‹ Trois drames historiques Euguerrand de Marigny, Semblançay, Le chevalier de RohanChapitre 35 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Opérations du gouvernement de Philippe le Bel sur les monnaies.— Proposition faite à ce sujet par le cfergé de France. — Quantité con-

sidcr iblo de faux-monnayeurs. — Lois de maximum rendues nécessaires [lar l'alléralion contiiiuellc dfs nK)nnaie'?. — Particij)ation probable d Enguerrand de .Marigny a ces mesures. — Vers de IJante sur Philippe le Bel. — Chanson populaire contre le pape Clément V et le roi, à cause des monnaies. — Révoltes en Languedoc pour la même cause. — Cimpiante-quatre liabitants de Carcassonne et de Liirioux s(Mii pendus pour crime de haute trahison. — Rmeulc a Paris pour le fait des monnaies. — Exécutions nombreuses au\ diverses portes de Paris. • 25

LE CHEVALIER DE UOHAN

eut tant de confusion qu'il en a depuis souhaité mille fois la mort. Le régiment des gardes s'y trouva aussi en bataille, et le duc de la Feuillade, qui en est colonel, ayant demandé au Roy, la veille de l'exécution, s'il lui plaisoit le dispenser de cette cérémonie, et le Roy lui ayant dit : c Tu es bien tendre, la Feuillade, » et il 8*y trouva enveloppé de son manteau et le dos tourné contre Véchaffliut.

c II ne voulut point monter sur la charette pour estre mené au lien de l'exécution, qui fut devant la porte de la Bastille, ceux qui lui ont imputé â faiblesse de ce qu'il eut un peu de peine à monter sur Téehaffaut^ ne coosidèretit pas qu'il avoit les mains liées. Estatit monté, il sourit, voyant â une fénestre les dames de Rambnres et de Lyonne, et le père Bourdalotie lui ayatit dit que c'estoit un petit reste de vonité, il lui répondit : « Tant s'en faut, mon Père, c'est une m*ii quo de mépris que j'ai pour le monde, de voir deux choses si contraires, scavoir : deux femmes en une mesme fenestre, dont l'une avoit de l'amitié pour moi, et l'autre de la linyne. » 11 chan-:i;ea un peu de couleur quand le bonrrenu lui ogta f>erruque par derrière, et cela le surprit; puis s'étant mis à genoux et receu l'absolution, il récent le coup de la mort.

« Il vouloit commencer l'exécution de son dessein qu'il avoit d'exciter des troubles et des mouvemens dans le Royaume par donner des coups de bâtons à Berrier, qu'on disoit l'auteur de la maletote du tiers et danger; et, après cela, il faisoit estât d'aller en Normandie se mettre à la teste de la noblesse de cette province pour aller demander au Boy la confirmation de leors privil^es etla révocation de cette maletoto,qui est]une Ires mauvaise voye h tenir. U y eu cinquante ou soixante personnes em* prîsonnées pour ce fait là, non pas qu'on les crut complices mais pour s'en servir comme de témoins, afin de découvrir lesgenUlshommes de Normandie qui avoient eu part en ceste menée. Entre ceux-lft fut fait prisonnier le sieur Bourguignet Bourguignon, homme d*esprit' et qui avoit habitude depuis quelque temps avec le chevalier de Roban. Il fut ouï comme témoin, et dans sa dépo*

m PIÈCES JUSTIFIGAXIYËS.

