis de la carte précédente, et la même opinion peut être répétée ici (1).

Près, mais hors de TAsie Mineure, et sans être dans l'Asie Majeure, figurent les monts Gérauniens (montes Ceraunii), qui sont le Caucase ; — le mont Taurus, l'Arménie ( Armenia), la Grande Scythie (Scicia Major), THyrcanie (Ircania), l'Albanie (Albania), qui, suivant une note, est appelée ainsi parce que les habitants ont dès leur naissance une chevelure blanche; — les peuples de la Golchide (gens Colci); les plaines désertes de Témiscire (Timiscirici Campi desertî)^ où habitent les Amazones (gens Amazonum), puis les déserts sablonneux (déserta arenosa) qui s'étendent des deux côtés de la mer Caspienne.

L'Asie Majeure est grotesquement ornée, comme la carte de Turin, de l'image d'Adam et d'Eve, qui ne sont ni mieux voilés ni plus beaux que tians la première, et que le perfide serpent vient tenter également. Elle n'a pour montagnes que le Liban (Libanus), le Sinaï, le Carmel (Garmelus); elle nous offre comme fleuve principal le Jourdain (Jordanis), qui a un cours beaucoup plus considérable qu'il ne faut et qui se jette dans la mer Morte. On nomme deux mers de Tibérîade : l'une dans le cours du Jourdain, et c'est la vraie; l'autre en dehors de ce fleuve, avec la variante de son nom, lac de Génésareth. Les autres fleuves sont TOronte (Orontes) ; l'Euphrate (sans nom) et le Tigre, dont le confluent est assez bien représenté, ainsi que leurs bouches

(1) Cependant cet Ëosis de l'Asie pourrait bien être Tlsis.

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communes dans le golfe Persique; le Fison, qui, pour notre auteur, est le même que le Gange; le Rogorre, qu'on voit aux extrémités orientales du monde connu, et dont l'identification est difficile.

Examinons maintenant les pays et les villes de l'Asie Majeure.

La géographie de la Terre Sainte y joue naturellement un rôle prépondérant : l'auteur fait deux pays difi(érents de la Judée (Judea) et de la Palestine (Palestina); il semble que, pour lui, cette dernière ne soit que le pays des Philistins, et il n'y a pas à l'en blâmer, puisque ce peuple a donné son nom à la Palestine. Il distingue la Galilée supérieure et la Galilée inférieure, qu'il place toutes deux assez malheureusement à Test du Jourdain.

Dans les quatre contrées que nous venons de citer, sont indiquées à peu près au hasard les villes de Jérusalem, Cesarea, Jerico, Samaria, Sidon, Tirus, Damascus. Damas, d'après cette carte, n'est nullement dans la Syrie, dont le nom d'ailleurs n'est pas ici; Sidon et Tyr ne sont pas dans la Phénicie, qu'on écrit Fœnioia, et que la Comagène et la Mésopotamie touchent à tort.

Ninive (Niniven), Carran (Harran) et l'Assyrie (Assiria) sont assez exactement à leur place; la Babylonie (Babilonia) et la Ghaldée (Caldea) aussi. Mais qu'est-ce que le pays d'Eodemon (qu'on peut lire Eudemon) vers le confluent du Tigre et de l'Euphrate? Ne serait-ce pas la fin du nom de l'Arabie Heureuse (Arabia Eudemon), portée cependant bien loin de sa véritable place?

Ne critiquons pas trop, néanmoins, l'Arabie en général : on y reconnaît le pays des Nabathéens (Nabatea Regio), avec le lieu du passage des Hébreux, les déserts oîi ils errèrent pendant quarante ans, la ville de Bostra (Bostris), les Amalécites (Amalechite), et il y est beaucoup question, dans les notes, du pays et de la reine de Saba, ainsi que du peuple des Sarrasins (Sarracenorum gens). Mais Péluse (Pelusium)

y est malencontreusement placée à TextrémUé de la mer Rouge,

L*Arachosie (Aracusia)^la Médie,la Perse (Persida), échelonnées le long du Tigre, sont bien peu exactement situées* Tous ces pays sont englobés dans la Parthie, qui comprend aussi TAssyrie (Assiria), et qui, dit une note, compte trente* deux nations.

