ACTE IV, SCÈNE VI I I f
JACQUES
Nos devoirs ne sont pas pareils. Nos destinées N'ont plus rien de commun, et nos étoiles, nées Sous le même horizon, n'ont plus même orient. Votre devoir, à vous, est fier et souriant; Le mien sévère et froid. Votre route est très droite Et très large, la mienne apparaît bien étroite. Vos astres sont au ciel. Où sont les miens épars? Vous restez au pays natal, et moi je pars.
JEANNE
Ne partez pas! Pourquoi partir? Louis vous aime. Il a besoin de vous, il vous Ta dit lui-même; Vous êtes le parrain de son fils, et chez nous Il n'est pas de lien et plus fort et plus doux. C'est une parenté! Serez-vous insensible A son désir? Restez, Jacques.
JACQUES
C'est impossible!
Votre fils grandira près de vous, recevant De vous deux la leçon et l'exemple. L'enfant Ne peut pas recevoir une leçon plus haute Et l'exemple qui vient des parents est sans faute. Pour cet enseignement, leur pouvoir est divin. Nul ne doit l'usurper; on l'essaierait en vain, Et ce n'est pas à moi de prendre votre place...
Ah! rien ne vous convainc et vous êtes de glace... Jacques, vous vous vengez de nous cruellement.
JACQUES
Jeanne, vous vous trompez. Mon cœur, en ce moment,
1 l6 KERUZEL
N'est plein que de douceur pour vous et de tendresse Et de pardon, et dans l'adieu qu'il vous adresse Je ne vois que souhaits de bonheur et de paix. Oui, je serais heureux, là-bas, où je m'en vais, D'emporter, seul désir du pauvre qui s'exile, L'espoir que le manoir de Keruzel tranquille Abrite, dans le calme à jamais retrouvé, La maîtresse joyeuse et le maître sauvé.
h' marquis fait un mouvetucnt et se réi'eille peu à peu,
JEANNE
Rien ne peut le sauver, et j'ai perdu la joie.
JACQUES
Tel est votre devoir, Jeanne. Il faut qu'on revoie L'ancienne paix des jours heureux fleurir ici.
JEANNE
Mon cœur n'est qu'amertume et déboire et souci.
JACQUES
Acceptez ce devoir, Jeanne; il est salutaire.
JEANNE
Restez alors... Je suis trop seule sur la terre... Et, si vous prétendez m'y montrer le chemin, Restez, Jacques, restez pour me tendre la main.
Je ne peux pas...
JEANNE
Pourquoi ?
JACQUES, aprh lin effort pour contenir F explosion Je son dmi\
Mais parce que je t'aime...