Bilion parlant de la Tniyaumonl, et disant feu la Truyaumont et le greffier l'ayant ùnsa écrit, après qu'on lui eut feit lecture de sa dépoBiUon, les commissaires effiicèrent le mot de feuy afin que lorsque Ton viendroit à la lire après sa confrontation au chevalier de Rohan', il ne reconnut pas que la Truyaumont esloit mort, qui estoit le seul dépositaire de son seeret. La oonfirontation se fit à l'ordinaire, et le chevalier de Rohan ne donna aucun reproche contre Bourguignet, qu'il déclara tenir pour un homme flebien et d'honneur et qui na l'avoit jamais approché que pour lui donner des conseils conformes à la raison el à son devoir. Mais lorsque Bourguignet fut ouï au conseil, M. le chevalier lui ayant demandé ce qu'il auroit fait au c^s que le chevalier de Rohan lui eut découvert le dessein qu il avoit d'exciter des mouvemens dans le Royaume, il lui repondit en homme d'esprit , scavoir : qu'il se seroit jeté à ses genoux pour le détourner du ce dessein-là, et que s'il lui eut témoigné de ne le pas vouloir iaire, il fut cillé s'enfermer aux Chartreux ou aux Carmes déchall^sés, d'où il iiiinnt lionne avis do ce dessein à quelqu'un de MM. les ministres. Je Liens < es mémoires dudil sieur Bourguignet, qui ajoutoit que les commissaires qui avoient instruit le procès du chevalier de Rohan lui aN oient promis que s'il advouoit la vérité, le Rovlui feroit grâce, ce qu'il ne fit pas. La comtesse de Bregy, qui étoiL amie de ce malheureux, die^oit qu'elle eut voulu avoir donné cinquante mille écus de son bien, et que le Roy eut pardonné au chevalier de Rohan, ce qu'elle disoit pour la gloire du Roy, qui no pouvoit donner une plus grande preuve de sa clémence qu'en cette occasion.

« Le Roy avoit beaucoup de pente à pardonner au dievalior de Rohan, dont le crime estoit plustostune friponnerie pratiquée pour tirer de l'argent des Hollandois pour fournir à ses débauches que non pas un dessein précis de faire rentrer en Normandie et mettre Quillebœu! entre les mains des Hollandois, dont les fortilicationssont démolies depuis longtemps, quiestoientdeschoees qu*il ne poovoît et ne croyoit pas pouvoir exécuter; mais l'opinion que le Roy eut que s'il lui pardonnoit oncroîroit que ce se*

LE CHBVAUËH DE RORAN. 425

président du Parlement. La Truynumoni ayant été surpris dans le lit tira un de ses pistolets à Bnssac, qui cstoit son ami, lequel n'ayant rien fait, et la Truyaumont prenant l'autre pour le tirer, un des gardes du corps qui accompagnoit Brissac donna un coup de mousqueton nti travers du corps de la Truyaumont. Le Premier Président y nyant accouru pour rerevoir sa déclaration, la Truyaumont ayant demandé de Tcncro et du papier pour l'écrire; il fut fort longtemps à écrire deux ou trois fois ce mot: Je meurs... Et cependant^ ouvrant de sa main gauche la playequMI venoit de recevoir, il acheva d'écrire ces autres moto : « Je meurs très humble serviteur du Roy, » et se moqua ainsi du Premier Président'. Comme on lui eut présenté un confesseur, il lui dit qu'il lui serait bien difficile de se confesser en détail, et qu'il pou voit lui donner l'absolution sur ce pied là^ qu'il avoit fait tous les crimes dont un homme est capable.

€ Cependant on arrestoit i Paris le chevalier de Roban^ auquel ses amis crurent ne pouvoir rendre un meilleur office que d'essayer de lui faire savoir que la Truyaumont estoit mort : et pour cela, pendant plus de quinze jours, ils se promenoient toutes les nuits autour de la Bastille, criant à pleine teste que la Truyaumont esloit mort. Mais ces avis furent inutiles et n'allèrent pas jusqu'au chevalier de Rohan, qui estoit trop bien gardé pour en pouvoir profiler. Le maistre d'école du faubourg Saint- Antoine estant retourné de Bruxelles, où il avoit porté la lettre au comte de Monterey, ayant appris la détention du cbeva- Iter de Rohan, se crut perdu, et n'ayant fait que changer de souliers et bu un coup, reprit le chemin de Bruxelles, et s'estant mis dans le coche de Peronne pour y aller, fut arresté et depuis pendu le mesme jour de l'exécution du dievalier de Roban; mais plus mort que vif, car il avoit perdu la tramontane. On arresta ensuite le chevalier de Preaux, neveu, d'autres disent fils de la Truyaumont et de la damo de Yiilars, avec laquelle il

^ On a vu, parle* pièces mènes da prooès, que «es détails ne sont pas tout à

fait exacts.