Aux extrémités orientales du monde, sont les Bactriens (Bactriani), Tlnde (India), où habitent les Gandares (Gandari Indi) et les Hyrribe Indi (on pourrait lire Kyrribe), qui sont les Girrabae Indi de la carte de Peutinger, et probablement les Cirradae de Ptolémée. Il y a là bien d'autres nations : on en trouve quarante-quatre, suivant une note. On vante les productions et les richesses en tout genre de ce beau pays. Ajoutons les Sères (gens Seres); Antiochia Tarmata (ou Sarmata?), qui est probablement TAntiochia Margiana de l'époque des Séleucides; Hecbatanis (Ecbatane), et, à l'angle sud-est de l'Asie, Elimaïde (Ëlymaïs), égarée loin à l'est de sa vraie situation; ici encore l'auteur a suivi à peu près la Table Théodosienne.

Arrivons à l'Afrique, qui prend dans son ensemble le nom de Libye (Libia) et dont la partie occidentale seule est nommée Africa.

Le Nil est accompagné d'une note semblable à celle de la carte de Turin et où il est dit qu'après avoir passé par un étroit défilé, le fleuve forme un grand lac entouré de montagnes, qui ressemble au Palus Mseotîs. Des deux branches qui composent ses sources, la plus orientale vient du mont Silon, où Ton reconnaît les montagnes de la Lune (Séléné). Après la réunion des deux branches, est l'île de Méroé, (insula Meroen); enfin le Nil se jette dans la mer par six bouches.

Les monts Utare et Acetriccis (?) occupent le milieu de l'Afrique; il n'est pas possible de les identifier.

m ANCIENS MONUMENTS GÉOGRAPHIQUES DU MOYEN ÂGE.

L'Atlas (mens Âtlans) s'élève dans la partie occidentale.

Le fleuve Gimbus (ou Gimbis?)^ probablement le Cynips de la Table dePeutinger, parcourt la Pentapole africaine: on ne peut le retrouver avec un nom moderne, dans un pays si complètement dépourvu de rivières.

Le fleuve Heugis, qu'on voit plus à l'ouest et dont le nom rappelle un peu la Zeugitane, est peut-être le Bagradas des anciens, la Medjerda actuelle. Le fleuve Malua a éprouvé peu de transformation pour devenir la Malouia.

Les seules contrées nommées en Afrique sont TÉgypte supérieure (Egiptus superior) et FÉgypte inférieure (Égiptus inferior), fort mal placées toutes deux; la Pentapole (Pentapolis), la Tripolitaine (Tripolitana), la Numidie Sitifienne (Numidia Sitifensis), l'Ethiopie (Aethiopia); les Déserts de sable (Déserta arenosa), qui représentent notre ^Sahara.

<lomme peuples, on mentionne les nations libyenneséthiopiennes (gentes Libi» Aethiopum), les Garamantes, les Yasivetuli (qui sont les Bagigetuli de la Table de Peutinger); les Mauri Macusienses (les Mauri Macchurebi ou les Mauri Malchubii de Plolémée), les Auloles (gens Aulolum, les Autolales de Ptolémée), qui ne mangent pas de pain, dit une note.

Les villes citées sont Memphis, Tanis, Fitom (Phytom), Ramessé, Alexandria, en Egypte; puis, dans le reste de l'AMque, Leptis Magna, Gartago Magna, Gesarea Mauritanie (Cherchel), Tiogis (Tanger).

Un détail intéressant nous frappe dans la Tripolitaine, c'est la mention d'immenses salines qui croissent et décroissent suivant les phases de la Lune {saline immense qnœ eum Luna erescunt et decrescunf); cette indication se trouve exactement dans la Table Théodosienne, que Fauteur, comme nous l'avons déjà remarqué, connaissait parfaitement, quoique le moine Conrad ne l'eût pas encore reproduite sous la forme qui en a fait la Table de Peutinger actuelle.

On saisit là un renseignement curieux sur les marées qui existent dans les Syrtes. Seulement on place les salines beaucoup trop loin de ces golfes.

Encore une note à relever : dans le cours du Nil sont inscrits ces mots : FI. Nilm ipse est et Geon» Le Nil serait donc, pour Tauteur, identique avec le Gihon de la Genèse.

Beaucoup d'autres notes sont écrites de tous côtés; malheureusement en caractères souvent très-effacés et presque illisibles. Néanmoins^ nous avons pu en inscrire un grand nombre sur notre fac-similé.

Telle est cette précieuse carte de Saint-Sever, que nous sommes heureux de publier pour la première fois. Elle offre, nous le répétons, un progrès considérable sur celle de Turin. Il y a beaucoup plus de détails et des connaissances géographiques plus positives, malgré des situations et des formes prodigi^sement inexactes.

Nous avons pensé qu'il serait intéressant de comparer avec ce vieux monument une carte un peu plus ancienne (car elle est du x° siècle) et qui témoigne cependant de connaissances plus avancées. Ce qui prouve le peu de rapports qu'avaient entre eux les savants de ce temps; les no-^ tions acquises sur un point de l'Europe ne se propagaient pas dans des pays môme fort rapprochés. Chaque siège d'études, c'est-à-dire chaque monastère, gardait ses traditions, son savoir particulier.

La carte dont nous voulons parler est une mappemonde appartenant à la bibliothèque cottonienne du British Muséum ; elle accompagne un manuscrit de Priscien le Grammairien, intitulé : Liber PeriegesiSy id est de situ Terrœ^ etc. Ce n'est pas une pièce inédite : elle est gravée dans les Monuments de la géographie de M. Jomard et xians quelques

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autres publications. Mais la Bibliothèque nationale en possëde une copie manuscrite très-soigneusement faite, et c'est sur cette copie que nous allons appuyer nos descriptions.

L'auteur a la sagesse d'entourer les terres connues d'une ;

mer sans limites, et il n'admet pas ce fleuve Océan circulaire dont les cartes de la même époque ont coutume d'envelopper le monde.

La forme de la Méditerranée est déjà sur la voie de la vérité; on peut y saisir quelques bons détails de côtes. L'Archipel, avec ses nombreuses îles; le Bosphore, au bord duquel s'élève Gonstantinople; la mer Noire, les Meotides Palvdes, ne sont pas trop mal figurés. Mais le plus grand progrès se montre dans les Iles-Britanniques : on peut penser que l'auteur de la carte habitait l'Angleterre. La Grande- Bretagne (Brittannia) s'allonge avec assez de justesse du nord au sud, et la pointe de Gornouaille est bien comprise. Londres (Lundona) est à sa place; mais la Gantia^le pays de Kent) n'y est nullement, et les Camri, nom par lequel on veut évidemment désigner les Cambriens, c'est-à-dire les habitants du pays de Galles, sont au milieu de l'Ecosse, et l'on se demande ce que peut signifier ce nom de Morenpergas appliqué au pays de Galles lui-môme. L'Hibernie (Irlande) n'est pas mal représentée; la ville importante qu'on y voit nommée Arthunmorns est sans doute Armagh, une des plus anciennes cités irlandaises.

L'île de Tylen (Thulé) n'est pas loin et au nord de l'Hibernîa : ce serait peut-être une des Hébrides. Près de là, s'offrent les Orcades,formant un archipel beaucoup trop considérable*

La Gaule, l'illustre Gaule, est bien dédaignée ; pas un nom ne s'y distingue, si ce n'est celui de Sudbryttas, qui rappelle sans doute les Bretons méridionaux, les Bretons de notre Bretagne, mais beaucoup trop à l'est.

L'Espagne est un peu mieux partagée : on y remarque Brigantia (la Corogne); l'Ispania citerior; Barcelone, qu'il faut reconnaître sous la forme de Barciminacus.

Les Pyrénées sont tracées, mais non nommées ; on reconnaît l'intention de montrer les Alpes et les Apennins. Il faut remarquer que très-peu de montagnes et de fleuves sont accompagnés de leurs noms. Cette carte est surtout politique; on y a cherché même à borner beaucoup d'États par des lignes droites : on dirait une de ces feuilles cadastrales qui donnent les limites des propriétés.

L'Italie s'allonge du nord- ouest au sud-est, avec une certaine vérité. Rome (Roma), Ravenne (Ravena), Saleme (Salonna), Lucques (Luca), Pavie (Pavia), Vérone (Verona), se montrent dans la célèbre péninsule classique. Mais pourquoi y voit-on aussi, près de Lucques, la ville de Guria, la Goire de la Suisse, qui se trouve ainsi égarée bien loin de sa vraie position?

Athènes (Athenas), l'Attique (Attica) et la Macédoine (Macedonia) représentent la Grèce, qui s'avance avec assez de réalité sous la forme d'une presqu'île sinueuse, en face des innombrables tles de TArcbipel, semées au hasard. On reconnaît même l'isthme de Corinthe. Mais l'Attique est malencontreusement située au sud de cet isthme, dans le Péloponèse; la Macédoine occupe la place de la Laconie, et, pour comble d'inexactitude, Athènes est très-loin de l'Attique.