42(3 PIÈCES JLSTIFICATIVES.

avmt commerce d'amourettes, lesquels eurent la teste coupée le mesme jonr, nyant esté convaincus, par leurs confessions, d'avoir scellé le desseio du chevalier de Rohan et de ne l'avoir pas révélé. L'instruction du procès fut faitte par MM. de Bezons et de Pomereu , et , pour le jugement, le Koy fît une chambre i l'Arsenal, composée de douze conseillers d'État et douze maîtres des requestes et de M. le chancelier pour y présider.

< Depuis que le chevalier de Rohan eut avoué qu'il avoit écrit au comte de Monterey, il reconnut bien qu'il n*y avoit point de grâce à espérer, et demanda le père Bourdaloue, jésuite, qui y vint ensuitte de l'ordre du Roy, avec le père Talon. Dès qu'il vit le père Bourdaloue, il s'emporta en de grandes plaintes contre tout ce qu'il croyoil estre la cause de sa perle , et ayant fini ses emporteinons par ce mol de chrestien, le père Bourdaloue, qui lui avoit laissé décharger son cœur pendant deux heures sans lui dire un mot, prit ocra^ioii sur ce ruot de chrestien, par oîi il avoit fini, de lui demander s'il cstoit chroslien ; à quoi le chevalier de Rolian ayant répondu qm^ non, ce pcre lui demanda s'il le vouloit estre ; et comme il lui eut demandé ce qu'il falloit faire pour l'estrc, le Père lui répondit qu'il ne falloit qu'un peu de repentir; après quoi, estant entré en matière, il fit une confession générale et se prépara à la mort après avoir communié à la messe qui fut dite la veill(^ de l'exécution à minuit, par la permission de TArchevesque de l'aris. Après qu'on lui eust lu son arrest* le bourreau lui ayant demandé un de ses rubans pour le lier pour la forme seulement : ehl mon ami, lui dit-il, à quoi bon cela ? Jésus-Christ, Hunocenoe même ayant esté lié de cordes; puis il se fit lier. Il vit, sortant de la Bastille, une bicrre de plomb qu'on avoit préparée pour mettre son corps, avec un baril de poudre pour en mettre dans le coffre du corps, après qu'on en auroit tiré les entrailles, il dit à ces pères: voilé ma dernière maison. Puis, passant au travers des mousquetaires, qui tons le saluèrent la larme à l'oeuil, hors un, lequel l'ayant regardé fièrement sans lever le chapeau, le chevalier do Rohan le regarda encore plus fièrement, dont ce mousquetaire

CHAPiTRË PREMIER*

Les contemporains et la postérité. — La France sous François I". — Les mauvais garçons. — La ville de Troyes incendiée par des volevra. — Craintes des Parisiens. — Description de Paris en 15S8. ~

Incendie de Monlargis par des soldats li rnriés. — Les mœurs dtt temps. — Grâce accordée par Franrois I" a une femme adultère. — On fait bouillir les faux monnayeurs. — François I*"* et les luthériens. — Gmanté du roi 4 leur égard. — Le pape Paul m hitereéde en leur faveur. — Changement de système en ce qui les concerne.

— François I" protégé par snn goût pour les art-^ pt les lettres. — Les f!amos de îa petite bande et autres. — Inclination delà reino de iNavarrc pour son frère, prouvée par une lettre. — Intimité de Diane de Poitiers et de François I*'. — Les femmes sous son régne.

— Il fait fortifier Paris. — Troubles à Lyon. <— Les finaneiers. — Exécution da trésorier Jean de Ponchet. 1S5

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