Au centre de l'Europe, flottent à l'aventure la Dardanie (Dardania), l'Istrie (Histria), la Dalmatie (Oalmatia), la Pannonie (Pannonia), la Hongrie (Hunorum gens). — Dans l'est, on rencontre Gonstantinople (Gonslantinopolim), la Thrace (Tracia), la Mœsie (Mesina); — dans le nord, le Neronorroen (sans doute la Norvège); un pays de Slespie (est-ce le Slesvig?); les Slaves (Sclavi); le Danemark, associé à la Gothie (Dania ubi et Gothia); la Bulgarie (Bolgam).

Vis-à-vis de ces trois derniers pays, est une grande île où apparaissent ces mots Islano et Sensefimius : le premier désigne sans doute l'Islande, qui venait d'être découverte; mais que peut signifier le second?

Plus loin, se montrent la Scytbie (Scithia), a?ec les monts Riphées (Ripam), les seules montagnes d'Europe nommées dans cette carte; le Dniepr (Naperfida); THypanis (Ypanis), qui est ou le Boug ou le Rouban ; le Don ou Tanaïs (Tanae) ; ces fleuves se jettent tous les trois dans une mer qui apparaît pleine d'archipels et où il est difficile de reconnaître la mer Noire et la mer d'Azov, dépourvues, au contraire^ presque entièrement d'îles. — Le Danube et ces trois derniers fleuves sont les seuls cours d'eau nommés en Europe ; mais on reconnaîtrait à la rigueur le dessin du Rhin, du Rhône, de la Loire, de la Garonne, de l'Ebre.

Passons à l'Asie.

Nous voyons d'abord l'Asie Mineure, qui occupe un petit espace et en dehors de laquelle on a le tort de placer Éphèse (Ëphesus), Troie (Troja),le mont Olympe (Olimpus), la Cilicie (Gilicia), Tarse de Cilicie (Tharsa Cilici»), entourée d'imposantes fortifications; l'Isaurie (Issauria), la Bilhynie (Bithinia), la Cappadoce (Gappadocia), le mont Taurus. Qu'est-ce que Docusa civitas, qu'on voit à côté du Taurus? Veut-on faire allusion au pays des Docusines, qui était vers la mer Gaspienne?

L'Arménie se présente ensuite, avec ses montagnes couronnées de l'arche de Noé; puis on remarque Tlbérie (Hîberia), l'Albanie (Albanorum Regio), la Golchide, le pays des Griphons, les Turcs (Turchi), la région de Gog et Magog, placée à l'ouest de la mer Gaspienne (mare Gaspium), laquelle n'est qu'un enfoncement de l'océan Glacial.

Que yeut-on dire avec les Taurimi (Taurini?) montes qu'on place dans le voisinage de cette mer et au nord de l'Arménie, puisque déjà le Taurus a été nommé ailleurs?

La Palestine occupe une grande place dans ce document. La mer Morte et le Jourdain sont beaucoup trop étendus. Les tribus de Ruben et de Gad et une demi-tribu de Ma* nasse (dimidia tribu Manase) se trouvent avec raison à l'est

de cette mer et de ce fleuve; maïs les Philistins (Philestea) s'y montrent à tort. A l'ouest, sont les tribus dlsachar, de Nephtali (Neptalim), de Dan, de Zabulon, d'Éphraïm (Effraim), d'Aser (Asser), l'autre demi-tribu de Manassé. Mais pourquoi oublie-t-on les tribus de Juda, de Benjamin et de Siméon?

Jérusalem (Hierusalem) est placée fautivement sur la côte de la Méditerranée; Bethléem (Betleem) est reportée étrangement aux rives du Nil, ainsi qu'une seconde tribu de Nephtali (Neptalim). La Pentapole (Pentapolis), baignée par le môme fleuve, rappelle sans doute la Pentapole de la mer Morte. Hébron (Ebron), Jéricho (Hierico), Césarée-Philippe (Cesarea Philippi), la Galilée, sont à'peu près à leur place. Mais qu'est-ce qu'une ville d'Aniclea que nous voyons à peu de distance d'Hébron? Fait-on allusion à Amyclée, un des noms de Canope?

En s'avançant à l'est, on trouve les Ammonites (Amonite), les Moabites (Moabite), le mont Fasga, la Gomagène (Commagena), la Babylonie (Babilonia), ou plutôt Babylone, car c'est la situation d'une ville, avec remparts et tours, aux bords d'un fleuve, qui sera, si l'on veut, l'Euphrate; le Tigre coule à côté de celui-ci, et leur confluent est assez bien marqué ; mais l'embouchure du double fleuve est tout à fait méconnue et se trouve dans un lac du pays des Ammonites !

Plus loin, un second Tigre qui arroserait la Mésopotamie et le pays des Ghaldéens (Ghaldei), se perd avec plus de justesse dans le golfe Persique.

La Syrie (Siria), Ninive, la Perse (Persidia), la Médie (Media), l'Arachosie (Aracusia), sont arrosées par d'autres fleuves tout à fait fantastiques qui se rendraient dans le golfe Persique et dans l'Océan.

Le mont Sinaï (Sina) s'élève convenablement près de la mer Rouge; cette mer est coupée par une interruption au moyen de laquelle on a sans doute voulu indiquer le passage des Hébreux.

L'Arabie est distribuée de la manière la plus étrange : Tune de ses parties, l'Arabie Déserte (Arabica Déserta, les déserts arabiques), est entre la mer Rouge et le golfe Persique: c'est bien; mais l'Arabie Heureuse (Ârabia Eodemon) est à l'est de ce golfe et va toucher la Perse et la Chaldée.

Aux extrémités orientales du monde, sont l'Inde, avec ses 44 nations (India, in qua sunt gentes XLTIII), le mons Au* reus (allusion probable à la région de l'Or d'autres auteurs), l'île de Taprobane (Taprobanen), qui, suivant une note, a dix villes et abonde en toutes sortes de productions; le fleuve Tison (évidemment le Phîson de la Genèse), qui descend du mont Farthan et se jette dans l'Océan. Quel fleuve a-t-on voulu désigner ainsi? Est-ce le Gange? Est-ce l'Oxus ou l'Araxe? On se demande aussi ce que peut être le mont Farthan, qui fait suite aux monts Taurimi. N'est-ce pas une vague indication de la Parthie?

Près de là, est Evilath, souvenir confus, sans doute, du port d'Ailath ou ^Elana de l'Arabie Pétrée.

A l'extrémité nord-est de l'Asie, est dessiné un lion majestueux, avec cette note : hic abundant leones; et, à côté, on lit ces mots : GerUes XLIII (ad) Boream. L'auteur aurait bien fait de nommer quelques-unes de ces 43 nations.

L'Afrique a, sur cette carte, une figure bien extraordinaire et peu en rapport avec la connaissance des formes géographiques mieux comprises en Europe et dans une partie de l'Asie. Très-aplatie du nord au sud, elle s'allonge à l'est jusqu'au niveau de la Taprobane, oîi elle se termine par une montagne accompagnée de ces mots : hic dicitur es$e mons superardens. Quelle est cette montagne enflammée? Fait-on allusion au Theon Ochema et au territoire plein de feu mentionnés dans le Périple d'Hannon?

Deux immenses cours d'eau étendus de l'est à l'ouest, représentent le Nil, curieusement dédoublé et bien mal compris : pour ce célèbre fleuve, la carte cottonienne est

ANCIENS HOmJHENTS GÉOGRAPHIQUES DU MOYEN ÂGE. 29

inférieure aux deux précédentes, qu'elle surpasse sur d'autres points. Au lieu de deux branches qui se joignent, elle fait deux cours d'eau entièrement séparés : le plus méridional des deux, et le seul auquel le nom de Nil (Nilu) est appliqué, coule de l'ouest à l'est, en sortant du pays que Fauteur appelle la Libye des Éthiopiens (Libia Ethiopum), sous une forme déjà si large qu'on peut prendre cette source pour un lac; il parcourt d'abord des pays habités par des Éthiopiens errants (hic oberrant Ëthiopes); il baigne un mont Glinax (Climax.?), que nous ne devinons pas; ensuite il traverse de nouveau une Libye des Éthiopiens (Libia Ethiopum), peuplée de nations barbares (hic barbare gentes), puis les déserts de l'Ethiopie (Ethiopica Déserta), et se perd dans un lac, en arrivant dans la Haute Egypte (Egiptus superior).

Un peu au sud de ce lac, commence le second Nil, qui coule de l'est à l'ouest, forme l'île de Méroé, baigne la Basse Egypte (Egiptus inferior), ainsi qu'Alexandrie, quise trouverait placée à une certaine distance de la Méditerranée, au-dessus du delta du fleuve, marqué par trois bras.

Entre ces deux Nils, on remarque plusieurs noms : une seconde ville d'Aniclea, dont nous trouverons peut-être l'identification dans Ganope ouAmyclée; la Libye Gyrénaïque (Libia Girenaica), bien loin de sa vraie situation; la Pentapole d'Afrique, qui n'est pas mieux placée ; le lac Galcarsum, qu'il nous est impossible de retrouver; le lacSalinarius, qui n'est pas loin des Syrtes (Sirtes) et qui rappelle sans doute les lagunes de la côle de la Tripolitaine et les salines des deux cartes que nous avons analysées précédemment.

Plus à l'ouest, se présente la Byzacène (Bixacena), puis la Grande Garlhage- (Gartago Magna), que, par distraction, l'auteur nomme deux fois, dans des position» tout à fait différentes; mais la plus occidentale est seule acceptable.

La Zugis regio, qui se voit à côté, est la Zeugitane,

dont on vante la richesse, comme celle de toute l'Afrique (propre), mais où Ton a à redouter des animaux féroces et de nombreux serpents (Zugis Regio, ipsa et Affrica^est enim forliSy sed uberior bestiis et serpentibus plena).

Le fleuve Misica, qui coule dans le voisinage, doit être la Medjerda. La Mauritanie (Mauritania) et le fleuve Malua (la Malouïa actuelle) se montrent un peu plus loin. La ville de Tingis (Tanger) est accompagnée de mots illisibles et abrégés qu'on peut prendre pour prope Europe. Une montagne désignée sous le nom de YII Montes, est sans doute le mont desSept-Frères, vis-à-vis de l'Espagne, c'est-à-dire, sur la carte, vis-à-vis d'une grande île étendant de toutes parts des angles très-aigus et qui vraisemblablement a la prétention de représenter Majorque.

Sous ces mots peu corrects : Hisperien Civitat promotore^ il faut voir sans doute le promontoire et la ville d'Abyla (Ceuta). A l'entrée de la Méditerranée, sont, au milieu du détroit et sans nom, deux colonnes qui rappellent les Colonnes d'Hercule.

Le mons Athalansis (mont Atlas) est le dernier mont de la carte vers l'ouest.

Enfin, aux extrémités sud-ouest de cette Afrique si maltraitée, nous voyons un fleuve considérable nommé Arguis, coulant de l'ouest à l'est, au sud d'une grande chaîne de montagnes et se perdant au milieu des terres (Atc Arguis immergitur) : c'est peut-être le Ghir (Al Ghir, El Ghir) des Arabes.

La nation des Accioles, dans laquelle nous retrouvons les Auléoles des cartes précédentes, habite entre ce fleuve et l'Océan (gentes Acciolum pangentes usqu£ ad Oceanum). A côté, on signale des Cynocéphales (Cinocephales), vague notion, probablement, des singes tartarins propres à l'Afrique. Mais qu'estrce que le pays de Fondera, qu'on trouve vers le cours du fleuve Arguis, et le mont Vesperus (la montagne du Couchant), situé près de sa rive orientale ?

Tels sont ces trois vieux documeats géographiques, bien grossiers, bien étranges, niais précieux pour l'histoire des progrès de l'humanité. Après l'épaisse obscurité qui suiviti en Occident, l'invasion des Barbares, l'ignorance sort des langes, on voit avec intérêt poindre un peu de luniière; c'est l'aurore des recherches, des sciences; les esprits veulent embrasser le monde entier dans leurs connaissances; les premiers tâtonnements d'une géographie générale sont très-curieux à observer. Nous verrons bientôt les portulans, beaucoup plus précis, remplacer ces ébauches informes et servir à guider les marins. En attendant^ c'est avec ces dessins fantastiques des terres connues que nos ancêtres commencèrent les croisades, à la fin du xi^ siècle^ et l'on peut juger des erreurs de distance, de direction, de noms, qu'ils pouvaient faire commettre aux chefs de ces entreprises, pour lesquels ils étaient naturellement le dernier mot de la science.

PARIS. — IMr^RIltGRIE DE B. MARTINÉTt RUE MIGNON, â<

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